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Le roi Charles III et l’islam

L’effort fourni pendant ces années pour vivre dans le costume des Arabes et pour imiter leurs fondements mentaux m’a libéré de mon moi anglais et m’a permis de regarder l’Occident et ses conventions d’un œil nouveau : ils ont tout détruit pour moi.

– T. E. Lawrence, Les sept piliers de la sagesse

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The effort for these years to live in the dress of Arabs, and to imitate their mental foundation, quitted me of my English self, and let me look at the West and its conventions with new eyes: they destroyed it all for me.
– T. E. Lawrence,  Seven Pillars of Wisdom [i]

 

Lorsque la reine Elizabeth II est décédée jeudi après-midi 8 septembre 2022, la couronne a été immédiatement transmise à son fils aîné et héritier, l’actuel roi Charles III, dans le cadre du système de monarchie constitutionnelle du Royaume-Uni.

Charles est maintenant roi, a déclaré le palais de Buckingham dans un communiqué annonçant la mort d’Elizabeth, bien qu’un couronnement – traditionnellement organisé à l’abbaye de Westminster – soit prévu plus tard pour couronner officiellement le nouveau roi. Il a pris le titre royal du roi Charles III, le Premier ministre britannique Liz Truss a déclaré jeudi 8 septembre 2022.

Le premier sur le trône est maintenant le fils aîné de Charles, le prince William, qui, avec sa femme Kate, sont les représentants les plus éminents de la famille.

Royaume-Uni, royaume du multiculturalisme

Le Royaume-Uni est assurément multiculturel, et il l’a toujours été. Pour commencer, il est composé de quatre nations différentes. L’Angleterre, l’Écosse, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord. Ils sont tous des pays différents avec des dialectes, des coutumes, des musiques et des langues différentes. [ii]

Lorsque les Romains, les Vikings et les Normands ont envahi le Royaume-Uni, ils ont apporté leurs cultures et leurs langues avec eux et de nombreux mots anglais ont des origines françaises, allemandes ou scandinaves.

En outre, en raison de sa proximité avec l’Europe, le Royaume-Uni a une longue histoire de commerce avec les autres nations européennes, ce qui a inévitablement entraîné la libre circulation des personnes, y compris les mariages.

La famille royale britannique est très multiculturelle, et ce, même avant Meghan Markle. [iii] Nombre de des anciens rois et reines sont issus de familles royales européennes. Par exemple, la première épouse d’Henri VIII (né le 28 juin 1491 et mort le 28 janvier 1547), Catherine d’Aragon, était espagnole. La Grande-Bretagne a même été dirigée par des monarques européens. Guillaume Ier (né à Falaise en 1027 ou 1028 et mort à Rouen le 9 septembre 1087) était normand, et Guillaume III (né le 14 novembre 1650 à La Haye et mort le 8 mars 1702 à Londres), également connu sous le nom de Guillaume d’Orange, était néerlandais.

Le passé colonial du Royaume-Uni (1707–1997) explique également son multiculturalisme. Pendant l’Empire britannique, de nombreux Britanniques sont allés vivre et travailler dans des colonies du monde entier et de nombreux sujets coloniaux sont venus en Grande-Bretagne. Aujourd’hui encore, les anciens territoires et colonies ont des liens étroits avec la Grande-Bretagne et les gens continuent d’émigrer. Fait intéressant, le recensement de 2011 a révélé que le pourcentage global de Britanniques qui s’identifient comme blancs et chrétiens est en baisse. Une étude distincte montre que plus de 300 langues sont parlées au Royaume-Uni. [iv]

Toutefois, cette diversité n’est pas répartie uniformément sur le territoire britannique. Les grandes villes comme Londres, Manchester et Birmingham sont extrêmement multiculturelles, mais les petites villes et les villages le sont beaucoup moins. Cela s’explique par le fait que les immigrants ont historiquement afflué vers les grandes villes à la recherche de travail.

Les différentes villes du Royaume-Uni présentent également des proportions différentes de divers groupes ethniques en fonction de leur histoire individuelle. Par exemple, Liverpool possède une ancienne communauté noire, car la ville était autrefois liée au commerce transatlantique des esclaves. Liverpool abrite également la plus ancienne communauté chinoise d’Europe en raison des liens commerciaux étroits de la ville avec Shanghai, qui remontent aux années 1890. [v]

Ces dernières années, on a constaté une augmentation sensible du sentiment nationaliste au Royaume-Uni, car certains Britanniques estiment que le Royaume-Uni ne devrait pas être multiculturel. Mais beaucoup plus de Britanniques pensent que leur histoire montre qu’ils ont toujours été multiculturels et qu’il y a de nombreux avantages économiques et sociaux à être une nation multiculturelle. Peut-être le Royaume-Uni est le pays le plus multiculturel de toute l’Europe et le plus tolérant de l’autre.

Pour The Guardian l’existence d’un éventail de cultures au Royaume Uni est chose normale et le pays a aussi besoin d’un projet politique pour amener les gens à surmonter leurs différences, et pas seulement à s’entendre sur leurs similitudes : [vi]

[‘’ Il est déprimant de découvrir que quatre adultes sur dix dans ce pays sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle “le fait d’avoir une grande variété de milieux et de cultures a sapé la culture britannique”. Après tout, des piliers de la culture britannique tels que le curry, le carnaval de Notting Hill et les héros sportifs musulmans barbus ont tous été considérés à une époque comme des ennemis de la culture. Les cultures sont des choses dynamiques, qui se développent organiquement à partir des communautés. Elles n’existent pas de manière isolée et ne restent pas statiques. L’existence d’un éventail de cultures en Grande-Bretagne est normale, pas nouvelle’’].

’It is depressing to discover that four in 10 adults in this country agreed with the statement that “having a wide variety of backgrounds and cultures has undermined British culture”. After all, such mainstays of British culture as curry, the Notting Hill carnival and bearded Muslim sports heroes were at one time all viewed as inimical to it. Cultures are dynamic things, developing organically from communities. They do not exist in isolation or remain static. Having a range of cultures in Britain is normal, not novel.’’

Attraction pour l’Islam

En 2013, une histoire concernant le prince Charles apprenant l’arabe afin d’entreprendre une étude plus approfondie du Coran a créé beaucoup de brouhaha dans les médias britanniques. Cette histoire a soulevé une fois de plus des rumeurs sur la profonde fascination de l’héritier du trône britannique pour l’islam. Il y a dix ans, les islamophobes redoutaient déjà que le prince Charles se soit converti à l’islam.

Alors, qu’est-ce qui se cache derrière cette attirance pour l’islam ?  Qu’est-ce qui, dans l’islam, se révèle si attrayant pour le prince Charles lui-même ?   Pour répondre à cette question, écoutons un peu ce qu’il a à dire.

Charles aborde l’islam non pas principalement sous l’angle des menaces sécuritaires et des crises internationales, mais plutôt comme un ensemble d’enseignements spirituels.

Il déclare :

[‘’Le monde islamique est le gardien de l’un des plus grands trésors de sagesse accumulée et de connaissances spirituelles dont dispose l’humanité’’].

Une grande partie de l’attrait qu’il exerce sur l’Islam provient en fait des idées du Coran qui identifient le cosmos naturel comme un site où Dieu est révélé et expérimenté :

[‘’Il y a une vérité profonde dans ce vieux dicton des nomades, apparemment simple, selon lequel “la meilleure de toutes les mosquées est la nature elle-même”’’].

Le prince Charles manifeste depuis longtemps une profonde préoccupation pour les crises environnementales de la planète et, comme beaucoup d’autres, il ne considère pas cela comme une simple question de science, mais comme une crise religieuse :

[‘’La vérité dérangeante est que nous partageons cette planète avec le reste de la création pour une très bonne raison – à savoir que nous ne pouvons pas exister par nous-mêmes sans la toile complexe et équilibrée de la vie qui nous entoure’’].

L’islam l’a toujours enseigné et ignorer cette leçon revient à manquer le contrat de l’être avec la création.

Cette approche religieuse de la nature rappelle fortement les écrits de philosophes musulmans contemporains tels que Seyyed Hossein Nasr, [vii] l’érudit iranien du soufisme et de la philosophie islamique qui, il y a cinquante ans (et encore aujourd’hui), a mis en garde contre la crise environnementale comme étant à la fois liée à une crise spirituelle de l’humanité.

Le prince Charles semble réitérer l’opinion de Nasr selon laquelle la solution à la crise environnementale consiste à retrouver un sentiment d’intégration, d’intégralité, à la fois au sein de l’humanité et avec la nature.  À cet égard, le prince Charles estime que l’Islam a une contribution particulière à apporter à l’humanité d’aujourd’hui :

[‘’Plus encore, l’Islam peut nous enseigner aujourd’hui une façon de comprendre et de vivre dans le monde que le christianisme lui-même est plus pauvre d’avoir perdu. Au cœur de l’islam se trouve la préservation d’une vision intégrale de l’univers. L’Islam – comme le Bouddhisme et l’Hindouisme – refuse de séparer l’homme et la nature, la religion et la science, l’esprit et la matière, et a préservé une vision métaphysique et unifiée de nous-mêmes et du monde qui nous entoure’’].

Le prince Charles ne se contente pas de s’adresser aux Occidentaux et s’est rendu en Arabie saoudite pour partager sa haute estime de l’islam avec des publics triés sur le volet, lors d’une visite en mars 2006 :

[‘’Nous devons retrouver la profondeur, la subtilité, la générosité de l’imagination, le respect de la sagesse qui ont tant marqué l’islam dans ses grands âges…’’]

Ce qui était si distinctif des grands âges de la foi, c’est certainement qu’ils ont compris qu’en plus des textes sacrés, il y a l’art de l’interprétation des textes sacrés – entre le sens de la parole de Dieu pour tous les temps et son sens pour ce temps-ci.

Enfin, le prince Charles défend avec passion l’idée que les personnes vivant dans les pays occidentaux et les pays à majorité musulmane ont un besoin particulier de se rapprocher les unes des autres, de s’engager les unes envers les autres et d’apprendre les unes des autres :

[‘’Ces deux mondes, l’islamique et l’occidental, se trouvent à une sorte de carrefour dans leurs relations. Nous ne devons pas les laisser se séparer. Je n’accepte pas l’argument selon lequel ils sont sur le point de s’affronter dans une nouvelle ère d’antagonisme. Je suis intimement convaincu que nos deux mondes ont beaucoup à s’offrir l’un à l’autre. Nous avons beaucoup à faire ensemble. Je suis ravi que le dialogue ait commencé, tant en Grande-Bretagne qu’ailleurs. Mais nous devrons travailler davantage pour nous comprendre, pour évacuer le poison qui nous sépare et pour faire disparaître le fantôme de la suspicion et de la peur. Plus nous avancerons sur cette voie, meilleur sera le monde que nous créerons pour nos enfants et les générations futures’’].

Le prince Charles n’est bien sûr qu’une petite partie du cercle de connexion du trône britannique à l’islam.  Harold B. Brooks-Baker, [viii] l’éditeur du Burke’s Peerage, qui sert de guide généalogique à la royauté britannique :

[“Le peuple britannique sait peu que le sang de Mahomet coule dans les veines de la reine.”

