En mettant en oeuvre, à l’encontre d’un de ses représentants, accusé de ne pas avoir respecté le devoir de réserve, une véritable manoeuvre d’intimidation, le pouvoir en place démontre une nouvelle fois que la critique de la politique d’Israël relève d’un tabou qu’il est toujours dangereux de transgresser. Et c’est bien là également la preuve d’un changement profond et inquiétant de la politique française au Moyen-Orient.
Bruno Guigue, haut fonctionnaire de la République, spécialiste du Moyen
Orient, vient d’être limogé de son poste de sous-préfet par sa ministre
de tutelle, Madame Michèle Alliot-Marie.
Il lui est reproché d’avoir publié le 13 mars 2008, une analyse
intitulée « Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l’ONU », en
réaction à une tribune d’intellectuels inconditionnels d’Israël visant Ã
déconsidérer l’ONU et à condamner des résolutions du Conseil des Droits
de l’Homme, alors même que la « communauté internationale » réunie au
sein des Nations Unies assume une responsabilité majeure pour sauver le
processus de paix au Proche-Orient.
Le MRAP qui jouit, depuis 1974, du statut consultatif auprès du Conseil
Economique et Social de l’ONU et participe, à ce titre, aux structures
de consultation des ONG, condamne le limogeage de M. Guigue qui suscite
sa totale incompréhension. En effet, Bruno Guigue a déjà publié plus
d’une quinzaine de tribunes sans qu’une quelconque sanction ne vienne le
frapper.
Si nombre d’opposants à la politique menée par les gouvernements
israéliens successifs ont eu à souffrir de campagnes de dénigrement
systématique - dont l’odieux le plus extrême va jusqu’à les accuser
d’antisémitisme pour mieux les disqualifier - aujourd’hui avec le
limogeage de monsieur Guigue, sous-préfet de la République, mais qui en
l’occurrence s’est exprimé en tant que citoyen, c’est la République
elle-même qui connaît une dérive regrettable et dangereuse.
En mettant en oeuvre, à l’encontre d’un de ses représentants, accusé de
ne pas avoir respecté le devoir de réserve, une véritable manoeuvre
d’intimidation, le pouvoir en place démontre une nouvelle fois que la
critique de la politique d’Israël relève d’un tabou qu’il est toujours
dangereux de transgresser. Et c’est bien là également la preuve d’un
changement profond et inquiétant de la politique française au Moyen-Orient.
Si chacun a encore le loisir démocratique dans notre pays de critiquer
n’importe quel Etat dans ses politiques, y compris la France, il
existerait une exception inadmissible à cette règle concernant le droit
de critiquer la politique israélienne.
Le MRAP condamne le limogeage de Monsieur Guigue et demande sa
réintégration immédiate dans ses fonctions de sous-préfet. Il en va de
l’honneur d’un homme de courage et de conviction qui ose dire des
vérités qui dérangent. Mais il en va aussi de celui de la République.
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Secrétariat de Direction
Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples