Samedi 30 August 2014
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Jean-Pierre Filiu : "Je crois que la victoire sera politique en Syrie"

Jean-Pierre Filiu : "Je crois que la victoire sera politique en Syrie"
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A l’occasion de la parution de son dernier ouvrage « Le nouveau Moyen-Orient », premier du genre à être consacré à la Révolution syrienne, Jean-Pierre Filiu, le prolifique historien arabisant, professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po (Paris), a répondu à nos questions.

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En se plongeant dans les méandres de la Révolution syrienne, Jean-Pierre Filiu n’était pas en terre inconnue, mais en immersion intellectuelle dans un pays qui lui est familier et cher, où il résida en sa qualité d’adjoint de l’ambassadeur de France à Damas, de 1996 à 1999.

Face à la tournure dévastatrice d’une insurrection populaire avide de changement, entamée pacifiquement et emportée dans le tourbillon mortifère d’un conflit qui bouscule tous les schémas, Jean-Pierre Filiu a répondu à l’appel impérieux de la recherche afin de décrypter les tenants et les aboutissants de la contestation syrienne et de la répression implacable menée par le régime de Bachar al-Assad.

Sous une plume passionnante qui éclaire la Révolution syrienne à la lumière de la perspective historique, de l’analyse d’actualité et de la réflexion prospective, Jean-Pierre Filiu signe « Le nouveau Moyen-Orient, les peuples à l'heure de la Révolution syrienne », le premier livre entièrement consacré à la Syrie d’hier et d’aujourd’hui, pour mieux se projeter dans la Syrie de demain.

- Dans votre ouvrage, vous observez l’émergence d’un nouveau Moyen-Orient à la faveur d’une renaissance arabe qui est actrice de son destin. Vous évoquez un prolongement de la Nahda, quels en sont aujourd’hui les enjeux essentiels, et quel sera le rôle de la Syrie future ?

Ma thèse d’historien est assez simple et elle s’inscrit dans le prolongement de mon ouvrage précédent, « La Révolution arabe, dix leçons sur le soulèvement démocratique », publié au début de la vague révolutionnaire. Nous assistons à l’aboutissement d’un processus historique de longue durée, engagé durant la Nahda/Renaissance du XIXème siècle, et frustré par l’établissement de dictatures au lendemain des indépendances arabes. La Syrie, du fait de sa centralité historique et politique, joue un rôle déterminant dans cette nouvelle ère.

- Est-ce une revanche sur les accords franco-britanniques «Sykes-Picot» de 1920? Pouvez-vous en rappeler les grands objectifs et les lourdes conséquences pour les peuples concernés ?

La division artificielle du Moyen-Orient entre la France et la Grande-Bretagne, sur la base des accords secrets de 1916, connus sous le nom de leurs négociateurs Sykes et Picot, est en effet une cause fondamentale de l’instabilité des Etats devenus plus tard indépendants. Le paradoxe révolutionnaire est que la légitimation, par la lutte même, du cadre hérité de la colonisation va conforter ces frontières, initialement imposées, mais devenues celles d’un peuple en lutte pour son indépendance authentique. Il est frappant de voir que les révolutionnaires syriens ont choisi le drapeau de la Syrie rétablie en tant que telle en 1961, après la rupture de la funeste « union » avec l’Egypte.

- Ce Moyen-Orient, passé dans le langage courant, a été conceptualisé en 1902 par l’amiral américain Alfred Mahan. Etait-ce un visionnaire de la géopolitique, et quelle portée a eu sa projection de l’Orient dans le monde ?

J’insiste comme historien sur le fait que le Moyen-Orient est une projection de puissance relativement récente, puisque ce concept naît il y a un peu plus de siècle, sous la plume d’un théoricien américain du contrôle des routes maritimes. Avant cet amiral Mahan, on parlait d’Orient ou de Levant. Lui pose le « Moyen-Orient » comme cible de toute puissance aspirant à l’hégémonie mondiale. Et cela un demi-siècle avant la fondation de l’état d’Israël ou l’exploitation massive du pétrole. C’est ce Moyen-Orient d’en haut qui disparaît aujourd’hui au profit d’une réalité dictée par les peuples en lutte.

