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Introduction générale à l’esprit de la lettre du Saint Coran

Bien des individus s’identifiant tels des Arabes s’offusquent du fait que par antisémitisme l’on ne reconnaisse comme ciblés les seuls juifs : en effet, les classifications linguistiques placent l’arabe comme l’hébreu parmi les langues sémitiques ; de plus, la Bible indique que le père des Arabes comme des Hébreux est un descendant de Sem. Mais font-ils bien que de s’en offusquer ? L’Histoire récente explique ce supposé biais puisque, lors de l’apparition du concept (aux alentours de 1890), les Sémites en Europe étaient d’abord et surtout de confession juive. Et puis, sont-ils sûrs que Abraham et Ismaël (‘’) descendent de Sem ? Il se peut que ce ne soit qu’un des multiples récits rapportés par des juifs que les musulmans reprirent sans même s’assurer de leurs fondements.
À titre d’illustration, la plupart des musulmans, ainsi que les juifs l’enseignent, identifient Jacob (‘’) à Israël (‘) quand bien même le Coran indiquerait qu’il s’agît de deux individus bien distincts. En effet, si Jacob a été renommé Israël par Dieu (Gen. 32:28), il faut que tous —notamment les musulmans mais davantage encore les Prophètes— emploient ce nouveau nom ; or Zacharie (‘’), Prophète de Dieu lui étant postérieur de plusieurs siècles, parle bien de Jacob (Cor. 19:6). D’ailleurs, la Bible expose que Jacob (‘’) fut renommé Israël lorsqu’il s’en retourna à Canaan, ce qui était donc bien avant que Joseph (‘’) ne se trouvât emprisonné en Égypte. Or dans sa geôle, Joseph parlait encore d’un Jacob et nullement d’un Israël (Cor. 12:38). Et lorsque sa famille émigra en Égypte, Joseph (‘’) fit asseoir ses parents sur le trône (Cor. 12:99), ce qui contredit encore une fois le récit biblique selon lequel la mort de sa mère serait antérieure à cet évènement.
En bref, ceux qui s’offusquent de n’être point qualifiés de Sémites semblent privilégier d’autres éléments que le Coran alors qu’il est la Seule Vérité ; ils semblent même accréditer la thèse selon laquelle il est des généalogies et origines valorisantes (car ils ne se plaindraient pas si ce n’était le cas). Pour preuve, n’est-il pas exact que, en cas qu’ils proviennent d’Afrique du Nord, presqu’aucune protestation ne se fait entendre lorsqu’ils sont qualifiés de Maghrébins en opposition à Africains, comme si le Maghreb avait jamais été une réalité unie et qu’il constituait un continent distinct de l’Afrique ? Ce besoin de s’identifier à une contrée ou à des ancêtres est tant marque d’impuissance que de vacuité : il porte la marque du Démon ainsi que le Coran le relate, car lorsqu’un Prophète en appelle à l’Islam, les réfractaires s’en réfèrent presque systématiquement à leurs ancêtres ou à leurs origines au lieu de considérer le Vrai (Cor. 2:170, 10:78, 23:68, inter alia). À cette détestable habitude très loin d’être spécifique aux non-musulmans, l’Avertissement divin (Cor. 2:124) ne varie pas : « »Et ma descendance bénéficiera-t-elle de cette faveur ? », demanda Abraham. « Ma promesse, répondit le Seigneur, ne saurait s’appliquer aux pervers »». En effet, pour Dieu, n’importe que ce que recèle le cœur et qui n’est ni transmissible à la façon des caractères physiques ni n’est fonction de la richesse ou d’autres critères plus méprisables encore.
D’ailleurs, tous les juifs sont-ils des Sémites sachant qu’il s’y trouve des convertis ? Il est rapporté que l’empereur Domitien fit condamner des aristocrates romains s’étant judaïsés ; or si l’on se fie à la Bible, les Romains descendent de Japhet et non de Sem ! Et puis, tous les juifs de Kaifeng (Chine) peuvent-ils se dire Sémites ?
Mais cessons donc ces palabres quant au sémitisme de crainte que nous ne nous égarions en un débat futile ! Plutôt, comprenons que l’Humain a la fâcheuse habitude de vouloir tout catégoriser, segmenter, diviser, quand bien même ce ne serait que de façon arbitraire, c’est-à-dire inepte et inopérante. Plus la césure se fait parmi la descendance d’Adam et plus nous en venons à oublier que, en réalité, nous sommes similaires et que nous ne nous divisons que sur des considérations illusoires et clairement contingentes. Et ces divisions induisent nécessairement à terme le dissentiment puis l’hostilité dont seront victimes ceux qui appartiendraient ou n’appartiendraient pas à une catégorie donnée. Hostilité qui se manifeste de diverses manières, à savoir l’agression, le meurtre, et autres voies de fait, puisqu’elle en est le préalable obligatoire.
