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Le monde musulman, quel avenir ?

À l’échelle mondiale, la population musulmane devrait croître environ deux fois plus vite que la population non musulmane au cours des deux prochaines décennies – un taux de croissance annuel moyen de 1,5 % pour les musulmans, contre 0,7 % pour les non-musulmans. Si les tendances actuelles se poursuivent, les musulmans représenteront 26,4 % de la population mondiale totale prévue, soit 8,3 milliards d’habitants en 2030, contre 23,4 % de la population mondiale estimée à 6,9 milliards en 2010. i

Le monde musulman contemporain, sous-développé, faible sur le plan interne, frustré et rongé par les conflits, est dans un état d’urgence. Le monde musulman, qui a souffert des mains de l’Occident dans le passé et reste, même aujourd’hui, faible matériellement, économiquement, technologiquement et militairement est maintenant présenté comme une menace pour l’Occident.

Comment le monde musulman s’est-il retrouvé dans cette situation et quelles sont les solutions possibles pour sortir de ces crises ? Et aussi, comment le monde musulman peut-il retrouver la dignité de son glorieux passé pour jouer un rôle de premier plan dans les affaires mondiales ?

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Le défi de l’islamisme

L’ascension de l’islam politique a été fonction de différentes variables, dont l’”islamisation” ii croissante et approfondie de nombreuses sociétés arabes et non arabes au cours des trois dernières décennies. De Casablanca, Alger, Le Caire, Khartoum, Damas, Bagdad, Istanbul, Téhéran, Jakarta à Islamabad, le nombre de mosquées a explosé ; des groupes islamiques ont régulièrement dirigé les syndicats d’étudiants des universités, les municipalités, les syndicats professionnels et les associations de travailleurs.

Les symboles islamiques sont devenus de plus en plus manifestes dans la plupart des milieux ; les groupes qui se définissent comme “islamiques” (bien qu’ayant des interprétations différentes de ce que “islamique” signifie réellement) étendent considérablement leur présence, passant généralement de la prédication et du prosélytisme à la construction d’infrastructures économiques, traversant souvent plusieurs pays. iii

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Mais l’islamisme socio-politique n’est pas une entité homogène. Au cours de la dernière décennie, les dirigeants des mouvements islamistes en Égypte, en Tunisie, au Maroc, au Koweït et ailleurs ont publié des manifestes qui acceptent les principes du pluralisme politique et la notion d’”État moderne” qui ne correspond pas directement à la jurisprudence islamique. Les mouvements islamiques en Turquie et au Pakistan ont été des pionniers dans la consécration des principes laïques, même s’ils diffèrent largement dans leur application.

Mais deux réserves s’imposent. La première est que, dans tous les principaux groupes politiques islamiques, il existe des divisions manifestes entre, d’une part, des dirigeants avisés soucieux d’élargir leur électorat et de ne pas inquiéter les énormes classes moyennes de ces sociétés, qui sont pieuses et conservatrices, mais pas nécessairement favorables à des États religieux, et, d’autre part, des travailleurs de terrain animés par une idéologie et déterminés à islamiser leurs sociétés. Deuxièmement, différents types de mouvements salafistes (qui sont beaucoup plus conservateurs et moins politisés que les groupes islamiques dominants) sont de plus en plus importants dans le monde islamique. Ils prônent des interprétations strictes de l’islam, calquées sur les premières communautés islamiques, des points de vue qui ne correspondent pas aux cultures héritées de pays comme le Maroc, la Tunisie, l’Égypte, la Turquie et d’autres.

Dans une large mesure, l’idéologie salafiste iv rétracte les progrès intellectuels que le mouvement islamique dominant a réalisé au cours des deux dernières décennies. Ces divisions commencent à mettre en lumière des débats vigoureux (et les débuts d’affrontements) au sein des factions des mouvements islamiques sur la mesure dans laquelle les textes religieux, les écoles de pensée théologiques ou les interprétations religieuses médiévales doivent guider la manière de gouverner des partis islamistes et la base du contrat social entre ces mouvements et leurs sociétés. v

L’objectif primordial de presque tous les groupes islamiques politiques n’est pas d’atteindre des majorités parlementaires ou de contrôler des présidences, mais d’islamiser progressivement leurs États – et leurs sociétés. Il était relativement facile de reléguer cet objectif à long terme lorsque ces groupes étaient – dans la plupart des cas – des oppositions illégales visant à maximiser leur présence sociale et politique dans des systèmes dominés par des régimes laïques. Mais lorsque des groupes islamiques détiennent les pouvoirs législatif et exécutif dans un pays, l’islamisation de la société prend le devant de la scène. Les membres de nombreux groupes, jeunes, enthousiastes et animés d’une forte idéologie, en particulier ceux qui pensent avoir apporté un soutien décisif aux révolutions qui ont transformé le paysage politique de leur pays, veulent des avancées rapides : des législations claires, des positions politiques ostensibles et des politiques sociales qui reflètent ce qu’ils considèrent comme leur “victoire”.

Aujourd’hui, en Égypte, le pays arabe le plus stratégique et l’un des plus influents culturellement dans le monde islamique, de nombreux membres dirigeants des Frères musulmans invoquent un “impératif historique” : un siècle de lutte depuis la fondation de la confrérie commence maintenant à porter ses fruits ; le groupe s’empare spirituellement de l’Égypte et doit lancer un projet d’”illumination islamique” émanant de l’Égypte et atteignant l’ensemble du monde islamique. vi

Les raisons de la montée de l’islam politique

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Quatre raisons sous-tendent la montée actuelle de l’islam politique :

Premièrement, les principaux mouvements islamiques politiques ont fait évoluer leur discours au cours des quinze dernières années. Ils ont dépassé le positionnement de rejet qui avait caractérisé la période allant des années 1960 aux années 1990, ont abandonné la loyauté exclusive envers la Oummah (nation) islamique et ont adopté des positions progressistes : leur récit social est devenu plus tolérant (en particulier vis-à-vis des nouvelles modes qui dominent la vie sociale des jeunes musulmans) et ils ont développé des loyautés multiples – acceptant l’allégeance aux États-nations (et pas seulement à la Oummah), reconnaissant la notion de “citoyenneté” et acceptant de travailler dans le cadre d’élections nationales – par opposition aux hiérarchies théologiques. vii

Deuxièmement, la plupart des mouvements politiques islamiques ont mis en place des infrastructures socio-économiques ascendantes qui se sont avérées extrêmement efficaces pour asseoir leur présence dans les circonscriptions électorales ; cela a été très visible en Égypte et au Maroc, mais le même phénomène, sous des formes différentes, s’est produit en Turquie, en Indonésie et dans différentes communautés musulmanes en Europe.

Troisièmement, ils ont été confrontés à une concurrence très limitée ; à la seule exception du nationalisme turc, aucune idéologie alternative n’a tenté de retirer la religion de la vie publique, même dans des sociétés relativement libérales comme celles de l’Égypte, de la Tunisie, de la Syrie et du Liban. En outre, leurs concurrents – les régimes laïques qui ont dirigé de nombreuses régions du monde islamique au cours des sept dernières décennies – avaient sombré dans des niveaux scandaleux de corruption et dans un flou entre pouvoir et richesse qui a considérablement dilué leur légitimité. viii

Le quatrième facteur était d’ordre économique. Le retrait progressif de nombreux gouvernements du monde islamique de la fourniture de services et leur remplacement par des infrastructures sociales non organisées, dont beaucoup étaient financées et contrôlées par différents mouvements islamiques, ainsi que l’immigration de dizaines de millions de musulmans dans le Golfe et les changements correspondants dans la composition des classes moyennes des sociétés que ces immigrants avaient quittées, ont conduit au renforcement du récit islamique en général et à l’affaiblissement du “nationalisme”.

Ces raisons ont progressivement fait passer la loyauté des classes moyennes (et moyennes inférieures) de ces pays des élites laïques traditionnellement au pouvoir aux mouvements islamiques. Aujourd’hui, à des degrés divers dans les plus grandes sociétés islamiques, la base sociale de l’islamisme politique s’étend largement au-delà des pauvres et des laissés-pour-compte.

Islamisme, nouvelle alternative à des systèmes politiques défaillants

On peut supposer qu’une grande partie du succès des groupes islamiques politiques est due au fait qu’ils se sont positionnés – à juste titre – comme de nouvelles alternatives à des systèmes politiques défaillants. Mais les situations politiques en Iran, en Turquie et au Soudan, où différentes formes d’islam politique ont régné pendant des années, prouvent que cet élan est limité dans le temps et dans l’espace. Il en sera de même dans de nombreux pays du printemps arabe. Plus les groupes islamiques politiques gouvernent et prennent la barre dans les eaux troubles de l’économie, plus leurs populations – et surtout les électeurs qui les ont portés au pouvoir – leur demanderont des comptes.

L’islamisme politique arabe, en particulier, fera défaut. La plupart des groupes islamo-politiques arabes ont des décennies d’expérience en matière de survie sous des régimes brutaux, d’organisation d’opérations clandestines, de mise en place et de maintien de structures limitées de fourniture de services et de gestion de campagnes électorales, mais une expérience très limitée en matière de gouvernance et de résolution de problèmes macrosociaux très difficiles. Ces pressions leur coûteront très certainement du capital politique, de l’attrait et des voix.

Cette vague d’islamisation à un moment de transformation historique pourrait inciter les partis laïques et de larges segments de jeunes musulmans, en particulier dans le camp libéral et laïc, à se rassembler, à rassembler des ressources considérables et à proposer des programmes réalistes qui pourraient avoir de sérieuses chances de trouver un écho auprès des classes moyennes ambitieuses et en expansion dans les grandes sociétés islamiques. C’est ce qui commence à se produire au Maroc, en Tunisie, en Égypte et – dans des circonstances différentes – dans certaines régions du Golfe, où les partis politiques laïques qui ont obtenu de mauvais résultats lors des dernières élections expérimentent de nouvelles idées, des coalitions et des moyens d’élargir leur soutien.

