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Analyse littérale de la Sourate 114

– Une leçon quant à la déviation du monothéisme : Idolâtrie et dualisme

Nous avons précédemment étudié la Sourate 113[1] et avons vu à cette occasion que la Sourate 114 est en rapport avec cette Sourate 113 du fait qu’elle développe un sujet abordé au v2 de cette sourate. Nous avons aussi montré que les sourates 109, 112 et 113 caractérisées par le fait de débuter par l’impératif « qul/dis » sont toutes mecquoises et précoces dans l’ordre de la révélation.[2] Il en est de même pour la présente Sourate 114.

Ces sourates ont en commun la réfutation de l’idolâtrie par l’argument monothéiste. Rappelons la proximité thématique qui unit ces quatre sourates : la Sourate 109 traite de l’idolâtrie versus la Voie de Dieu, la Sourate 112 envisage l’idolâtrie versus l’Unité de Dieu, la Sourate 113 cible l’idolâtrie et l’irrationalité qui y préside, la Sourate 114 soulève le problème de l’idolâtrie et du Dualisme qui en découle.

– Voici tout d’abord notre traduction littérale de la Sourate 114 telle que publiée récemment[3] :

Au nom de Dieu, le Tout-Miséricorde, le Tout Miséricordieux

  1. Dis : Je me réfugie auprès du Seigneur des Hommes,
  2. Souverain des Hommes,
  3. Dieu des Hommes,
  4. contre le mal du susurrement qui rôde,
  5. qui susurre en le for intérieur des Hommes,
  6. des Djinns comme des Hommes.

***

Ce qui aux yeux de tous lie les sourates 113 et 114 n’est pas directement leur contenu, mais le fait qu’elles apparaissent toutes les deux dans la même prétendue “circonstance de révélation”. L’on y voit Gabriel réciter lui-même les onze versets que totalisent ces deux sourates défaisant de la sorte les onze nœuds de la cordelette maléfique accusée d’avoir ensorcelé le Prophète. C’est cette fiction qui explique que ces deux sourates aient été placées l’une après l’autre dans le corpus coranique.

Ce n’est donc que l’usage talismanique prophylactique de ces deux sourates, pratique implantée par l’Exégèse de manière circulaire avec ce récit sans fondement, qui justifie leur emplacement physique dans le corpus coranique.

– Nous avons montré que la Sourate 113 déconstruit au nom du monothéisme les principales croyances qui hantaient l’imaginaire des polythéistes arabes, croyances quasi universelles : la possession, v3, l’envoûtement, v4, le mauvais œil, v5. Selon la même logique de déconstruction, la Sourate 114 revient sur les causes profondes du v2 de la Sourate 113 : « contre le mal de ce qu’Il a créé », propos qui écarte l’idée que Dieu puisse être le Responsable du Mal et des maux. Si le Mal y est directement attribué aux Hommes, la formulation de ce v2 appelait un complément d’information expliquant ce paradigme, ce qui est donc l’objet de la Sourate 114.[4]

Plus précisément encore, nous allons constater que la Sourate 114 rejette au nom du monothéisme toute forme de dualisme, et tel est le thème de cette Sourate : idolâtrie polythéiste et Dualisme. Autrement dit, la croyance en une force du Mal agissante, en l’occurrence le Diable ou Satan ou Shayṭān, doit être rejetée, car si ce concept revêtait la moindre réalité, cela s’opposerait à la foi en un Dieu unique et seul détenteur de tout pouvoir de par Sa Toute-puissance.

– De ces mots : « Dis : Je me réfugie auprès du Seigneur des Hommes, Souverain des Hommes, Dieu des Hommes », vs1-3. Comme nous l’avons fait observer pour la Sourate 113, l’impératif « qul/dis » ne signifie pas que le Prophète est chargé de répéter ces paroles pour se désenvoûter, mais bien comme pour les sourates 109, 113 et 112 qu’il est chargé de dire, de transmettre, le message de cette sourate à l’intention des croyants au nom de la définition du monothéisme versus le polythéisme idolâtre.

