Samedi 1 November 2014
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Du sexe au genre : faut-il « chasser le naturel » ?

Du sexe au genre : faut-il « chasser le naturel » ?
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Le monde humain puise ses origines dans la sexualité, condition expresse de sa reproduction. Pour qu’il y ait un monde humain, il faut que les deux sexes se complètent, précisément parce qu’ils diffèrent.

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« On ne naît pas femme, on le devient », disait Simone de Beauvoir. Bien comprise, cette formule signifie que le rôle de l’individu sexué fait l’objet d’une élaboration sociale, aussi conventionnelle que tout autre dimension de la culture. A sa naissance, tout être humain est naturellement sexué, mais sa transformation en sujet adulte, exerçant un rôle masculin ou féminin, résulte d’un apprentissage social. On naît avec une identité sexuelle, mais on ne « naît » pas homme ou femme, puisque la fonction assignée à l’un et à l’autre sexe est déterminée par la société, et non par la nature. Le sexe est inné, mais la différenciation sociale fondée sur le sexe est acquise.

Si certaines sociétés ont assigné un rôle inférieur aux femmes, ce n’est pas parce que les femmes sont naturellement vouées à des tâches subalternes, c’est parce que ces sociétés ont reproduit un modèle patriarcal hérité d’une époque ancestrale. Que les hommes aient dominé les femmes ne traduit aucune supériorité biologique, mais témoigne d’une rigidité sociologique. Attestée sous des formes diverses, cette domination ne reflète aucun donné naturel : elle est l’effet contingent d’une structure sociale. En la matière, rien n’est donné, tout est construit, même si le construit aime se parer des vertus du donné. 

La différence biologique entre les sexes a donc fourni le prétexte d’une inégalité entre les hommes et les femmes, mais cette inégalité, en droit, n’a aucune valeur. Convoquée devant le tribunal de la raison, la différence sexuelle ne saurait légitimer une inégalité de statut, tout au plus une différence fonctionnelle. C’est pourquoi les sociétés modernes affirment le droit des femmes à occuper les mêmes fonctions que les hommes, dès lors que les unes et les autres manifestent les mêmes capacités. La compétition qui en résulte bouleverse des habitudes héritées d’un autre âge, mais elle est parfaitement légitime et sans doute salutaire.

Une fois admise cette construction sociale du rôle des deux sexes, la différence sexuelle, toutefois, n’a pas disparu comme par enchantement. Car « l’acquis » ne se dissocie pas plus de « l’inné » que l’apprentissage d’une langue n’est séparable de cette faculté langagière dont sont dépourvus les primates supérieurs. On apprend à parler avec autrui, dans une certaine langue, en tel lieu et à tel moment, mais cette acquisition linguistique présuppose une capacité native par laquelle l’esprit humain utilise des symboles pour nommer des choses. Si la langue que nous parlons est culturelle, cette capacité, elle, est parfaitement naturelle. Car si elle ne l’était pas, les chimpanzés nous feraient la conversation.

De même, on dira avec raison que les rôles sociaux sont « construits ». Mais que se passe-t-il lorsqu’une société veut ramener à sa plus simple expression la distinction des fonctions sociales ? Dans la société guayaki étudiée par Pierre Clastres, la seule différenciation admise est précisément celle qui distingue l’homme et la femme. Muni de son arc, le chasseur procure au groupe sa nourriture carnée. Armée de son panier, la femme pourvoit au ravitaillement en nourriture végétale. Admettons que le bon sens des « sauvages » a fait en sorte que les hommes et les femmes se complètent en tenant compte de leurs dispositions natives. Société patriarcale, archaïsme dépassé ? Difficile à dire, quand on sait que les femmes guayaki ont parfois deux maris.

Précisément parce qu’il est donné, antérieurement à toute culture, le naturel ne s’oppose pas au culturel : il le précède et lui assigne des limites. Nous naissons de sexe masculin ou féminin sans l’avoir choisi, et l’identité sexuelle est un fait de nature. Mieux encore : si la différence sexuelle résiste avec succès à l’invention culturelle, c’est parce qu’elle a une dimension originelle. Le monde humain puise ses origines dans la sexualité, condition expresse de sa reproduction. Pour qu’il y ait un monde humain, il faut que les deux sexes se complètent, précisément parce qu’ils diffèrent. Ajoutons même : pour qu’il y ait égalité entre les hommes et les femmes, encore faut-il que le masculin et le féminin aient un sens.

