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Articles
Charia, droits des femmes et lois des hommes
vendredi 11 mai 2007 - par Khalid Chraibi
Depuis un quart de siècle, un fort vent de conservatisme religieux souffle dans de nombreux pays musulmans, avec des effets dévastateurs sur les droits des femmes. Au nom d’un retour à la pureté du temps de la Révélation, des groupes extrémistes ont décrété, à leur accession au pouvoir en Afghanistan, en Malaisie, en Somalie ou au Nigéria, une stricte ségrégation entre les sexes dans les lieux publics, les hôpitaux et le système éducatif, etc.. Ils ont imposé aux femmes le port de vêtements tels que le hijab, le niqab ou la « burqua », et leur ont interdit, entre autres mesures répressives, d’exercer toute activité professionnelle. Sous prétexte d’appliquer la charia, ils ont bafoué non seulement les droits que l’Islam avait octroyés aux femmes dès le 7è siècle, mais également l’essentiel des acquis des femmes en matière juridique, économique, politique et sociale, qu’elles avaient obtenus à l’issue de décennies de haute lutte à travers les pays musulmans, tout au long du 20è siècle. Cette régression des droits des femmes prend actuellement, et avec le passage des ans, une ampleur croissante dans de nombreux pays d’Afrique et d’Asie. Etrangement, elle fait également des adeptes dans les communautés musulmanes d’Europe et d’Amérique du Nord. Même des pays qui avaient échappé aux tourmentes de l’extrémisme, à travers leur histoire, tels que la Tunisie et le Maroc, en sont aujourd’hui affectés. Face à l’assaut des courants religieux conservateurs sur les droits des femmes, les associations féminines musulmanes ont dû revoir leur stratégie. Pendant des décennies, elles avaient mis l’accent sur la nécessité d’appliquer dans leur intégralité les dispositions des conventions internationales sur les droits de la femme que les pays musulmans avaient signées, sous l’égide de l’ONU. Elles insistaient, en particulier, sur la nécessité de lever les réserves exprimées par les gouvernements de ces pays au sujet de diverses dispositions de ces conventions, qui les vidaient d’une grande partie de leur contenu. Sous la pression de la nécessité, de nombreuses associations se sont attelées à la lecture attentive de la charia, afin de développer de nouveaux outils pour lutter efficacement contre les discours des extrémistes religieux. Comme l’explique la pakistanaise Riffat Hassan, elles ont découvert, à leur grande surprise, qu’il existait un grand fossé « entre ce que le Coran disait au sujet des droits des femmes et ce qui se faisait en réalité dans un environnement culturel islamique ». « Par conséquent », observe-t-elle, « il faut distinguer entre le texte coranique et la tradition islamique. Ce sont les hommes qui ont procédé, presque exclusivement, à l’interprétation du Coran, depuis les temps les plus anciens. Ils faisaient cela au sein d’une culture patriarcale dominée par eux. Le Coran a donc été interprété du point de vue culturel des hommes – ce qui a évidemment affecté les droits des femmes. » La Nigérienne Ayesha Imam a procédé à une étude minutieuse de cette question, dans un article intitulé « Les droits des femmes dans les lois musulmanes ». Elle explique qu’il faut “distinguer entre l’Islam – la voie d’Allah – d’une part, et ce que les musulmans font, d’autre part. » D’après elle, l’Islam ne peut pas être remis en cause, mais ce que les musulmans font peut l’être, car ce ne sont que des êtres humains, qui sont sujet à l’erreur. D’après elle, bien que les lois religieuses tirent leur inspiration du divin, elles ne doivent pas être confondues avec des lois divines. La charia incorpore le facteur humain dans tous les aspects de son élaboration, de son développement et de sa mise en œuvre. Le nombre de versets coraniques à la base de la charia est très modeste, comparé à la multitude et à la complexité des règles juridiques qui constituent le corpus du droit musulman. Même les experts n’arrivent pas à s’accorder sur le sens exact de divers versets coraniques. Par ailleurs, il est admis que de nombreux hadiths sont apocryphes, et sont le produit de luttes entre sectes ou entre dynasties. Certains hadiths relevant de cette catégorie semblent avoir eu pour unique objectif de réduire les droits des femmes, bien qu’ils ne puissent s’appuyer ni sur des dispositions coraniques ni sur d’autres hadiths pour les conforter. Ayesha Imam note, à ce propos, que les musulmans croient, à tort, que la charia est la même dans l’ensemble des pays musulmans, alors qu’elle varie de manière considérable