Bernard-Henri Lévy : « Je suis le représentant de la tribu d’Israël »

Double allégeance. Réalisateur d’un film consacré à son engagement dans le conflit libyen, Bernard-Henri Lévy a toujours affirmé que son combat s’inscrivait dans une démarche universaliste en faveur des droits de l’homme. Oumma a exhumé des documents suggérant le contraire.

Bernard-Henri Lévy : « Je suis le représentant de la tribu d’Israël »

L’aveu s’est tenu le 17 novembre dernier au micro de RCJ. Invité par la Radio de la Communauté Juive pour promouvoir son « journal de guerre » en Libye, l’écrivain Bernard-Henri Lévy a fait son coming out communautaire, reconnaissant, avec une emphase inédite, s’être engagé contre le colonel Kadhafi en raison, notamment, de son appartenance religieuse. Oumma  a repéré et mis en ligne l’extrait stupéfiant de cet entretien réalisé par RCJ. Curieusement, la scène décrite ici par BHL ne figure pas dans son film intitulé « Le serment de Tobrouk ». Si l’on peut effectivement y apercevoir BHL se vanter auprès des émissaires des clans libyens d’appartenir lui-même à une « ancienne tribu », à nul moment le voit-on déclamer sa « filiation » envers Israël devant la foule de jeunes gens rassemblés en avril 2011 à Benghazi.

 

 

Trois jours après cette interview, BHL a participé à la convention nationale du Conseil représentatif des institutions juives de France. Lors de son discours, l’homme a complété sa confession -passée alors inaperçue- de RCJ en affirmant s’être engagé avec, « en étendard », sa « fidélité au sionisme et à Israël », ajoutant que c’était « en tant que juif » qu’il avait « participé à cette aventure politique, contribué à élaborer pour mon pays et pour un autre une stratégie et des tactiques ». Disposant de la vidéo du discours intégral, le CRIF a d’abord autorisé sa mise en ligne avant, comme l’a révélé Oumma, d’effectuer mystérieusement son retrait quelques heures plus tard.

Suite au tollé provoqué par de tels propos, BHL  a dû faire marche arrière, prétextant une décontextualisation de ses déclarations.

 

 

Sur France 2, la journaliste et romancière Adélaïde de Clermont-Tonnerre avait alors été la seule à l’interpeller publiquement sur le soupçon de « double allégeance » que laisse entendre l’aveu pro-israélien de BHL.

 

 

Si l’homme continue de réfuter une telle interprétation de ses propos, l’existence de documents produits par BHL lui-même permet de valider cette hypothèse d’une allégeance systématique envers les intérêts de l’Etat hébreu.  De la guerre des Six-Jours à son militantisme actuel pour une intervention militaire en Syrie, l’écrivain veut oeuvrer, d’abord et avant tout, au renforcement d’Israël. Dès 1967, l’étudiant en khâgne -frustré de ne pas avoir pu s’engager aux côtés de Tsahal- va rédiger, pour une revue dirigée par Marek Halter, un article intitulé « Sionismes en Palestine » dans lequel il proclama son soutien inconditionnel au régime de Tel Aviv. Une dizaine d’années plus tard, l’homme s’affiche avec le Premier ministre israélien Menahem Begin et participe alors, à peine âgé d’une trentaine d’années, aux assemblées générales du B’nai B’rith, une ancienne organisation juive calquée sur le modèle de la franc-maçonnerie.

En juin dernier, Bernard-Henri Lévy était également l’invité à Jérusalem de la « Conférence présidentielle ». Dans un discours méconnu du public français, BHL souligne explicitement les avantages stratégiques d’Israël dans les insurrections arabes en cours. Selon lui, la mise hors-circuit de Kadhafi devrait réjouir les dirigeants israéliens : le colonel libyen se voit ainsi accusé, de manière équivalente, d’avoir abrité  des « négationnistes » dans le passé et soutenu en 2010 l’envoi de nouvelles flottilles humanitaires en direction de Gaza.

A l’opposé du pessimisme incarné par Avigdor Lieberman - ministre israélien des Affaires étrangères avec lequel il s’était entretenu dans un bar huppé de Paris trois mois plus tôt, Bernard-Henri Lévy affirme, sous le regard du président Shimon Peres, la nécessité d’un soutien israélien aux insurgés arabes, notamment ceux de Libye.

 

 

Cinq ans plus tôt, une autre personnalité française était invitée à un évènement similaire organisé par Israël. L’ancien Premier ministre Laurent Fabius y avait tenu un discours plus modéré, insistant sur la reconnaissance nécessaire d’un Etat palestinien. Ce langage diplomatique était d’ailleurs encore présent lors de son périple au Moyen-Orient l’hiver dernier. Interrogé par différents journalistes israéliens, Laurent Fabius n’a pas alors affiché une préférence pour l’Etat hébreu, même si celle-ci a pu apparaître ailleurs. Ce fut ainsi le cas en avril. Interviewé par la chaîne américaine Bloomberg, l’ancien Premier ministre a fait savoir que l’équipe de François Hollande était « amicale » envers Israël et « attentive » aux Palestiniens, ajoutant une opinion similaire à celle de BHL : Laurent Fabius s’est satisfait, au détour d’une phrase, que les révolutionnaires arabes ne  se soient pas encore préoccupés de Tel Aviv.

