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Liban : quand chrétiens et musulmans vivent en bonne entente

Par Ian Hamel, de retour du Liban

Le 4 août 2020, une gigantesque explosion dans le port de Beyrouth provoquait plus de dégâts que quinze années de guerre civile.  Alors que le pays s’effondre, que 60 % de la population est tombée sous le seuil de pauvreté, il existe encore des raisons d’espérer. 

Hani Tawk, prêtre maronite, n’a pas sa langue dans sa poche. Il qualifie le gouvernement libanais de « criminel », et les victimes de l’explosion du port (plus de 200 morts, et 6 500 blessés) de « martyrs ». Ce jeudi 4 août, il organise, pour le deuxième anniversaire de l’explosion, une vaste manifestation avec cercueils et chemises tâchées de sang. Car on ne connaît toujours pas la vérité sur ce cataclysme. Depuis de nombreux mois, des ministres ont réussi à bloquer l’enquête. Qui sont les coupables qui stockaient sans précaution des tonnes de nitrate d’ammonium ? Devaient-ils être transformés en barils d’explosifs pour le régime de Bachar El-Assad ?

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                                       Les silos à grains endommagés dans le port de Beyrouth

« Au lendemain de l’explosion, avec ma femme et mes quatre enfants, nous avons commencé à préparer et à distribuer des repas aux habitants du quartier qui avaient tout perdu. Au début nous cuisinions dans la rue, avant d’aménager un local, que nous avons baptisé la Cuisine de Marie », explique le prêtre. Deux ans plus tard, cette cuisine, installée dans un ancien garage, dans le quartier de la Quarantaine, attenant au port de Beyrouth, prépare un millier de repas quotidiennement. « C’est aussi un lieu d’accueil pour les familles des martyrs. Il est ouvert à tout le monde afin de semer l’espérance », ajoute-t-il. Le mur de la Cuisine de Marie est tapissé des photos des victimes de l’explosion.

Pour pouvoir continuer à distribuer des repas aux nécessiteux, chrétiens et musulmans, le père Hani Tawk a notamment reçu le soutien de l’association française l’Œuvre d’Orient, dédiée à l’aide aux chrétiens d’Orient. Plus d’un tiers des fonds collectés par cette association (6,7 millions d’euros) a été envoyé au Liban. L’Œuvre d’Orient a surtout fait de la sauvegarde des écoles du Liban sa cause 2021. l’État libanais, en faillite, n’a toujours pas payé les sommes qu’il devait verser pour l’année scolaire… 2016-2017. Les enseignants ne perçoivent plus que 50 à 60 dollars par mois, à peine de quoi se payer un plein d’essence.

                           Lors des affrontements, des munitions tombaient parfois dans la cour des écoles

« Les écoles n’ont plus l’électricité. Le fioul étant trop onéreux. Elles ne sont pas non plus chauffées. Les élèves viennent avec des manteaux en hiver », explique le père Marcel, responsable des écoles maronites de Tripoli, la ville la plus pauvre du pays. Depuis la guerre civile, l’immense majorité de la population de cette cité de 850 000 habitants est de confession musulmane (sunnites et alaouites). Mais comme l’école publique est en total déliquescence, les parents préfèrent inscrire leurs enfants dans les écoles chrétiennes, qui conservent un bon niveau. Ils peuvent continuer à apprendre le français et l’anglais.

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« Les musulmans respectent les chrétiens »

                                 Une mère de famille alaouite inscrit ses enfants dans une école chrétienne         

« J’ai actuellement 255 élèves et je dois en accueillir une centaine de plus à la prochaine rentrée scolaire. Un seul d’entre eux est chrétien ! Ce n’est pas un vrai problème, nous ne sommes pas seulement une école, nous sommes une mission. Et je ne suis pas un prêtre pour les chrétiens, mais pour cette région », dit en souriant le père Georges, à la tête de l’école Al Raaiya. Cet établissement à la particularité d’être à la “frontière“ de quartiers sunnite et alaouite (un groupe religieux rattaché aux chiites). Ces derniers, favorables au régime de Damas, s’opposaient aux autres musulmans. Des munitions tombaient parfois dans la cour des écoles. Ce sont les prêtres qui ont pu négocier avec les chefs de guerre certains cessez-le-feu.

                                           La Maison de Marie affiche les portraits des victimes

« Pendant les affrontements, je ne me suis jamais senti en danger. Les musulmans respectent les chrétiens, ils souhaitent que nous restions. S’il y a eu ces affrontements, c’est que les gens De Tripoli sont très pauvres. Ils sont souvent payés pour aller se battre. C’est à nous de chercher à calmer la situation en invitant ensemble des mères sunnites et alaouites, car leurs enfants sont souvent dans les mêmes classes », ajoute le père Georges. A la fin de l’entretien, il nous invitera dans un restaurant tenu par des musulmans, à quelques pas de l’archidiocèse maronite de Tripoli.

 

 

 

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