Quoi?

En fait, c’était le titre sensationnel de l’United Press International du 10 octobre 1986, qui disait :  ‘’Des musulmans au Palais de Buckingham’. Toutefois, pour le Middle East Eye les allégations concernant l’arbre généalogique de la reine sont ‘’des suppositions et des conjectures’’ : [ix]

[‘’Rien ne prouve que la reine Elizabeth II était une descendante du prophète Mohammed ou de son clan hachémite dans la péninsule Arabique contrairement aux informations et publications sur les réseaux sociaux qui l’ont proclamé après le décès de la souveraine la semaine dernière, assurent à Middle East Eye une historienne et un éditeur britannique spécialisé dans la généalogie.

Cette théorie prétend que la lignée de la reine rejoint l’arbre généalogique du prophète à travers la princesse musulmane Zaida de Séville au XIsiècle, personnalité mystérieuse qui a vécu à Al-Andalus. 

Ces conclusions, partagées par les médias britanniques depuis 2018 et qui ont refait surface après la disparition de la reine, ont été attribuées à Burke’s Peerage, un éditeur britannique spécialisé dans la généalogie et faisant autorité au sujet des ancêtres de la famille royale depuis 1847’’].

Les descendants du prophète Mohammed régnaient sur une grande partie de la Méditerranée.   Parmi eux, les souverains de Séville, dans l’Espagne actuelle.  Ils ont épousé les familles du Portugal et de Castille.  Le sang du prophète a été transmis par eux au roi Édouard IV, puis au trône britannique à l’époque de la reine Élisabeth.

L’héritier potentiel du trône britannique se trouve en train d’étudier le Coran, et les reines et les rois d’Angleterre ont le sang du prophète de l’islam qui coule dans leurs veines.  Si tout cela nous aide à dépasser les dichotomies stupides de “l’Orient contre l’Occident” et de “l’Islam contre l’Occident“, tant mieux.

Le Prince de Galles a lancé cet appel alors qu’il prononçait un discours sur l’islam et l’environnement au Sheldonian Theatre de l’Université d’Oxford.

Foi et environnement

Réunissant deux volets importants de l’action de Son Altesse Royale au cours des trois dernières décennies – la foi et l’environnement – le prince a prononcé un discours pour célébrer le 25e anniversaire du Centre d’études islamiques d’Oxford, dont il est le parrain.

Le point central de la conférence était la prise de conscience des dommages que l’humanité cause à l’environnement et l’importance de prendre des mesures pour les arrêter, avant qu’il ne soit trop tard.

Il a souligné que l’un des nombreux points communs entre les grandes religions du monde est l’importance accordée à la protection de l’environnement – la création de Dieu.

Le prince a encouragé les croyants du monde entier à renouer avec leurs enseignements sacrés sur cette question, affirmant que toutes les grandes religions sont enracinées dans la compréhension du fait que l’homme fait partie de la nature, qu’il n’en est pas séparé et qu’il doit toujours vivre dans les limites de la nature.

Détaillant les enseignements de l’Islam sur ce thème, le prince a noté que le Coran décrit la nature comme possédant une “intelligibilité” et enseigne qu’il n’y a pas de séparation entre l’homme et la nature car il n’y a pas de séparation entre le monde naturel et Dieu.

Le prince a souligné que cet enseignement est également évident dans le judaïsme et dans sa propre foi, le christianisme. Il a noté que cette compréhension est particulièrement bien exprimée dans les écrits des poètes et des érudits islamiques, ainsi que des poètes occidentaux comme Wordsworth. [x]

En essayant d’attirer l’attention sur ce qui unit les religions, plutôt que sur ce qui les divise, le prince a déclaré qu’il y avait plus de similitudes que de différences dans les approches des différentes religions.

Encourager les bonnes relations entre toutes les communautés religieuses – en soulignant ces similitudes et ces thèmes communs – fait partie du travail du prince depuis plus de 25 ans.

Le prince a affirmé lors de ce discours historique :

[‘’D’après ce que je sais du Coran, il décrit encore et encore le monde naturel comme l’œuvre d’une puissance unitaire bienveillante. Il décrit très explicitement la Nature comme possédant une « intelligibilité » et qu’il n’y a pas de séparation entre l’Homme et la Nature, précisément parce qu’il n’y a pas de séparation entre le monde naturel et Dieu. Il offre une vision complètement intégrée de l’univers où la religion et la science, l’esprit et la matière font tous partie d’un tout vivant et conscient. Nous sommes donc des êtres finis contenus dans une infinitude, et chacun de nous est un microcosme du tout. Cela me suggère que la Nature est un partenaire conscient, jamais un esclave aveugle de l’humanité, et nous sommes Ses locataires ; Les invités de Dieu pour trop peu de temps.

Si je peux citer le Coran, “Avez-vous pensé : si votre eau devait disparaître dans la Terre, qui pourrait alors vous apporter de l’eau jaillissante ?” C’est l’hospitalité divine qui nous offre nos provisions et nos demeures, nos vêtements, nos outils et nos moyens de transport. La Terre est robuste et prolifique, mais aussi délicate, subtile, complexe et diversifiée et notre marque doit donc toujours être douce – ou l’eau disparaîtra, comme elle le fait dans des endroits comme le Pendjab en Inde. Les méthodes agricoles industrialisées reposent sur l’utilisation de semences à haut rendement et d’engrais chimiques, qui nécessitent tous deux beaucoup plus d’énergie et beaucoup plus d’eau. En conséquence, la nappe phréatique a chuté de façon spectaculaire – j’y suis allé, je l’ai vu – jusqu’à présent, d’un mètre par an. Les agriculteurs punjabi doivent maintenant creuser des trous de forage coûteux de plus de 200 pieds de profondeur pour accéder à ce qui reste de l’eau et, par conséquent, leurs dettes deviennent de plus en plus profondes et le sel remonte à la surface, contaminant le sol’’].

‘From what I know of the Qu’ran, again and again it describes the natural world as the handiwork of a unitary benevolent power. It very explicitly describes Nature as possessing an “intelligibility” and that there is no separation between Man and Nature, precisely because there is no separation between the natural world and God. It offers a completely integrated view of the Universe where religion and science, mind and matter are all part of one living, conscious whole. We are, therefore, finite beings contained by an infinitude, and each of us is a microcosm of the whole. This suggests to me that Nature is a knowing partner, never a mindless slave to humanity, and we are Her tenants; God’s guests for all too short a time.

If I may quote the Qu’ran, “Have you considered: if your water were to disappear into the Earth, who then could bring you gushing water?” This is the Divine hospitality that offers us our provisions and our dwelling places, our clothing, tools and transport. The Earth is robust and prolific, but also delicate, subtle, complex and diverse and so our mark must always be gentle – or the water will disappear, as it is doing in places like the Punjab in India. Industrialized farming methods there rely upon the use of high-yielding seeds and chemical fertilizers, both of which need a lot more energy and a lot more water as well. As a consequence the water table has dropped dramatically – I have been there, I have seen it – so far, by three feet a year. Punjabi farmers are now having to dig expensive bore holes over 200 feet deep to get at what remains of the water and, as a result, their debts become ever deeper and the salt rises to the surface contaminating the soil’’.

Compréhension entre l’Occident et l’Islam

Dans un discours prononcé au Centre d’études islamiques d’Oxford Le 27 octobre 1993, le prince a souligné l’importance de la nécessité d’une plus grande compréhension entre l’Occident et l’Islam, et il a commencé son discours en réaffirmant la nécessité d’aider les communautés minoritaires et les groupes confessionnels à s’intégrer dans la société britannique.

Le prince a conclu en disant qu’il était erroné de considérer la tradition et la sagesse traditionnelle (du type de celles que l’on trouve dans les enseignements des grandes religions du monde) comme rétrogrades. Il estime que la sagesse traditionnelle peut se fondre dans les besoins modernes et que, loin d’être rétrograde, elle est en fait visionnaire.

Il a commencé sa conférence en disant :

[‘’On m’a suggéré, lorsque j’ai commencé à réfléchir au sujet de cette conférence, de me réconforter avec le proverbe arabe : “Dans chaque tête, il y a un peu de sagesse”. J’avoue que j’ai peu de qualifications en tant qu’érudit pour justifier ma présence ici, dans ce théâtre, où tant de personnes beaucoup plus savantes que moi ont prêché et généralement fait progresser la somme des connaissances humaines. Je me sentirais peut-être mieux préparé si j’étais un rejeton de votre éminente université, plutôt qu’un produit de ce “collège technique des Fens” – même si j’espère que vous n’oublierez pas qu’une chaire d’arabe a été créée à Cambridge au XVIIe siècle, quatre ans avant votre première chaire d’arabe à Oxford. Contrairement à beaucoup d’entre vous, je ne suis pas un expert de l’Islam, mais je suis ravi, pour des raisons qui, je l’espère, deviendront claires, d’être le vice-patron du Centre d’études islamiques d’Oxford. Le Centre a le potentiel pour être un véhicule important et passionnant pour promouvoir et améliorer la compréhension du monde islamique en Grande-Bretagne, et j’espère qu’il gagnera sa place aux côtés d’autres centres d’études islamiques à Oxford, comme l’Oriental Institute et le Middle East Centre, en tant qu’institution dont l’Université, et les érudits plus largement, seront fiers à juste titre’’].

‘’Ladies and gentlemen, it was suggested to me when I first began to consider the subject of this lecture, that I should take comfort from the Arab proverb, ‘In every head there is some wisdom’. I confess that I have few qualifications as a scholar to justify my presence here, in this theatre, where so many people much more learned than I have preached and generally advanced the sum of human knowledge. I might feel more prepared if I were an offspring of your distinguished University, rather than a product of that ‘Technical College of the Fens’ – though I hope you will bear in mind that a chair of Arabic was established in 17th century Cambridge a full four years before your first chair of Arabic at Oxford. Unlike many of you, I am not an expert on Islam – though I am delighted, for reasons which I hope will become clear, to be a Vice Patron of the Oxford Centre for Islamic Studies. The Centre has the potential to be an important and exciting vehicle for promoting and improving understanding of the Islamic world in Britain, and one which I hope will earn its place alongside other centres of Islamic study in Oxford, like the Oriental Institute and the Middle East Centre, as an institution of which the University, and scholars more widely, will become justly proud.’’