Et tandis que la plupart des groupes islamistes politiques s’appuient sur la discipline et des réseaux sociaux et économiques structurés dans leurs opérations politiques, les jeunes groupes emploient de nouvelles formes d’activisme, de la cyber protestation aux mobilisations de rue désordonnées, des tactiques qui ont déjà prouvé leur efficacité. Il est difficile d’envisager que les jeunes partis libéraux éparpillés se regroupent rapidement en structures cohésives capables, à court terme, d’éroder les positions dominantes des grands groupes islamistes. Mais avec le temps, la crainte de la montée de l’islam politique s’estompera progressivement à mesure que des alternatives viables émergeront.

La plupart des mouvements islamistes sont encore en évolution et prendront différentes formes. Certains partis tenteront d’invoquer le “modèle AKP” turc : libéralisme économique, mise à l’écart des structures de l’État profond (en particulier l’armée) et satisfaction des classes moyennes et moyennes inférieures grâce à un mélange de piété, de pragmatisme et de populisme. C’est déjà le modus operandi de certains nouveaux partis islamistes en Afrique du Nord, bien que, contrairement à la Turquie, nombre de ces sociétés arabes n’aient pas subi de sécularisation stricte et que les partis laïques qui visent à imposer des restrictions juridiques et politiques aux islamistes ne bénéficient donc que d’un soutien limité.

D’autres partis islamistes pourraient réinventer les modèles sur lesquels leurs groupes fondateurs ont été créés : une tentative de retour aux idéaux des premières communautés islamiques. Le “moment historique” que connaissent actuellement de nombreux groupes arabo-islamiques pourrait donner lieu à du pragmatisme ou, avec l’orgueil du pouvoir, à de la rigidité et de l’antagonisme.

Les défis du monde musulman

Les nations musulmanes ont été mises au défi par plusieurs éléments politiques, dont, par exemple, l’islam politique influencé par de nombreuses idéologies fondamentalistes. Certaines frontières entre la religion et l’État ont été franchies pour développer des idéologies particulières axées sur le pouvoir, laïques ou religieuses, au service de groupes spécifiques ayant des programmes politiques ambitieux. ix

L’Islam est aujourd’hui confronté à des défis internes et externes. x Les problèmes critiques sont les tensions fondamentales au sein de l’Islam. Les attitudes et les critiques courantes dans le monde extérieur peuvent être ignorées comme étant malavisées ou hostiles, mais les tensions au sein de l’Islam dans le monde entier doivent être affrontées. D’un point de vue géographique, l’Islam doit faire face à l’évolution de ses centres. Les centres religieux définissent le cœur du pays : L’Arabie saoudite maintient sa tutelle sur les sanctuaires de La Mecque et de Médine, ainsi que sur l’organisation du hajj, face aux revendications de l’Iran chiite, de la tradition chiite et d’autres sectes déçues par les références de l’Arabie saoudite au sein de l’oummah. L’Arabie saoudite jouit d’une grande partie de sa force pour répudier les autres revendications parce qu’elle reste le centre économique de l’oummahxi

Il faut combiner les revenus du Koweït, de l’Irak, des Émirats arabes unis, de l’Iran et du Yémen pour se rapprocher de la richesse pétrolière de l’Arabie saoudite. Toutefois, cette richesse est basée sur des ressources limitées et, dans les années à venir, le centre économique se déplacera vers les parties du monde musulman disposant de ressources durables et d’actifs reproductibles. Les investissements financiers de l’Asie de l’Ouest sont conscients de ce problème à long terme, mais ils restent très majoritairement localisés dans les économies occidentales et non musulmanes.

Le centre intellectuel de l’Islam est Al-Azhar au Caire. Les idées et les attitudes qui y sont enseignées se répandent dans toute la ‘oummah, en particulier dans les centres de population de l’Islam : Indonésie, Pakistan, Bangladesh, Inde et Malaisie. Le pouvoir relatif des différents centres se déplace. Au fil du temps, les revendications des communautés musulmanes périphériques à l’égard du centre vont exacerber les tensions déjà présentes. Le centre conservateur sera soumis à une pression accrue de la part des sociétés musulmanes plus vigoureuses, prolifiques et libérales de la périphérie. xii

La frustration économique et l’inégalité des chances sont un terreau fertile pour la dissidence et la protestation. Tout aussi important est l’échec de la plupart des gouvernements musulmans à faire face aux exigences de l’enseignement général.

Shabbir Akhtar écrit : xiii

‘’La modernité, la circonstance d’être « moderne », est, dans un sens central, incontournable. C’est le contexte nécessaire pour tout parcourt de vie assez bien informée entrepris dans le monde contemporain. ‘’

Être moderne ne signifie pas être Occidental, mais cela signifie qu’un certain degré de connaissance laïque devra avoir une place beaucoup plus importante dans les épistémologies musulmanes.

Le Dr Mahathir bin Mohamed xiv a fait valoir qu’il ne peut y avoir de séparation entre le savoir séculier et le savoir religieux parce que toute connaissance, toute vie, est englobée par l’Islam. Il est intéressant de noter qu’un leader musulman aussi éminent et prospère que le Dr Mahathir a dû marcher sur une ligne fine : préconiser d’une part une attitude musulmane indépendante et progressiste pour acquérir la connaissance la plus large possible, tout en apaisant les sensibilités traditionnelles en insistant sur la droiture morale d’apprendre comme le seul moyen de protéger la foi. Il y a des intellectuels musulmans qui s’efforcent de comprendre ce que signifie être musulman dans le monde moderne, mais ils ne reçoivent pas l’importance accordée aux extrémistes dans les rapports occidentaux. xv

Les médias occidentaux s’intéressent plus à la violence et à l’émotion qu’aux débats calmes mais profondément significatifs sur les valeurs éternelles qui restent, malgré l’individualisme anarchique des communautés occidentales, l’essence même de l’être humain. Non seulement les intellectuels musulmans subissent la pression des éléments conservateurs de leurs propres sociétés, mais ils ne reçoivent pas la reconnaissance et le soutien qu’ils méritent de la part de l’Occident. Pourtant, c’est à ce niveau d’idées et de réévaluations que les dirigeants musulmans devront convertir la modernisation de facto de leurs sociétés en acceptation générale. La renaissance de l’ijtihâd xvi sera nécessaire pour réinterpréter les principes de l’islam, pour conserver le noyau moral critique tout en se débarrassant des accrétions douteuses des autorités musulmanes traditionnelles et mondaines.

Mumtaz A. Kazi a écrit : xvii

“Dans la redéfinition des priorités pour l’avenir, les intellectuels musulmans ont une grande responsabilité car ce n’est qu’à travers le pouvoir et le potentiel de la connaissance, de la sagesse et de la compétence, et par aucun autre moyen qu’ils seront en mesure de reconquérir le droit de la communauté musulmane à vivre en tant que peuple autonome, égal et véritablement souverain, maîtres de leurs ressources et de leur destin’’.

Afin de parvenir à un accord sur les défis de l’éducation islamique dans le monde musulman, il peut être utile de commencer par un examen de la situation actuelle. Il peut être bénéfique de commencer par d’obtenir une définition de l’éducation islamique. Dans le contexte de l’Islam, l’éducation est considérée comme un processus qui implique la personne dans son intégralité, y compris les dimensions rationnelle, spirituelle et sociale. Dans cette optique, une définition plus complète de l’éducation islamique composée lors de la première conférence mondiale sur l’éducation musulmane qui s’est tenue à Makkah en 1977, est formulée dans les termes suivants : xviii

‘’L’éducation doit viser à la croissance équilibrée de la personnalité totale de l’homme par la formation de l’homme par la formation de l’esprit de l’homme, l’intellect, son moi rationnel, ses sentiments et ses sens corporels. L’éducation doit donc s’occuper de la croissance de l’homme dans tous ses aspects : spirituel, intellectuel, imaginatif, physique, scientifique, linguistique, à la fois individuellement et collectivement et motiver tous les aspects vers le bien et l’atteinte de la perfection. Le but ultime de l’éducation musulmane réside dans la réalisation de la soumission totale à Allah au niveau de l’individu, de la communauté et de l’humanité en dans son ensemble » ».

Les questions relatives à l’éducation islamique ont suscité une grande attention en raison de divers facteurs historiques, politiques et socioculturels. L’état de l’éducation islamique est lié dans une large mesure aux développements locaux et internationaux. L’éducation islamique comme d’autres institutions du monde musulman, a dû relever les défis du développement, de la modernisation et de l’innovation.

L’éducation islamique est confrontée à des défis internes ainsi qu’à ceux que le système pose aux communautés et aux sociétés du monde musulman et de la région et au-delà. xix Les défis expliqués par les catégories de sa position dans le système éducatif plus large, son processus d’éducation, les efforts des érudits musulmans, et la modernisation, la politisation et la militarisation de l’éducation islamique.

Cependant, l’amélioration des réalisations existantes doit être un exercice continu. Un certain type de stratégie doit être conçu et régulièrement amélioré. Grâce à cela, l’éducation islamique pourrait être une entreprise de premier plan d’une vie harmonieuse et sûre pour l’ensemble de l’humanité, indépendamment des orientations ethniques et religieuses et pourrait également atteindre l’équilibre éducatif entre la tradition et la lumière.

L’Islam et la mondialisation

Aujourd’hui, la civilisation islamique est confrontée à d’énormes défis qui mettent en péril son mode de vie, principalement en raison de l’hyper mondialisation contemporaine et des transformations politiques, économiques, éducatives, culturelles et religieuses qu’elle provoque dans diverses parties du monde musulman. Les défis et l’impact de la mondialisation contemporaine sur la civilisation islamique restent un sujet de discussion dans les communautés intellectuelles et universitaires du monde en général et du monde musulman en particulier. Cela reste évident car avec environ 24% de la population mondiale affirmant que l’Islam est leur religion, c’est certainement un sujet de grande curiosité académique. xx

L’un des défis importants auxquels est confronté le monde musulman est l’insécurité émanant de la désunion et des dissensions dans nos propres rangs. Ces conflits et différends non seulement sapent les énergies et les ressources mais sapent également les perspectives de coopération fructueuse. Au sein des pays musulmans, les divisions verticales par le biais d’inégalités sociales alimentent un sentiment de privation, tandis que les clivages horizontaux le long des lignes ethniques, tribales et linguistiques alimentent un sentiment de privation. Il est nécessaire que les musulmans s’entendent entre eux afin d’aller de l’avant et d’exploiter leur potentiel économique.