La formule « je me réfugie auprès du » indique que le croyant monothéiste doit fuir, c’est-à-dire récuser, les croyances et les superstitions issues d’une lecture du Monde propre à l’irrationalité dont l’idolâtrie représente un des systèmes de pensée. C’est en cela que le croyant monothéiste se « réfugie auprès » de son « Seigneur » pour rendre à Dieu ce qui Lui appartient : l’autorité et le pouvoir sur Sa création à l’exclusive de toutes autres créatures ou entités. Inversement, cela signifie donc que toute croyance autre est une forme d’idolâtrie, de polythéisme.

– Si en la Sourate 113 il est dit : « Je me réfugie auprès du Seigneur de l’Aube à son lever », l’Aube symbolisant la lumière de la révélation du Coran et de la foi monothéiste face aux ténèbres des croyances en la sorcellerie et la magie, débuter par « Je me réfugie auprès du Seigneur des Hommes » indique d’emblée qu’il va être traité d’un sujet qui les concerne en leur spécificité d’être pensants et agissants.

Ensuite, le Dieu unique en lequel le monothéiste croit est le seul représentant réel des systèmes de croyances, Il est seul « Dieu/ilāh », la seule divinité, et toutes les divinités sont des illusions. Il est seul « Souverain/mālik » et tout pouvoir des Hommes n’est que prétention, Il est seul « Seigneur/rabb » et notre foi est toute à son adoration. Cette triple définition représente le seul Dieu et le seul César, le seul Seigneur et le seul Maître Tout-puissant sur Sa création.

– Par ailleurs, l’on relèvera que par « Seigneur des Hommes », « Souverain des Hommes », « Dieu des Hommes » le propos coranique revêt nécessairement une dimension universelle et théologique et ceci a une conséquence directe sur la compréhension de ce qui est qualifié plus avant de « susurrement/al–waswās ». Cependant, le Coran enseigne que le rapport de seigneurialité ne concerne pas que la créature humaine, mais aussi les créatures nommées djinns. Ceci, comme nous le verrons, est directement confirmé au v6 : « des Djinns comme des Hommes [c.-à-d. que le susurrement en question a pour siège aussi bien la poitrine des Djinns que celle des Hommes] ».

Il est un fait constant bien établi dans le Coran que les Djinns en tant que créatures de Dieu dotées de Langage, Raison et Conscience, les trois caractéristiques ontologiques propres de même à l’Homme, impliquent que tout comme l’Homme ils sont en mesure de reconnaître la seigneurialité de Dieu ou de la dénier et que par voie de conséquence ils seront eux aussi jugés au Jour du Jugement et connaîtront soit le Paradis soit l’Enfer.

Citons : « Je n’ai créé le Djinn et l’Homme qu’afin qu’ils puissent M’adorer » S51.V56 ; « Vous deux [Hommes et Djinns] ! Quelles faveurs de votre Seigneur nierez-vous pour autant », S55.V13 ; « Bien que parmi nous [les Djinns] il y ait ceux qui se remettent à Dieu/muslimūn ainsi que ceux qui biaisent, mais qui se remet à Dieu… ceux-là ont opté librement et avec ardeur pour une droite direction. », S72.V14.

Nous retiendrons que le Coran adresse ici son message tant aux Hommes qu’aux Djinns et qu’il ne mentionne donc pas ces derniers en opposition, c.-à-d. en tant que susurrant aux Hommes le mal qu’ils accomplissent. De même il ne s’agit pas de chercher protection en Dieu contre le mal de certains Hommes et encore moins contre le mal des Djinns, nous le vérifierons au v6.

De ces mots : « contre le mal du susurrement qui rôde », v4. Ceci est l’information centrale, ce contre quoi le croyant monothéiste doit chercher refuge en Dieu. Le terme-clef est ici al–waswās qui déterminé par l’article « al » est compris par l’Exégèse comme désignant une entité diversement rendue par « le mauvais Conseiller », « l’Instigateur », « Celui qui souffle le mal », « le Tentateur », « Celui qui susurre », « le Séducteur », « le Chuchoteur », etc.