Il continua en soutenant que :

[‘’ Le corollaire de la façon dont nous, Occidentaux, voyons notre histoire a si souvent été de considérer l’Islam comme une menace – à l’époque médiévale comme un conquérant militaire, et à l’époque plus moderne comme une source d’intolérance, d’extrémisme et de terrorisme. On peut comprendre comment la prise de Constantinople, lorsqu’elle est tombée aux mains du sultan Mehmet en 1453, et les défaites rapprochées des Turcs devant Vienne en 1529 et 1683, ont pu faire frémir les dirigeants européens. L’histoire des Balkans sous la domination ottomane a fourni des exemples de cruauté qui ont profondément marqué les esprits occidentaux. Mais la menace n’a pas été à sens unique. Avec l’invasion de l’Égypte par Napoléon en 1798, suivie des invasions et des conquêtes du 19e siècle, le pendule a basculé, et la quasi-totalité du monde arabe a été occupée par les puissances occidentales. Avec la chute de l’Empire ottoman, le triomphe de l’Europe sur l’Islam semble complet. Ces jours de conquête sont révolus. Mais même aujourd’hui, notre attitude commune à l’égard de l’Islam souffre du fait que la façon dont nous le comprenons a été détournée par l’extrême et le superficiel. Pour beaucoup d’entre nous, en Occident, l’Islam est perçu sous l’angle de la tragique guerre civile au Liban, des meurtres et des attentats perpétrés par des groupes extrémistes au Moyen-Orient, et de ce que l’on appelle communément le “fondamentalisme islamique”. Notre jugement sur l’Islam a été grossièrement déformé en considérant les extrêmes comme la norme. Mesdames et Messieurs, c’est une grave erreur. C’est comme si l’on jugeait la qualité de la vie en Grande-Bretagne par l’existence de meurtres et de viols, d’abus d’enfants et de toxicomanie. Les extrêmes existent, et il faut s’en occuper. Mais lorsqu’ils sont utilisés comme base pour juger une société, ils conduisent à des distorsions et à des injustices.

Par exemple, les gens de ce pays affirment souvent que la charia du monde islamique est cruelle, barbare et injuste. Nos journaux, surtout, adorent colporter ces préjugés irréfléchis. La vérité est, bien sûr, différente et toujours plus complexe. Pour ma part, je pense que les extrêmes, comme la coupe des mains, sont rarement pratiqués. Le principe directeur et l’esprit de la loi islamique, tirés directement du Coran, devraient être ceux de l’équité et de la compassion. Nous devons étudier son application réelle avant de porter des jugements. Nous devons faire la distinction entre les systèmes de justice administrés avec intégrité et les systèmes de justice tels que nous pouvons les voir pratiqués qui ont été déformés pour des raisons politiques en quelque chose qui n’est plus islamique. Nous devons garder à l’esprit le vif débat qui a lieu dans le monde islamique lui-même sur l’étendue de l’universalité ou de l’intemporalité de la charia, et sur la mesure dans laquelle l’application de cette loi change et évolue continuellement’’].

‘’ The corollary of how we in the West see our history has so often been to regard Islam as a threat – in mediaeval times as a military conqueror, and in more modern times as a source of intolerance, extremism and terrorism. One can understand how the taking of Constantinople, when it fell to Sultan Mehmet in 1453, and the close-run defeats of the Turks outside Vienna in 1529 and 1683, should have sent shivers of fear through Europe’s rulers. The history of the Balkans under Ottoman rule provided examples of cruelty which sank deep into Western feelings. But the threat has not been one way. With Napoleon’s invasion of Egypt in 1798, followed by the invasions and conquests of the 19th century, the pendulum swung, and almost all the Arab world became occupied by the Western powers. With the fall of the Ottoman Empire, Europe’s triumph over Islam seemed complete. Those days of conquest are over. But even now our common attitude to Islam suffers because the way we understand it has been hijacked by the extreme and the superficial. To many of us in the West, Islam is seen in terms of the tragic civil war in Lebanon, the killings and bombings perpetrated by extremist groups in the Middle East, and by what is commonly referred to as ‘Islamic fundamentalism’. Our judgement of Islam has been grossly distorted by taking the extremes to be the norm. That, ladies and gentlemen, is a serious mistake. It is like judging the quality of life in Britain by the existence of murder and rape, child abuse and drug addition. The extremes exist, and they must be dealt with. But when used as a basis to judge a society, they lead to distortion and unfairness.

For example, people in this country frequently argue that the Sharia law of the Islamic world is cruel, barbaric and unjust. Our newspapers, above all, love to peddle those unthinking prejudices. The truth is, of course, different and always more complex. My own understanding is that extremes, like the cutting off of hands, are rarely practised. The guiding principle and spirit of Islamic law, taken straight from the Qur’an, should be those of equity and compassion. We need to study its actual application before we make judgements. We must distinguish between systems of justice administered with integrity, and systems of justice as we may see them practised which have been deformed for political reasons into something no longer Islamic. We must bear in mind the sharp debate taking place in the Islamic world itself about the extent of the universality or timelessness of Sharia law, and the degree to which the application of that law is continually changing and evolving.’’

Il ajouta que Le monde islamique et le monde occidental ne peuvent plus se permettre de rester à l’écart d’un effort commun pour résoudre leurs problèmes communs. On ne peut pas se permettre de raviver les confrontations territoriales et politiques du passé. On doit partager ses expériences, s’expliquer les uns aux autres, comprendre et tolérer, et s’appuyer sur les principes positifs que les cultures ont en commun. Cet échange doit être à double sens. Chacun doit comprendre l’importance de la conciliation, de la réflexion pour ouvrir les esprits et les cœurs des uns aux autres. Il se dit être intimement convaincu que les mondes islamique et occidental ont beaucoup à apprendre l’un de l’autre. De même que l’ingénieur pétrolier dans le Golfe peut être européen, le chirurgien chargé des transplantations cardiaques en Grande-Bretagne peut être égyptien.

Il continua en disant que si ce besoin de tolérance et d’échange est vrai au niveau international, il s’applique avec une force particulière en Grande-Bretagne même. La Grande-Bretagne est une société multiraciale et multiculturelle. Tout le monde connait la taille des communautés musulmanes qui vivent dans toute la Grande-Bretagne, aussi bien dans de grandes villes comme Bradford que dans de minuscules communautés dans des endroits aussi reculés que Stornaway, dans l’ouest de l’Écosse. Ces personnes sont un atout pour la Grande-Bretagne. Ils contribuent à tous les secteurs de l’économie – à l’industrie, aux services publics, aux professions libérales et au secteur privé. On les retrouve en tant qu’enseignants, médecins, ingénieurs et scientifiques. Ils contribuent au bien-être économique du pays, et ajoutent à la richesse culturelle de la nation.

Pour le prince, la tolérance et la compréhension doivent aller dans les deux sens. Pour ceux qui ne sont pas musulmans, cela peut signifier le respect de la pratique quotidienne de la foi islamique et un soin décent à éviter les actions susceptibles de provoquer une profonde offense. Pour les musulmans de la société britannique, il est nécessaire de respecter l’histoire, la culture et le mode de vie du pays, et d’équilibrer leur liberté vitale d’être eux-mêmes avec une appréciation de l’importance de l’intégration dans la société. Là où il y a des lacunes en matière de compréhension et de tolérance, on a besoin d’une plus grande réconciliation entre les citoyens. Il dit qu’il ne peut qu’admirer et applaudir ces hommes et ces femmes de tant de confessions qui travaillent sans relâche, à Londres, dans le sud du Pays de Galles, dans les Midlands et ailleurs, pour promouvoir de bonnes relations communautaires. Le Centre pour l’étude de l’islam et des relations entre chrétiens et musulmans de Birmingham est un exemple particulièrement remarquable et réussi. Il se dit être reconnaissants pour le dévouement et l’exemple de tous ceux qui se sont consacrés à la cause de la promotion de la compréhension.

Il conclut qu’il ne saurait trop insister sur l’importance des questions qu’il a essayé d’aborder si imparfaitement. Ces deux mondes, l’Islam et l’Occident, se trouvent en quelque sorte à la croisée des chemins dans leurs relations. On ne doit pas les laisser se séparer. Il n’accepte pas l’argument selon lequel ils sont sur le point de s’affronter dans une nouvelle ère d’antagonisme. Il est intimement convaincu que ses deux mondes ont beaucoup à s’offrir l’un à l’autre. Il y a beaucoup à faire ensemble. Il se dit ravi que le dialogue ait commencé, tant en Grande-Bretagne qu’ailleurs. Mais il faut travailler davantage pour se comprendre, pour évacuer le poison qui sépare les uns les autres et pour faire disparaître le fantôme de la suspicion et de la peur. Plus on est sur cette voie, meilleur sera le monde qu’on créera pour les enfants et les générations futures.

Les déclarations publiques du prince Charles sur l’islam

Le prince Charles a fait plusieurs déclarations publiques fortes soutenant l’islam comme la solution aux maux spirituels et culturels de la Grande-Bretagne et de l’Occident. Son plaidoyer public en faveur de l’Islam semble remonter à 1989, lorsque l’Ayatollah Ruhollah Khomeini a émis un édit (fatwa) contre Salman Rushdie, un citoyen britannique, pour avoir blasphémé le prophète Mohammed dans son roman Les versets sataniques. Charles a réagi au décret de mort en réfléchissant aux aspects positifs que l’islam peut offrir aux vies spirituelles de ses compatriotes.

Charles a prononcé son premier grand discours sur l’Islam le 27 octobre 1993, au Sheldonian Theatre d’Oxford, où il est vice-patron du Centre d’études islamiques. [xi] Il a déclaré que l’attitude habituelle envers l’Islam

[‘’souffre du fait que la façon dont nous le comprenons a été détournée par l’extrême et le superficiel. Pour beaucoup d’entre nous en Occident, l’Islam est perçu sous l’angle de la tragique guerre civile au Liban, des meurtres et des attentats à la bombe perpétrés par des groupes extrémistes au Moyen-Orient, et de ce que l’on appelle communément le “fondamentalisme islamique”].

‘’suffers because the way we understand it has been hijacked by the extreme and the superficial. To many of us in the West, Islam is seen in terms of the tragic civil war in Lebanon, the killings and bombings perpetrated by extremist groups in the Middle East, and by what is commonly referred to as “Islamic fundamentalism.”

Le prince de Galles a ensuite expliqué les causes de cette compréhension déformée :

[‘’Notre jugement sur l’Islam a été grossièrement déformé en prenant les extrêmes pour la norme… Par exemple, les gens de ce pays affirment fréquemment que la charia du monde islamique est cruelle, barbare et injuste. Nos journaux, surtout, adorent colporter ces préjugés irréfléchis. La vérité est, bien sûr, différente et toujours plus complexe. Pour ma part, je pense que les extrêmes, comme la coupe des mains, sont rarement pratiqués. Le principe directeur et l’esprit de la loi islamique, tirés directement du Coran, devraient être ceux de l’équité et de la compassion’’].

‘’Our judgement of Islam has been grossly distorted by taking the extremes to the norm… For example, people in this country frequently argue that the Sharia law of the Islamic world is cruel, barbaric and unjust. Our newspapers, above all, love to peddle those unthinking prejudices. The truth is, of course, different and always more complex. My own understanding is that extremes, like the cutting off of hands, are rarely practised. The guiding principle and spirit of Islamic law, taken straight from the Qur’an, should be those of equity and compassion.’’