 

 

Bernard-Henri Lévy, l’homme qui a manifesté son dédain envers Alain Juppé, ne devrait pas avoir de conflit majeur avec son successeur Laurent Fabius, désormais en charge du Quai d’Orsay. Les deux hommes s’apprécient de longue date et se sont retrouvés, l’an dernier, lors d’un rassemblement organisé par la revue de BHL en faveur de l’opposition syrienne

BHL devrait donc continuer à disposer d’un rôle privilégié dans les décisions de politique étrangère. Quitte à maintenir son traitement inéquitable à propos des drames humanitaires à travers le monde : comme l’avait illustré Oumma, le philosophe est plus désinvolte lorsqu’il s’agit des sévices infligés par Tel Aviv au peuple palestinien.

 

 

Les crimes de guerre israéliens ne posent pas de souci à l’opposant en chef à Bachar al-Assad. L’automne dernier,  Bernard-Henri Lévy s’est joint à la petite sauterie organisée par BICOM, un lobby pro-israélien basé à Londres. Il y a côtoyé un ancien haut-gradé de l’armée israélienne, accusé par des militants des droits civiques d’avoir, entre autres méfaits, bombardé des résidences civiles au Liban.

Terrorisme médiatique

La volonté de BHL de censurer ou de relativiser les exactions israéliennes s’est encore manifestée récemment : mardi soir, sur Arte, il était invité dans un débat consacré notamment à la Syrie. A la fin de l’émission, Laure Noualhat,  journaliste à Libération, a abordé les conséquences environnementales des conflits armés en illustrant son sujet avec la marée noire au Liban. En 2006, le bombardement israélien d’une centrale électrique proche de Beyrouth avait provoqué une catastrophe écologique sur les côtes libanaises. BHL intervient alors pour tancer la chroniqueuse : les « bébé-phoques », c’est « hors-sujet » au regard de ce qui se passe actuellement en Syrie, affirma-t-il. Moment de gêne sur le plateau : l’animatrice Elisabeth Quint tente de maintenir la chronique avant de battre en retraite. Après tout, BHL n’est-il pas également le président du conseil de surveillance d’Arte ? Comment, dès lors, s’opposer frontalement à lui, surtout lorsqu’il s’agit de porter atteinte, même incidemment, à l’image d’Israël ?

 

 

Cette altercation feutrée avec Laure Noualhat traduit l’étrange pouvoir d’intimidation de BHL dans la sphère médiatique.  Au-delà de son narcissisme ridicule ou de ses multiples petits arrangements avec la vérité, le problème essentiel à propos de Bernard-Henri Lévy n’est plus de décortiquer ses manies égocentriques ou sa propension à la désinformation. La seule question qui vaille à son sujet est la suivante : de qui tient-il son pouvoir ? Ou, pour le dire autrement : comment s’explique sa facilité d’accès aux plus hautes marches du pouvoir politique et culturel ? Il existe quantité d’ouvrages, d’essais, d’articles, d’émissions qui ont démonté le système BHL. Pourtant, l’homme continue d’être invité, écouté, relayé par les principaux décisionnaires de l’élite hexagonale. Comment s’explique dès lors une telle force de frappe ? A titre d’exemple, BHL a eu droit mardi soir à un passage -un « sonore » selon le jargon audiovisuel- de plus d’une minute dans le journal de 20h de France 2 afin d’interpeller le président François Hollande. Pourquoi une telle faveur ?

Mieux encore, le même jour, BHL s’est vu déroulé le tapis rouge au Grand Journal de Canal+ avant son émission d’Arte et son passage à « Ce soir ou jamais » devant un Frédéric Taddeï complaisant et un Christophe Ayad, journaliste du Monde, d’ordinaire brillant mais visiblement pétrifié de devoir apporter la contradiction à un membre du conseil de surveillance qui l’emploie. Rebelote deux jours plus tard avec une invitation dans l’émission culturelle de France 2 dénommée « Avant-premières » : face à une Marie Colmant mielleuse et un Christophe Ono-Dit-Biot passeur de plat, BHL a encore disposé d’une longue séquence pour son auto-promotion. Seul le journaliste Claude Askolovitch, plutôt froid en comparaison de ses collègues, a su garder une distance critique et un questionnement déstabilisant.  Et comme si ce tour de piste ne suffisait pas, BHL sera également l’invité de Laurent Ruquier samedi soir, six mois après son dernier passage à l’émission devant un tandem Pulvar-Polony particulièrement déférent.

Le fervent communautarisme politico-religieux de BHL est son affaire tant qu’il ne déborde pas de la sphère privée. Problème : l’homme semble confondre avec allégresse la Cité et le royaume de ses caprices. Au-delà des ravages causés par sa confusion judaïsme/sionisme et de la soumission de ses relais médiatiques, il est grand temps de chercher rigoureusement à identifier et  à nommer les puissances solidaires de Bernard-Henri Lévy. Au regard de la prodigieuse et mystérieuse impunité dont bénéficie l’affabulateur, le terme de « puissances » pour désigner les parrains de BHL semble encore bien en-dessous de la réalité.

Auteur : Hicham Hamza

Journaliste

hhamza@oumma.com

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