Il ne s’agit là que d’autant de synonymes pour qualifier le Shayṭān/le Diable/Satan, lequel est alors compris comme l’Entité du Mal et dont la fonction serait d’inspirer, de suggérer, de susurrer le mal aux Hommes, action néfaste à laquelle ici participeraient selon le même processus ses affidés maléfiques : les Djinns, croyance qui relève de l’animisme primitif.

Ainsi, selon cette théologie classique, tout se passerait comme si l’Homme était naturellement bon et que le mal qu’il commet ne proviendrait que de l’action sur l’âme humaine du Diable, le Shayṭān. Nous ne voyons là rien d’autre qu’une forme non avouée, mais pleinement assumée de dualisme, conception mazdéenne et gnostique infiltrée au sein même du monothéisme coranique dont pourtant l’Islam se veut le champion…

– Or, notre analyse littérale démontre que le Shayṭān/Satan coranique est le Représentant de l’archétype Iblîs et donc archétype lui-même et non pas une entité réelle.[5] Selon le Coran, ce n’est point le Diable qui est responsable du mal que les Hommes commettent, mais bien l’Homme lui-même, S2.V36-39,[6] car Dieu lui a ontologiquement conféré les trois caractéristiques suivantes : le Langage, la Raison, la Conscience de soi ; sur ce point, voir S2.V31-33[7] et S2.V34-36.[8]

En fonction de cette capacité, l’Homme dispose du libre arbitre[9] et la dualité entre le bien et le mal ne provient donc que de sa propre âme : « Par une âme et ce qui la partage également, son impiété et sa piété donc lui instillant ! », S91.V7-8. Non pas que l’âme soit intrinsèquement portée au mal comme au bien, et il est dit à ce sujet : « Nous avons certes de parfaite disposition l’Homme créé », S95.V4, mais que selon le bon ou le mauvais usage que chacun fait de sa raison et de sa conscience cela aura pour conséquence sa « piété/taqwā » ou son « impiété/fujūr », le bien ou le mal.

Telle est l’origine du mal contre lequel il faut se prémunir : nous-mêmes. En ces conditions, Shayṭān/Satan symbolise les déviances propres à l’Homme cédant aux penchants négatifs de sa propre âme.

– Ceci étant rappelé, la racine verbale waswasa est à l’origine une onomatopée évoquant le bruit émis par celui qui murmure, d’où le sens de susurrer en français qui selon le même mécanisme provient d’une onomatopée identique. En arabe le verbe waswasa a pour sens murmurer, marmonner, susurrer, suggérer.

Dans le Coran, ce verbe est effectivement employé à deux reprises pour évoquer le mécanisme par lequel ash–shayṭān va initier la raison critique en l’Archétype Adam/Elle : S7.V20 et S20.V120. Cependant, concernant le niveau ontologique de l’Homme, nous en retrouvons l’usage au verset suivant : « Nous avons certes créé l’Homme et savons parfaitement ce que lui suggère/waswasa son âme/nafs. Nous sommes plus près de lui que ne l’est sa veine jugulaire », S50.V16.

Ce verset confirme ce que nous avons dit ci-dessus : ce n’est point Satan qui susurre le mal à l’âme de l’Homme, mais l’Homme qui en fond de lui-même entre raison et conscience se laisse aller à des suggestions mauvaises, ce « susurrement », le mal auquel il pense, qu’il le commette ou non, c.-à-d. selon qu’il cède à ses propres passions, ses mauvais penchants.