Le fossé qui se creuse entre le monde musulman et l’Occident, projeté à tort par certains comme un choc des civilisations, est une source d’inquiétude et un défi important auquel nous sommes confrontés. xxi

L’opinion publique dans le monde occidental est saisie par des perceptions erronées de la foi islamique. En attendant, les musulmans d’Irak, du Pakistan, de Palestine, du Liban et du Cachemire continuent d’être confrontés à l’insécurité, à la mort et à la destruction.

Telles sont la nature et l’ampleur des défis auxquels le monde musulman est confronté ces derniers temps. La réponse la plus importante qui s’impose à lui en ce moment critique est de projeter l’esprit de la foi islamique et d’éliminer les toiles d’araignée des préjugés et des perceptions erronées qui l’entourent. L’Islam, en tant que mode de vie, consacre les valeurs de modération, de tolérance, de justice et d’harmonie interconfessionnelle. xxii

La mondialisation capitaliste prédatrice néolibérale contemporaine frappe les racines, les fondements et l’héritage de la civilisation islamique. La mondialisation contemporaine, menée principalement par l’Occident, en particulier les États-Unis, provoque un changement dans le système éducatif musulman en promouvant le mode de pensée occidental et en créant des dilemmes ou des confusions pour les musulmans dans leur mode de vie politique, culturel et religieux. L’émergence progressive d’une prise de conscience, par le biais des moyens de communication et des médias modernes, de la diversité culturelle existant depuis longtemps au sein de la civilisation islamique, donne lieu à un débat sur l’”hybridité” et l’”authenticité“, avec ses implications théologiques, sociologiques ou culturelles pour les sociétés musulmanes. xxiii

Tout d’abord, il faut être très clair sur le type de monde dans lequel on vit aujourd’hui. Le monde d’aujourd’hui est radicalement et profondément différent du monde d’hier. On vit à l’ère de la mondialisation, où aucune nation ne peut se permettre de vivre dans l’isolement. On doit donc commencer la quête de renouveau économique en identifiant les défis et les opportunités que présente l’environnement mondial actuel.

Le nouvel ordre mondial se caractérise par l’intégration économique, le progrès technologique, la prédominance de l’économie de la connaissance, la diffusion des idées démocratiques et l’émergence d’une nouvelle économie. xxiv D’une manière générale, ce processus a entraîné trois changements fondamentaux :

  • Premièrement, un nouveau paradigme de gouvernance est en train d’émerger, dans lequel le secteur privé et les gouvernements assument le rôle de décideur, de facilitateur, régulateur et catalyseur ;
  • Deuxièmement, les institutions supranationales établissent les règles du jeu et les États-nations sont appelés à jouer un rôle plus important ; et
  • Enfin, et c’est peut-être le point le plus important, l’expansion soutenue du commerce mondial et des flux de capitaux, ainsi que l’échange accru d’idées et de technologies, sont des éléments essentiels de l’économie mondiale.

L’intensification des échanges d’idées et de technologies à travers le monde offrent de vastes possibilités de croissance, mais posent en même temps de sérieux problèmes en termes d’amélioration de la gouvernance, de l’efficacité et de l’efficience.

La mondialisation, avec l’essor des technologies de la communication, de l’information et de la cybernétique, façonne la façon dont les musulmans pensent aux réalités de la vie et leur attitude à l’égard du droit, de l’État, de la politique, des affaires, de la religion, de la justice, de la connaissance, de l’interaction mutuelle, ainsi que leur attitude à l’égard des minorités. xxv

Dans la situation actuelle, il est d’une importance cruciale de comprendre les défis que la mondialisation pose à la civilisation islamique. La compréhension, l’adaptation et l’application généralisée de la wasatiyyah (voie médiane de l’Islam) dans les attitudes musulmanes peuvent également jouer un rôle essentiel dans la préparation de l’oummah musulmane à relever les défis de la mondialisation contemporaine. Dans la situation actuelle, l’oummah musulmane doit suivre la voie de la droiture qui est celle du Coran et de la sounnah du Prophète Mohammad (psl).

La mondialisation est le signe d’une ère d’agitation qui soutient la supériorité de l’économie et des marchés financiers sur les autres activités humaines. Le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du commerce, les pays occidentaux industrialisés, diverses sociétés multinationales, l’élite influente du monde des affaires et maintenant la Chine semblent diriger et gérer la mondialisation contemporaine qui, fondamentalement, est censée offrir des chances égales à tous les pays. xxvi

La mondialisation semble également être une fonction de l’hégémonie américaine. Personne, y compris les musulmans, n’est à l’abri des impacts positifs ou négatifs de la mondialisation, directement ou indirectement. La mondialisation est une interconnexion accrue et une interaction massive dans diverses sphères de la vie au niveau mondial dans le système mondial entre les civilisations du monde, y compris la civilisation islamique, ce qui semble être un résultat naturel, en particulier après l’avènement des technologies avancées de l’information et des télécommunications à l’ère moderne de la quatrième révolution industrielle. xxvii

Le progrès technologique apporté par la quatrième révolution industrielle est un témoignage de la réussite humaine et du progrès pour les individus dans le monde entier. Les progrès de l’intelligence artificielle, de l’internet mobile, de l’internet des objets, de l’informatique en nuage (cloud), des technologies de réseau sans fil de nouvelle génération, de la réalité virtuelle, de la réalité augmentée, de la chaîne de blocs, de l’informatique périphérique, de l’apprentissage automatique, de l’automatisation des processus robotisés, de l’impression 3D et de bien d’autres encore sont porteurs d’une grande promesse de création d’opportunités potentielles et d’accès à la connaissance.

L’émergence et l’avancement de ces technologies sont dus à la quatrième révolution industriellexxviii qui résulte de la fusion des sphères physique, numérique et biologique. Ces innovations technologiques peuvent révolutionner les processus de production et améliorer le niveau de vie, en particulier dans les pays musulmans en développement. Toutefois, selon l’avis de divers chercheurs, écrivains et dirigeants mondiaux, cette mondialisation de la quatrième révolution industrielle semble destinée à entraîner de nombreux défis, transformations et instabilités pour les sociétés et les gouvernements du monde entier, y compris les gouvernements et sociétés musulmans dans leurs aspects culturels, religieux et politiques.

Responsabiliser la jeunesse

La jeunesse est le véritable atout d’une nation. Une nation progresse en canalisant l’énergie et les effets de la jeunesse dans la bonne direction. Si la jeunesse d’une nation s’égare, la nation est vouée à l’échec. Il est impératif d’examiner les défis auxquels la jeunesse musulmane est confrontée, la pauvreté et un sentiment d’inutilité de la jeunesse et est un énorme défi. Ce facteur conduit les jeunes au vol, à la déprédation et à d’autres faiblesses morales. L’histoire de l’humanité nous apprend que ce sont uniquement les jeunes qui ont pris des mesures révolutionnaires pour changer les sociétés.

La jeunesse est la période la plus propice de la vie. C’est le moment où toutes les énergies sont à leur maximum. Il faut donc profiter de la jeunesse avant de devenir vieux et de la santé avant de tomber malade. Comme on dit “un nouveau balai nettoie”. Les jeunes peuvent apporter de grands changements en nettoyant les sociétés des maux. La jeunesse musulmane est très bénéfique pour l’humanité entière. Aujourd’hui, la jeunesse est confrontée à de nombreux défis dans sa vie. Ces défis se situent dans les domaines social, moral, éducatif, intellectuel et politique. Pour y faire face, les jeunes doivent avoir la connaissance et la conscience. xxix

Le rôle des jeunes dans le développement de toute société est vital. Ils sont l’avant-garde de toute nation. Les jeunes ne peuvent jouer leur rôle correctement et positivement que s’ils comprennent pleinement leurs responsabilités. Créer un sens de la responsabilité chez les individus d’une société, en particulier chez les jeunes, est inévitable pour le développement collectif et dynamique d’une société.

La vie du Prophète (psl) est un guide complet pour toutes les sphères de notre vie. Il est évident, d’après ses enseignements et les commandements généraux de l’Islam, que les jeunes jouent un rôle très important dans le développement socio-économique et politico-éducatif. Le Prophète (psl) a montré une confiance totale dans la jeunesse. Il leur déléguait différentes responsabilités, les guidait et les encourageait à s’acquitter correctement de leurs tâches. Les compagnons du Prophète (psl) qui ont embrassé l’Islam à la suite de sa première invitation étaient jeunes, entre 20 et 30 ans.

Le pire ennemi de l’Islam, Abu Jahal, a été tué par deux jeunes frères. De même, un jeune homme Muṣ’ab bin ‘Umayr fut envoyé à Médine, et Mu’āz bin Jabal et Abu Mūsá Ash’arī furent envoyés au Yémen. Zayd bin Thābit a été dirigé pour apprendre d’autres langues. Il a également compilé le saint Qur’ān durant le califat d’Abū Bakar. Le Prophète a nommé Ḥuzayfa pour faire le recensement. Pour créer des caractéristiques de leadership, Usāmah bin Zayd a été envoyé à différentes expéditions de guerre. Ce sont des preuves abondantes de la confiance du Prophète qu’il avait dans la jeunesse.

Les jeunes sont ceux qui comprennent le mieux leurs propres besoins et qui ont la créativité et l’énergie nécessaires pour voir les anciens problèmes sous un angle nouveau. La participation des jeunes à la conception et à la mise en œuvre des programmes peut favoriser l’innovation, augmenter la rétention des participants aux programmes, conduire à des résultats plus durables et avoir un impact positif sur les systèmes environnants. xxx

L’engagement efficace des jeunes commence par une philosophie qui considère les jeunes comme des atouts plutôt que comme des “problèmes à résoudre”. Lorsque on reconnait que les jeunes doivent être les principaux moteurs de leur propre développement, les adultes et les systèmes jouant un rôle de soutien, on comprend que tout ce qui est fait pour les jeunes sans les jeunes court le risque d’échouer.