C’est pourquoi la substitution de « l’identité de genre » à « la différence sexuelle », de manière ouverte ou inavouée, est si troublante. Dire que le genre (masculin ou féminin) est socialement construit n’est pas absurde. Distinguer l’identité sexuelle (native) et l’identité de genre (construite) non plus, mais à condition que cette distinction demeure descriptive. Si les « études de genre » (gender studies) permettent de comprendre comment une différence biologique est réélaborée par la culture, elles présentent indéniablement un intérêt sociologique.

En revanche, et bien qu’elles soient enseignées en « Sciences de la vie et de la terre », elles n’ont aucune valeur scientifique. Le genre n’efface pas le sexe, il le qualifie socialement, ce qui n’est pas la même chose. Ce qui est contestable, c’est donc de s’emparer de cette distinction pour relativiser la différence sexuelle en faisant comme si elle était un fardeau dont il faudrait se débarrasser. Très logiquement, on nie alors toute normativité hétérosexuelle au nom de ce principe : si le masculin et le féminin sont des stéréotypes surannés, les autres orientations sexuelles sont également valables. Mieux, elles deviennent la voie royale vers la liberté.

Certes, les pourfendeurs du « modèle hétérosexuel dominant » ne nient pas la différence biologique entre les filles et les garçons : ce serait absurde. Mais, dans leur esprit, le « genre » n’est pas seulement du culturel qui s’oppose au naturel, c’est une nouvelle norme appelée à transcender la différence biologique. Après des siècles de genre imposé par un patriarcat oppresseur, choisir librement « son propre genre » est le summum de l’émancipation. Lesbienne, gay, bi, trans : ces orientations sexuelles, au motif qu’elles s’affranchissent du schéma binaire masculin-féminin, sont magnifiées, comme si elles marquaient, à travers la revanche du genre construit sur le sexe hérité, le triomphe éclatant de l’individu.

La « théorie du genre », on le voit, fournit son argumentaire à une revendication qui n’a rien de scandaleux tant qu’elle demeure une affaire privée, car chacun est libre de choisir son orientation sexuelle. Mais on peut s’interroger sur sa prétention explicite à faire de ce libre choix, hors de toute détermination biologique, l’alpha et l’oméga d’une existence accomplie. Lutter contre l’homophobie est une excellente idée, mais il n’est pas indispensable, pour y parvenir, d’expliquer aux enfants que toutes les orientations sexuelles sont équivalentes. Il suffit de leur apprendre le respect d’autrui dans sa différence. Et il sera loisible à chacun, parvenu à l’âge adulte, de suivre sa propre voie. L’interdiction des discriminations dans l’espace public est une chose, la promotion de l’indifférenciation sexuelle en est une autre. La première est un devoir social, la seconde ne l’est pas.

 

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Commentaires

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Liliane Bénard
-309 points

Bruno Guigue nous invite à réfléchir sur ´l'inné et l'acquis, la nature et la culture.

Il ne s'agit pas de gommer les différences mais de reconnaître l'égalité de droit afin de lutter contre les discriminations y compris dans l'espace public...

Des réflexions de qualité à méditer sans précipitation...

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Taoufik
88 points

Il y a confusion entre l'égalité des droits entre les hommes et les femmes et l'égalité des sexes. Qu'on le veuille ou non, les hommes et les femmes sont différents biologiquement et le nier fait parti des plus grandes absurdités sur terre. Du fait de cette différence naturelle, il est facilement imaginable que des critères qui en dépendent diffèrent également. Dés lors que cette évidence est admise, il devient possible de travailler sur les droits et devoirs de chacun et chacune et faire avancer la condition sociale des humains, mais seulement en partant sur des bases saines! Continuer à essayer de forcer la nature avec le mariage homosexuel et la théorie du genre pour désorienter nos plus jeunes des leurs premières années n'aura d'autre impact que de les déstabiliser sans leur donner la moindre chance de retrouver leurs repères disparus...

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Liliane Bénard
-309 points

Majeri,
Chacun reconnaît que les hommes et les femmes sont différents. Ils revendiquent de plus une égalité de droit. Ils peuvent prétendre à des fonctions sociales équivalentes, devenir président de la république, médecin ou artiste (?)

Votre souci de l'éducation des enfants est primordial. Leurs qualités biologiques vont les orienter naturellement tout autant que leurs sexualités. Ils disposent de repères naturels. Les parents veilleront à ne pas faire de leur fille une Lolita ni de leur garçon un gros dur. L'éducation guide aussi la nature...

Notre civilisation n'est pas sans vagues. Elle rassemble des hommes et des femmes de différentes religions. Les familles se trouvent souvent éclatées et des idéologies s'affrontent. Les enfants revendiquent à leur tour leurs droits...