- La révolution syrienne, démarrée pacifiquement, a sombré dans un chaos mortifère. La comptabilité macabre en atteste (plus de 30 000 morts en 20 mois, un million et demi de Syriens déplacés à l’intérieur du pays, 400 000 réfugiés dans les pays voisins, une situation humanitaire catastrophique). Quelle est votre perception de la complexité de ce conflit ?

Tous ces chiffres accablants, que vous reprenez de l’introduction de mon livre, pourtant paru il y a très peu de temps, peuvent déjà être doublés, tant la descente aux enfers du peuple syrien s’accompagne d’une aggravation exponentielle du nombre des victimes. Je crois que c’est moins la complexité du conflit syrien qui est sans précédent que la détermination du peuple de Syrie à renverser une dictature elle-même prête à tout pour demeurer en place. Les acteurs extérieurs croient pouvoir contrôler une crise dont je mets pourtant en lumière les enjeux profondément intérieurs et les ressorts intimes. La Russie et l’Iran sont ainsi engagés dans une co-belligérance active qu’ils vont payer au prix fort.

- Quel est le vrai poids du conflit confessionnel sunnite-alaouite et quelle sera son issue ?

Je vous remercie de parler de sunnites-alaouites plutôt que, comme trop de commentateurs, de sunnites-chiites. Les Alaouites ne sont en effet pas plus chiites que les Mormons ne sont protestants. Mais l’Iran et l’Arabie ont à l’évidence projeté sur le théâtre syrien leurs rivalités régionales, qu’elles déclinent sur un mode confessionnel. Aujourd’hui, Bachar al-Assad a littéralement pris en otages les Alaouites de Syrie et il faut que les forces révolutionnaires desserrent cet étau en intégrant de manière volontariste des personnalités alaouites. La nomination de Monzer Makhous comme ambassadeur de la Syrie nouvelle, à Paris, est un pas parmi d’autres en ce sens.

- Comment expliquez-vous l’apparente réserve de la communauté internationale, et notamment des Etats-Unis ? Cela aura-t-il des répercussions à terme entre une Syrie que vous voyez victorieuse de son tyran Bachar al-Assad et l’Occident ?

Je souligne l’effet profondément néfaste de l’absence de décision claire de la part de la communauté internationale, qui a abouti à aggraver le calvaire du peuple syrien. Je suis particulièrement sévère à l’encontre de Kofi Annan, dont la mission a coïncidé avec une escalade sanglante sur tous les fronts. Tous ces intervenants extérieurs sont prisonniers d’une vision dépassée où Bachar al-Assad continue d’incarner l’Etat, et où les combattants sont réduits à n’être que des relais des supposées influences étrangères. C’est une insulte au peuple syrien en lutte pour sa libération. Et il n’oubliera pas de si tôt qui était à ses côtés et qui l’a abandonné en ces moments terribles.

- Vous décrivez Hafez al-Assad, le père, comme un « conspirateur opiniâtre » qui a consolidé, en 1970, une « dictature d’une perversité inédite, habile à brouiller les pistes, pour camoufler l’accaparement du pays par un clan ». Tel père, tel fils, de quoi est faite la capacité de nuisance  de « l’Etat de barbarie » des Assad ?

J’ai pu rencontrer plusieurs fois Hafez al-Assad comme son fils. Je suis convaincu que, contrairement à tous les commentaires sur leur soi-disant « vision stratégique », ce ne sont que des survivants déterminés à tout sacrifier pour la préservation de leur pouvoir sans partage. C’est ce qui avait amené le regretté Michel Seurat à inventer ce concept lumineux d’« Etat de barbarie », car cet « Etat » n’a plus de rapport avec sa population que le bombardement et les massacres. Aucune négociation ne peut être menée avec cette machine de terreur, qui doit être démantelée, sous peine de perdurer comme depuis plus de quarante ans.

