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L’amour de la patrie française

La France et sa République sont dans leurs termes fondateurs des espaces où règnent le droit, la concorde et le vivre-ensemble. Il ne tient qu’aux citoyens de réaliser l’immensité du bien dont ils y profitent alors que sous d’autres horizons tonnent les rages de la guerre et de l’injustice.

Les citoyens français de confession musulmane ont dès lors la responsabilité de ne pas rompre en visière avec le contrat social qui les lie et les protège. Ils ont en outre le devoir de faire œuvre de pédagogie pour aider le public ainsi que les autorités du gouvernement à lutter contre les forces de la division, de la discorde, de la peur, de la méfiance et du rejet.

C’est en particulier sur ce registre que se bâtit la conviction citoyenne : il n’y aura jamais de meilleur remède pour un retour à la concorde, à la confiance et à la sécurité de tous que de revenir à l’esprit des lois. Celles-ci, dûment comprises et respectées, protègent la personne et sa liberté de conscience.

Oumma vs. Patrie ?

Le patriotisme désigne le dévouement sincère qu’on exprime pour sa patrie et se mesure à l’attachement que l’on porte à ses valeurs et à l’engagement que l’on déploie pour la servir. Si la qualité citoyenne dit le droit, le patriotisme, lui, relève de la fidélité et de la gratitude que les personnes doivent au pays sous la gouvernance duquel ils vivent.

Or, ce que l’on constate aujourd’hui, c’est un déficit de confiance, une fracture parfois, de la part de certains citoyens qui voient dans leur religion une patrie de substitution. Ces personnes qui se disent d’abord musulmanes avant d’être françaises, pensent en effet que la communauté spirituelle des musulmans ainsi nommée pourrait avoir de jure et de facto la même réalité politique qu’un pays, ce qui met entre leurs mains – ou plutôt dans leurs esprits – la dangereuse possibilité d’aller d’une allégeance à l’autre au grès de leurs intérêts et de leurs sentiments. Ceci est à la fois faux et dangereux. Faut-il rappeler que la Oumma n’est autre qu’une communauté spirituelle au même titre qu’il existe de manière supranationale une chrétienté et une judaïté ?

Pourtant, la Oumma est instrumentalisée par certains groupes musulmans pour en faire une patrie de substitution . Les jeunes embrigadés dans ces groupes en viennent ainsi à s’identifier à une Oumma mythifiée, fantasmée qui se définit en concurrence voire en opposition à la nation française. La Oumma est dans leur esprit une nouvelle patrie qui aurait son siège dans une « terre musulmane », une « terre de salut » face à leur terre présente et souvent natale jugée « mécréante » ou plus ironiquement « étrangère » alors qu’ils y ont grandi et vécu, non privés que l’on sache de l’appareil de solidarité sociale et de l’accès à l’éducation !

Garantie d’un attachement citoyen

L’amour de la patrie est un appel de la conscience que doivent entendre tous les citoyens. Dès lors, il peut paraître étrange de former des groupes de mots tels que « patriotisme des juifs », « des chrétiens », « des musulmans », etc. Pourtant, ces rapprochements de termes ne sont ni antinomiques, ni absurdes et encore moins menaçant pour la cohésion nationale.

Pourquoi ? Parce qu’en s’appuyant sur un « amour musulman pour la France », ce ressort religieux pourrait être exercé pour revitaliser chez ces personnes en rupture citoyenne un attachement sincère, rationnel et bien compris à la France en tant qu’elle est leur terre de vie. Cette attitude d’ailleurs est qualifiée de louable par la sagesse islamique elle-même. Une sapience musulmane, ne dit-elle pas que « l’amour de la patrie est un acte de foi » ?

Les sources historiographiques musulmanes rapportent par ailleurs que le Prophète n’était pas étranger au sentiment d’amour de sa terre de vie . En effet, lorsqu’il fut contraint à émigrer de la Mecque – alors totalement hostile à l’islam naissant – au moment de la fameuse Hégire de 622, il s’adressa une dernière fois aux montagnes surplombant la ville en disant : « Par Dieu, tu es la plus aimable des terres pour moi, et si les hommes ne m’avaient chassé, je ne t’aurais jamais quitté » . Cet événement montre bien que la relation de l’homme à l’espace n’a rien de problématique dans l’agencement des valeurs musulmanes.

Strict respect du cadre laïc

Cela implique d’adopter sans réserve le cadre laïc dans les interactions communes entre citoyens en comprenant que toutes les lois favorisant la séparation du politique et du religieux doivent être saluées. Il faut aussi avoir grand soin de respecter le cadre républicain en se gardant de mettre en cause la légitimité de l’autorité établie par le scrutin démocratique.