Ainsi, il faut prendre les deux questions qui nous sont données comme liées : toutefois, nous ne limiterons nullement notre propos à discuter d’une hostilité strictement anti-juive puisque le reproche généralement fait à l’Islam est son intolérance. Ce n’est d’ailleurs pas en vain qu’en la récente tribune signée par plusieurs personnalités françaises, il était demandé «que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence». Il convient donc de savoir si le Coran a un problème avec les non-musulmans ; et ceux qui le croient ont leur argumentaire notamment fondé sur ces quelques versets :
Tuez-les partout où vous les trouvez et chassez-les d’où ils vous ont chassés, car la subversion est pire que le meurtre. Ne les combattez pas, cependant, auprès de la Mosquée sacrée, à moins qu’ils ne vous y attaquent les premiers. Dans ce cas, n’hésitez pas à les tuer. Ce sera la juste récompense des infidèles. (2:191)
Ils [les hypocrites] souhaitent tant vous voir perdre votre foi comme ils l’ont eux-mêmes perdue, pour que vous soyez tous pareils. Ne formez pas de liaisons avec eux, tant qu’ils ne se seront pas engagés résolument dans la Voie du Seigneur. Mais s’ils optent carrément pour l’apostasie, saisissez-les et tuez-les où que vous les trouviez ! (4:89)
Combattez ceux qui ne croient ni en Dieu ni au Jour dernier ; ceux qui ne s’interdisent pas ce que Dieu et Son Prophète ont déclaré interdit ; ceux qui, parmi les gens d’Écriture, ne pratiquent pas la vraie religion. Combattez-les jusqu’à ce qu’ils versent directement la capitation en toute humilité ! (9:29)
Il est deux moyens de traiter les versets précités. Nous pouvons dire qu’ils ont été abrogés, qu’ils ont été révélés après ou avant tel autre, que d’autres hadîths ou ouvrages d’oulémas viennent les tempérer, etc… ce faisant, nous renforçons l’idée selon laquelle l’Islam est une religion peu claire et qu’une lecture à la lettre du Coran est un appel au meurtre réel puisque parler d’abrogation ou d’un contexte particulier ne peut être l’apanage que de certains initiés et non de la plupart des quidams musulmans. Pis : ce genre de réponse n’est que trop périphérique et inadéquat puisque les véritables questions qui sous-tendent les exigences de la tribune sont de savoir si 1° Dieu est la Vérité, le Bien et la Justice 2° l’Islam provient effectivement de Dieu. Car en effet, si Dieu est ce que nous supposons de Lui, Il ne peut appeler à une voie de fait envers un non-musulman innocent : or beaucoup pensent, notamment du fait de l’actualité, que c’est l’un des éléments qui fondent la pratique religieuse islamique ; par suite, et parce que Dieu est Parfait, il faut conclure que l’Islam est une fausse religion ne propageant que haine, violence, etc.
«On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment», écrivait le cardinal de Retz. Nul ne doutera de cette sentence dont la validité est renforcée lorsque ceux qui étaient pourtant censés désigner l’ambiguïté des faux problèmes auxquels on les confronte se fourvoient soit en considérations adventices soit en développant des argumentorum ad personam et autres diversions. Comprenons que le langage est devenu un outil au bénéfice des puissants faisant que ceux qui n’en maîtrisent les rouages et ambages sont conditionnés à penser et à agir de la façon que ces premiers le souhaitent : ainsi, le mouvement de reproduction du discours médiatique induit la reproduction du mouvement du discours médiatique. Remarquons qu’il a longtemps été question d’un Islam modéré, comme pour signifier que l’Islam pris tout-à-fait était un poison dangereux qu’il fallait impérativement diluer à la façon de la toxine botulinique qui, à une dose infinitésimale, présente certains effets thérapeutiques d’intérêt. Le pire étant sûrement ces musulmans —que nous croyons véritablement de bonne foi— qui reprirent la formule d’Islam modéré opposée à celle d’Islam radical avalisant par là les fondements mêmes qu’ils prétendaient combattre…
À ce propos, Guy Debord relevait très justement que «l’individu que cette pensée spectaculaire appauvrie a marqué en profondeur, et plus que tout autre élément de sa formation, se place ainsi d’entrée de jeu au service de l’ordre établi alors que son intention subjective a pu être complètement contraire à ce résultat. Il suivra pour l’essentiel le langage du spectacle car c’est le seul qui lui est familier : celui dans lequel on lui a appris à parler. Il voudra sans doute se montrer ennemi de sa rhétorique ; mais il emploiera sa syntaxe».
Ainsi, le Faux devient réellement sans réplique soit par soumission, lâcheté ou paresse (car c’est par le mépris de soi que devient plus absolue la mainmise du Faux sur nos consciences) soit parce que l’on répond sur le terrain du Faux au lieu d’en montrer les fondements peu assurés.