- Vous affirmez que la victoire sera politique avant d’être militaire, avec la chute de Bachar al-Assad. Mais pour l’heure, ce dernier résiste depuis plus d’un an face à l’Armée syrienne de libération (ASL) et le Comité National Syrien (CNS). La guérilla peut-elle vraiment avoir le dessus et à quelle échéance ?

Je crois en effet que la victoire sera politique et que « l’Etat de barbarie » s’effondrera de ne plus pouvoir entretenir sa terreur débridée. Cela ne signifie pas qu’un rapport de forces militaire ne doit pas être enfin établi pour que l’aviation, l’artillerie et les missiles du régime cessent de semer la terreur dans la population. Mais la clef ne sera pas dans une victoire « militaire » (la rébellion a d’ailleurs eu tort de céder à cette illusion lors des batailles de Damas et d’Alep en juillet 2012). Elle se trouvera dans l’établissement d’une autorité révolutionnaire et légitime sur un territoire syrien « libéré » au sens propre, c’est à dire protégé des frappes aveugles du régime.

- La résistance civile continue envers et contre tout, les slogans de rue étant scandés tous les vendredis par des milliers de Syriens. La révolution syrienne s'inscrit bel et bien dans le soulèvement démocratique qui traverse le monde arabe depuis 2010 ?

Il est en effet regrettable que l’essentiel des images qui nous parviennent de Syrie continuent d’être des images de combats, parfois atroces, alors que, tous les vendredis, des milliers de Syriennes et de Syriens continuent de manifester pacifiquement. Leur courage est admirable et il constitue la meilleure garantie de l’avenir. Mais la résistance civile couvre aussi tous les aspects d’administration locale, d’assistance humanitaire, de justice élémentaire qui « tiennent » les zones libérées du régime. C’est une Syrie nouvelle qui naît déjà sous nos yeux, farouchement attachée aux acquis de ses combats.

- Vous concluez en annonçant « l’An II de la révolution arabe, l’heure des peuples», précisant : « Ce nouveau Moyen-Orient que les néo-conservateurs croyaient enfanter en Irak en 2003 commence aujourd’hui d’émerger en Syrie ». Vous êtes résolument confiant dans l’avenir de la Syrie libérée du joug de Bachar al-Assad ?

A défaut d’être confiant, je suis résolument historien. L’invasion américaine de l’Irak en 2003 était un mauvais « remake » des expéditions coloniales, avec la volonté affichée de « libérer » par le haut un pays à la culture immémoriale. On connaît le désastre qui s’en est suivi : l’Irak mettra au moins une génération après le retrait américain pour se remettre d’un tel traumatisme. En Syrie, au contraire, c’est des profondeurs de la société que se développe l’alternative révolutionnaire. Aucun retour en arrière n’est possible et la dynamique contestataire de critique de toute autorité peut sembler ajouter à la confusion de la révolution syrienne, elle est aussi un rempart contre les tentations de restauration arbitraire.

Propos recueillis par la rédaction

Jean Pierre Filiu, Le nouveau Moyen-Orient, les peuples à l'heure de la Révolution syrienne,  Fayard, 2013. 

 

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Commentaires

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faserone
2 points

La révolution syrienne n'existe pas J'ai jamais vu des musulmans tuer leurs frères en religion pendant le Ramadan. C'est une hérésie cette guerre. Et qui est derrière ? L'arabie saoudite, le Qatar.. Et qui est derrière eux ? Toujours les mêmes : USA, Israël. Ils sont en train de mater la dernière armée arabe au monde. Après, les arabes n'auront plus leur mot à dire dans la région : c'est tellement évident !!!!

