Le racisme anti-Arabes et l’islamophobie seraient-ils devenus des produits d’appel pour certaines chaînes de télévision ? C’est l’accusation particulièrement grave formulée par Jean-Michel Aphatie sur le plateau de Quotidien, après une séquence raciste diffusée sur BFMTV. Le journaliste dénonce une mécanique aussi cynique que lucrative : les provocations anti-Arabes attirent une partie du public, font grimper les audiences et, avec elles, les recettes publicitaires. Autrement dit, la haine des Arabes et des musulmans est devenue un fonds de commerce. Et certains médias n’auraient aucun scrupule à l’exploiter.
« La cochonnerie anti-Arabe, ça plaît à des auditeurs. » Aphatie affirme avoir lui-même observé cette logique dans les radios où il a travaillé. Éric Zemmour y aurait été sollicité précisément pour ses provocations. Son verdict tient en un mot : « Minable. » Mais le véritable scandale dépasse largement Zemmour. Il concerne les directions de médias qui continuent de lui dérouler le tapis rouge, alors même que l’ancien polémiste a accumulé les condamnations judiciaires pour ses propos racistes.
Les faits sont accablants. Le 16 septembre 2025, la Cour de cassation a rendu définitive sa condamnation à 15 000 euros d’amende pour provocation à la haine raciale et injures racistes. En décembre 2025, une autre condamnation est devenue définitive pour ses propos visant les mineurs isolés.
Et pourtant, il est toujours invité, toujours exposé, toujours présenté comme un interlocuteur légitime. Combien de condamnations faudra-t-il encore pour que certaines rédactions cessent de traiter le racisme comme un simple divertissement télévisuel ? Voilà le deux poids, deux mesures dans toute son hypocrisie : une indignation de façade contre le racisme, mais une complaisance révoltante dès lors que les cibles sont arabes ou musulmanes.
On nous abreuve de grands discours sur les valeurs républicaines, la lutte contre les discriminations et le vivre-ensemble. Mais lorsqu’il s’agit du racisme anti-Arabes ou de l’islamophobie, certains plateaux semblent soudain considérer que tout est permis. L’humiliation devient un débat, la stigmatisation une opinion et la haine une source d’audience.
À force de banaliser ces discours, certains médias ne se contentent plus de couvrir le racisme : ils participent à sa normalisation. La liberté d’expression ne saurait servir d’alibi à cette hypocrisie. Inviter, réinviter, médiatiser et offrir une tribune à des personnalités multirécidivistes des condamnations pour propos racistes sont des choix éditoriaux parfaitement assumés. Et il faut arrêter de prendre les téléspectateurs pour des imbéciles : ce n’est pas une fatalité, ce n’est pas une maladresse, ce n’est pas simplement du pluralisme. C’est une politique éditoriale dont les responsables doivent rendre compte. Quand les provocations racistes deviennent un spectacle rentable, le problème n’est plus seulement celui qui les prononce. Il est aussi celui de ceux qui lui tendent le micro, encore et encore.
Jean-Michel Aphatie a trouvé le mot juste : minable. Mais cette complaisance médiatique est surtout une honte. Une honte pour ceux qui la pratiquent, pour ceux qui la cautionnent et pour ceux qui détournent pudiquement le regard.
Jean-Michel Aphatie à propos de la séquence raciste d’hier sur BFM, qui invite encore Zemmour pour qu’il dise des saloperies :
« La cochonnerie anti-Arabe, ça plaît à des auditeurs. Et quand il y a des gens qui écoutent, il y a de la publicité qui vient. C’est minable. Minable. » https://t.co/5ThKUqjjVs— Kunta van den Kinté (@denkinte_2) October 13, 2026