Selon les Nations unies, 89 % des jeunes du monde entier vivent dans des pays en développement. Dans le même temps, le chômage des jeunes est en hausse. Et le travail seul n’est pas synonyme de prospérité : près de 40 % des jeunes actifs vivent dans la pauvreté. Ensemble, ces défis constituent une énorme menace pour la stabilité économique et politique mondiale, à moins qu’on saisisse l’occasion. En investissant dans les jeunes, on fait progresser les droits des jeunes et on s’efforce de transformer la “masse” de jeunes en un moteur d’innovation, d’opportunités et de changement social.

Il faut donner à des milliers de jeunes les moyens d’agir en les dotant des compétences et des connaissances dont ils ont besoin pour mener une vie empreinte de dignité, de détermination et de stabilité économique. L’approche doit consister à impliquer les jeunes qui sont également les moins susceptibles d’avoir accès à l’éducation et à la formation classiques, notamment les filles, les réfugiés, les jeunes handicapés et les jeunes engagés dans des travaux dangereux. xxxi

Mais les opportunités économiques ne sont qu’une partie du tableau. Il faut donner la priorité aux programmes qui font progresser la participation et les droits politiques et civils des jeunes, qui amplifient la voix des jeunes, augmentent leur pouvoir de décision et les sensibilisent à leurs droits et à leurs besoins, et qui donnent aux jeunes les moyens d’éduquer leurs pairs et de les inciter à agir.

L’autonomisation de la jeunesse implique le développement de la jeunesse, un programme de développement des jeunes pour qu’ils deviennent autonomes et travailleurs indépendants, ainsi que des employeurs de main-d’œuvre. Un tel programme les aidera à devenir des citoyens responsables dans la société.

L’autonomisation des jeunes peut prendre plusieurs formes : acquisition de compétences, acquisition de connaissances, etc. L’autonomisation des jeunes peut relever soit de la responsabilité du gouvernement, soit de celle des entreprises, mais quoi qu’il en soit, le gouvernement a la responsabilité légale d’autonomiser ses jeunes.

Pour Mustapha Chérif, éduquer en Islam c’est : xxxii

‘’La civilisation musulmane considère qu’il ne suffit pas d’apprendre à lire, à écrire, à compter, à recevoir des informations pour être équilibré, efficace et heureux. Maîtriser les fondamentaux est nécessaire, mais pas suffisant. Il faut former un être équilibré, complet, médian, car si une partie de celui-ci manque il peut sombrer. Cela signifie qu’en plus du savoir scientifique et technique, outils pour le développement, il faut cultiver, éduquer et donner à penser sur ce que sont l’humain et le but de l’existence, sans enfermer ni contraindre.

Au cœur de cette approche se situe l’éthique, l’humanisme, le respect de la vie, de l’altérité, de la diversité des opinions, des cultures et du monde, et les spiritualités, comprises comme richesses. Cela n’empêche pas d’enseigner l’unitaire, de mettre en valeur un récit national, des repères communs, des spécificités, en dialogue avec d’autres valeurs et l’universel. Certes, la foi est une affaire personnelle, intime et privée, mais étudier les religions et donner à penser sur cette dimension humaine est légitime’’.

1. Offre d’enseignement supérieur

On dit que l’éducation est le fondement du développement et que toute société qui veut atteindre la grandeur doit embrasser l’éducation. Ainsi, l’accès à l’enseignement supérieur a contribué à augmenter le taux de croissance économique et le développement sociopolitique d’une nation, et comme le dit le dicton, “les jeunes sont les leaders de demain”. xxxiii

2. Offre d’enseignement technique et professionnel

Toujours dans l’aspect éducatif de l’autonomisation des jeunes, après tout, l’autonomisation des jeunes est une question de développement des capacités. L’enseignement technique et professionnel est la nouvelle tendance du développement socio-économique de toute nation sérieuse, et cette nation dépensera son dernier sou pour s’assurer que ses citoyens, en particulier les jeunes, sont formés à l’enseignement technique et professionnel en vue de les préparer aux activités industrielles et commerciales, puisque ces activités sont ce qui assure ou stimule l’industrialisation d’une nation.

3. Mise en place de programmes spéciaux de bourses d’études

Des bourses spéciales doivent être accordées aux jeunes pour l’innovation et le développement. Dans la plupart des cas, il s’agit de formations à l’étranger, au cours desquelles les jeunes acquièrent des connaissances et des compétences en matière d’innovation et de développement dans les meilleures universités du monde, parfois, ce type d’autonomisation des jeunes nécessite un transfert de connaissances.

4. Augmenter l’allocation budgétaire pour l’éducation

Il n’existe aucune forme d’autonomisation des jeunes où l’éducation n’a pas sa place. Qu’il s’agisse de l’enseignement supérieur ou de l’enseignement supérieur formel alternatif, de l’enseignement technique et professionnel, de l’acquisition de compétences et du développement des capacités, quelle que soit la forme d’éducation ou d’autonomisation, l’augmentation ou le doublement des fonds alloués à l’éducation ou à l’autonomisation des jeunes par le gouvernement est un autre moyen d’autonomiser les jeunes.

5. Mettre à disposition des subventions pour le développement des entreprises

La plupart des jeunes sont engagés dans des petites et moyennes entreprises pour assurer leur subsistance. Ainsi, étant donné que l’expansion de ces entreprises avec l’espoir d’obtenir un énorme retour sur investissement, ainsi que l’augmentation des activités socio-économiques dans la société, avec laquelle, de telles activités peuvent éventuellement conduire à l’industrialisation d’une nation, le gouvernement, en particulier, peut libérer des fonds, tels que des incitations au développement des entreprises ou des subventions pour les jeunes entrepreneurs, en particulier dans l’industrie créative.

6. Création de centaines de milliers d’emplois

Des centaines de milliers d’emplois peuvent être créés par le gouvernement, afin d’éloigner les jeunes de la rue et de leur donner un emploi rémunéré. Cet aspect de l’autonomisation des jeunes peut être atteint si les jeunes entrepreneurs reçoivent des subventions qui pourraient leur permettre de développer leur entreprise, ils peuvent également créer des centaines de milliers d’emplois. xxxiv

7. Engager les jeunes dans la construction et la réhabilitation des infrastructures

Les jeunes peuvent être responsabilisés s’ils sont employés pour prendre part ou participer à la construction d’infrastructures sociales et économiques, ainsi qu’à la réhabilitation de ces infrastructures.

Autonomiser la femme

À l’ère contemporaine de la mondialisation, l’autonomisation des femmes devient une question importante. L’autonomisation consiste à accroître la force spirituelle, politique, sociale ou économique des individus et des communautés en développant la confiance dans leurs propres capacités. L’autonomisation fait référence au droit de déterminer les choix, au droit d’avoir accès aux opportunités et aux ressources pour prendre des décisions appropriées. xxxv

Plus d’un demi-milliard de femmes musulmanes vivent dans 45 pays à majorité musulmane et plus de 30 pays ont une importante minorité musulmane. “Les femmes musulmanes âgées de 15 à 64 ans représentent environ 8 % de la population totale du monde“. Les femmes et les filles musulmanes de tous âges représentent environ 12 % des 7,3 milliards d’habitants de la planète en 2015. xxxvi Selon les projections du Pew Research Center, “les musulmans […] sont le groupe religieux qui connaît la plus forte croissance dans le monde“. xxxvii En raison de leur nombre, il est évident que les femmes musulmanes peuvent jouer un rôle important dans le développement de leur économie et de leur pays. xxxviii

L’Islam établit une égalité réelle et complète entre l’homme et la femme, résumée dans le Hadith du Prophète Mohammad (psl) :

Les femmes sont les sœurs à part entière des hommes“.

Il est à noter, à partir de cette règle, que l’Islam établit la relation entre les hommes et les femmes dans une forme de fraternité et non dans une forme de lutte ou de combat comme c’est le cas dans certains mouvements féministes d’aujourd’hui. En fait, cette relation de fraternité et de soutien mutuel était, et est toujours, la principale approche de l’autonomisation des hommes et des femmes sur la planète sur un pied d’égalité. Dieu Tout-Puissant dit :

‘’Les croyants et les croyantes sont alliés les uns des autres. Ils commandent le convenable, interdisent le blâmable accomplissent la Salât, acquittent la Zakat et obéissent à Allah et à Son messager. Voilà ceux auxquels Allah fera miséricorde, car Allah est Puissant et Sage’’. (Saint Coran, 9: 71).

والمؤمنون والمؤمنات بعضهم أولياء بعض يأمرون بالمعروف وينهون عن المنكر ويقيمون الصلاة ويؤتون الزكاة ويطيعون الله ورسوله أولئك سيرحمهم الله إن الله عزيزحكيم

Cette obligation sociale des femmes et des hommes est mise en œuvre sous diverses formes, telles que la participation active à des conseils consultatifs et de surveillance, et l’expression d’opinions par le biais des médias.

Les femmes seules chefs de famille font partie des segments les plus vulnérables de la société. Elles rencontrent plus d’obstacles à la croissance et au développement que les hommes. Elles ont moins accès aux ressources et aux équipements. Elles doivent lutter davantage pour gagner leur vie, par rapport aux hommes qui occupent des emplois dans le secteur du travail et des services avec des revenus plus faibles. Ces femmes chefs de famille ne sont pas assurées, et le droit du travail ne s’applique pas à elles dans plusieurs pays islamiques.

Les femmes célibataires chefs de famille font souvent partie des membres de la société aux revenus les plus faibles. La structure familiale est à l’origine d’un phénomène connu sous le nom de “piège de la pauvreté“, dans lequel les enfants doivent quitter l’école tôt pour chercher du travail ou gérer les tâches quotidiennes de la famille pendant que la mère travaille à l’extérieur. Les longues absences de la mère du foyer, ainsi que la pauvreté institutionnalisée, ont des effets irréversibles sur les enfants. Ce cycle de privations et le manque de soutien de l’État créent un piège de pauvreté pour les femmes chefs de famille et leurs enfants.