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Waglioni
-1249 points

C'est un tour de force que de réussir à taire l'implication des anglais, des français, du Qatar et des Saoud dans le chaos syrien ! Pas un mot des mercenaires de tous poils qui sèment les bombes en pleine rue, pas un mot des frontières turques et libanaises qui servent de bases plus ou moins siglées "OTAN". Bravo à ce diplomate français, et merci aussi à Oumma.com pour cet exercice réussi de désinformation !

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Soraya
1 points

Merci Oumma de cet entretien de qualité, c'est vrai que j'attendais de lire sur le site une analyse d'un expert, car on entend tellement de choses de part et d'autre.

Rien de tel que de revenir aux sources historiques pour comprendre l'état actuel de la Syrie. Je ne comprends pas ceux qui crient aussitôt à la "désinformation" comme Waglioni, tout de suite l'anathème ! Et ne me dites pas que cette tragédie syrienne n'est pas à la base une révolution populaire comme en Tunisie ou en Egypte, et qu'elle est d'une limpidité accessible au plus grand nombre. Si vous êtes mieux informés que tout le monde, dépêchez-vous de faire un livre pour nous éclairer !

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Liliane Bénard
-309 points

Jean-Pierre Filliu a un bon sourire et son interview est plein d'espoir même s'il n'oublie ni les chiffres ni les horreurs de la guerre.
Nous avons le droit de rêver d'une révolution arabe, animée par une autorité démocratique contre les tyrans. Nous préférons tous la politique à la guerre mais aucun historien ne peut nous assurer de l'avenir.
L'histoire oppose justement les colonisateurs au mouvement al-nahda, de la renaissance musulmane. Cette renaissance interdit les divisions théologiques pour que la justice ne soit plus un mot creux, vidé de son contenu concret.
L'ordre succède au chaos, reste à savoir quel ordre. Comme nous le propose René Naba, chacun se tourne vers une autorité civile, à la fois savante de l'histoire et amoureuse de renaissance.

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alice
-2167 points

ah, Waglioni, vous êtes là!

Parlions-nous des brioches?
Et " en invoquant le fait accompli " serait-ce là une nouvelle divinité?

Vous êtes sommé de répondre!
Car savez -vous que ce que vous écrivez vous aussi est d´une portée considérable ? :-)

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Drantas
22 points

Excellent entretien d'une grande véracité. Merci M. Filiu pour vos explications.

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Yannick Laude
-1127 points

@Ali et Waglioni,

Les manifestations contre le régime Assad ont débuté de manière tout à fait pacifique en février 2011 et le régime avait toutes les occasions d'éviter que ça ne dégénère en guerre civile. Pour le reste vous confondez tout: c'est justement parce que les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont refusé d'aider l'opposition démocratique que le Qatar et l'Arabie Saoudite sont entrés en lice pour financer les milices islamistes! Je vous signale que le chef de la Coalition pour une Syrie libre, Moaz al-Khatib, est toujours disposé à négocier avec Assad, ce qui n'est effectivement pas le cas des Islamistes. Quant au fait que des Musulmans tuent des Musulmans même en période de Ramadan, ce n'est pas nouveau. Hélas, j'en conviens avec vous.

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boubou320
5 points

Une des meilleures analyses sur la Syrie que j'ai pu lire jusqu'à présent. Du grand art. Jean-Pierre Filiu semble bien connaître le sujet, ce qui nous change des rigolos que l'on voit à la télé sous l’appellation de spécialistes.

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Jaberi
3 points

Remarquable interview qui n'omet pas de placer le drame syrien dans une perspective historique. Élément capital qui permet mieux de comprendre le drame syrien. J'attends la réaction des petits adeptes du complot qui use de raccourcis pour expliquer un phénomène complexe.

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Ladoune
8 points

Moi qui suis novice en la matière, les propos de M.Filiu m'ont permis d' y voir plus clair. Ce conflit en Syrie me paraissaient si complexe, qu'il est bon de toujours demeurer informé et bien informé.

