Israël/Palestine : le Grand Journal de Canal+ invite des imams incompétents pour en débattre

Escroquerie médiatique. Mardi, l’émission « Le Grand Journal » de Canal+ a reçu trois imams pour évoquer leur récente visite en Israël. Retour sur un entretien calamiteux pour l’image du clergé musulman.

Israël/Palestine : le Grand Journal de Canal+ invite des imams incompétents pour en débattre

Il fallait se pincer pour y croire. Etait-ce une faille temporelle projetant le téléspectateur devant une émission de l’ORTF consacrée aux immigrés -à peine débarqués- des années 60? Ou un sketch comique et anticlérical visant à parodier les « blédards » reconvertis en théologiens auto-proclamés de l’islam hexagonal ? Toujours est-il que la séquence diffusée mardi soir par Canal+ laisse songeur quant aux intentions exactes des responsables de l’audiovisuel lorsqu’il s’agit de faire figurer les représentants supposés des musulmans de France.

De retour d’un voyage (financé par le quai d’Orsay et le ministère israélien des Affaires étrangères) en Israël et dans les Territoires palestiniens, trois imams ont été invités à exposer leur point de vue sur la situation locale. Le webmaster chargé du compte Twitter de l’émission a en visiblement perdu son latin.

Hassen Chalghoumi, imam de Drancy,  Kemadou Gassama, imam du 20ème arrondissement de Paris et Ali Mohamed Kassim, « mufti » de Marseille, ont ainsi pris la parole pour délivrer au téléspectateur leur analyse, ou plus exactement leur sentiment, sur la dernière crise survenue entre le Hamas et le gouvernement israélien. 

 

Que faut-il en retenir ? Sur la forme, le trio de choc peine à se faire comprendre. Nul jugement de valeur ici mais un simple constat : quelle que soit l’étendue de leurs connaissances théologiques dans leur langue d’origine, les trois hommes sont, de toute évidence, de piètres orateurs en français, ternes dans l’expression et inaudibles dans le propos. Fidèle à sa réputation, Hassen Chalghoumi, invité récurrent de Michel Denisot, a notamment confondu le « mur de Berlin » avec le « mur de Merlin ».

Sur le fond, les dégâts intellectuels sont plus catastrophiques : à les entendre, la question israélo-palestinienne serait davantage un conflit symétrique et religieux plutôt qu’un problème colonial entre un occupant et un occupé. Interrogé sur les bombardements à Gaza, Kemadou Gassama les juge simplement « regrettables » au lieu de condamner cet usage massif et disproportionné de la force par Israël. A propos de l’affaire de Toulouse et Montauban,  l’inénarrable Hassen Chalghoumi croit, pour sa part, judicieux de préciser que « tous les musulmans ne sont pas Merah ».

Dédramatiser Gaza & dramatiser Toulouse

Cette évocation sensationnaliste de l’affaire Merah fait le jeu du président du CRIF, Richard Prasquier. Zélateur systématique du régime de Tel Aviv et Cassandre de la montée de l’antisémitisme en France, l’homme qui dirige le Conseil Représentatif des Institutions Juives a accompagné, pour un temps, la délégation des imams en Israël. Celle-ci, déjà chaperonnée par l’écrivain Marek Halter, s’est vue rejointe par le représentant du CRIF -lors de la visite de l’ambassade française de Tel Aviv- comme le montrent ces images capturés par une équipe locale.

Comme l’a révélé Oumma, Richard Prasquier avait curieusement tenté de faire pression auprès du père d’un soldat tué à Montauban pour qu’il abandonne ses poursuites à l’encontre de l’ex-directeur du Renseignement intérieur. Aucun motif officiel ne permet d’expliquer, à ce jour, cette étrange accointance entre un dirigeant communautaire et l’ex-chef policier de la DCRI.

Aseptiser, camoufler et faire diversion

Le créneau était tentant. Plutôt que de pointer du doigt les zones d’ombre de l’affaire Merah, l’imam de Drancy et le président du CRIF -constitué partie civile dans le dossier judiciaire- préfèrent communautariser le sujet à des fins de posture victimaire. 

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A son insu, Simon Cohen, avocat d’une famille des victimes de Toulouse, a parfaitement résumé cette stratégie en affirmant mardi sur l’antenne de BFM TV que « l’affaire Merah n’est pas un fait divers : c’est un phénomène social ». La messe est dite : au lieu d’y voir un évènement particulier et encore énigmatique, l’avocat-idéologue suggère, en écho au dirigeant du CRIF, qu’il s’agit là d’un épisode limpide s’inscrivant dans une tendance -le prétendu accroissement d’un islamisme radical et terroriste- qui serait, tôt ou tard, avérée par des faits similaires.

Le paradoxe du vassal

En voulant sans cesse dédouaner l’islam des mystérieux crimes survenus à Toulouse et Montauban, les imams invités par Canal+ justifient, de facto, la possibilité d’une corrélation. Hormis la confortable ressource des salafistes, l’islamophobie a aussi besoin d’idiots utiles, au sein du clergé musulman, pour prospérer et nourrir les préjugés insidieusement distillés dans l’opinion publique.

https://www.youtube.com/watch?v=4jt-sQuh0Yk

C’est ici que se trouve l’origine du rejet d’Hassen Chalghoumi par la plupart de ses co-religionnaires français: non pas -comme le suggèrent des journalistes simplificateurs- dans sa volonté affichée d’un dialogue amical et légitime avec la communauté juive mais plutôt vis-à-vis de son instrumentalisation politique par la mouvance ultra-sioniste.

Dans les temps féodaux, c’était la raison d’être de « l’homme-lige », ce vassal disposant d’un fief et parfaitement dévoué à son suzerain.

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Auteur : Hicham Hamza

Journaliste

hhamza@oumma.com

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