d’un pays à l’autre, et d’une époque à l’autre. Cela est parfaitement illustré par l’existence de quatre grandes écoles de pensée juridique dans la seule tradition de la sunna (et qui s’élevaient à une vingtaine dans des temps plus anciens). Il existe également un rite shiite regroupant un nombre considérable d’adeptes, et de nombreux courants religieux d’importance moindre, qui regroupent néanmoins des millions d’adhérents chacun. Les fondateurs des quatre grandes écoles de pensée juridique sunnite ont emphatiquement souligné, en leur temps, que leurs interprétations des dispositions de la charia ne devaient en aucun cas être considérées comme des données définitives, qui lieraient les musulmans en tous lieux et en tous temps. Par conséquent, observe-t-elle, « le refus de l’ijtihad n’obéït pas à une prescription religieuse. Ni le Coran ni la Sunna n’exigent cela. Bien au contraire, aussi bien le Coran que la Sunna encouragent la pensée individuelle, le raisonnement et la diversité d’opinion. » A l’appui des observations de Mme Ayesha Imam, on peut citer la multiplicité de codes nationaux de statut personnel appliqués, aujourd’hui, dans les pays musulmans. Les exemples d’évolution des dispositions de la charia à travers le temps, dans le même pays, abondent également. Les différents textes de loi formant code du Statut Personnel, qui ont été successivement appliqués en Egypte au cours du 20è siècle, illustrent cette proposition. Le Code du Statut Personnel appliqué au Maroc peut également servir d’illustration, ayant enregistré des modifications considérables, entre sa première version adoptée en 1957, au lendemain de l’accession du pays à l’indépendance, et le nouveau Code de la famille adopté en 2004. Il faut noter que ce dernier est le fruit d’un demi-siècle de lutte des associations féminines marocaines pour la réforme de nombreuses dispositions restrictives que le texte de 1957 comprenait et ce, face à une opposition acharnée des mouvements religieux conservateurs, en particulier au cours des dernières années. Ces derniers ont d’ailleurs failli faire capoter le projet de réforme, qui ne put être sauvé que grâce à l’appui personnel décisif du roi Mohamed VI. Le Code marocain de la famille de 2004 place cette dernière sous la responsabilité conjointe des deux époux. Il permet à la femme d’agir comme son propre tuteur, et fixe à 18 ans l’âge minimum de mariage des personnes des deux sexes. Il impose des conditions draconiennes au mariage dans le cadre du régime de polygamie et encourage l’épouse à inclure dans le contrat de mariage, si elle le désire, une clause pour interdire un second mariage de l’époux. Il place la répudiation sous un strict contrôle judiciaire et exige la répartition équitable des biens du couple avant que le divorce ne puisse être finalisé. L’exemple marocain est intéressant à étudier, dans la mesure où toutes les dispositions du nouveau Code sont basées sur une lecture attentive, minutieuse et complète de la charia, dans toute sa complexité. Nul ne peut lui reprocher de s’être éloigné de la lettre ou de l’esprit du droit musulman, pour incorporer des concepts et des règles issus de la culture occidentale. La comparaison des dispositions des textes de loi adoptés au Maroc en 2004 et en Egypte en 2000 témoigne, quant à elle, des divergences considérables dont les juristes musulmans peuvent faire preuve dans l’interprétation et l’application de la charia, même dans le cas de pays musulmans à culture relativement comparable, par ailleurs. Les juristes musulmans s’enorgueillissent de cette flexibilité du droit musulman, qui constitue pour eux la preuve de sa vitalité. Les associations féminines peuvent aussi s’en réjouir, puisqu’elle peut leur permettre de réaliser des progrès considérables en matière de droits des femmes musulmanes, dans le respect aussi bien de la lettre que de l’esprit de la charia. Mots clésKhalid ChraibiEconomiste (U. de Paris, France, et U. de Pittsburgh, USA), a occupé des fonctions de consultant économique à Washington D.C., puis de responsable à la Banque Mondiale, avant de se spécialiser dans le montage de nouveaux projets dans son pays. Du même auteur, à lire sur oumma.com :
Vos réactions et commentaires sur cet article13 mai 2007
Matira a dit :
Quelle analyse qui confirme combien le monde musulman doit effectuer un effort afin d’améliorer le statut de la femme sans pour autant renier les fondements de leur religion. (Lire la suite)
13 mai 2007
jaouad a dit :
Salama alaykoum,
je suis d’accord avec le texte ... en partie dans ses conclusions mais si on le lit bien , que voit-on ?