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salamoun
-9 points

Merci M. Filiu pour cet éclairage car beaucoup de gens continuent à confondre le clan des familles Assad et Makhlouf avec le Front du refus (al momâna'a).Un régime ( ses dirigeants) qui bombarde la population avec des Mig , des Scud et tous les moyens en sa possession ne peut pas être considéré comme "progressiste"...C'est effectivement un Etat barbare dirigé par des familles d'une cruauté inégalable...On ne sait qui , de la Corée du Nord ou de la Syrie , mérite le nom de l'Etat sanguinaire...Tous les massacres et les viols perpétrés par les sbires de ce régime seront comptabilisés ; la chute du dictateur est très proche...

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Fadewelle
15 points

Un régal de bout en bout cette interview avec Jean-Pierre Filiu. Le régime autoritaire de Assad est un régime criminel capable de tous les massacres. Il faut venir au secours du peuple syrien, grande victime de cette tragédie.

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Fouad34
-7 points

La lecture de cette brillante interview de JP FILIU est un excellent anti-dote contre la connerie de pseudos experts qui racontent vraiment n'importe quoi sur la Syrie.

Un big thank à JP FILIU !

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Sarah
-30 points

Merci à Jean Pierre Filiu pour cette analyse sur la situation dramatique du peuple syrien.

@ Waglioni:

Sachez que Monsieur Filiu est un ANCIEN diplomate qui n'a plus de rapport avec le Qaui D'orsay, dont il a critiqué la politique notamment vis à vis du conflit israelo-palestinien.
Monsieur Filiu a été sévèrement critiqué par les pro-israeliens (CRIF et cie)pour avoir dénoncé la situation dans les territoires occupés et pour sa chanson avec Zebda,"une vie de moins à Gaza".

Concernant l'implication des puissances étrangères dans le conflit syrien,bien sûr qu'elles existent,mais elles sont largement exagérées et surtout très tardives(plus d'un an après le début des soulèvements).
Notez que l'administration Obama,avec les conseil de son conseiller officieux,Brzezinski, qui a fait personnellement l'éolge de Bashar en 2007 lors de leur rencontre,a été plus que prudent dans cette affaire,refusant l'armement des rebelles.
Israel,son but est que la crise dure le plus longtemps possible.

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Easy
-81 points

A Ali

Si les monarchies du golf, israel et les états unis, selon vous, aident les islamistes en syrie, pourquoi leur interdisent t-ils alors l'acheminement des armes sophistiqués ainsi qu'à L'ASL ?

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WAHRAN
-2 points

frere ali on syrie ya une tyrannie qui spoli les droit des sitoyens depuis le pere et apres le fis rien na changé alor le peuple a perdu le sens de la cohabitation et bien sur c la guerre qui s´installe pour retrouvé la paix inchalah il faut un changement radical du systéme socialo3alaouite

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salamoun
-9 points

Merci Sarah pour votre prise de position courageuse ,sur la situation dramatique du peuple syrien , et sur d'autres problèmes du monde arabo-musulman...Il arrive que des posts soient supprimés dans les forums de discussion...même sur Oumma.com ...
Je renouvelle mes remerciements à ceux qui ont pris position en faveur des peuples et non des dictateurs...L'Histoire ne pardonne pas...

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baraa
419 points

Mais pourquoi l'auteur de cet article ne mentionne pas que depuis plusieurs mois des opposants négocient avec le gouvernement, que le président syrien a accepté depuis longtemps le principe d'élections libres sans exclusives, y compris pour les groupes qui ont du sang sur les mains ? Pourquoi ne parle-t-il pas des attentats à la voiture piégée revendiqués par les groupes extrémistes. Pourquoi fait-il comme s'il ignorait les vidéos diffusées par les rebelles eux mêmes et appelant au meurtre des civils qui ne leur plaisent pas? Comment peut-on croire que des monarchies absolutistes, obscurantistes et protégées par des bases armées étrangères pourraient aider la liberté en Syrie et ne pas soutenir là le même désastre mortifère qu'en Libye, au Yémen, au Bahrein et il y a dix ans en Algérie ? Pourquoi ne cite-t-il pas les enquêtes d'opinions impartiales menées en Syrie et qui démontrent que le terrorisme est refusé par la population qui préfère à tout prendre Bachar el Assad?