Nous expliquons à nos enfants la valeur de l'hétérosexualité. Ils n'en deviendront pas homophobes. Ils savent qu'un mariage gay ne sera pas bienvenu. Ils disposent comme nous de repères religieux et naturels.

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Alina Reyes
74 points

Un texte parfait.Je me rappelle avoir été scandalisée par la réduction de la vision que généraient les gender studies,quand j'ai découvert il y a une vingtaine d'années aux Etats-Unis qu'il était possible de faire tout un parcours universitaire dans ces études,et en voyant des rayons entiers de bibliothèques ou de librairies consacrées uniquement aux oeuvres de femmes ou sur les femmes.Autant je reconnais et je sais intimement que les rôles des femmes et des hommes sont déterminés par la culture,autant je sais qu'il faut aussi reconnaître la nature, la physis comme disent les grecs, le physique. Car sans physique il n'y a plus d'âme en ce monde,les corps deviennent dans l'esprit des hommes des machines - et dans la négation de l'hétérosexualité des machines à fabriquer de l'enfant pour d'autres, de façon déshumanisante qui ne tient plus compte des relations entre l'embryon puis le foetus et la femme qui le porte, avec aussi le père dont il perçoit la voix et la présence quand il est là

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Taoufik
88 points

Chère Liliane,
Au-delà de l'article de Bruno Guigue vous ne pouvez pas réfuter la tournure dramatique que prennent les évènements dans notre société. Il vous suffirait simplement de procéder à un simple comparatif entre les époques précédentes et aujourd'hui pour en conclure qu’une étape sombre a été franchi. Entendons nous bien, il ne s'agit pas pour moi de remettre en cause les droits et devoirs de chacun bien au contraire! J’attire simplement votre attention sur une société permissive où chaque citoyen peu considéré comme acquis la possibilité de renier jusqu'à la nature même de son être où les limites les plus élémentaires sont transgressées et où un ordre minimal permettant l'existence de fondamentaux et le vivre ensemble disparaitraient. Ne devons nous pas agir lorsque le bateau prend un mauvais cap ou faut il attendre qu'il se perde au large? Pour vous avoir lu bien souvent, je ne vous imagine pas ne pas adhérer à l’indubitable réponse.

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Liliane Bénard
-309 points

Merci Majeri !
Votre inquiétude est sincère et fondée. Bruno Guigue nous propose une bonne analyse de la question : " du sexe au genre : faut-il chasser le naturel ?"
Notre genre est le genre humain et nous y observons tant de possibles et tant d'injustices. La sexualité y est souvent mal gérée. J'ajouterai qu'à mon avis ( et je peux me tromper), nous qualifions de naturel ce qui ne l'est pas.
Si nous voulons répondre à nos inquiétudes d'éducateurs, nous devons probablement lutter contre la tristesse. Les jeunes savent bien que les lois de l'Etat semblent libérales. Elles ne contraignent aucun d'entre nous.
Les jeunes luttent contre l'homophobie mais ils ne deviennent pas homosexuels.
L'éducation qu'ils reçoivent y compris à la chasteté les conduit ailleurs. Ils aiment les sports de haut niveau et peu jouent les Lolita et les gros durs...
Ne soyons pas désespérés même si notre monde change. Nous savons bien qu'il doit changer sous le regard de Dieu.

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Claude
-838 points

(A)
Cet article de Bruno Guigue paraît extrêmement ouvert, tolérant, informé.

En réalité, dès son premier paragraphe il a introduit un ver dans le fruit : l'expression « IDENTITé sexuelle » qui existerait « dès la naissance » (qualifiée plus loin de « native », « naturelle » et « héritée », là où il n'y a encore qu'une CORPORALITé sexuée.

De plus, quand il écrit :
« Nous naissons de sexe masculin ou féminin sans l’avoir choisi, et l’identité sexuelle est un fait de nature. »

… il néglige le fait que cette différenciation n'est pas toujours cohérente à ses divers niveaux (les gènes et les organes sexuels dits "externes" ou internes : gonades, canaux déférents, présence ou absence d'utérus). On en parle très peu, mais les opérations correctrices ne sont pas rares.

Il arrive même (en cas d'hermaphrodisme complet) que les parents doivent choisir arbitrairement le sexe que la chirurgie va attribuer à leur enfant, progressivement, sur plusieurs années.

