A Montargis et au Havre, la laïcité se fourvoie dans l’éducation nationale

A Montargis et au Havre, la laïcité se fourvoie dans l’éducation nationale

La France marcherait-elle sur la tête au nom d’une laïcité qui lui fait perdre le nord, à force d’être bousculée dans ses fondements de 1905 et d’être brandie à tout propos et souvent hors de propos par la démagogie dominante ?

Coup sur coup, deux affaires sidérantes, mais ô combien révélatrices de ce malaise très français, ont mis en émoi l’éducation nationale et deux municipalités. A Montargis, dans le Loiret, c’est une directrice d’école maternelle qui n'a pas craint de faire beaucoup de peine aux tout-petits en supprimant purement et simplement la visite traditionnelle du Père Noël. Raison invoquée : "afin de respecter les différentes croyances ainsi que les valeurs de l'école laïque". Mais qui a exigé cela ? Certainement pas la communauté musulmane, dont on insinue par cette mauvaise décision et cette interprétation libre et erronée de la laïcité qu’elle en serait à l’origine.

Comment peut-on à ce point trahir l’esprit de la loi, alors que chacun sait, sauf à vivre reclus en ermite, que la figure quasi universelle du Père Noël est aujourd’hui dénuée de caractère religieux, même si son origine est chrétienne, et qu’elle appartient à l’univers merveilleux des croyances de l’enfance ? Devant le tollé, l’inspection académique a justifié l’injustifiable en prétextant des « raisons pédagogiques et financières », tout en blâmant une « initiative maladroite » de l’enseignante.

Autre département, autre mesure hâtive et malheureuse, au Havre, ce sont des milliers de crèmes au chocolat, contenant de la gélatine de porc, qui, le 29 novembre, ont été détruites selon un "principe de précaution" quelque peu précipité.

"Des employés [non musulmans] des cantines de la ville nous ont fait part de leur inquiétude au cas où l'information selon laquelle les desserts du jour contenaient de la gélatine de porc arrivait aux oreilles des enfants", a indiqué Philippe Brunel au Monde, le directeur général adjoint au développement social et à la famille, à la mairie. Par souci "d'égalité et de sérénité", et parce qu'ils n'étaient plus certains que cette crème puisse être servie "partout, à tous les enfants", les responsables de la mairie ont pris la décision de changer le dessert du jour, à la dernière minute. 

Toujours dans le Monde Philippe Brunel  a indique qu'après cet "imprévu", des consignes claires vont être rappelées. "Dans les cantines de la ville, le seul plat pour lequel il y a substitution, c'est lorsque du porc est prévu au menu. Les familles le savent à l'inscription en début d'année." Quant à la marque de crème incriminée, elle sera à nouveau servie aux enfants, assure-t-il.

Ceux qui légifèrent à tout prix, qui dissertent sur tout, et qui ont fait de la stigmatisation de l'islam leur fonds de commerce, auront certes réussi à échauffer les esprits, mais aussi à embrouiller les neurones quant à la compréhension d’une loi louée pour ses vertus éclairées et éclairantes. Mesdames et Messieurs les populistes et censeurs, chapeau bas pour cette laïcité déboussolée qui se fourvoie... et si l'on osait, on dirait même qui ne sait plus à quel Saint se vouer...

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