Charles suggère que les femmes européennes pourraient même trouver quelque chose à envier dans la situation de leurs sœurs musulmanes :

[‘’Les pays islamiques comme la Turquie, l’Égypte et la Syrie ont accordé le droit de vote aux femmes aussi tôt que l’Europe l’a fait pour ses femmes – et bien plus tôt qu’en Suisse ! Dans ces pays, les femmes bénéficient depuis longtemps de l’égalité des salaires et de la possibilité de jouer un rôle actif à part entière dans leur sociét’’].

‘’Islamic countries like Turkey, Egypt and Syria gave women the vote as early as Europe did its women-and much earlier than in Switzerland! In those countries women have long enjoyed equal pay, and the opportunity to play a full working role in their societies.’’

Charles considère que le christianisme est inadapté à la tâche de restauration spirituelle et dénigre la science pour avoir fait perdre à l’Occident ses amarres spirituelles. Faisant écho à un thème musulman commun, il déclare que [la civilisation occidentale est devenue de plus en plus avide et exploiteuse, au mépris de nos responsabilités environnementales]. Au lieu de cela, il fait l’éloge du “renouveau islamique” des années 1980 et présente l’islam comme le salut de la Grande-Bretagne :

[‘’L’Islam peut nous enseigner aujourd’hui une façon de comprendre et de vivre dans le monde que le christianisme lui-même est plus pauvre d’avoir perdu. Au cœur de l’islam se trouve la préservation d’une vision intégrale de l’univers. L’Islam – comme le bouddhisme et l’hindouisme – refuse de séparer l’homme et la nature, la religion et la science, l’esprit et la matière, et a préservé une vision métaphysique et unifiée de nous-mêmes et du monde qui nous entoure . . . Mais l’Occident a progressivement perdu cette vision intégrée du monde avec Copernic et Descartes et l’avènement de la révolution scientifique. Une philosophie globale de la nature ne fait plus partie de nos croyances quotidiennes’’].

‘’Islam can teach us today a way of understanding and living in the world which Christianity itself is poorer for having lost. At the heart of Islam is its preservation of an integral view of the Universe. Islam-like Buddhism and Hinduism-refuses to separate man and nature, religion and science, mind and matter, and has preserved a metaphysical and unified view of ourselves and the world around us… But the West gradually lost this integrated vision of the world with Copernicus and Descartes and the coming of the scientific revolution. A comprehensive philosophy of nature is no longer part of our everyday beliefs.’’

Il conclut en suggérant qu’

[“il y a des choses à apprendre dans ce système de croyances que nous ignorons à nos risques et périls”].

“there are things for us to learn in this system of belief which I suggest we ignore at our peril.”

Parmi les nombreux titres portés par le souverain britannique figure celui de “Défenseur de la foi“, une référence au fait que le monarque dirige non seulement le gouvernement mais aussi l’Église d’Angleterre. Mais le prince émet des réserves sur ce titre. Dans un documentaire télévisé de juin 1994, il a déclaré qu’il préférait être connu comme “Défenseur de foi” plutôt que “Défenseur de la foi “, [xii] ce qui a donné lieu à de nombreuses spéculations selon lesquelles il serait favorable au démantèlement [xiii] de l’Église d’Angleterre. [xiv]

Le Premier ministre John Major réagit au sentiment de Charles de vouloir être connu comme “[défenseur de la foi]/ Defender of the faith” par un commentaire discret :

[‘’Il serait un peu étrange que le prince Charles soit le défenseur de croyances dont il n’est pas membre’’].

‘’ it would be a little odd if Prince Charles was defender of faiths of which he was not a member “. [xv]

Charles a continué à discuter du rôle de l’islam au Royaume-Uni. Dans un discours prononcé au centre de conférence du Foreign Office à Wilton Park dans le Sussex le 13 décembre 1996, il a fait appel à la pédagogie et à la philosophie islamiques pour aider les jeunes Britanniques à développer une vision plus saine du monde. [xvi] Il a fait l’éloge de la culture islamique dans sa forme traditionnelle pour avoir essayé de préserver une

[“vision intégrée et spirituelle du monde d’une manière que nous n’avons pas jugé bon de faire au cours des dernières générations en Occident”].

 “integrated, spiritual view of the world in a way we have not seen fit to do in recent generations in the West”.

I dit dans ce sens :

[‘’Nous avons beaucoup à apprendre de cette vision du monde islamique à cet égard. Il existe de nombreuses façons de construire une compréhension et une appréciation mutuelles. Peut-être pourrions-nous commencer, par exemple, par avoir plus d’enseignants musulmans dans les écoles britanniques, ou par encourager les échanges d’enseignants. Partout dans le monde, les gens veulent apprendre l’anglais. Mais en Occident, à notre tour, nous avons besoin que des enseignants islamiques nous apprennent à apprendre avec notre cœur, ainsi qu’avec notre tête.

De repenser, et pour le mieux, notre gestion pratique de l’homme et de son environnement – dans des domaines tels que les soins de santé, l’environnement naturel et l’agriculture, ainsi qu’en architecture et en urbanisme’’].

En plus de ces commentaires sur l’islam, Charles a pris des mesures pour donner à cette religion un statut spécial. Par exemple, il a mis en place un groupe de douze “sages” (en fait, onze hommes et une femme) pour le conseiller sur la religion et la culture islamiques. [xvii] Cela a fait beaucoup parler, d’autant plus que le groupe se serait réuni en secret. Certains ont fait remarquer qu’il n’existe pas d’organisme comparable pour informer le prince héritier sur les autres croyances pratiquées dans son futur royaume.

Voyages dans le monde islamique

Charles a beaucoup voyagé dans le monde musulman, avec des visites au Maroc, en Arabie Saoudite, au Koweït, à Bahreïn, au Qatar et au Bangladesh. Il s’est rendu en Turquie si souvent que certains observateurs pensent qu’il s’agit du pays où aurait eu lieu sa conversion à l’islam. En outre, il a visité des mosquées au Royaume-Uni, par exemple, il s’est arrêté dans l’une d’elles à la fin du Ramadan en avril 1996.

Certains services du gouvernement britannique ont trouvé une utilisation pratique de l’affection du prince pour l’islam. En particulier, le ministère des Affaires étrangères l’utilise comme point de contact pour les intérêts commerciaux britanniques dans les pays musulmans, ce qui a amené un journaliste à déclarer que

[le phénomène Charles d’Arabie est là pour rester’’],

‘’”the Charles of Arabia’’ phenomenon is here to stay,”

car il contribue à assurer le commerce britannique avec le monde musulman. [xviii]

Bien que certains Britanniques puissent être déconcertés par l’engouement du prince Charles pour l’islam, il est devenu un héros parmi les musulmans. Sa visite de février 1997 en Arabie Saoudite a fait l’objet d’une couverture modérée dans la presse britannique, mais a été une nouvelle énorme dans le pays hôte. En Arabie saoudite, le thème dominant des discours de bienvenue était celui du prince en tant qu’ami sincère du monde islamique. La chaleur de son accueil a été extraordinaire.

John Casey, de l’université de Cambridge, prévient que le public britannique n’a pas une idée claire de la position de Charles dans le monde musulman :

[‘’La mesure dans laquelle le prince est admiré par les musulmans – jusqu’au culte du héros – n’est pas encore entrée dans la conscience du public britannique. Lorsqu’elle le sera, cette opinion publique pourra être satisfaite ou non’’].

Casey conclut que le [‘’statut de héros]/status of hero” du prince de Galles dans le monde arabe est permanent. [‘’Aucune autre personnalité occidentale ne suscite une telle admiration] / No other Western figure commands this sort of admiration“. [xix]

Les admirateurs musulmans de Charles peuvent être généreux dans leur gratitude. Lors d’un dîner privé avec le prince Charles en mai 1997, le prince Bandar bin Sultan d’Arabie Saoudite a annoncé un don du roi Fahd de 33 millions de dollars à l’université d’Oxford pour la construction d’un nouveau centre d’études islamiques à Oxford, un don destiné à : [‘’établir les études islamiques au cœur du système éducatif britannique’’] / to establish Islamic studies at the heart of the British education system”. [xx]

Les discours de Charles ont suscité une avalanche de commentaires en Angleterre. Dans la perception populaire, il est un dilettante spirituel, une sorte de papillon religieux, passant d’une foi à l’autre et s’orientant de plus en plus vers l’islam… La vue du prince dans un énième châle de prière ne fait qu’aggraver l’image d’un excentrique bien intentionné en quête d’une inspiration divine. [xxi]

Certains Anglais ont pris les déclarations de leur prince plus au sérieux. Patrick Sookhdeo, directeur de l’Institut pour l’étude de l’islam et du christianisme, s’interroge sur la cohérence de l’approche de Charles vis-à-vis de l’islam, faisant remarquer qu’[il n’est pas juste de comparer les meilleurs idéaux de la foi islamique avec le pire de la décadence culturelle occidentale]/ It is not fair to compare the best ideals of the Islamic faith with the worst of Western cultural decadence“. Sookhdeo a également rappelé à Charles que de nombreux musulmans voient dans les traditions occidentales la solution à leurs propres problèmes : [xxii]

[‘’Que ressentent les musulmans vivant dans un contexte musulman ? Sont-ils satisfaits de continuer à se soumettre à l’autorité dans chaque détail de leur vie ? Beaucoup ne le sont pas. Nous entendons beaucoup parler des islamistes radicaux qui cherchent à se conformer encore plus étroitement aux enseignements originaux de l’islam. Mais nous entendons peu parler du phénomène inverse : les musulmans qui sont attirés par la démocratie, la liberté d’expression, la liberté de conscience, le respect des droits et de la valeur de l’individu et d’autres caractéristiques de la société occidentale’’].

‘’What do Muslims living in a Muslim context feel? Are they content to continue submitting to authority in every detail of their lives? Many are not. We hear much about radical Islamists seeking an even closer adherence to the original teachings of Islam. But we hear little about the opposite phenomenon: the Muslims who are attracted by democracy, freedom of speech, freedom of conscience, respect for the rights and worth of the individual and other characteristics of Western society’’.

Un autre commentateur a inversé l’argument de Charles et a soutenu que certains du million et demi de musulmans de Grande-Bretagne ont besoin d’être instruits des valeurs britanniques : [xxiii]

[‘’Il serait intéressant de savoir qui ils [les leaders musulmans avec lesquels Charles s’associe] sont. Parmi eux, le cheikh Omar Bakri Mohammad, qui soutient le Hamas, milite pour un État islamique et a récemment appelé les homosexuels à se jeter du haut de Big Ben ? Ou le dissident Dr. al-Mas’ari, qui a utilisé la nouvelle liberté d’expression que nous lui avons donnée dans ce pays pour appeler à l’extermination des Juifs ?’’].

‘’It would be interesting to know who they [the Muslim leaders with whom Charles associates] are. Do they include Sheikh Omar Bakri Mohammad, who supports Hamas, agitates for an Islamic state, and recently called for homosexuals to fling themselves off Big Ben? Or the dissident Dr. al-Mas’ari, who has used the new freedom of speech which we in this country have given him to call for the extermination of the Jews?’’

