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Les joueurs musulmans de l’équipe de France de foot mangent-ils réellement Halal ?

Souvenez-vous, c’était il y a presque deux ans. La France était en émoi suite au fiasco retentissant des Bleus au Mondial. Une véritable tempête médiatique et populaire s’était alors abattue sur les joueurs de l’équipe de France. Par la suite, et ce, dans un climat qui devenait de plus en plus propice aux plus nauséabonds amalgames, une partie du groupe allait être stigmatisée un peu plus que les autres. Les Bleus de confession musulmane, clairement visés, allaient essuyer de vives critiques et endosser le costume de coupables idéaux d’une débâcle, qui, rappelons-le, était avant tout sportive. Certains allant même jusqu’à dire que l’équipe de France, à qui il arrivait de manger du « tout Halal » (Vikash Dhorasoo), comprenait en son sein des « Talibans » (dixit Jean Alesi). Laissons, un tant soit peu, les Talibans de côté, et parlons de Halal : c’est tellement dans l’air du temps !

Cette affaire de Halal avait fait grand bruit à l’époque. Les médias reprenaient ainsi les déclarations de Frédéric Chau (comique du Jamel Comedy Club) et de Vikash Dhorasoo (visiblement en mal de reconnaissance), et en faisaient une affaire d’Etat. Ainsi, pour faire taire les critiques, il fallut une mise au point de Laurent Blanc dans l’émission Stade 2 pour mettre les choses au clair. Le patron de l’équipe de France avait alors annoncé sa décision de mettre fin au « tout Halal » et de revenir à un schéma plus classique de repas « à la carte ». Mais une question restait en suspens : malgré toutes ces critiques, ces brûlots et ces vindictes, pourquoi la maison Bleue continue-t-elle obstinément de servir du Halal à ses joueurs ?

Oumma a alors voulu en savoir plus sur cette alimentation si particulière, qui a réussi, mine de rien, à devenir un enjeu majeur de la campagne présidentielle. Flash-back in the field.

C’est en contactant le responsable de communication de l’équipe de France de Football, M. Philippe Tournon, particulièrement ouvert à nos sollicitations, que nous avons pu connaître un peu mieux les « dessous de table  Halal » des Bleus. Ce dernier nous a informés que pour Laurent Blanc, cela n’a « jamais posé de problème » qu’il y ait de la viande Halal au  sein de la maison Bleue, au nom du « respect des différences« . Apparemment,  « chacun mange à sa guise et peut respecter ses convictions diététiques, gourmandes ou religieuses« , a-t-il révélé en exclusivité à notre site. Jusque-là, tout baigne donc.

Oui, mais voilà…

Au fil de l’enquête, il est apparu que la nourriture Halal de l’équipe de France était en fait gérée par le cuisinier de l’équipe de France, Yannick Coquisart. Ce dernier, salarié chez le géant de la restauration collective Sodexo, en charge de l’alimentation des Bleus, n’a pas répondu à nos sollicitations. Pour glaner plus d’informations sur cette enseigne, il a fallu une fois de plus se tourner vers M. Tournon : pour lui, Sodexo, « qui sert des dizaines de milliers de repas chaque jour en France » ne rencontre aucun « problème non plus » pour satisfaire tous les goûts. A en croire notre interlocuteur, même « à l’étranger, les hôtels où nous descendons savent également gérer ces situations sans aucun problème« .

En poste depuis les années 80 (avec quelques interruptions), Philippe Tournon assure qu’à sa connaissance, avant 2004, il n’y avait pas de demande de viande Halal émanant des joueurs. Après une rapide recherche des joueurs étant déjà en équipe de France ou l’ayant intégrée cette année-là, il est ressorti que la liste de joueurs musulmans Bleus était composée de Zinedine Zidane, Nicolas Anelka, Philippe Christanval, Camel Meriem, Alou Diarra et Eric Abidal.

Toujours sans nouvelles de Yannick Coquisart, le cuisto des Bleus, Oumma.com a alors contacté le siège de Sodexo et en particulier M. Beaugendre, son chargé de communication. L’intéressé a affirmé avoir contacté le personnel opérationnel (les plus aptes à nous renseigner sur la marque de viande Halal chez qui s’approvisionnait Sodexo pour l’équipe de France, et sur son organisme certificateur), afin d’obtenir quelques éclaircissements sur le sujet. Après plusieurs relances de notre part, la société Sodexo a finalement déclaré qu’elle ne pouvait divulguer le nom de la marque en question pour ne pas privilégier une marque par rapport à une autre.

Un argument difficilement recevable, qui entretient un peu plus le flou sur le Halal en équipe de France. Car avec la recrudescence des escroqueries au Halal au cours de ces dernières années, il serait très intéressant de savoir qui approvisionne Sodexo et l’Equipe de France de football, mais aussi qui certifie cette marque. A travers cette interrogation, somme toute légitime, c’est la volonté de connaître ce qui pousse véritablement la Maison Bleue à offrir de la viande Halal à ses joueurs musulmans qui nous anime.

Quelles sont les vraies intentions qui président à ce choix ? Est-ce proposer du Halal pour proposer du Halal (Halal de façade), histoire de se donner bonne conscience à bon compte en garantissant une certaine « paix sociale » au sein du groupe, ou bien une démarche sincère, claire et affichée, non sans être rigoureuse, de respecter les convictions religieuses d’une partie des joueurs ? Dans ce dernier cas de figure, pourquoi ne pas communiquer de manière transparente sur les acteurs engagés dans le processus afin de lever tout soupçon ?

Car avec six joueurs musulmans retenus pour le prochain Euro en Pologne et en Ukraine, c’est plus d’un quart de l’équipe de France qui est concerné par cette affaire. Le problème n’est évidemment plus conjoncturel, il appelle d’ailleurs à une réflexion plus profonde. Il conduit inexorablement à un questionnement autrement plus inductif, partant de ce cas de figure de viande Halal, pour nous amener à nous interroger de manière plus large sur la place réelle de l’Islam au sein de l’équipe de France.

En effet, bien plus encore que par le passé, la nouvelle génération semble particulièrement impliquée dans la pratique religieuse : que ce soit le récent «  Allahou Akbar »  de Samir Nasri à la suite de son titre de champion d’Angleterre, les invocations de Franck Ribéry avant les matchs ou les déclarations d’Eric Abidal, il n’a échappé à personne que la dernière vague assume et revendique un nouvel élan spirituel. Des comportements qui provoquent des remous chez les mouvements laïcards, exaspérés de voir certains joueurs ne pas chanter la Marseillaise ou prier sur le terrain avec le maillot bleu sur les épaules.

Face à ce nouveau paradigme, la Fédération Française de Football, coincée entre le marteau et l’enclume, nage entre deux eaux : celle d’une génération, brillante mais pratiquante, qui porte haut les couleurs du football français tout en affichant ses convictions, et celle d’une partie de la population, effarouchée par tant de Talibans en crampons jouant sous l’étendard de la mère patrie, et qui serait encline à revenir à l’ère des tribunaux d’inquisition pour mettre fin au péril islamiste.

Comme un clin d’œil, parmi les nouveaux Bleus musulmans, l’un d’entre eux s’appelle Younès… Kaboul.

Dur à avaler…

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