attendre 18 ans le mariage même si certaines jeunes femmes et jeunes hommes souhaitent se marier dès 17 , voire 16 (...) (Lire la suite)
13 mai 2007
Bouscarle a dit :
Jean Bouscarle Je suis un chrétien qui participe depuis une quinzaine d’année au dialogue islamochrétien. Je ne pense pas que le problème des femmes concerne vraiment ce dialogue ; c’est aux Musulmans de chaque pays de lui trouver (...) (Lire la suite)
13 mai 2007
Mout’elbouch a dit :
Salam ’Alikoum, salut, ..
Allahou wa ’Allam...mais il y a beaucoup de vrai sans doute dans le texte de Khalid Chraibi...et les reflexions des commentaires..
Concrètement proposons après ce constat, ce qui nous interresse en premier (...) (Lire la suite)
12 mai 2007
Ahmad a dit :
Salam, c’est bien de parler de ce sujet qui est trsè médiatique, c’est bien , ça fait bon musulmsn de parler de cet thème, mais il y a un thème ou la très grande majorité des savants ,penseurs et intellectuels et des soi disants (...) (Lire la suite)
12 mai 2007
Mawri a dit :
excellent article de M. Chraibi provoquant une multitude de réflections sur le sort des musulmans en général, et la femme en particulier. Formidables aussi les commentaires dans la majorité optimistes, rarement péssimistes qui se complètent et à (...) (Lire la suite)
12 mai 2007
Peaceandlove. a dit :
Je crois que nous n’avons pas encore compris que l’Islam est une religion mobile qui doit s’adapter à l’époque pour l’humaniser via le message qui indique le droit chemin pour le bien-être de l’humanité.Si (...) (Lire la suite)
12 mai 2007
oumma.com-uk-fan a dit :
Le reel est la manifestation des 99 attributs de Dieu.Ceux-ci representent les qualites feminines (yin) et les qualites masculines (yang) du Divin.
Malheureusement, les differentes sharia’ sont esentiellement des representations (...) (Lire la suite)
11 mai 2007
Mehdi a dit :
Salam. Texte intéressant et clair réconciliant l’humanisme et l’universalisme d’une part et l’othodoxie islamiques. Bravo pour la contribution de SHANA très pertinente !! (...) (Lire la suite)
11 mai 2007
adamou saidou a dit :
SAlam Je suis emu par ce qui est dit dans cet article . Cela ne me laisse pas muet. Je pense qu’il est grand temps de ne pas se fier de ce que racontent les medias pour donner son point de vu sur une situation dans tel ou tel pays . En (...) (Lire la suite)
11 mai 2007
Rachid a dit :
Faut-il reconnaitre la qualité de "pays musulman" un pays qui relègue les femmes à des statuts indignes de la personne ? Je me le demande. Les mauvais traitement infligés aux femmes dans ces pays pseudo-musulmans est un phénomène de notre (...) (Lire la suite)
11 mai 2007
Franck Morellato a dit :
Salam a todos, Khalid Chraibi, a écrit dans son article :
"Au nom d’un retour à la pureté du temps de la Révélation, des groupes extrémistes ont décrété, à leur accession au pouvoir en Afghanistan, en Malaisie,en Somalie ou au Nigéria, (...) (Lire la suite)
11 mai 2007
Shana a dit :
Dans bien des pays,quand l’homme sera libre,les femmes le seront.Or l’homme est sous le joug de l’ignorance,des préjugés,de la violence,des pouvoirs manipulateurs et des guerres.Regardez le sort fait aux femmes en tant de (...) (Lire la suite)
11 mai 2007
MALIKA ALAOUI a dit :
contente de vous lire BIENTOT LA JOURNEE DE LA FAMILLE ,INSTITUTION QUI A FAIT UN LONG PARCOURS AVANT DE VOLER EN ECLAT SUITE A LA REVOLUTION INDUSTRIELLE ET SURTOUT APRES LES 2 GUERRES LES FEMMES EN OCCIDENT ONT D’ABORD DEMANDE DES DROITS (...) (Lire la suite)
11 mai 2007
Mounya a dit :
Je ne pense pas que les femmes soient davantage discriminées en terre d’Islam qu’ailleurs.En réalité, elles le sont partout à des degrés trés divers.Pour les musulmanes cela varie selon les pays.Pour les femmes européennes,la (...) (Lire la suite)
11 mai 2007
Oihid a dit :
Monsieur Khalid CHRAIBI,
Tout d’abord, le « fort vent de conservatisme religieux souffle dans de nombreux pays musulmans,… » Avant tout ce sont des pays sous un régime « DEMOCRATIQUE ».