Le conflit entre l’enthousiasme de Charles pour l’Islam et la méfiance de ses sujets s’est manifesté à Oxford, où la réaction à l’énorme cadeau du roi Fahd au centre islamique a suscité peu d’enthousiasme. Les professeurs d’Oxford s’opposent au don, affirmant que son emplacement proposé – un site vierge près du cœur de la ville – constituerait un [‘’surdéveloppement’’] / ‘’overdevelopment“. [xxiv] Leur opposition écologique cache probablement d’autres motifs.

Il est intéressant de noter que Charles lui-même a légèrement fait l’expérience de la colère de l’islam fondamentaliste. Juste après que l’ayatollah Khomeini a publié son décret de mort contre Salman Rushdie, Charles se trouvait dans le golfe Persique et la radio de Téhéran a dénoncé sa présence dans cette région : [‘’comme un affront à l’Islam]’’/as a snub to Islam“. [xxv] En raison de [‘’préoccupations accrues en matière de sécurité à la suite de la fureur des musulmans pour les Versets sataniques’’]/ ‘’heightened security concerns in the wake of Muslim furor over The Satanic Verses“, [xxvi] . Le prince a été contraint de se retirer d’un match de polo à Dubaï. Mais ces démêlés avec les extrémistes musulmans n’ont pas dissuadé Charles de rassurer les autres en affirmant que le problème de l’islam n’est qu’un problème d’image.

Il convient de noter que Charles n’est pas le seul lien de la famille royale avec le monde musulman, puisque feue la princesse Diana, l’ex-femme de Charles, a souvent été liée à Hasnat Khan, un chirurgien cardiaque basé à Londres. Tout comme Charles a revêtu un châle de prière musulman, Diana a porté un shalwar kameez traditionnel lors de sa visite à la famille de Khan au Pakistan. Le Sunday Mirror [xxvii] de Londres rapporte que la famille de Khan a approuvé un éventuel mariage entre la princesse divorcée de 35 ans et leur fils, puis cite la princesse (par l’intermédiaire d’un “ami”) disant qu’elle espérait que Khan engendre une demi-sœur à ses deux fils, les princes William et Harry. Si le divorce de Diana avec l’héritier du trône britannique l’écarte personnellement de la famille royale, ses fils pourraient être les premiers héritiers du trône britannique à avoir un beau-père musulman.

Le Royaume Uni, le Maroc et la France

Les relations anglo-marocaines remontent à des temps immémoriaux, mais l’année 2013 a marqué le 800e anniversaire du début des relations diplomatiques. En fait, le premier contact diplomatique anglo-marocain enregistré remonte à l’année 1213, lorsque le roi Jean d’Angleterre (24 décembre 1166 – 19 octobre 1216), dit sans Terre (John Lackland) envoya une ambassade au Sultan Mohammed an-Nâssir, quatrième souverain almohade du Maroc (1199-1213), proposer une alliance en contrepartie de se convertir à l’islam. [xxviii] Le sultan marocain a soutenu le roi anglais contre la menace de la France et l’a aidé à réprimer les barons révoltés chez lui.

Les relations se sont développées à la suite de la navigation du Lion au Maroc en 1551. Selon Richard Hakluyt, citant Edmund Hogan, le souverain “Abdelmelech” (Abu Marwan Abd al-Malik I) portait [xxix]

[“une plus grande affection à notre Nation qu’aux autres à cause de notre religion, qui interdit le culte des Idoles”].

“a greater affection to our Nation than to others because of our religion, which forbids the worship of Idols”.

En 1585, avec la création de la Barbary Company/Compagnie anglaise de Barbarie, [xxx] le commerce se développe entre l’Angleterre et les états d’Afrique du Nord, et notamment le Maroc. Des relations diplomatiques et une alliance sont établies entre Élisabeth I et ses états. La reine Élisabeth I (1533-1603) envoie son ministre Roberts auprès de l’empereur marocain Ahmad al-Mansour (1549-1603) pour résider au Maroc et obtenir des avantages pour les commerçants anglais. [xxxi]

Elizabeth était initialement réticente à développer un commerce d’armes avec le Maroc, de peur des critiques d’autres puissances chrétiennes, comme cela a été communiqué par Hogan au sultan en 1577. [xxxii] Cependant, les contacts se sont rapidement transformés en une alliance politique à la suite de nouveaux échanges diplomatiques entre Élisabeth I et le sultan Ahmad al-Mansur, après la défaite du Portugal à la bataille d’Alcácer Quibir en 1578. [xxxiii]

L’Angleterre s’engagea dans une relation commerciale avec le Maroc au détriment de l’Espagne, vendant des armures, des munitions, du bois, du métal en échange de sucre marocain, en dépit d’une interdiction papale, ce qui fit dire au nonce apostolique en Espagne à la reine Élisabeth I :

[“il n’y a aucun mal qui ne soit pas conçu par cette femme, qui, c’est parfaitement clair, a aidé Mulocco (Abd al-Malik) avec des armes, et surtout avec de l’artillerie”]

“there is no evil that is not devised by that woman, who, it is perfectly plain, succoured Mulocco (Abd al-Malik) with arms, and especially with artillery.”] [xxxiv]

En 1600, Abd al-Wahed ben Mascoud, le principal secrétaire du sultan marocain Moulay Ahmad al-Mansour, se rendit en Angleterre en tant qu’ambassadeur à la cour de la reine Elizabeth I. Abd al-Wahed ben Mascoud passa six mois à la cour d’Élisabeth I, afin de négocier une alliance contre l’Espagne. Le souverain marocain souhaitait l’aide d’une flotte anglaise pour envahir l’Espagne. Élisabeth a refusé, mais a accueilli l’ambassade comme un signe d’assurance et a accepté d’établir des accords commerciaux. La reine Élisabeth et le roi Ahmad ont continué à discuter de divers plans pour des opérations militaires combinées, Élisabeth demandant un paiement de 100 000 livres à l’avance au roi Ahmad pour la fourniture d’une flotte, et Ahmad demandant l’envoi d’un grand navire pour obtenir l’argent. Les discussions n’ont cependant pas abouti et les deux souverains sont morts dans les deux ans qui ont suivi l’ambassade.

Dans une lettre datée du 16 mai 1891, adressée à Sir Charles Euan-Smith, le nouvellement nommé ministre plénipotentiaire auprès de l’empereur du Maroc, Lord Salisbury a rappelé à l’ambassadeur ‘’le but constant du Gouvernement de Sa Majesté, et de vos prédécesseurs à Tanger, de préserver l’indépendance et l’intégrité territoriale de l’Empire du Maroc“. De manière assez significative, cet objectif est toujours pertinent aujourd’hui grâce au soutien diplomatique au Maroc dans ce domaine et dans d’autres. [xxxv]

Au XIXe siècle, Edward Drummond-Hay et son fils John Drummond-Hay ont été consuls généraux britanniques à Tanger pendant des décennies, façonnant les politiques et la survie du pays pendant la ruée vers l’Afrique (Scramble for Africa). Les accords anglo-marocains, également connus sous le nom de traités d’amitié anglo-marocains, ont été signés le 9 décembre 1856. Cela a contribué à prolonger l’indépendance du Maroc, mais a réduit sa capacité à maintenir les monopoles commerciaux royaux dans le pays et a réduit sa capacité à imposer des droits de douane sur commerce extérieur. [xxxvi]

Au Maroc, depuis les temps immémoriaux, les sultans Marocains ont été : ‘’Commandeur des Croyants’’ amîr al-mou’minîn et non pas ‘’Commandeur des Musulmans’’ pour la simple raison que les juifs ont existé au Maroc depuis l’an 70 de notre ère et après la Reconquista en 1492 d’autres juifs de la péninsule ibérique chassés d’Espagne ont trouvé refuge au Maroc. Depuis l’aube des temps les monarchies marocaines été protectrices de toutes les religions : islam, judaïsme et christianisme et elles le sont toujours.

Comme dans le cas de la monarchie marocaine, Prince Charles voulait un modèle dans lequel le souverain britannique serait défenseur et protecteur de toutes les religions et non pas d’une seule foi. Son objectif n’est nullement le démantèlement de l’Église d’Angleterre mais plutôt son ancrage dans un multiculturalisme dynamique qui ferait du Royaume Uni, un pays de dialogue, d’ouverture et de respect des autres cultures.

Il va sans le dire que la ville de Londres n’est pas seulement une grande métropole mondiale connue pour sa grande plateforme financière mais aussi un lieu de vivre-ensemble pour plusieurs cultures et religions. Parmi les festivals les plus connus de cette grande ville, on trouve :

  • Carnaval del Pueblo, Camberwell, en juin ;
  • Dragon Boat Festival, Royal Albert Docks, en juin;
  • African Street Style, Shoreditch, en juillet;
  • London Halal Food Festival, Wapping, en août; et
  • Notting Hill Carnival, West London, en août.

La célébration de ces festivals dans les rues de Londres c’est en soi la reconnaissance de l’apport positif et bénéfique des autres cultures, à travers l’histoire de l’empire britannique, à la culture de ce pays millénaire et un exemple édifiant de la réussite de son modèle du multiculturalisme dynamique.

Marocains à Manchester

Les marchands marocains ont commencé à visiter la Grande-Bretagne dès le XVIe siècle, arrivant au port de St. Ives en Cornouailles en 1589. Ils sont restés dans le pays pendant six mois, visitant le palais de Hampton Court et les marchés de Londres et ont été invités à assister aux célébrations de l’anniversaire du couronnement de la reine Élisabeth I. [xxxvii]

Au XIXe siècle, des commerçants musulmans et juifs marocains ont commencé à s’installer à Manchester de manière plus permanente. [xxxviii] Dans les années 1830, la Grande-Bretagne et le Maroc ont signé des traités permettant à leurs sujets de voyager et de commercer sur les territoires de l’autre.

Les marchands Fessi exportaient de l’argenterie vers le Maroc. Bekkaoui note que les mots manisheester et rite – d’après les produits portant l’insigne du fabricant de Manchester Richard Wright – sont entrés dans le vocabulaire local à Fès, pour désigner des plateaux et des théières de bonne qualité : [xxxix]

[‘’Dans l’ancienne médina de Fès, les termes manishisteer et ride ou rite, une corruption de Wright, sont encore invoqués par les marchands d’argenterie se réfèrent à des ustensiles de thé de très bonne qualité. Manishisteer est utilisé pour le plateau à thé siniya et la balade ou le rite pour barrad, théière. L’inscription de ces termes dans le vocabulaire commercial fassi qui remonte au début du XX siècle où la communauté marchande fassi de Manchester exportait vers les marchés marocains des articles d’argenterie portant la marque de fabrique de Richard Wright de Manchester en arabe et Anglais.

Commerçants marocains musulmans et juifs, principalement de Fès, sont parti vivre à Manchester dans les années 1830. Cela c’était rendue possible grâce à une série de traités entre le Maroc et la Grande-Bretagne accordant aux sujets de l’autre le droit de voyager et faire du commerce dans l’autre pays.