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Claude
-838 points

(B)
En employant le terme « identité » pour du pur biologique, Bruno Guigue dénature d’emblée le concept d’« identité de genre », ce qui fait sa spécificité et son opérationnalité.
En effet, si l’on prend au sérieux la fonction et la signification de l’expression « identité de genre » telles qu’elles ont été forgées par ses concepteurs, cette identité « SE CONSTRUIT » chez chacune personne (il ne s’agit évidemment pas pour celle-ci de « CHOISIR LIBREMENT son propre genre », idée aberrante) dans un rapport complexe - et pas encore élucidé - entre TROIS "facettes" (ou dimensions) de sa situation :

a) La réalité BIOLOGIQUE de son corps, qui est sexué (de manière naturelle ou à la suite d’interventions chirurgicales).
On voit bien que cette dimension est prise en compte et qu’il n’y a pas « substitution de "l’identité de genre" à la "différence sexuelle", de manière ouverte ou inavouée ». Mais une telle "facette" ne constitue nullement, à elle seule, une « identité ».

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Claude
-838 points

(C)
b) La réalité SOCIALE des rôles conventionnellement dévolus respectivement aux hommes et aux femmes, ainsi que de l'imaginaire de son environnement — familial, social, national, linguistique, civilisationnel et éventuellement religieux — concernant le "masculin" et le "féminin".

c) La réalité PSYCHOLOGIQUE de ses préférences en matière d’affectivité, de tendresse puis d’attirance (envers les personnes du sexe opposé ou du même sexe) mais aussi, et bien plus tôt, en matière de jeux, d’habillement et de comportements (il y a des personnes qui sont biologiquement « homme » et qui, depuis leur prime enfance, sont « femme » dans leur tête, ou l'inverse ; elles se sentent enfermées dans un corps qui ne leur correspond pas).

Ayant gommé la troisième de ces "facettes", ayant attribué une « identité » à la première, Bruno Guigue peut (sans rien interdire dans la « vie privée » des adultes) revenir en fin de compte sur tout ce qu'il a concédé dans tel ou tel passage de son texte.

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Claude
-838 points

(D)
A savoir :
- revenir subrepticement à une conception où le biologique l'emporte "en dernier ressort" : « le naturel ne s’oppose pas au culturel, il le précède et lui assigne des limites » ET « le genre n’efface pas le sexe, il le qualifie socialement, ce qui n’est pas la même chose »

- caricaturer les objectifs des "études de genre" : « relativiser la différence sexuelle en faisant comme si elle était un fardeau dont il faudrait se débarrasser » ET « faire de ce libre choix, hors de toute détermination biologique, l’alpha et l’oméga d’une existence accomplie »

- sauver l'essentiel du patriarcat, soit la complémentarité homme-femme dans d’autres domaines que la procréation : « il faut que les deux sexes se complètent, précisément parce qu’ils diffèrent » ET « les hommes et les femmes se complètent en tenant compte de leurs dispositions natives ».

Bref il apparaît ouvert à la réflexion et au débat, alors qu'il en fausse délibérément les bases et les enjeux.

X
Claude
-838 points

(E)
Non seulement il a dénaturé dès le début le concept d'« identité de genre », mais il va ensuite jusqu'à prétendre que les "études de genre", même si elles sont « descriptives » et « sociologiques », ne sont pourtant pas scientifiques du tout :

« Distinguer l’identité sexuelle (native) et l’identité de genre (construite) [n’est pas absurde], mais à condition que cette distinction demeure DESCRIPTIVE. [..] Les "études de genre" (gender studies) [..] présentent indéniablement un intérêt SOCIOLOGIQUE. En revanche, et bien qu’elles soient enseignées [..], elles n’ont AUCUNE VALEUR SCIENTIFIQUE ».

Pour y parvenir, il commet une "erreur" que l'on ne pardonnerait pas à un élève de Terminale littéraire ou scientifique lors de l'épreuve de philo d'un bac "blanc" ou réel. Il assimile l'élaboration d'un nouveau concept scientifique à l'invention d'une « norme » :

« Dans leur esprit, le "genre" [..] est une nouvelle NORME appelée à transcender la différence biologique. »

X
Claude
-838 points

(F)
Enfin il invente (certes après bien d’autres) une chose qui n’existe pas : « LA "théorie du genre" ».

Aujourd’hui, rien de tel que d’appeler « théorie » l’ensemble des faits — scientifiquement établis, vérifiés et re-vérifiés — que l’on veut disqualifier (voir les négationnistes de la « théorie de l’évolution » : ce n’est qu’une « théorie » parmi d’autres, l’évolution n’est pas un fait avéré).
Alors, faisons comme si toutes ces recherches sociologiques, qui n’ont de commun que d’étudier des situations sociales sous l’angle du « genre » (au lieu de la « catégorie socioprofessionnelle » bien rassurante), formaient un ensemble cohérent et bien identifiable. Il est bien plus facile d’attaquer une « théorie » unifiée qu’un ensemble foisonnant d’ "études de genre".