C’est ainsi qu’il est précisé au sujet de ce conflit de forces contraires en l’âme de chacun : « Réussira qui la purifiera [en résistant à ses passions], vraiment ! Échouera qui la souillera [en cédant à ses passions], vraiment ! », S91.V9-10. En conséquence, nous comprenons que le terme waswās, un hapax, correspond au processus interne, le dialogue intérieur de l’âme, discret mais insistant.

e terme ne désigne donc pas l’intervention extérieure d’une entité maléfique : Satan/Shayṭān qui, pour le Coran, répétons-le, n’existe pas concrètement, mais n’est que le symbole de notre versant négatif, le mal donc que nos âmes nous inspirent intimement. Ceci justifie que nous n’ayons pas rendu al–waswās par un nom propre, mais par un substantif : le « susurrement », celui de l’âme, ce dialogue intérieur « qui rôde/al–khannās » au fond de nous. Là encore, al–khannās n’est pas un complément du nom al–waswās en tant que désignant une entité du mal extérieure à l’Homme.

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Le terme khannās est le nom d’action de la racine khanasa signifiant rester discrètement derrière, se cacher ainsi, conduire en un lieu caché, mais aussi se ressaisir, retourner à, et l’adjectif intensif khannās vaut donc pour ce qui s’esquive, ce qui est furtif, tout en étant toujours présent. Ceci explique que nous ayons rendu ce mouvement interne insidieusement caché par une action verbale : « qui rôde » sachant qu’en français le verbe rôder signifie au figuré et péjorativement : chercher à séduire par des moyens détournés, se manifester de manière plus ou moins fugitive et obsédante.

Nous soulignons ainsi l’aspect insidieux de ce dialogue intérieur entre notre raison et notre conscience, entre le bien que nous connaissons et le mal auquel nous songeons. Ceci le rend plus difficile encore à détecter dans la lutte permanente que l’Homme doit mener contre lui-même pour s’élever vers le bien en s’éloignant du mal de ses propres pulsions et passions.

– Le dualisme entre le bien et le mal provient donc de l’Homme, de nous-mêmes. Il n’existe pas une force occulte agissante qui serait une sorte d’anti-Dieu qui serait responsable du Mal tandis que Dieu gouvernait le Bien. Que cette entité inexistante soit nommée Satan, le Diable, ash–shayṭān, peu importe, elle n’a aucune réalité, et ce que le Coran désigne parfois sous cette appellation n’est rien d’autre que le symbole de notre propre “Démon intérieur”[10] « qui rôde » en nous-mêmes.

Celui-ci consiste en ce « susurrement/al–waswās » tensionnel entre notre raison et notre conscience et entre irraison et inconscience, que nous prêtions l’oreille ou non. Or, si tous les idolâtres croient en un “dieu du mal”, c’est que fondamentalement selon le Coran le polythéisme repose sur une adoration de soi ; sur ce point, voir S4.V116 et S25.V43. Du fait de cette egolâtrie, l’adorateur de soi ne pouvant assumer d’être en réalité le “dieu du mal”, se fabrique donc une image du mal qu’il projette à l’extérieur de lui. Ainsi né le Diable, l’image de notre diable, cette icône qui endosse le mal que nous commettons.

C’est donc au nom du monothéisme, un seul Dieu existant et aucune entité concurrente ou concourante, que le croyant est appelé à se débarrasser de ses croyances résiduelles en une fausse divinité des forces occultes maléfiques. Il ne peut s’écarter de ce dualisme qu’en prenant uniquement appui en Dieu, en cherchant refuge en la puissance de l’idée du monothéiste contre la faiblesse multiple du polythéisme et, en l’occurrence, du dualisme. L’on comprend donc qu’il est d’autant plus dommageable que l’Exégèse ait voulu voir en ce « susurrement » l’activité extérieure du Diable, le Shayṭān.

– De ces mots : « qui susurre en le for intérieur des Hommes », v5. Ce verset confirme ce que nous venons de mettre en lumière : le « susurrement » est celui de la pensée et de la conscience dont le siège métaphorique est « le for intérieur/aṣ–ṣudūr des Hommes/an–nās » pensants et conscients et non pas l’action d’une hypothétique entité extérieure qui aurait l’incompréhensible pouvoir maléfique qu’attribuent au Diable/ash–shayṭān ou autres « Djinns » les croyances et les superstitions en tant que reliquat du dualisme.