L’éducation est toujours considérée comme le meilleur instrument de l’autonomisation des femmes. L’éducation peut donner la confiance nécessaire pour revendiquer leur monde. Une éducation appropriée peut aider à les faire participer aux changements socio-politiques du monde ainsi que dans les développements financiers. En outre, l’éducation garantira leur participation totale et individuelle aux côtés des hommes. L’éducation peut également ouvrir la porte de l’emploi aux femmes. Et cette indépendance peut leur permettre d’occuper une position de décision individuelle dans la société. En gros, l’éducation peut aider les femmes à établir leur individualité et leur égalité de droits. xxxix

Les raisons du retard de développement dans le monde islamique sont dues à trois facteurs essentiels :

Premier facteur : Défis socioculturels

1) La domination du patriarcat : La communauté musulmane est toujours dominée par les chaînes du patriarcat. La vie et les rêves des femmes sont contrôlés par les membres masculins. Les perspectives d’éducation d’une fille dans une famille musulmane dépend entièrement de la volonté des membres masculins de la famille. xl

2) Rigidité religieuse : La nature rigide de l’interprétation de l’Islam constitue une condition difficile pour la liberté des femmes. Les femmes ne sont autorisées à aucune forme d’indépendance sans la reconnaissance des hommes.

3) L’inégalité entre les sexes : Les exemples d’inégalité entre les sexes sont plus répandus dans la communauté musulmane, où une fille est achetée uniquement pour être mariée à un homme.

4) Suppression sociale : Les parents musulmans subissent souvent la pression de la société pour qu’ils cessent d’éduquer leur fille. Ils sont obligés de penser qu’un niveau d’éducation trop élevé peut nuire aux perspectives de mariage de leur fille.

5) Le mariage des enfants : C’est une pratique courante pour les filles musulmanes de se marier à l’adolescence.

6) Le travail des enfants : Les familles pauvres envoient leurs filles travailler et ces enfants n’ont pas accès à l’éducation formelle.

7) Trafic d’êtres humains : La pauvreté et le chômage ouvrent la voie au trafic de filles dans certaines régions. Parfois, les tuteurs vendent leur fille de leur plein gré.

8) La discrimination sociale : Dans notre société, une fille est née uniquement pour répondre aux besoins du monde dominé par les hommes. Une fille n’est jamais encouragée à se faire propre identité indépendante. La communauté musulmane n’est pas différente des autres elle doit impérativement autonomiser sa gente féminine pour promouvoir le développement de ses citoyens.

Deuxième facteur : Défis économiques

1) Pauvreté : Une grande frange de la population musulmane se situe sous le seuil de pauvreté. La pauvreté n’encourage pas les tuteurs à envoyer leurs filles à l’école. xli

2) Le chômage : Le système d’éducation formelle islamique ne garantit pas les opportunités d’emploi. C’est l’une des principales raisons du manque d’intérêt des tuteurs musulmans pour les perspectives d’éducation de leurs filles.

Troisième facteur : Défis en matière d’infrastructures

1) Le coût de l’éducation :

Les dépenses associées au système éducatif actuel sont trop élevées. Les familles en dessous du seuil de pauvreté ne peuvent pas assumer le coût de l’éducation, ce qui entraîne l’augmentation des abandons scolaires et l’échec.

2) Le manque d’infrastructures : Le monde islamique a besoin de plus d’écoles et d’enseignants pour répondre aux exigences de base. L’infrastructure des écoles doit également être capables de répondre aux besoins de l’époque.

3) Manque de possibilités d’enseignement professionnel : en raison de la nécessité économique, la plupart des familles musulmanes pauvres ont grand besoin d’un emploi précoce qui peut être assuré par une formation professionnelle appropriée. Mais, en raison du manque d’efforts de la part des écoles et du gouvernement, l’enseignement professionnel est très négligé.

Je voudrais conclure par quelques recommandations :

1) Il faut donner à davantage de femmes musulmanes les moyens d’être informées afin de pouvoir contester la rhétorique extrémiste religieuse ;

2) Actuellement, l’accent n’est mis que sur l’autonomisation des femmes musulmanes qui vivent dans les pays à majorité musulmane. Cependant, les femmes musulmanes vivant en Occident en tant que minorités sont négligées. L’Europe occidentale compte 10 millions de femmes musulmanes qui sont confrontées, à, la fois, à l’extrémisme de droite et à l’extrémisme religieux islamique ;

3) Il convient de créer davantage de ressources pour mettre en évidence les modèles de comportement et d’inclure des modèles de comportement pertinents dans les programmes de formation des femmes et des filles musulmanes ; et

4) Les femmes doivent être formées en informatique pour mieux utiliser les technologies de l’information, y compris les médias sociaux.

L’Islam croit en la création d’Adam et Eve par Dieu Tout-Puissant. La femme doit donc être chérie et respectée par l’homme. L’homme et la femme font partie de la même unité et à moins qu’il y ait une compréhension entre les deux, cela aura un impact négatif sur la famille et le tissu social. Lorsqu’un homme respecte la femme, il se respecte lui-même. Lorsqu’une nation reconnaît l’identité de la femme, elle reconnaît sa propre force. xlii

L’hommes et la femme doivent avancer côte à côte et s’attaquer aux problèmes de la famille, de la communauté et du pays ensemble. Ils doivent jouir de la même responsabilité et des mêmes droits en tant que citoyens respectés du pays.

Islam et démocratie

Ces dernières années, la “démocratie musulmane” est apparue comme une nouvelle réalité politique dans un certain nombre de pays musulmans La démocratie musulmane évoque l’héritage des partis démocrates-chrétiens d’Europe en ce sens qu’il s’agit d’une plateforme électorale qui cherche à dominer le milieu en intégrant les valeurs musulmanes dans des revendications socio-économiques plus larges. La démocratie musulmane n’est pas une plate-forme de réforme religieuse ni une construction théorique, mais plutôt le produit de la politique sur le terrain et des concessions de la politique électorale.

La démocratie musulmane a pris forme dans le processus politique des partis islamistes, comme l’AKP de Turquie, et des partis non religieux, comme le PML du Pakistan. Elle constitue un modèle de changement pragmatique dont l’influence s’étend à l’ensemble du monde musulman. xliii

Esposito et DeLong-Bas distinguent quatre attitudes à l’égard de l’islam et de la démocratie, très répandues parmi les musulmans d’aujourd’hui : xliv

  1. La défense des idées démocratiques, souvent accompagnée de la conviction qu’elles sont compatibles avec l’islam, qui peut jouer un rôle public au sein d’un système démocratique, comme l’illustrent de nombreux manifestants qui ont pris part aux soulèvements du Printemps arabe ;
  2. Le soutien aux procédures démocratiques telles que les élections, combiné à des objections religieuses ou morales à l’égard de certains aspects de la démocratie occidentale considérés comme incompatibles avec la charia, comme l’illustrent des érudits islamiques tels que Yusuf al-Qaradawi ;
  3. Le rejet de la démocratie en tant qu’importation occidentale et la défense des institutions islamiques traditionnelles, telles que la shura (consultation) et l’ijmac (consensus), comme l’illustrent les partisans de la monarchie absolue et les mouvements islamistes radicaux ; et
  4. La croyance que la démocratie exige de restreindre la religion à la vie privée, détenue par une minorité dans le monde musulman.

Les sondages réalisés par Gallup et PEW dans les pays à majorité musulmane indiquent que la plupart des musulmans ne voient aucune contradiction entre les valeurs démocratiques et les principes religieux, ne désirant ni une théocratie, ni une démocratie laïque, mais plutôt un modèle politique où les institutions et les valeurs démocratiques peuvent coexister avec les valeurs et les principes de l’Islam. xlv

Muhammad Asad, un érudit et penseur musulman, considérait la démocratie comme parfaitement compatible avec l’Islam. Dans son ouvrage intitulé The Principles of State and Government in Islam, il note que : xlvi

‘’Dans cette perspective historique, la “démocratie” telle qu’elle est conçue dans l’Occident moderne est infiniment plus proche de l’Islam que du concept de liberté de la Grèce antique ; car l’Islam soutient que tous les êtres humains sont socialement égaux et doivent, par conséquent, bénéficier des mêmes opportunités de développement et d’expression personnelle. D’autre part, l’Islam impose aux musulmans de subordonner leurs décisions aux directives de la Loi divine révélée dans le Coran et illustrée par le Prophète : une obligation qui impose des limites précises au droit de la communauté de légiférer et refuse à la “volonté du peuple” cet attribut de souveraineté qui fait tant partie intégrante du concept occidental de démocratie’’.

Le débat de longue date sur l’islam et la démocratie a atteint un tournant étonnant. Depuis le début des soulèvements arabes à la fin de 2010, l’islam politique et la démocratie sont devenus de plus en plus interdépendants. Le débat sur leur compatibilité est désormais pratiquement obsolète. Aucun des deux ne peut désormais survivre sans l’autre.

Dans les pays en transition, la seule façon pour les islamistes de maintenir leur légitimité est désormais de recourir aux élections. Leur propre culture politique n’est peut-être pas encore démocratique. Mais ils sont désormais définis par le nouveau paysage politique et ont été contraints, à leur tour, de se redéfinir, tout comme l’Église catholique romaine a fini par accepter les institutions démocratiques alors même que ses propres pratiques restaient oligarchiques.

Dans le même temps, il n’y aura pas d’institutionnalisation de la démocratie pour les pays arabes en transition sans l’inclusion des principaux groupes islamistes, tels que les Frères musulmans en Égypte, Ennahda en Tunisie ou Islah au Yémen. Le Printemps arabe a ouvert la voie aux islamistes. Et même si de nombreux islamistes ne partagent pas la culture démocratique des manifestants, ces derniers doivent tenir compte du nouveau terrain de jeu que les manifestations ont créé.