Cet article est un exemple d'opposition d'une religion aux avancées de la connaissance scientifique — et plus généralement de la pensée — dans un domaine où ces deux conceptions sont encore en concurrence.

X
Claude
-838 points

(G et fin)
Ce n’est pas l’opposition frontale de l’Inquisition obligeant Galilée à abjurer à genoux ses convictions coperniciennes et mettant à l’Index tous les ouvrages d’astronomie d'orientation non géocentrique. Ce n’est pas celle du calife marocain Abu Yusuf Yaqub al-Mansur condamnant Abu al-Walid Muhammad ibn Rošd (Averroès) à l’exil et interdisant la philosophie. Les choses ont changé. L’opposition, contrainte à davantage de subtilité, avance masquée.

Elle s’appuie sur l’ignorance — bien compréhensible — des croyants qui lui font confiance. Elle amalgame arbitrairement ce qui est très diversifié. Elle déforme les idées qu’elle combat, les simplifie jusqu’à les rendre simplistes, les caricature au point de les rendre indéfendables... donc très faciles à contredire.

La seule solution pour n’être pas intoxiqué — aller vérifier à la source, ou aux sources — est longue et pénible. L’opposition compte sur le manque de temps et d’énergie de la plupart des gens.

X
Claude
-838 points

Vincent PEILLON a dit :
« On voit maintenant aussi agir des extrémistes dans les bibliothèques. Une interdiction lexicale commence même à peser sur le mot "genre". [..] On a tous appris le genre grammatical. Or, à cause de l’invention d’une prétendue "théorie du genre" par des extrémistes, on ne devrait plus employer ce mot. Quand on interdit les mots, on interdit les pensées. [..] L’épuration de la langue est le premier acte. Après, on fait la chasse aux livres. Puis la guerre aux professeurs et aux valeurs républicaines. Je ne l’accepte pas. »

Editorial :
« Copé comme Le Maire se font le relais de la propagande du "Printemps français" qui, après avoir mené une manifestation homophobe et antisémite sur les pavés de Paris, veut épurer les bibliothèques. Un de ses blogs amis a même dressé une liste des livres impies. [..] Mais l’école apprend aussi un vivre-ensemble, une tolérance des différences ; autant de leçons nécessaires dans une société plurielle. »

("Libération", 12/02/2014)

X
Claude
-838 points

(A)
« L’homosexualité est un sniper silencieux qui colle une balle dans le cœur des enfants. [..] Il ne se préoccupe pas de savoir s’ils sont nés d’une insémination artificielle ou d’un coït catholique. Il ne se demande pas s’ils viennent de familles monoparentales ou si papa portait du bleu et maman s’habillait de rose. [..]

« Mais parmi ceux qui portent la balle dans la poitrine, quelques-uns décident de vivre comme s’ils ne sentaient rien. [..] Des médecins et des Eglises promettent d’extirper la balle. On dit qu’en Equateur une nouvelle clinique évangéliste ouvre chaque jour, pour ré éduquer les homosexuels et les transsexuels. Les foudres de la foi deviennent des décharges électriques. Mais nul n’a jamais su comment extirper la balle. Ni les mormons ni les castristes. On peut l’enfouir plus profondément dans sa poitrine, mais on ne peut jamais l’extirper. [..]

« J’avais 3 ans quand pour la première fois j’ai senti le poids de la balle. J’ai su que je la portais en entendant...

X
Claude
-838 points

(B)
... mon père traiter de "sales gouines dégueulasses" deux filles étrangères qui marchaient en se donnant la main dans la rue. Ma poitrine s’est mise à brûler. Cette nuit-là, sans savoir pourquoi, j’ai imaginé pour la première fois que je m’échappais de ma ville et que je partais dans un autre pays.[..]

« Parmi les adultes qui participent aux manifestations de la colère, [..] certains de leurs enfants portent déjà la balle au cœur.[..] La nuit, comme quand j’étais enfant, ils vont au lit avec la honte d’être les seuls à savoir qu’ils sont la déconvenue de leurs parents, ils vont se coucher avec la peur de ce que leurs parents les abandonnent s’ils apprennent, ou préfèrent encore qu’ils meurent. Et ils rêvent peut-être, comme moi avant eux, qu’ils s’enfuient dans un pays étranger, dans lequel les enfants qui portent la balle sont les bienvenus. Et je voudrais dire à ces enfants : la vie est merveilleuse. [..] Vous n’êtes pas seuls. »

Beatriz Preciado ("Libération" 14/02/2014 p. 40)