Ou du moins, c’est ainsi qu’ils (...) (Lire la suite)
11 mai 2007
Sadjia a dit :
Ce texte est magnifique et nous donne raison de croire à un changement radical des mentalités. Merci Khalid Chraibi ! Votre texte m’a vraiment émue. (Lire la suite)
11 mai 2007
grya26 a dit :
l’islam n’est pas la seul religion qui souffre des exactions extrémistes.Mais dans le domaine des droits des femmes et de la condition féminine, les musulmans sont les champions de la discrimination.Les femmes musulmanes sont (...) (Lire la suite)
11 mai 2007
Hassiba a dit :
Les femmes musulmanes doivent se rebeller, et devenir théologienne. Les femmes musulmanes en ont assez d’être considérées comme des mineurs à vie. Nous ne devons rien à attendre des hommes. La femme musulmane est entrain de se révolter, (...) (Lire la suite)
11 mai 2007
Souad a dit :
Cette conception de la Charia est également le fait du courant qui s’affiche "moderniste comme celui des frères musulmans qui ont une antenne en France, vous voyez de qui je parle.
Ces "fréros" ce croient modernes, parce qu’ils (...) (Lire la suite)
11 mai 2007
Assalam Alaykoum,
Je suis une femme et je suis pour le travail de la femme mais avec des conditions, il faut que le travail doit répondre au critère de la femme et selon aussi sa situation, une femme restera toujours une femme et il ne faut pas (...) (Lire la suite)
11 mai 2007
Hamida a dit :
Les théologiens, imams et responsables d’associations musulmanes ont le devoir urgent de rétablir le statut juste que le Coran a accordé à la femme !
Une véritable campagne d’information et d’actions doit se déchaîner dans (...) (Lire la suite)
11 mai 2007
pour vous, je serai " V " a dit :
Salam ahlikoum,
Je pense sincèrement que ce débat sur la charia n’a pas lieu d’être, en réalité, les hommes ont perverti le message de Mohamed saw à tel point qu’on en arrive à discuter des détails, avant de commencer par les (...) (Lire la suite)
11 mai 2007
Sami a dit :
Salam, il est du devoir de chaque musulmane et de chaque musulman de ne pas confondre la tradition et la religion. La réactualisation des méthodes de penser des extrémistes qui se revendiquent en tant que religieux et musulmans est nécessaire. (...) (Lire la suite)
11 mai 2007
Lamia a dit :
Merci pour ce texte, nous sommes épuisés de ces lois qu’on nous présente comme des lois immuables dont toute révision est perçue comme un sacrilège. (Lire la suite)
11 mai 2007
Ideal a dit :
Texte trés juste, mais qui fait l’impasse malheureusement, sur le fait que la mauvaise interprétation de la charia qui est la cause majeur du statut inférieur de la femme musulmane, repond à un choix politique. L’interprétation de la (...) (Lire la suite)
11 mai 2007
Farouk a dit :
Texte d’une grande intelligence qui pose la pb avec brio. Il est temps en effet d’en finir avec cette juridiction qui ne tient pas compte du monde dans lequel nous vivons. (Lire la suite)
11 mai 2007
arifino a dit :
Salam alaikoum
Merci d’avoir soulever ce probleme, en effet notre probleme, dans la communauté musulmane, c’est ce manque d’autoanalyse quand à la maniere de reflechir sur les droits accordés par l’Islam aux musulmanes (...) (Lire la suite)
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