Le débat sur l’islam et la démocratie était autrefois une question de poule et d’œuf : lequel des deux est venu en premier ? La démocratie n’a certainement pas été au cœur de l’idéologie islamiste. Les Frères musulmans d’Égypte ont toujours été strictement centralisés et obéissent à un chef suprême qui règne à vie. Et l’islam n’a certainement pas été pris en compte dans la promotion de la démocratie laïque. En fait, les sceptiques ont longtemps soutenu que les deux forces étaient allégoriques, voire anathèmes l’une par rapport à l’autre.

Mais le monde extérieur a supposé à tort que l’Islam devrait d’abord connaître une réforme religieuse avant que ses adeptes puissent se lancer dans la démocratisation politique – reproduisant ainsi l’expérience chrétienne lorsque la Réforme a donné naissance aux Lumières, puis à la démocratie moderne. En réalité, les intellectuels musulmans libéraux ont eu peu d’influence sur l’inspiration ou la direction des soulèvements arabes. Les premiers manifestants de la place Tahrir au Caire faisaient référence à la démocratie en tant que concept universel, et non à une quelconque démocratie islamique.

Le développement de l’islam politique et de la démocratie semble désormais aller de pair, même si ce n’est pas au même rythme. La nouvelle scène politique transforme les islamistes autant que les islamistes transforment la scène politique.

Aujourd’hui, la compatibilité entre l’islam et la démocratie n’est pas centrée sur des questions théologiques, mais plutôt sur la manière concrète dont les croyants refondent leur foi dans un environnement politique en mutation rapide. Qu’elles soient libérales ou fondamentalistes, les nouvelles formes de religiosité sont individualistes et plus en phase avec l’ethos démocratique. xlvii

La voie à suivre pour une renaissance

La voie à suivre dans ce monde hautement compétitif et interdépendant passe par une meilleure gouvernance et des réformes au sein de chaque État musulman, d’une part, et par l’exploration de nouvelles voies de coopération mutuelle fondées sur des intérêts communs, d’autre part.

La voie à suivre pour une renaissance économique musulmane doit comporter plusieurs mesures intégrées et calibrées :

  1. Mettre au point un mécanisme efficace de règlement des différends pour résoudre les problèmes et mettre en place un cadre solide de coopération mutuelle. Promouvoir l’unité entre les pays musulmans et à l’intérieur de ceux-ci. Elargir et approfondir les relations économiques. Dans un contexte de croissance démographique et d’épuisement des ressources dans le monde, une telle coopération intra-islamique devient de plus en plus importante pour assurer la sécurité énergétique, la sécurité de l’eau et la sécurité alimentaire.
  2. Entreprendre les réformes politiques, économiques et sociales nécessaires pour créer un environnement propice à l’exploitation du potentiel individuel et collectif. Pour cela, il faut assurer la stabilité et la continuité politiques, la bonne gouvernance, transparence et la responsabilité, ainsi qu’une politique économique cohérente et une amélioration de la prestation de services sociaux, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation.
  3. Se concentrer sur l’éducation et le rattrapage dans le domaine de la science et de la technologie. Le développement des compétences par la formation professionnelle devrait recevoir une priorité élevée pour doter la main-d’œuvre des capacités demandées dans les marchés nationaux et internationaux.
  4. Elaborer un modèle de croissance global pour fournir une stratégie de développement équilibré. En outre, il faut prévoir le partage des excédents financiers et des excédents de produits de base par le biais de mécanismes institutionnels dirigés par des partenariats public-privé.
  5. Les pays musulmans les moins bien dotés devraient développer une capacité d’absorption afin d’utiliser de manière optimale les rares capitaux nationaux et de bénéficier des flux transfrontaliers.
  6. En fonction des avantages comparatifs et concurrentiels individuels, il est impératif d’essayer de se spécialiser et de tailler une place dans le monde dans des secteurs économiques vitaux tels que l’énergie, les télécommunications, la santé, l’éducation, l’environnement, l’éducation et la culture. Il est nécessaire, ainsi, de créer des complémentarités et, en partageant les meilleures pratiques, aider les autres à s’aider eux-mêmes. L’objectif ultime devrait être pouvoir créer une union économique islamique, en commençant par conclure des accords multilatéraux de libre-échange et de la libre circulation des capitaux, de la main-d’œuvre, des biens et des services. Il faut également créer un marché des capitaux de classe mondiale pour attirer les investisseurs.
  7. L’Organisation de coopération islamique (OCI) et la Banque islamique de Développement (BID) doivent être repositionnées et revigorées.

Conclusion : Quel avenir ?

Le penseur français Tocqueville xlviii a fait remarquer un jour que l’Église est le parti le plus puissant aux États-Unis. Cette remarque pourrait être faite, à propos de la mosquée, dans tout le monde islamique. Pour l’instant, l’islamisme socio-politique semble invincible. Mais le monde islamique – et surtout arabe – a vu l’essor d’idéologies qui ont fini par dominer ces sociétés (et leur imagination), du libéralisme islamique à la fin du XIXe siècle à l’âge d’or de la culture arabe moderne dans les années 1930 et 1940, en passant par le nationalisme arabe des années 1950 aux années 1970. Tous ont échoué. Et l’Islam sociopolitique est confronté à des circonstances relativement plus difficiles aujourd’hui : une démographie extrêmement jeune avec des attentes élevées et une patience limitée, des médias libres qui rendent impossible de dissimuler les gaffes ou les réalités médicales, et un héritage de macro-échecs, l’un après l’autre, dont les jeunes musulmans ont hérité mais auxquels ils n’ont pas contribué. L’espoir doit être que les nouvelles puissances qui dominent cette nouvelle ère ont appris des erreurs du passé.

L’Islam a préservé la position centrale des valeurs morales en tant que caractéristiques de la société humaine. Francis Lamand, président de l’association française ” Islam et Occident “, considère que :

“L’Islam peut contribuer à la renaissance, en Occident, de trois valeurs essentielles : le sens de la communauté, dans une partie du monde devenue trop individualiste ; le sens du sacré ; et le sens juridique. Tel peut être l’apport de l’Islam aux sociétés occidentales”. xlix

En retour, l’Occident doit contrôler son arrogance et réévaluer sa position vis-à-vis du reste du monde. La notion même d’existence d’un “reste du monde”, quelle que soit sa perception, est une chose qu’on doit changer.

Le monde musulman est confronté à des défis sérieux et multiples. De nombreux progrès ont été réalisés dans de nombreux domaines mais il reste encore beaucoup à faire. Cela exige une clarté de pensée, une volonté de changement et une action déterminée et concertée par chacun, individuellement et collectivement. C’est une tâche difficile et ardue, une lutte constante et implacable.

Le monde musulman, avec ses riches ressources, ses énergies vibrantes et sa détermination inébranlable, est en mesure de faire face à ces défis et ouvrir de nouvelles voies de progrès et de prospérité non seulement pour les musulmans mais aussi pour l’humanité entière. L’Islam promet la paix, le progrès et la prospérité à l’échelle universelle, et les efforts des musulmans doivent donc viser à contribuer à l’avènement d’un monde meilleur pour toute l’humanité.

Contrairement aux idées reçues, les musulmans font résolument partie du monde moderne et relèvent les défis de la modernité de multiples façons. l Nombre d’entre eux naviguent dans les eaux parfois inexplorées de la modernité avec créativité et imagination, renouant avec leur tradition et revisitant leur histoire, comme le font de nombreux non-musulmans avec leurs traditions et leur histoire respectives dans des contextes similaires.

Les universitaires, les penseurs et les activistes sociaux musulmans sont les fers de lance de projets herméneutiques et revivalistes, qui se déroulent pour la plupart sous le radar mondial, et qui façonnent la modernité (ou, plus précisément, les modernités) et sont façonnés par elle. Car il y a plus d’une façon d’être moderne, chacune étant liée à la trajectoire historique et à la spécificité culturelle d’une société.

Cette prise de conscience est fondamentale pour apprécier les différentes voies vers la modernité que les sociétés peuvent emprunter et empruntent effectivement. Le paradigme occidental de la modernité séculaire est loin d’être universel. Il s’agit plutôt d’un modèle local né de concaténations spécifiques d’événements historiques dans le passé européen. D’autres sociétés et civilisations “indigénisent” la modernité d’une manière compatible avec leur propre vécu, leurs expériences historiques et leurs institutions socioculturelles.

Les musulmans, hommes et femmes, sont aussi engagés dans le processus de négociation de la modernité que n’importe qui d’autre, et insistent souvent (contre une forte pression extérieure) pour le faire à leurs propres conditions. Nombre d’entre eux relisent leurs textes religieux afin d’être guidés dans ce processus de négociation, car la religion, selon leur expérience, est une alliée et non une ennemie du monde moderne.

Parfois, ce processus implique de remettre en question certaines dispositions de la loi islamique classique, la charia. La charia ne peut être réduite à des décisions juridiques qui sont le produit d’une délibération rationnelle humaine. La charia est le dépositaire de principes éternels et universels qui incitent les humains à donner le meilleur d’eux-mêmes – des principes qui doivent être interprétés et réinterprétés au fil du temps pour permettre la croissance et l’épanouissement de l’homme dans des circonstances changeantes.

Notes de fin de texte :

i Pew Research Center. ‘’ The Future of the Global Muslim Population, “in Pew Research Center du 27 Janvier 2011. https://www.pewforum.org/2011/01/27/the-future-of-the-global-muslim-population/

ii Terme politique désignant le processus d’accroissement de l’influence de l’islam dans diverses sphères de la politique de l’État et de la vie publique, ainsi que le processus d’accroissement du nombre de personnes professant l’islam dans une région ou un pays donné.

iii Cherkaoui, Mohamed. Essay on Islamization, traduit par Peter Hamilton. Hollande: Brill, 2019.

L’essai sur l’islamisation est une étude de l’islamisation de toutes les sociétés musulmanes, de leur conversion à l’islam orthodoxe qui, avec ses chapelles, ses moines soldats et sa guerre sainte, conduit au fondamentalisme ainsi qu’à un puritanisme moral. Cherkaoui mesure l’importance de ce phénomène mondial en analysant les données empiriques d’une soixantaine de sociétés musulmanes et non musulmanes. Il mène également deux enquêtes ethnographiques pour identifier les métamorphoses des pratiques religieuses musulmanes et leurs causes.