Dans le Traité de paix et de commerce avec William Petticrew en 1751, le sultan Moulay Abdellah a insisté sur le fait que « ses sujets, qu’ils soient juifs ou musulmans, ne devraient pas être interdits devivre et travailler à Gibraltar, comme ils le souhaitaient. Une clause du traité signé à Fès le 28 juillet 1760, et renouvelé en 1791, 1801 et 1824, garanti le droit des marchands Marocains de faire du commerce en Grande-Bretagne ‘’].

‘’In the old medina of Fez, the terms manishisteer and ride or rite, a corruption of Wright, are still invoked by silverware dealers to refer to very good quality tea-utensils. Manishisteer is used for siniya tea-tray and ride or rite for barrad, teapot. The entry of these terms in the Fassi commercial vocabulary dates back to the early twentieth century when the Fassi merchant community of Manchester exported to Moroccan markets silverware goods bearing the hallmark of Richard Wright of Manchester in Arabic and English.

Moroccan Muslim and Jewish traders, predominantly from Fez, relocated to Manchester in the 1830s. This was made possible thanks to a series of treaties between Morocco and Britain granting each other’s subjects the right to travel and conduct trade in the other country. In his negotiation of a Fassi Merchants Come to Manchester.

Treaty of Peace and Commerce with William Petticrew in 1751, Sultan Moulay Abdellah insisted that “his Subjects, whether Jewish or Muslim, should not be prohibited from living and working in Gibraltar, as they wished to do so.” A clause in the treaty signed in Fez on 28 July 1760, renewed in 1791, 1801 and 1824, guaranteed the right of Moroccan merchants to trade in Britain’’.

Dans son article de 1992 ‘’The Millet of Manchester’’, le professeur Fred Halliday [xl] a écrit que les commerçants marocains de Manchester avaient l’intention de préserver leur religion, leurs coutumes et leur langue au XIXe et au début du XXe siècle.

Écrivant en 1905, Louis Hayes, [xli] un marchand de Manchester, décrit à quoi ressemblait la communauté au milieu du XIXe siècle :

[‘’Au début des [dix-huit] années soixante, alors que vous passiez dans les rues commerçantes de la ville, vous aperceviez soudain un individu blanc enturbanné, dont la robe orientale gaie apparaissait en si fort contraste avec les teintes sombres de la tenue vestimentaire de tous ces à propos de lui. Au début, la vue de l’un de ces hommes en costume mauresque était un événement très rare, et les gens se levaient et souriaient au passage de l’un d’eux. Mais maintenant, ils ont cessé d’être une merveille, et ainsi ils vont et viennent et font leurs affaires de leur manière tranquille habituelle, et font leurs achats dans les magasins sans plus que peut-être un regard désinvolte des passants’’].

Dans son livre, Reminiscences of Manchester, Hayes a noté à quel point les marchands étaient soudés et à quel point leur style de commerce était différent de celui des marchands anglais. Ce dernier groupe a d’abord été choqué par l’ouverture et la confiance entre les commerçants marocains et comment, si vous vouliez discuter affaires avec l’un d’eux, vous deviez le faire devant tous les autres.

[“Parfois, c’était quelque peu embarrassant pour le vendeur, mais leur manière de faire des affaires était assez agréable et facile quand vous aviez une fois été admis dans leur amitié générale”], dit-il.

Dans les années 1890, le Manchester City News avait publié plusieurs rapports négatifs sur les marchands syriens et libanais à Manchester mais en revanche, il rendait compte de la communauté marocaine et de sa culture avec respect et appréciation tout en déplorant leur départ vers 1936 lorsqu’un grand groupe de Marocains partit.

[“Les commerçants marocains de Manchester étaient déterminés à préserver leur religion, leurs coutumes et leur langue”].

Un rapport du 2 octobre 1936 note que les enfants nés dans la communauté de Manchester ont acquis la nationalité britannique et que ces enfants l’ont ensuite transmise à leurs propres descendants nés au Maroc.

[‘’Issu d’une famille nombreuse, beaucoup d’enfants nés à Manchester jouissent de la nationalité britannique, et bien que revenus dans leur ville natale de Fès, d’autres générations nées au Maroc revendiquent de plein droit la nationalité britannique, dont elles sont très fières et tiennent à ses privilèges, bien qu’ils ne verront probablement jamais le pays’’].

Le rapport décrit également comment les Marocains ont préservé leur foi islamique et effectué des prières communes alors qu’il n’y avait pas de mosquée dans la ville.

[“Les habitudes de cette colonie marocaine à Manchester n’étaient pas inhabituelles, sauf que l’un des messieurs s’est engagé à ce que la viande soit fournie conformément aux rites mahométans… Ce même monsieur les conduisait également à la prière tous les vendredis, dont le service était détenus dans une maison de Parkfield’].’

Le Manchester City News fait l’éloge des commerçants marocains pour leur honnêteté et leur hospitalité. Il note également, cependant, que la plupart des marchands marocains avaient épousé des femmes noires, achetées comme esclaves au Maroc, et les avaient ramenées en Angleterre.

Hayes fait également l’éloge de la communauté marocaine dans son livre de 1905 : [xlii]

[‘’Pris dans leur ensemble, ces Maures étaient un groupe d’hommes réfléchis, pacifiques, gentils et sociables. Les musulmans de foi ne pouvaient que les admirer et les respecter pour leur stricte observance de tout ce que leur religion leur enjoignait’’].

Abdelmajid Benjelloun, [xliii] un romancier marocain dont les parents ont immigré au Royaume-Uni en 1919, alors qu’il n’avait qu’un an, rappelle dans son roman autobiographique Fi at-Tofoulah (Dans l’enfance) que ce ne sont pas seulement les opportunités commerciales qui ont retenu les commerçants marocains à Manchester.

[“Ils avaient un étrange penchant pour la joie de vivre, cette vie joyeuse que les villes anglaises et leurs stations balnéaires leur offraient”],

dit-il, rappelant que les Marocains étaient fascinés par les parcs publics, les espaces verts et les stations balnéaires d’Angleterre et partaient souvent en randonnée et pique-niques ainsi qu’au cinéma et au théâtre.

Benjelloun a rappelé que lui et d’autres enfants marocains se mêlaient librement aux enfants britanniques et à leurs parents, fréquentant les mêmes écoles. Alors que ses parents insistaient pour que leur fils soit exempté des prières chrétiennes à l’école, lui et d’autres enfants célébraient Noël en échangeant des cadeaux avec des enfants britanniques.

Cependant, l’expérience de Benjelloun n’a pas été entièrement positive. Il se souvient qu’il était souvent intimidé par d’autres enfants en raison de son origine marocaine et qu’il a par conséquent développé un caractère timide.

[Alors que la première communauté marocaine de Manchester était relativement petite et est finalement revenue au Maroc, elle fournit un excellent exemple de la façon dont une communauté arabe s’est intégrée à la vie britannique à une époque antérieure à l’établissement des conceptions modernes de la citoyenneté et de l’égalité raciale].

La plupart de cette première communauté marocaine était revenue au Maroc en 1936 lorsque le commerce textile du Lancashire a décliné.

[“Outre la perte matérielle considérable subie par la ville, Manchester a perdu un groupe de bons citoyens qui, tout en conservant toutes leurs coutumes et attributs orientaux, se sont forgé une réputation sans pareille en matière d’honnêteté et de vie propre],

a déclaré le Manchester City.

Cette communauté marocaine de Manchester a fourni un excellent exemple de la façon dont une communauté arabe s’est intégrée à la vie britannique à une époque avant que les conceptions modernes de la citoyenneté et de l’égalité raciale – avec leurs protections associées – n’aient été établies.

Dans les années 1930, lorsque la plupart de la communauté marocaine d’origine de Manchester était revenue dans son pays d’origine, d’autres Arabes – notamment des Yéménites – établissaient une présence plus permanente dans les villes britanniques.

Conclusion : la nation britannique – un creuset dans lequel les différences de race, de richesse, de religion et de nationalité sont submergées par la démocratie

Au moment où le roi Charles III monte sur le trône britannique, l’attention de beaucoup se porte sur le symbole politique que représente le monarque, dépourvu de pouvoir exécutif. Mais le souverain porte également un autre titre : “Défenseur de la foi et gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre“. La façon dont le roi interprète les responsabilités qui vont de pair avec ce rôle religieux peut en surprendre plus d’un – en particulier lorsqu’il s’agit de l’islam.

Il y a près de 30 ans, le prince Charles a déclaré qu’il voulait être un “défenseur de foi“, plutôt qu’un simple “défenseur de la foi“, afin de refléter la diversité religieuse croissante de la Grande-Bretagne. Cette déclaration a suscité une certaine ‘’tempête dans une tasse de thé’’, car il n’avait manifestement pas l’intention de modifier le rôle traditionnel, mais plutôt de le compléter. Le nouveau roi est un anglican d’un type particulier : d’une part, il est incroyablement attaché à la notion de tradition, mais d’autre part, il a montré beaucoup d’affinités avec le christianisme orthodoxe oriental et l’islam, deux religions clairement extérieures au giron anglican qu’il doit désormais diriger en tant que titulaire.

L’image classique de la nation britannique – un creuset dans lequel les différences de race, de richesse, de religion et de nationalité sont submergées par la démocratie – est remplacée par une orthodoxie qui célèbre la différence et abandonne l’assimilation. Bien que cette montée de la conscience ethnique ait eu de nombreuses conséquences saines dans une nation honteuse d’une histoire de préjugés, le culte de l’ethnicité, s’il est poussé trop loin, menace de fragmenter la société britannique à un degré dangereux.

Le dénigrement de l’Occident au détriment d’une tradition étrangère à laquelle Charles s’adonne est assez courant au sein de l’élite intellectuelle occidentale. Pour certains, c’est l’islam, pour d’autres le bouddhisme tibétain, la pensée maoïste ou la spiritualité amérindienne. Dans tous les cas, l’étranger est supposé supérieur au familier. Arthur Schlesinger soutient que: [xliv]

[une différence cruciale entre la tradition occidentale et les autres. Les crimes de l’Occident ont produit leurs propres antidotes. Ils ont provoqué de grands mouvements pour mettre fin à l’esclavage, pour élever le statut des femmes, pour abolir la torture, pour combattre le racisme, pour défendre la liberté de recherche et d’expression, pour faire progresser la liberté individuelle et les droits de l’homme’’].

‘’a crucial difference between the Western tradition and the others. The crimes of the West have produced their own antidotes. They have provoked great movements to end slavery, to raise the status of women, to abolish torture, to combat racism, to defend freedom of inquiry and expression, to advance personal liberty and human rights.’’

Si Charles persiste dans son admiration de l’Islam et sa diffamation de sa propre culture, il se pourrait, comme le dit The Independent, que son accession au trône inaugure effectivement un [‘’autre type de monarchie’’] / ‘’different kind of monarchy“.

Vous pouvez suivre le Professeur Mohamed Chtatou sur Twitter : @Ayurinu

 

Notes de fin de texte :

 

[i] Lawrence, T. E. The Pillars of Wisdom. New York: Anchor Books/Doubleday, 1991, pp. 31-2.