Le terme ṣadr désigne la partie la plus avancée d’une chose comme la proue/ṣadr d’un navire ou ce par quoi une chose commence, s’avance, d’où le poitrail au sens physique et le « for intérieur » au sens métaphorique, et par extension ṣadr vaut aussi pour cœur. Pour les Sémites, le cœur désigne le siège de la raison, le « for intérieur » est cet espace le plus vaste de l’être humain à la fois vide et plein d’organes vitaux où « rôde » la pensée en sa complexité, en son tiraillement entre le bien et le mal, entre la conscience et le refoulement, avant de pointer vers l’avant, c.-à-d. de se manifester, s’exprimer, être mise en action.

Contextuellement, ceci confirme à nouveau notre analyse et indique que par an-nās il faille bien entendre : les êtres doués de raison et de conscience, ces êtres pensants qui sont tout autant les Hommes et les Djinns. L’emploi du verbe waswasa/susurrer, suggérer, est ainsi destiné à évoquer ce monologue intérieur, ce « susurrement qui rôde », v4, lorsqu’il suggère et incite au « mal/ash–sharr » et contre lequel cette sourate face au polythéisme et sa forme dualiste enseigne aux croyants l’attitude requise : « je me réfugie auprès du Seigneur des Hommes ».

C’est donc se réfugier en Dieu « contre le mal de ce qu’Il a créé », S113.V2, c.-à-d. contre le mal que nous sommes tous capables de commettre si nous cédons à nos passions et tentations. Se réfugier « auprès du Seigneur des Hommes » est réellement chercher asile et assistance auprès de Dieu afin de puiser par notre foi les forces nous permettant de mener le jihad intérieur contre nous-mêmes lorsque le « susurrement » de nos âmes/esprits/consciences « rôde » et « susurre », suggère le mal en pensée comme en acte.

– De ces mots : « des Djinns comme des Hommes », v6.  La traduction standard de ce verset illustre parfaitement l’interprétation erronée défendue par l’Exégèse dualiste : « qu’il (le conseiller) soit un djinn, ou un être humain ». D’une part, l’ajout entre parenthèses témoigne de ce que cette lecture est grammaticalement forcée et, d’autre part, le mauvais « conseiller » serait ici le Diable/ash–shayṭān/al–waswās ou des « Djinns » ou des « Hommes » malfaisants eux-mêmes donc sous l’emprise de ces forces maléfiques.

Est ici représenté un système dualiste rendant in fine le Diable seul responsable du mal commis. Or, du fait du dualisme latent ainsi maintenu contre la révélation théologique monothéiste et rationnelle coranique, l’Exégèse s’est retrouvée dans l’obligation d’élaborer le dogme de la Prédestination attribuant à Dieu le bien comme le mal afin que le Diable ne soit qu’un agent actif de la Volonté et de la Toute-puissance divines. En ce cas, l’Homme est doublement déresponsabilisé puisque le mal qu’il commet ne serait dû qu’à l’action extérieure du Diable ou de djinns et qu’en cela il ne serait à son tour qu’un simple effecteur de ce que Dieu aurait prédestiné.

Cependant, nous avons largement démontré que le dogme de la prédestination n’est pas coranique et, qu’au contraire, les « Hommes » comme les « Djinns » étant doués de raison et de conscience disposaient de leur libre arbitre et qu’ils étaient donc pleinement responsables de leurs actes, bons ou mauvais.

Ainsi, ce verset, lu et compris en fonction de cet essentiel paradigme coranique signifie-t-il que « [il en est] des Djinns comme des Hommes » ce qui est en leur « for intérieur » leur « susurre » le « mal » par un « susurrement qui rôde » en eux et qui émane d’eux-mêmes, entre foi, raison et conscience.

Les êtres pensants mis en garde contre eux-mêmes en cette sourate sont donc les « Djinns »[11] et les « Hommes », et c’est au nom de leur foi en Dieu que tous deux doivent lutter contre leurs penchants négatifs, leur ennemi intérieur, et non pas en répétant pieusement cette sourate pour se protéger contre un ennemi extérieur qui n’existe pas.