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chb
-15 points

Une solution politique ? Sauf à supprimer al Assad comme on cherche à le faire depuis deux ans, une solution politique passe par des négociations entre le pouvoir actuel, et ceux des opposants survivants qui sont syriens. Cela, pour respecter éventuellement la démocratie, objet ostensible des sanctions et de l'aide fournie aux rebelles.
Est-ce que les investissements qataris et autres, comprenant des armes et des mercenaires, seront soudain abandonnés ?
Est-ce que les insurgés tunisiens et autres nationalités ont été rapatriés chez eux ? Ou sont-ils bientôt tous morts ?

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chb
-15 points

Que fera la « solution politique » avec les kurdes, qui semblent rabibochés avec l'ASL ?
Quel y sera le rôle d'Israël, qui est toujours en guerre avec Damas, qui occupe le Golan et qui vient de bombarder un centre « de recherche » ?
L'aide prévue par les occidentaux sera-t-elle transférée sur la reconstruction, éventuellement en construisant un autre pipeline, projet ancien du Qatar ?

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Rachid Zani
-302 points

"Dans toute idée, il faut chercher à qui elle va et de qui elle vient ; alors seulement on comprend son efficacité. " Bertolt Brecht

Qu'il me soit permis de conseiller l'article très bien ficelé de M.Chems Eddine Chitour qui démontre les tenants et les sans doute aboutissants des abjects accords sikes-picot qui ont vu souffrir et mourir tant d'êtres humains aux seuls besoins d'assouvir l'addiction au "dieu" matérialisme d'une petite minorité.

"Nous assistons certainement à une réorganisation du monde. Les Français et les Anglais sont cantonnés dans le rôle de supplétifs. Nous sommes loin de la politique arabe de De Gaulle ou même du tandem Chirac-De Villepin qui ont dit non à l’Empire à propos de l’invasion de l’Irak.Les Français continueront à guerroyer en vain, ils auront leur Afghanistan au Mali et comme le dit un proverbe arabe"ils mangeront leurs dents".

"Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain;ni aucune chose qui appartienne à ton prochain." Exode 20/17 ...

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Rachid Zani
-302 points
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Hassan
-1 points

Merci Rachid pour votre lien intéressant. Sinon , pour en revenir à l'article de JPF , on sent bien ici qu'on a affaire à un spécialiste , un vrai même si je reste très méfiant quant à une éventuelle intervention en Syrie car en fait c'est de cela qu'il s'agit premiérement et veritablement, au delà de la compassion bien partagée certes pour le peuple . Mais JPF sait de quoi il parle et ses analyses également très pertinentes méritent très largement que l'on s'y intéresse. Je souhaite à ce titre proposer également une interview faite par France Culture à JPF et ...BHL sur ce sujet, et accessoirement ,sur le film de l'autre va-t-en-guerre. On pourra , non sans amusement, admirer la grande sagesse , maîtrise de soi et savoir de JPF et la comparer à l'ignorance , l'arrogance de l'"entartré". Au départ je trouvais JPF pas très combattif , mais en fait il est tout à fait remarquable.

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Aïda Soraya
-1 points

L'auteur aurait pu parler des ingérences étrangères (USA, UE, Turquie, Qatar, Arabie Saoudite, Israël...) dans la crise syrienne, sans quoi elle serait réglée depuis longtemps.
La situation en Syrie est complexe. Il ne s'agit pas (en tout cas actuellement) d'un peuple qui se lève comme un contre un dictateur sanguinaire comme les médias nous le font croire.