 

Résumé : Dans son livre classique, T.E. Lawrence – plus connu sous le nom de Lawrence d’Arabie – raconte son rôle dans la naissance du monde arabe moderne. D’abord timide universitaire d’Oxford et archéologue doué pour les langues, il s’est engagé et a pris la tête de la révolte arabe contre les Turcs ottomans alors que le reste du monde était plongé dans la Première Guerre mondiale. Avec son évocation richement détaillée de la terre et des gens auxquels Lawrence croyait passionnément, ses portraits incisifs des acteurs clés, de Faisal ibn Hussein, le futur roi hachémite de Syrie et d’Irak, au général Sir Edmund Allenby et aux autres membres des forces impériales britanniques, Les sept piliers de la sagesse est une source historique primaire indispensable. Elle nous aide à comprendre le Moyen-Orient d’aujourd’hui, tout en nous offrant des récits passionnants d’exploits militaires (notamment la libération d’Aqaba et de Damas), d’activités clandestines et de faiblesses humaines.

 

[ii] GBMag. ‘’Humans of Great Britain’’, 22 septembre 2021, https://greatbritishmag.co.uk/uk-culture/humans-of-great-britain/

 

[iii] GBMag. ‘’British customs Meghan Markle will have to learn’’, https://greatbritishmag.co.uk/uk-culture/british-customs-meghan-will-have-to-learn/

 

[iv] Pathak, Pathik. The Future of Multicultural Britain: Confronting the Progressive Dilemma. Edinburgh: Edinburgh University Press; 1st edition, 2008.

 

Résumé : Les politiques mondiales sont profondément affectées par les questions d’identité culturelle. La diversité culturelle profonde a rendu les majorités nationales de plus en plus anxieuses et les gouvernements démocratiques sont sous pression pour répondre à ces inquiétudes. Le multiculturalisme – autrefois présenté comme l’insigne d’une société tolérante – est aujourd’hui accusé d’encourager la ségrégation et d’abriter l’extrémisme. Pathik Pathak présente des arguments convaincants en faveur d’une nouvelle politique progressiste qui répond à ces préoccupations. S’appuyant sur des comparaisons fascinantes entre la Grande-Bretagne et l’Inde, il montre comment la gauche mondiale a été paralysée par une compulsion pour une politique identitaire insulaire et un attachement obstiné à l’indifférence culturelle. Il soutient que pour lutter contre cela, l’identité culturelle doit être placée au centre du système politique. Rédigé dans un style vivant, ce livre intéressera tous ceux qui s’intéressent à l’avenir de notre société multiculturelle. Caractéristiques principales*Prend la Grande-Bretagne et l’Inde comme études de cas comparatives de deux démocraties multiculturelles*Etudie les nouvelles orientations de la gauche progressiste après la disparition du multiculturalisme*Défie ce que la position progressiste sur l’identité culturelle devrait impliquer.

 

[v] Ashcroft, Richard T. & Mark Bevir. ‘’Multiculturalism in contemporary Britain: policy, law and theory’’, Critical Review of International Social and Political Philosophy, 21:1, 2018, pp. 1-21,

 

Résumé : Nous commençons par passer en revue les différentes questions qui entrent dans le cadre du “multiculturalisme”. Nous esquissons ensuite la trajectoire du multiculturalisme britannique depuis 1945, et examinons ses contextes juridiques et philosophiques plus larges. Ce récit met en évidence les liens empiriques et théoriques entre le multiculturalisme et la décolonisation, et le fait que la conceptualisation du multiculturalisme dans la théorie politique est plus large que dans le droit ou la politique. Cela permet de mettre en avant les aspects négligés du multiculturalisme britannique dans la politique et le droit, et suggère que nous devrions élargir encore plus la portée philosophique du multiculturalisme. Nous résumons ensuite les articles et mettons en évidence les liens entre eux. Nous soutenons qu’une compréhension plus approfondie du multiculturalisme britannique contemporain nous ramène inexorablement à des questions philosophiques et pratiques fondamentales concernant la structure et l’objectif de la politique britannique, et nous concluons que cela indique la nécessité d’une plus grande polycentricité dans la gouvernance.

 

[vi] The Guardian. ‘’The Guardian view on multicultural Britain: learning to live together

, Editorial’’, September 17, 2018, https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/sep/17/the-guardian-view-on-multicultural-britain-learning-to-live-together

 

[vii] Seyyed Hossein Nasr (persan : سید حسین نصر, né le 7 avril 1933) est un philosophe iranien et professeur d’études islamiques à l’Université George Washington.

 

Né à Téhéran, Nasr a terminé ses études en Iran et aux États-Unis, obtenant un baccalauréat en physique du Massachusetts Institute of Technology, une maîtrise en géologie et géophysique et un doctorat en histoire des sciences de l’Université de Harvard. Il est retourné dans son pays natal en 1958, refusant des postes d’enseignant au MIT et à Harvard, et a été nommé professeur de philosophie et de sciences islamiques à l’Université de Téhéran. Il a occupé divers postes universitaires en Iran, notamment vice-chancelier de l’Université de Téhéran et président de l’Université d’Aryamehr, et a créé l’Académie impériale iranienne de philosophie à la demande de l’impératrice Farah Pahlavi, qui est rapidement devenue l’un des centres les plus importants d’activité philosophique en Iran. le monde islamique. Pendant son séjour en Iran, il a étudié avec plusieurs maîtres traditionnels de la philosophie et des sciences islamiques.

 

La révolution de 1979 l’a contraint à s’exiler avec sa famille aux États-Unis, où il vit et enseigne depuis lors les sciences et la philosophie islamiques, s’imposant comme l’un des principaux représentants mondiaux de la tradition philosophique islamique et de l’école de pensée pérenne.

 

Les œuvres de Nasr se caractérisent par une critique persistante des sciences modernes ainsi que par une défense des doctrines et principes islamiques et pérennes. Il soutient que la connaissance a été désacralisée à l’époque moderne, c’est-à-dire séparée de sa source divine – Dieu – et appelle à sa re-sacralisation à travers les traditions sacrées et la science sacrée. Bien que l’islam et le soufisme soient des influences majeures dans ses écrits, son approche pérenne interroge l’essence de toutes les religions orthodoxes, quelles que soient leurs particularités formelles. Il est considéré comme un penseur clé de l’environnement, notamment en termes d’environnementalisme islamique et de re-sacralisation de la nature. Il est l’auteur de plus de cinquante livres et de plus de cinq cents articles.

 

Cf. Lumbard, Joseph E. B. “Seyyed Hossein Nasr on Tradition and Modernity”. In Marshall, David (ed.). Tradition and Modernity: Christian and Muslim Perspectives. Washington, D.C: Georgetown University Press, 2013.

 

[viii] Harold Brooks Baker (plus tard Brooks-Baker ; 16 novembre 1933 – 5 mars 2005), était un financier, journaliste et éditeur américano-britannique et un expert autoproclamé en généalogie.

 

Né citoyen américain, fils de (Charles) Silas Baker (1888-1943), un avocat de Washington, D.C., et de sa femme, Elizabeth Lambert, Brooks-Baker a contracté la poliomyélite dans son enfance, et a failli décédés ; il ne s’est jamais complètement remis des effets physiques de cette maladie. Il a fréquenté le Trinity College de Hartford, Connecticut et l’Université de Harvard, dans la même classe que Ted Kennedy.

 

 

Brooks-Baker est devenu négociant en obligations et s’est installé à Londres dans les années 1960. En 1974, lui et ses partenaires commerciaux ont repris Debrett’s, éditeur de plusieurs titres sur l’aristocratie britannique, dont Debrett’s Peerage & Baronetage.

 

En 1984, il rejoint Burke’s Peerage Partnership en tant que directeur de l’édition. Le partenariat était en mauvaise santé financière depuis des années et avait déjà vendu sa publication phare, Burke’s Peerage, Baronetage & Knightage. Brooks-Baker n’a jamais été associé à Burke’s Peerage, Baronetage & Knightage, mais a supervisé la publication de livres sur la généalogie et l’aristocratie, notamment Burke’s Presidential Families of the United States of America. L’activité principale de l’entreprise était la recherche généalogique.

 

En tant que relations publiques pour Burke’s, il était un commentateur fréquent de la famille royale britannique et de l’aristocratie dans la presse britannique. Il était célèbre pour ses déclarations ostentatoires et souvent contestées concernant la royauté britannique, et pour son plaidoyer en faveur de la théorie la plus royale des candidats à la succession présidentielle américaine. En 1986, il a également approuvé de manière controversée dans une lettre écrite au Premier ministre britannique, Margaret Thatcher, un lien ancestral royal britannique revendiqué avec le prophète musulman Muhammad. Le Daily Telegraph dira dans sa nécrologie, “[S]on grand avantage pour les journalistes était qu’il était toujours disponible pour faire un commentaire saisissant ; son inconvénient était qu’il se trompait souvent.”

 

[ix] Abu Sneineh, Mustafa. ‘’Non, la reine Elizabeth II n’avait pas de liens avec le prophète Mohammed’’, Middle East Eye, 15 septembre 2022, https://www.middleeasteye.net/fr/actu-et-enquetes/reine-elizabeth-liens-prophete-islam-mohammed-genealogie

 

[x] William Wordsworth (7 avril 1770 – 23 avril 1850) est un poète romantique anglais qui, avec Samuel Taylor Coleridge, a contribué à lancer l’ère romantique dans la littérature anglaise avec leur publication conjointe des Ballades lyriques (1798). L’opus magnum de Wordsworth est généralement considéré comme Le Prélude, un poème semi-autobiographique sur ses premières années, qu’il a révisé et développé à plusieurs reprises. Il a été titré à titre posthume et publié par sa femme l’année de sa mort, avant quoi il était généralement connu sous le nom de “poème à Coleridge”. Wordsworth a été poète officiel de 1843 à sa mort due à une pleurésie le 23 avril 1850.

 

Cf. Gill, Stephen. William Wordsworth: A Life. Oxford:  Oxford University Press, 1989.

 

[xi] Prince of Wales. Islam and the West,” speech at Oxford Centre for Islamic Studies, 27 October 1993, text, MSANEWS of Ohio State University.

 

[xii] The Independent, July 1, 1994.

 

[xiii] Sunday Times, May 26, 1996.

 

[xiv] L’Église d’Angleterre (C of E) est l’Église chrétienne établie en Angleterre et l’Église mère de la Communion anglicane internationale. Son histoire remonte à l’église chrétienne recensée comme existant dans la province romaine de Grande-Bretagne au IIIe siècle et à la mission grégorienne du VIe siècle dans le Kent, dirigée par Augustin de Canterbury.