Il faut en outre parvenir à la maturité suffisante pour accepter les règles du débat citoyen en recevant avec bienveillance les avis et les critiques. Il est temps de quitter cette calamiteuse habitude du dialogue de sourds, dans laquelle on ne chercherait qu’à impugner les opinions qui ne sont pas nôtres avant même de les avoir écoutées et considérées. Aussi, le minimum d’éthique attendue du citoyen sera de respecter le cadre légal en s’y conformant en toutes situations.

Sur le plan de la culture enfin, la civilisation française dont nous sommes les enfants parmi d’autres fonde l’histoire de notre pays et mérite d’être connue et défendue dans son immense richesse et sa complexité comme s’y attachent avec dévouement les maîtres d’école et les professeurs d’histoire de nos institutions scolaires. 

Rempart aux extrêmes

On connaît les conséquences humaines tragiques de l’idéologie mortifère du djihadisme mais on oublie trop souvent que son projet vise aussi à fracturer la nation française en deux camps en instillant la peur dans l’esprit des Français. Et quand celle-ci sera installée, espèrent-ils, elle brisera la digue de la confiance entre les citoyens. On parlera désormais de « double discours », d’« agenda dissimulé ». Certains Français finiront dans les yeux de leurs compatriotes par en mériter la déchéance.

Si effectivement les Frères Musulmans représentent un danger pour les valeurs de la République, si effectivement les propos homophobes, belliqueux et antisémites de Yusuf al-Qardawi doivent être vivement condamnés, si enfin les positionnements excessifs et inadmissibles de certaines figures emblématiques de l’UOIF doivent être rappelés au droit avec la dernière fermeté, ceci doit se faire avec clarté et clairvoyance car rien n’est plus dangereux dans ces situations que l’opacité.

Il serait en particulier injuste et contre-productif de confondre initiative citoyenne menée par de bonnes volontés musulmanes et projet crypto-frériste dans lequel poindrait la main pateline des Frères musulmans à travers leur branche française de l’UOIF.

Un autre paramètre justifie que tous les Français défendent dans un effort commun le sens réel de la patrie. Il s’agit du danger de monopolisation de ce terme par les extrémismes de tout crin. Le FN comme beaucoup de mouvements souverainistes en ont fait leur apanage. Beaucoup de composantes fondatrices de la nation et de la patrie ont été ainsi détournées, galvaudées et confisquées. Le drapeau français, entre autres symboles, est désormais inconsciemment associé à l’extrême droite alors qu’il est salué par nos troupes ainsi que tous les corps fonctionnaires de la République.

Rejet des solutions artificielles

Dès lors que l’on se positionne en tant que citoyen, il faut cesser de se coller au front avec une candeur non dénuée de provocation l’étiquette de l’appartenance religieuse, en particulier dans les interventions sur le champ public. Comme traité ci-avant, la question de la liberté religieuse ainsi que sa pratique sont parfaitement cadrées dans le cadre des lois de la République sans que l’on ait besoin de les brandir à tout bout de champs, et la plupart du temps hors de propos dans la conduite des affaires séculaires.

Il est évident qu’en agissant ainsi l’inefficacité sera toujours alourdie d’une profonde défiance dans l’esprit de ceux qui voient faire. Il en va de même des fausses stratégies appelant à un vote communautaire sans autre forme d’argument fédérateur. Pire encore serait de pratiquer une sombre alchimie mêlant les lois positives françaises à des fatwas émises à l’étranger comme l’a fait en son mandat Nicolas Sarkozy en 2005.

Au-delà de la psychose

Lorsque, dans les rangs des citoyens, en particulier des musulmans, s’élève une parole s’opposant aux violences djihadistes, encourageant à l’intégration, à la laïcité et au strict respect de la loi, cette parole serait reçue avec suspicion. On la taxerait aussitôt d’entrisme, d’infiltration sournoise manœuvrée à distance par on ne sait quelle mouvance islamiste.

Certains discours issus des médias, des politiques et des sondages deviennent parfois de véritables creusets de la stigmatisation lorsqu’ils s’emploient à séparer, dans l’identité française, une composante religieuse que l’on définirait au mieux comme étrangère au pire comme dangereuse. Des termes sont interprétés maladroitement, sortis de leur contexte et intégrés dans des argumentaires personnels, partiels et souvent partiaux au mépris de leurs significations premières.

Marquée par la peur et la méfiance, cette atmosphère particulièrement lourde vise certains citoyens engagés à faire vivre une parole laïque et républicaine. Comme si un citoyen doué d’une sensibilité religieuse ne pouvait être qu’islamiste et de surcroît représentant de l’UOIF ou pire encore adhérant à la mouvance des Frères Musulmans, véritable secte politique, dont on connaît pertinemment le projet « d’islamisation » de la société. S’il est vrai que certains mouvements ici en France instrumentalisent l’islam à des fins politiques cela ne justifie pas de tout confondre.
 

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