Parmi la douzaine de théories avancées pour expliquer ces phénomènes planétaires, il cite celles de la sécularisation, de la modernisation, du marché religieux, de l’influence des médias et de la politique des bailleurs de fonds aux ressources financières illimitées, de la mobilité sociale, des causes géopolitiques, de l’émergence du fondamentalisme et du rôle des intellectuels “prolétaires” qui promeuvent le messianisme, et de la pression sociale.

iv Adraoui, Mohamed-Ali. ‘’Le salafisme, voilà l’ennemi ! ‘’in Hommes & migrations [En ligne], 1316 | 2017, mis en ligne le 01 mars 2020, consulté le 17 novembre 2021. URL: http://journals.openedition.org/hommesmigrations/3797; DOI: https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.3797

v Institut Montaigne. ‘’La fabrique de l’islamisme, ‘’ in Institut Montaigne. https://www.institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/Version%20Abrege%CC%81e%2090%20pages.pdf

vi Abed-Kotob, Sana. “The Accommodationists Speak: Goals and Strategies of the Muslim Brotherhood of Egypt.”in International Journal of Middle East Studies, vol. 27, no. 3, Cambridge University Press, 1995, pp. 321–39, http://www.jstor.org/stable/176254.

vii Blanc, Théo. ‘’Islam politique (1) : qu’est-ce que l’islam politique ? ‘’ in Les Clés du Moyen-Orient du 28 novembre 2017. https://www.lesclesdumoyenorient.com/Islam-politique-1-qu-est-ce-que-l-islam-politique.html

viii Lebeau, Richard. ‘’Le monde arabe est mort. Vive le monde arabe !’’in Revue Projet du 16 mai 2011. https://www.revue-projet.com/articles/le-monde-arabe-est-mort-vive-le-monde-arabe/7625

‘’Le printemps arabe traduit un changement des considérations morales et politiques de la jeunesse. Les révoltes de 2011 expriment le rejet du panarabisme, du monde arabe comme construction idéologique. Il s’agit désormais pour une génération entière de retrouver une identité culturelle et religieuse oubliée. ‘’

ix   Cooper, William W. & Piyu YueChallenges of the Muslim World, Volume: Present, Future and PastBingley, West Yorkshire, England: Emerald Publishing Limited, 2008.

Cet ouvrage propose une approche fondée sur des données concernant les évolutions actuelles et futures du monde musulman. Il s’agit d’une approche inhabituelle de ce sujet qui met en évidence les forces sous-jacentes importantes dans les comportements économiques et sociaux actuels et futurs, qui vont du prix de l’essence au terrorisme et aux activités connexes. Dans le contexte des riches histoires des cultures musulmanes, les effets des changements rapides des tendances économiques et sociales sont examinés, ainsi que l’effet des politiques occidentales qui ont souvent exacerbé les tensions sous-jacentes dans ces populations à croissance rapide, allant jusqu’aux troubles et aux hostilités qui se manifestent actuellement dans les interprétations proposées par Al-Qaïda et des organisations similaires. Ce volume propose également une approche qui traite des taux d’analphabétisme élevés et des installations éducatives inadéquates dans de nombreux pays musulmans.

x Chtatou, Mohamed. ‘’Challenges Facing the Muslim World, “in Eurasia Review du 11 septembre 2018. https://www.eurasiareview.com/11092018-challenges-facing-the-muslim-world-analysis/

xi Rougier, Bernard. ‘’L’islamisme face au retour de l’islam ?’’in Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. no 82, no. 2, 2004, pp. 103-118. https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2004-2-page-103.htm

xii el-Aswad S. ‘’Political Challenges Confronting the Islamic World, ‘’in: Tiliouine H., Estes R. (eds) The State of Social Progress of Islamic Societies. International Handbooks of Quality-of-Life. New York City, USA: Springer, Cham., 2016, pp 361-377. https://doi.org/10.1007/978-3-319-24774-8_16

xiii Akhtar, Shabbir. A Faith for All Seasons: Islam and Western Modernity. London: Bellew, 1990, p. 104.

xiv Mahathir bin Mohamad; né le 10 juillet 1925 est un homme politique, homme d’État, auteur et médecin malaisien qui a été le quatrième et le septième Premier ministre de Malaisie. Il a exercé ses fonctions de juillet 1981 à octobre 2003, puis de mai 2018 à mars 2020, pour un total cumulé de 24 ans, ce qui fait de lui le premier ministre le plus ancien du pays. Avant d’être promu au poste de premier ministre, il a occupé le poste de vice-premier ministre et d’autres postes ministériels. Il est député de Langkawi depuis mai 2018, de Kubang Pasu d’août 1974 à mars 2004 et de Kota Setar Selatan d’avril 1964 à mai 1969. Sa carrière politique s’étend sur plus de 70 ans, depuis sa participation aux manifestations contre l’obtention de la citoyenneté malaise par les non-Malais pendant l’Union malaise dans les années 1940 jusqu’à la création de ses propres partis politiques, le Parti indigène uni de Malaisie (BERSATU) en septembre 2016 et le Parti des combattants de la patrie (PEJUANG) en août 2020. Il est souvent désigné par le sobriquet de Père de la Modernisation (Bapa Pemodenan).

xv Abou El-Fadl, Khaled. ‘’The Ugly Modern and The Modern Ugly. Reclaiming The Beautiful In Islam, ‘’ in Omid Safi (dir.), Progressive MuslimsOn Justice, Gender, and Pluralism. Oxford: OneWorld, 2003.

xvi Smock, David. Ijtihad: Reinterpreting Islamic Principles for the Twenty-First Century. US Institute of Peace, 2004, http://www.jstor.org/stable/resrep12312.

xvii Kazi, Mumtaz A. ‘’ The Challenge Facing the World of Islam for the Twenty First Century, “in Journal of Islamic Academy of Sciences 7:1, 1994, pp. 1-4. https://jag.journalagent.com/ias/pdfs/IAS_7_1_1_4.pdf

“In redefining the priorities for the future, Muslim intellectuals have great responsibility because it is only through the power and potential of knowledge, wisdom and skill and by no other method or means that they would be able to regain the right for Muslim community to live as a self-reliant, equal and truly sovereign people, masters of their resources and destiny.”

xviii Ashraf, Syed Ali. New Horizons in Muslim EducationCambridge: Hodder & Stoughton, 1985, p. 4.

xix : El-Mubarak, A. M. O. I., & Hassan, I. ‘’Challenges of Islamic Education in the Era of Globalization: A Proposed Holistic Solution, ‘’in International Journal of Academic Research in Progressive Education and Development, 10(3), 2021, pp. 337–349. https://hrmars.com/papers_submitted/10748/challenges-of-islamic-education-in-the-era-of-globalization-a-proposed-holistic-solution.pdf

xx Ramadan, Tariq. ‘’Les musulmans et la mondialisation, ‘’in Pouvoirs, vol. 104, no. 1, 2003, pp. 97-109. https://www.cairn.info/revue-pouvoirs-2003-1-page-97.htm

xxi Huntington, Samuel P. Le choc des civilisations. Paris : Odile Jacob, 2000.

xxii Baum, G. ‘’La réponse de l’islam à la modernité : la pensée religieuse de Fethullah Gülen, ‘’in Théologiques, 19(2), 2011, pp. 173–188. https://doi.org/10.7202/1024733a

xxiii Haesbaert, Rogerio. ‘’Hybridité culturelle, « anthropophagie » identitaire et transterritorialité, ‘’in Géographie et cultures [En ligne], 78 | 2011, mis en ligne le 25 février 2013, consulté le 17 novembre 2021. URL: http://journals.openedition.org/gc/607; DOI: https://doi.org/10.4000/gc.607

xxiv Chomsky, Noam & Frédéric Cotton. ‘’Démocratie & marché dans le nouvel ordre mondial, ‘’in Responsabilités des intellectuels. Démocratie & marché, Nouvel ordre mondial, Droit de l’homme, traduit de l’américain par Cotton Frédéric. Agone, 1998, pp. 95-132.

xxv Ghaffari-Farhangi, S. ‘’Les médias dans le monde musulman, ‘’in Communication & Langages, Année 2000, 126, pp. 5-22

xxvi Tardif, Jean. ‘’Mondialisation et culture : un nouvel écosystème symbolique, ‘’in Questions de communication [En ligne], 13 | 2008, mis en ligne le 01 juillet 2010, consulté le 17 novembre 2021. URL: http://journals.openedition.org/questionsdecommunication/1764 ; DOI : https://doi.org/10.4000/questionsdecommunication.1764

xxvii Vanel, Grégory. ‘’Les nouvelles figures de l’hégémonie américaine. Le rôle des pratiques dans la consolidation de l’ordre économique globalisé, ‘’in Erudit, Études internationales 

Volume 38, Issue 4, décembre 2007, pp. 559–577. https://www.erudit.org/en/journals/ei/2007-v38-n4-ei2308/018279ar/

xxix Leblanc, Marie-Nathalie et Muriel Gomez-Perez. ‘’Jeunes musulmans et citoyenneté culturelle : retour sur des expériences de recherche en Afrique de l’Ouest francophone, ‘’in  Sociologie et sociétés, volume 39, numéro 2, automne 2007, pp. 39–59. https://doi.org/10.7202/019083ar

xxxKhosrokhavar, Farhad. ‘’Chapitre 13 / La jeunesse dans le monde musulman l’âge de l’exil intérieur, ‘’in Anne Muxel éd., La politique au fil de l’âge. Presses de Sciences Po, 2011, pp. 281-300.

xxxi Islamic Development Bank -IsDB-. “Programme de développement des jeunes, ‘’in IsDBhttps://www.isdb.org/fr/get-involved/youth-development-programme

xxxii Chérif, Mustapha. “Education en Islam, “in Fondapol.org de mars 2015. https://www.fondapol.org/etude/mustapha-cherif-education-et-islam-septieme-note-de-notre-serie-valeurs-dislam/

xxxiii Ibid.