 

L’Église anglaise a renoncé à l’autorité papale en 1534, lorsque Henri VIII n’a pas réussi à obtenir du pape l’annulation de son mariage avec Catherine d’Aragon. La Réforme anglaise s’est accélérée sous les régents d’Édouard VI, avant une brève restauration de l’autorité papale sous la reine Marie Ier et le roi Philippe. L’Acte de suprématie de 1558 a renouvelé la rupture, et l’accord élisabéthain a tracé une voie permettant à l’Église anglaise de se décrire comme à la fois réformée et catholique. Dans la première phase de la Réforme anglaise, il y eut des martyrs catholiques romains et des martyrs protestants radicaux. Les phases ultérieures ont vu les lois pénales punir les catholiques romains et les protestants non-conformes. Au 17e siècle, les factions puritaines et presbytériennes ont continué à contester la direction de l’église, qui, sous les Stuarts, s’est orientée vers une interprétation plus catholique de l’accord élisabéthain, notamment sous l’archevêque Laud et la montée du concept d’anglicanisme comme intermédiaire entre le catholicisme romain et le protestantisme radical. Après la victoire des parlementaires, le Prayer Book est aboli et les factions presbytériennes et indépendantes dominent. L’épiscopat est aboli en 1646 mais la Restauration rétablit l’Église d’Angleterre, l’épiscopat et le Prayer Book. La reconnaissance papale de George III en 1766 a conduit à une plus grande tolérance religieuse.

 

Depuis la Réforme anglaise, l’Église d’Angleterre utilise la langue anglaise dans la liturgie. L’église comprend plusieurs courants doctrinaux, les trois principaux étant connus sous les noms d’anglo-catholique, évangélique et libéral. Les tensions entre conservateurs et progressistes théologiques trouvent leur expression dans les débats sur l’ordination des femmes et l’homosexualité.

 

Le monarque britannique (actuellement Charles III) est le gouverneur suprême et l’archevêque de Canterbury (actuellement Justin Welby) est le clerc le plus haut placé. La structure de gouvernance de l’Église est basée sur les diocèses, chacun étant présidé par un évêque. Dans chaque diocèse se trouvent des paroisses locales. Le Synode général de l’Église d’Angleterre est l’organe législatif de l’Église et comprend des évêques, d’autres membres du clergé et des laïcs. Ses mesures doivent être approuvées par le Parlement du Royaume-Uni.

 

Cf. Picton, Hervé. A Short History of the Church of England: From the Reformation to the Present Day. Newcastle upon Tyne : Cambridge Scholars Publishing, 2015.

 

[xv] Sunday Times, May 26, 1996.

 

[xvi] The Times, Dec. 14, 1996.

 

[xvii] Kay, Richard. “Charles and the ‘Wise Men’ of Islam”, Daily Mail, Jan. 6, 1997.

 

[xviii] Casey, John. “Friend of Islam Given a Hero’s Welcome,” The Daily Telegraph, Mar. 8, 1997.

 

[xix] Ibid.

 

[xx] Wollffe, Richard & Simon Targett. “$33m gift to Oxford Islamic centre.” Financial Times, May 30, 1997.

 

[xxi] Hardman, Robert. “Search for the Spiritual Helps to Restore Faith,” The Daily Telegraph, Dec. 28, 1996/

 

[xxii] Sookhdeo, Patrick. “Prince Charles is Wrong: Islam Does Menace the West,” The Daily Telegraph, Dec. 19, 1996.

 

[xxiii] Bennett, Catherine. “What on Earth is Prince Charles up to?”, The Guardian, Dec. 18, 1996.

 

[xxiv]  Wollffe & Targett. “$33m gift to Oxford Islamic centre”, op. cit.

 

[xxv] Reuters, Mar. 17, 1989.

 

[xxvi]  United Press International, Mar. 17, 1989.

 

[xxvii] The Boston Herald, Nov. 4, 1996.

 

[xxviii] Bab. ‘’ L’Angleterre a-t-elle failli devenir musulmane?’’, 9 septembre 2021, http://www.babmagazine.ma/langleterre-t-elle-failli-devenir-musulmane

 

[xxix] Ben Srhir, Khalid. Britain and Morocco During the Embassy of John Drummond Hay. London: Routledge, 2005.

 

Résumé : Cette traduction donne un aperçu fascinant d’une période critique de l’histoire marocaine et des relations maroco-britanniques au XIXe siècle. À partir de la vie et de l’œuvre du représentant britannique à Tanger, John Drummond Hay, un individu qui a vécu personnellement les relations entre les deux pays et y a contribué directement pendant près d’un demi-siècle, l’auteur observe la nature de ces relations et les fils entrelacés qui les gouvernaient et les dirigeaient.

 

[xxx] La Compagnie du Maroc ou Compagnie de Barbarie était une société commerciale créée par la reine Élisabeth I d’Angleterre en 1585 par le biais d’une patente accordée aux comtes de Warwick et de Leicester, ainsi qu’à quarante autres personnes. Lorsqu’elle a rédigé les patentes, Elizabeth a souligné la valeur des “divers Marchandises de la région… pour l’usage et la défense” de l’Angleterre.

 

Le privilège de la compagnie était de bénéficier du commerce exclusif du Maroc pour une période de 12 ans, jusqu’à l’expiration de sa charte en 1597. La reine Élisabeth I envoya son ministre Roberts auprès du sultan marocain Ahmad al-Mansur pour résider au Maroc et obtenir des avantages pour les commerçants anglais. Un traité signé en 1728 a prolongé ces privilèges, notamment ceux relatifs au sauf-conduit des ressortissants anglais.

 

[xxxi] Cawston, George & A.H. Keane. The early chartered companies (A.D. 1296-1858). London: Gale-Making-Of-Modern-Law, 2010.

 

Cette œuvre a été sélectionnée par des chercheurs comme étant culturellement importante, et fait partie de la base de connaissances de la civilisation telle que nous la connaissons. Cette œuvre a été reproduite à partir de l’artefact original et reste aussi fidèle que possible à l’œuvre originale. Par conséquent, vous verrez les références originales du droit d’auteur, les tampons de bibliothèque (car la plupart de ces œuvres ont été conservées dans les plus importantes bibliothèques à travers le monde) et d’autres notations dans l’œuvre.

 

[xxxii] Abu-Nasr, Jamil M. A history of the Maghrib in the Islamic period. Cambridge : Cambridge University Press, 1987, p. 218.

 

Résumé : S’appuyant sur les deux éditions précédentes de son Histoire du Maghreb, le professeur Abu-Nasr a écrit une histoire entièrement nouvelle de l’Afrique du Nord à l’époque islamique, qui commence avec la conquête arabe et se poursuit jusqu’à nos jours. Il met l’accent sur les facteurs qui ont conduit à l’adoption de l’islam par la quasi-totalité de la population, sur la position géographique de la région, qui en a fait le principal lien commercial entre le monde méditerranéen et le Soudan et l’a impliquée dans la confrontation entre le monde chrétien et le monde islamique. Au Maroc, cette confrontation a conduit à l’émergence d’une communauté politico-religieuse distincte, dirigée par des dynasties chérifiennes, et, dans le reste du Maghreb, à l’intégration dans l’empire ottoman. Les développements politiques et économiques des régences “pirates” d’Algérie, de Tunisie et de Libye, l’établissement de la domination coloniale européenne, les mouvements nationalistes et la réforme religieuse islamique sont tous traités en détail. L’équilibre entre récit factuel et interprétation rend ce livre particulièrement utile aux étudiants en histoire africaine et islamique.

 

[xxxiii] Andrews, Kenneth R. Ships, Money and Politics: Seafaring and Naval Enterprise in the Reign of Charles I. Cambridge: Cambridge University Press, 1991.

 

La période de la guerre civile et de la révolution du règne de Charles Ier a été une période critique dans la croissance de l’industrie maritime et de la puissance navale de l’Angleterre. Ce livre montre la convergence de ces questions et examine des sujets qui devraient intéresser les étudiants en politique et en affaires maritimes.

 

[xxxiv] Dimmock, Matthew. New Turkes: Dramatizing Islam and the Ottomans in Early Modern England. Farnham, UK: Ashgate, 2005.

 

[xxxv] Chtatou, Mohamed. ‘’Le Maroc et la Grande Bretagne, Le Traité de Paix et de Commerce de 1721’’, Article 19, 21 janvier 2021, http://article19.ma/accueil/archives/139382

 

[xxxvi] Chtatou, Mohamed. ‘’Maroc-Royaume Uni : Un Passé Glorieux et un Avenir Prometteur’’ , Article 19, 21 octobre 2019, https://article19.ma/accueil/archives/118915

 

[xxxvii] Bekkaoui, Khalid. Moroccans in Europe: Fassi Merchants Come to Manchester. Fez: The Moroccan Cultural Studies Centre, 2016.

 

[xxxviii] Kourounful, Hassan.  Ahl Fas: Al Mal wa Siyassa. Rabat : Dar Abbi Raqraq, 2007, p. 64.

 

[xxxix] Ibid., p. 1-2.

 

[xl] Halliday, Fred. “The ‘’Millet’’ of Manchester: Arab Merchants and Cotton Trade”, British Journal of Middle Eastern Studies, 19, 1992, pp. 159-76.

 

Halliday, Fred. “The Millet of Manchester: Arab Merchants and Cotton Trade.” British Journal of Middle Eastern Studies, vol. 19, no. 2, 1992, pp. 159–76. JSTOR, http://www.jstor.org/stable/195698

 

[xli] Hayes, Louis M. Reminiscences of Manchester, and Some of Its Local Surroundings from the Year 1840. London : Sherratt & Hughes, 1905.

 

[xlii] Ibid.

 

[xliii] Abdelmajid Benjelloun (1919-1981). Il est né à Casablanca en 1919. Ses parents ont émigré en Angleterre (Manchester) alors qu’il n’avait qu’un an. Il est retourné au Maroc à l’âge de dix ans. Son roman auto-biographique Fi at-Tofoulah (Dans l’enfance), publié en 1957, est l’un des premiers romans marocains en arabe. Diplomate, haut fonctionnaire et écrivain. – Diplômé de l’Université du Caire (littérature) et de l’Institut du journalisme. – Membre fondateur du Bureau du Maghreb arabe au Caire et secrétaire général (1947). – Ambassadeur du Maroc au Pakistan.

 

Publications :

 

  • Enfance entre deux rives (1992)
  • Lawlā al-insān (1972)
  • Maʾsāẗ Sulṭān Marākiš (1953)
  • Sulṭān Marākiš (1952) de Romuald R. Landau avec Abdelmajid Benjelloun (1919-1981) comme Traducteur
  • Hâḏihi Marākiš (1949)
  • Wādī al-dimāʾ (1947)

 

[xliv] Schelsinger, Jr., Arthur M. The Disuniting of America: Reflections on a Multicultural Society. New York: W. W. Norton & Co., 1992, p. 127.

 

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  1. Selon Peter Oborne, Charles III est Islamophyle. Enfin, il déclare protéger toutes les composantes et minorités, nous verrons bien si l’actuel gouvernement Britannique et les gouvernements suivants lui en laisseront le loisir. Voici un article de Peter Oborne, je suis effaré d’aprendre qu’une Musulmane qui était pressentie à un ministère a été écartée, que ça serve de leçon aux autres qui militent dans des formations réactionnaires. Bon enfin, le nouveau roi s’est plongé dans le fameux René Guénon, il avait le temps après tout.

    https://www.middleeasteye.net/fr/opinion-fr/grande-bretagne-charles-roi-islamophile-arabe-coran

    Croissant de lune.

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