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Jean-Pierre CHAMBARD
167 points

"Le président Assad, comme d'autres, participera à la prochaine élection, et le peuple syrien élira qui il veut" comme président, a affirmé lors d'une conférence de presse à Téhéran le chef de la diplomatie iranienne Ali Akbar Salehi, qui a en outre répété la position officielle de l'Iran: "M. Assad demeurera le président légitime jusqu'à la prochaine présidentielle".

Après tout, pourquoi pas ?
S'il doit y avoir une solution politique, c'est au peuple syrien d'en décider, dans le cadre d'élections sous contrôle d'observateurs indépendants, bien entendu.
Qu'en pensez-vous ?

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Sarah
-30 points

@ Jean-Pierre Chambard:

La situation en Syrie est vraiment complexe,et j'essaie de m'informer auprès de sources très différentes pour me faire une idée toute seule,mais ce n'est pas facile.

Je vous propose d'écouter cette vidéo sur la situation en Syrie et dans le monde arabe en général

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chb
-15 points

Le processus que vous envisagez, Chambard, est-il compatible avec les sanctions européennes contre la Syrie ?
avec l'appel au meurtre contre l'actuel chef de l'état (de Hollande, Fabius, etc.) ?
avec la fourniture à la rébellion de formation militaire, de matériel, « non létal » mais d'usage militaire... ?
Je ne crois pas que l'occident et les pétromonarchies, qui tentent depuis deux ans de faire tomber « le régime » par le biais de terroristes, accepteraient quand même la démocratie.
Nb : les vraies victimes du terrorisme sont très majoritairement des musulmans : http://www.legrandsoir.info/les-vraies-victimes-du-terrorisme.html

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chb
-15 points

Le processus que vous envisagez, Chambard, est-il compatible avec les sanctions européennes contre la Syrie ?
avec l'appel au meurtre contre l'actuel chef de l'état (de Hollande, Fabius, etc.) ?
avec la fourniture à la rébellion de formation militaire, de matériel, « non létal » mais d'usage militaire... ?
Je ne crois pas que l'occident et les pétromonarchies, qui tentent depuis deux ans de faire tomber « le régime » par le biais de terroristes, accepteraient quand même la démocratie.
Nb : les vraies victimes du terrorisme sont très majoritairement des musulmans : http://www.legrandsoir.info/les-vraies-victimes-du-terrorisme.html

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Jean-Pierre CHAMBARD
167 points

@ Sarah et chb :
Pour parler franchement et de manière brutale, je crois que l'Occident et les Pays du Golfe se "foutent" pas mal du sort du peuple Syrien.

Il me semble qu'en participant officiellement ou officieusement à l'implosion de la Syrie, l'objectif essentiel est de casser l'arc Iran-Syrie-Hezbollah libanais-Hamas palestinien.

Dire qu'on veut aider le peuple Syrien à se débarrasser d'un dictateur, c'est de l'hypocrisie (non pas qu'il ne le soit pas, mais c’est l’excuse humaniste qui est hypocrite).
Faire semblant (je parle de nos gouvernants) de s’apitoyer sur les 70.000 victimes dont nous sommes en grande partie responsable, c’est aussi de l’hypocrisie.

A partir d’une contestation interne légitime (qu’elle soit majoritaire ou non), les USA, l’Europe, l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Russie ont tissés leurs fils pour faire des différents acteurs de cette guerre civile … leurs marionnettes.

(à suivre)

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Jean-Pierre CHAMBARD
167 points

(suite)

Alors, bien sûr, que l’Iran a raison, bien sûr qu’il faut redonner la parole au peuple Syrien, et bien sûr, chb, que ceux qui tirent les ficelles ne seront pas d’accord pour la lui donner.

Et, sans parler des peuples, Bagdad, Damas, Alep, c’est notre patrimoine commun, c’est le berceau de notre civilisation que l’on est en train de détruire.

Il y a des jours où je me demande si sous une forme différente, plus subtile, nous ne sommes pas revenus au temps des Croisades.

Tout cela est d’une tristesse infinie, tout cela est dramatique !