‘’La question de l’éducation préoccupe les sociétés. Chaque civilisation a sa version sur ce sujet majeur. Des convergences et des divergences existent. Cependant, tout un chacun s’accorde aujourd’hui à reconnaître que l’éducation détermine la qualité des citoyens, le niveau de développement et le projet de société. La civilisation musulmane se veut celle de l’éducation à la médianité, la voie du juste milieu, aujourd’hui dévoyée par les extrémismes. Pour l’islam, l’éducation réussie est celle qui forme un citoyen équilibré, compétent et vertueux. Reste à expliciter ce modèle.’’

xxxiv Organisation de la Coopération Islamique -OCI-. ‘’Rapport sur le marché du travail de l’OCI 2020, ‘’in SESRIC.org du 04 Décembre 2020. https://www.sesric.org/publications-detail-fr.php?id=514

xxxv Organisation de la Coopération Islamique -OCI-. Stratégie de l’OCI pour l’Autonomisation de l’Institution du Mariage et de la Famille 2020-2025https://www.oic-oci.org/docdown/?docID=7618&refID=2251

xxxvi Enriquez, J. “Case Study: Muslim Women Tech (MWT), “in Islamic Finance and Islamic Economy Report, London: Simply Shari’ah Human Capital, 2016.

xxxvii Lipka, Michael. ‘’Muslims and Islam: Key findings in the U.S. and around the world, ‘’in Pew Research Center du 9 août 2017. https://www.pewresearch.org/fact-tank/2017/08/09/muslims-and-islam-key-findings-in-the-u-s-and-around-the-world/

xxxviii Samani, Shamim & Dora Marinova (éditeurs). Muslim Women in the Economy. Development, Faith and Globalisation. London: Routledge, 2020.

Ce livre explore l’évolution du rôle des femmes musulmanes dans l’économie au XXIe siècle. Les évolutions sociologiques telles que l’éducation laïque, les politiques axées sur les femmes, les engagements nationaux et mondiaux en faveur de l’égalité des sexes, ainsi que les progrès technologiques contemporains ont tous contribué à modifier et à redéfinir les rôles domestiques et publics des femmes musulmanes, conduisant dans de nombreux endroits à une augmentation de la participation au travail et de l’esprit d’entreprise. L’ouvrage étudie les contextes de ces changements et les expériences des femmes qui concilient foi et autres engagements pour s’engager activement dans l’économie dans des pays très différents.

L’ouvrage examine comment les codes familiaux et les conceptions des rôles masculins et féminins musulmans s’inscrivent dans le cadre des avancées sociales et économiques et de l’augmentation du nombre de femmes participant à l’économie. Dans un monde globalisé, il souligne également l’importance de la mise en œuvre des priorités actuelles en matière de développement durable dans le contexte des sociétés musulmanes, y compris l’objectif de développement durable 5 qui se concentre sur le rôle vital des femmes et leur pleine participation dans tous les domaines du développement durable.

Avec des cas allant de l’Arabie saoudite, l’Iran, le Bangladesh, le Pakistan, l’Indonésie, le Nigeria, le Kenya à l’Espagne, la Bulgarie et l’Australie, Muslim Women in the Economy sera d’un intérêt considérable pour ceux qui étudient, effectuent des recherches et s’intéressent au genre, au développement et aux études religieuses.

xxxix Kian-Thiébaut, Azadeh. ‘’L’islam, les femmes et la citoyenneté, ‘’in Pouvoirs, vol. 104, no. 1, 2003, pp. 71-84.

xl Agag-Boudjahlat, Fatiha. ‘’A-t-on le droit de parler d’un patriarcat arabo-musulman ?’’ in Revue des deux mondes du 15 novembre 2018. https://www.revuedesdeuxmondes.fr/a-t-on-le-droit-de-parler-dun-patriarcat-arabo-musulman/

‘’J’ai compris très tôt, fille unique avec sept frères, ce que l’on attendait de moi en tant que fille. Le ménage. Le consentement. La discrétion. Durant tout le temps où mon père a vécu avec nous, mes frères en étaient dispensés d’office, c’était une vocation pour ma mère et pour moi. Le moindre accès aux activités extérieures allait aussi de soi. L’aliénation est par principe intégrée. La Maison des jeunes et de la culture de mon quartier était très active. Mais il suffisait qu’un garçon décide de s’inscrire à une activité pour que les filles s’en retirent, souvent d’elles- mêmes, parce qu’il nous fallait toujours être des filles bien, ou parce que nos frères l’exigeaient. ‘’

xli Vuarin, Robert. “L’enjeu de la misère pour l’islam sénégalais.”in Revue Tiers Monde, vol. 31, no. 123, Armand Colin, 1990, pp. 601–21, http://www.jstor.org/stable/23591400.

xlii el Tibi, Zeina. ‘’La place de la femme dans l’islam, ‘’in Société, droit et religion, vol. 4, no. 1, 2014, pp. 59-64.

xliii Esposito, John L. & John O. Voll. Islam and Democracy. Oxford: Oxford University Press; 1st edition, 1996.

L’Islam et la démocratie sont-ils sur une trajectoire de collision ? Les mouvements islamiques cherchent-ils à “détourner la démocratie” ? Comment les gouvernements du monde musulman ont-ils répondu aux nombreux défis de l’Islam et de la démocratie aujourd’hui ?

Une résurgence religieuse mondiale et des appels à une plus grande participation politique ont été des forces majeures dans la période de l’après-guerre froide. Dans l’ensemble du monde musulman, les gouvernements et les mouvements islamiques sont aux prises avec les questions de démocratisation et de société civile. Islam et démocratie explore les sources islamiques (croyances et institutions) pertinentes pour le débat actuel sur une plus grande participation politique et la démocratisation.

Esposito et Voll utilisent six études de cas – Algérie, Égypte, Iran, Malaisie, Pakistan et Soudan – pour examiner la diversité des expériences et expérimentations musulmanes. À une extrémité du spectre, l’Iran et le Soudan représentent deux cas d’islam militant et révolutionnaire établissant des systèmes politiques.

En revanche, au Pakistan et en Malaisie, les nouveaux mouvements ont été reconnus et intégrés au processus politique. L’Égypte et l’Algérie révèlent la coexistence d’un activisme islamique à la fois extrémiste et modéré et démontrent les défis complexes auxquels sont confrontées les élites dirigeantes. Ces études de cas prouvent que malgré des points communs, des identités et des contextes nationaux différents donnent lieu à une multiplicité d’agendas et de stratégies.

Ce large éventail d’études de cas, qui reflète les multiples facettes de la relation entre l’Islam et la démocratie, fournit un aperçu important des puissantes forces de résurgence religieuse et de démocratisation qui auront inévitablement un impact sur la politique mondiale au XXIe siècle.

xliv Esposito, John L. & DeLong-Bas, Natana J. Shariah: What Everyone Needs to Know. Oxford: Oxford University Press, 2018, pp. 142–143.

xlv Pew Research Center. ‘’ Most Muslims Want Democracy, Personal Freedoms, and Islam in Political Life, “in Pew Research Center du 10 juillet 2012. https://www.pewresearch.org/global/2012/07/10/most-muslims-want-democracy-personal-freedoms-and-islam-in-political-life/

xlvi Asad, Muhammad. The Principles of State and Government in IslamBerkeley and Los Angeles: University of California Press, 1961.

xlvii Yavari D’Hellencourt, Nouchine. ‘’Islam et démocratie: de la nécessité d’une contextualisation, ‘’in Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien [Online], 27 | 1999, Online since 16 May 2005, connection on 18 November 2021. URL : http://journals.openedition.org/cemoti/656 ; DOI : https://doi.org/10.4000/cemoti.656

xlviii Alexis-Henri-Charles Clérel, comte de Tocqueville, ou Alexis de Tocqueville, né le 29 juillet 1805 à Paris et mort le 16 avril 1859 à Cannes, est un philosophe politique, politologue, précurseur de la sociologie et homme politique français.

Cf. Tocqueville, Alexis de. De la démocratie en Amérique, première partie. Paris : Gosselin, 1835.

Tocqueville, Alexis de. De la démocratie en Amérique, deuxième partie. Paris : Gosselin, 1840.

xlix Yamani, M. A. ‘’Islam is not an enemy of the West, ‘in Australian Muslim News, Vol 1, no. 5, 1994, p. 9.

l Abbès, Makram. ‘’Islam et modernité : le faux débat, ‘’in Les Temps Modernes, vol. 683, no. 2, 2015, pp. 160-177.

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4 commentaires

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  1. Sans création de forces nécessaires et suffisantes, l’avenir de ce monde Musulman, sauve la volonté d’Allah est funeste. Pourquoi avez-vous censuré cette banalité, Oumma? Pas de force, pas d’avenir heureux, point-barre, les articles longs, humanistes et sentimentaux n’y changeront rien.

    Croissant de lune.

  2. Le monde musulman quel avenir ?

    Certains disent à cause du poids des traditions, d’autres disent à cause de l’envahisseur, et moi je dis la colère d’Allah.

    Les musulmans croyaient qu’Allah ne punit que les juifs, personne n’est à l’abri.
    La croyance, chez dieu, est un mélange de peur et d’espoir.

    Le monde musulmans n’est masculin qu’en apparence et c’est pour cela qu’on a pu le féminisé.

    Dans ce monde, l’homme a un pouvoir honorifique, chaque décision doit être vu de l’extérieur comme masculine. La décision est féminine, la signature est masculine.

    A mon avis, le coupable : l’argent divise les musulmans.
    A lieu d’aider les musulmans à surmonter ce problème ancestral, on leur rajoute le féminisme , pour les noyer à jamais.

    Maintenant qu’on a deux problèmes, les dirigeants arabes doivent remettre les clefs. A qui, je ne sais pas.

    Ce que je sais, l’islam est l’avenir, l’silam soutient l’homme juste peu importe sa croyance.

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