Dr al Ajamî

 

[1] Cf. https://oumma.com/selon-le-coran-possession-envoutement-et-mauvais-oeil-nexistent-pas-analyse-litterale-de-la-sourate-113/ et https://oumma.com/selon-le-coran-possession-envoutement-et-mauvais-oeil-nexistent-pas-analyse-litterale-de-la-sourate-113-partie-2/

[2] Une autre sourate débute aussi par cet impératif, la Sourate 72, mais il s’agit là d’un procédé indirect diffèrent et le sujet est tout autre.

[3] Traduction littérale du Coran – le Message à l’origine – par le Dr al Ajamî :  https://www.alajami.fr/produit/le-coran-le-message-a-lorigine/

[4] De manière générale la question de l’attribution du Mal, ou théodicée, est étudiée en notre analyse critique : Destin et Libre arbitre selon le Coran et en Islam –  https://www.alajami.fr/2018/08/15/destin-et-libre-arbitre/

[5] Sur ce point, cf. : Adam et Elle/Ève, Iblîs et le Shaytân : raison et conscience selon le Coran et en Islamhttps://www.alajami.fr/2018/04/08/3-adam-et-elle-eve-iblis-et-le-shaytan-raison-et-conscience-selon-le-coran-et-en-islam/

[6] Voir de même : La “Chute” d’Adam/Elle, l’Homme, Iblîs et le Shaytân selon le Coran et en Islam https://www.alajami.fr/2018/04/08/3-adam-et-elle-eve-iblis-et-le-shaytan-raison-et-conscience-selon-le-coran-et-en-islam/

[7] Voir de même : Adam et le langage selon le Coran et en Islamhttps://www.alajami.fr/2018/04/08/2-adam-et-le-langage-selon-le-coran-et-en-islam/

[8] Voir de même : Adam et Elle/Ève, Iblîs et le Shaytân : raison et conscience selon le Coran et en Islamhttps://www.alajami.fr/2018/04/08/3-adam-et-elle-eve-iblis-et-le-shaytan-raison-et-conscience-selon-le-coran-et-en-islam/

[9] Cf. Destin et Libre arbitre selon le Coran et en Islamhttps://www.alajami.fr/2018/08/15/destin-et-libre-arbitre/

[10] La racine verbale shaṭana a pour sens premier s’enfoncer profond dans la terre, être enfoncé, être d’une profondeur étroite. Ceci explique que l’on nommait shaṭan la longue corde nécessaire pour puiser à cette profondeur et en ces conditions. Selon les croyances des Arabes, les puits, qui à la surface étaient une bénédiction pour les Hommes et les bêtes, étaient par contre en leur profondeur obscure et sinueuse un lieu où se dissimulaient des créatures démoniaques, des démons/shayāṭīn des profondeurs, au singulier shayṭān, d’où notre “Démon intérieur” évoquant nos profondeurs obscures et troubles.

[11] Ce ne sont que les croyances populaires qui ont été maintenues par les croyances savantes de nos doctes qui ont assimilé les Djinns à des créatures occultes capables d’agir sur les êtres humains. Nous avons déconstruit ce point en S6.V112 ; S15.V16-18 ; S26.V223 ; S37.V6-10 ; S41.V12 ; S67.V5 ; S72.V8-9.

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Un commentaire

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  1. Le coran dit que Mohamed, le dernier des prophètes (sws), il a été envoyé aux deux mondes, le monde des humains et celui des jins.

    Dans les deux mondes , il y a les croyants et les mécréants
    Logiquement ces deux mondes n’interfèrent pas, vivent en parallèle mais pas d’interférence.

    Le coran dit que Satan existe, et fait parti du monde des jins.
    Dans le monde des humains, pour avoir l’attribut d’un diable, il faut enseigner le mal et inciter les gens à faire le mal.

    Ceci n’a rien à voir avec le choix religieux de l’homme, l’erreur est humaine.
    Il arrive que le choix de l’homme soit faux , sans qu’il soit un diable.

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