Leurs devanciers eurent également recours à la perfidie. Aussi Dieu sapa-t-Il les fondements de leur édifice, dont le toit s’écroula sur les têtes, causant leur perte sans qu’ils ne l’aient pressentie. (Cor. 16:26)
Bien que certains oulémas s’arrêtèrent à ne voir en ce verset qu’une entreprise de démolition, il nous paraît bien plus vraisemblable de comprendre là que pour abattre un édifice conceptuel ou physique, c’est bien à ses fondements ou principes qu’il faille s’attaquer. À rebours, donc, de l’analyse surfacière des choses, employons la méthode divine afin que nous traitions de ces versets et que nous répondions de façon efficace, efficiente et définitive aux diverses critiques sous-jacentes formulées.

Talleyrand, lors du Congrès de Vienne, déclara que «si cela va sans dire, cela ira encore mieux en le disant». Peu importe la façon dont nous le prendrons, cet aphorisme en dit long sur l’Humain tel qu’il est devenu. En effet, il n’est personne qui n’accorde qu’en certains domaines de la vie, il faille impérativement l’appliquer, marquant par là la prévalence de l’égoïsme ainsi que la rupture des liens fraternels et de confiance ; cependant que appliqué à(ux attributs de) Dieu (*), il indique notre Oubli de l’Être : non seulement est désormais ignoré ce qui était intuitivement su mais est ignoré le souvenir même de ce savoir. Il n’est donc nullement étonnant que, lorsque certains des versets précités leurs sont présentés, de nombreux musulmans se retranchent derrière le principe de l’Abrogation.
Ainsi, certains de ces versets, bien qu’abrogés, ne furent expurgés du Coran sans que nul ne parvînt à proposer pour ce fait étrange une explication valable et satisfaisante ; le pire étant que, par cette doctrine de l’Abrogation, ils ne disent rien de moins que Dieu n’est pas la Vérité, ou encore que la Vérité est changeante, ou que Dieu peut dire x pour ensuite dire y quand bien même le Coran fourmillerait de passages en lesquels il est clair que la Parole de Dieu est immuable puisqu’étant l’Expression Même de la Vérité (Cor. 8:7, 10:64, 33:62, inter alia) car «en vérité, et la Vérité est ce que Je dis (…)» (Cor. 38:84). Si donc ce principe de l’Abrogation est exact, comment dire de l’Islam qu’il est vrai si son Dieu est si inconstant ? Ainsi que le releva un site connu pour ses sentiments affectueux envers l’Islam : «Il faut donc avoir cette règle de l’abrogation à l’esprit lors de toute discussion au sujet de l’Islam, que ce soit avec des gens qui l’ignorent et à qui il faut alors l’expliquer, ou avec des gens qui la connaissent mais comptent sur notre ignorance pour avancer leurs pions et nous induire en erreur…»
Notons que c’est là, avec la catégorisation, un autre des mauvais penchants de notre nature humaine, à savoir l’orgueil et la présomption : nous préférons poser que Dieu S’est comme trompé ou qu’Il abrogea Sa Parole plutôt qu’avouer la limitation de notre compréhension pour enfin Lui demander de nous éclairer. Est-il normal que, durant tant de siècles qui virent cette floraison d’ouvrages religieux, nous ne nous en soyons que si peu alarmés ? Purifions-nous de cette hérésie en nous rappelant que le concept d’Abrogation n’est que le produit de l’excogitation de certains oulémas car jamais le Prophète (‘’) ne l’employa !
Tout pétri de l’Amour de Dieu qu’il était, il savait que Dieu (*) ne pouvait Se contredire (Cor. 4:82) ; mais certains oulémas crurent au contraire que le Coran avait en lui quelques contradictions, et la seule solution qu’ils virent pour mettre fin à ces difficultés était de soutenir, en substance, que Dieu changeait Sa Parole. Notons que rares sont les musulmans qui s’opposèrent ou même s’interrogèrent relativement à cette croyance qui, de nos jours, est fortement prévalente en la Oumma. C’est si vrai que la plupart des traductions mentionnent le fait abrogatoire, comme si Dieu l’avait effectivement avalisé. Car enfin, il n’eût été possible que cette croyance se généralisât sans qu’elle ne se fondît, d’une façon ou d’une autre, sur le Coran. Et ainsi que le nous le montrâmes relativement à la non-identité de Jacob (‘’) et d’Israël (‘), il y a là aussi une erreur manifeste en la compréhension du Coran que nous nous proposons de corriger.
(En haut figure la traduction de Mohammed Chiadmi, qui est assimilable à tant d’autres sur ces versets ; et juste en bas, la nôtre.)
Tout verset que nous abrogeons ou que nous faisons oublier aux gens, Nous le remplaçons aussitôt par un autre verset meilleur ou équivalent. (Cor. 2:106)
Il n’est de verset que nous n’inscrivions ni de miracle que nous ne fassions sombrer dans l’oubli sans que nous n’en apportions un similaire ou plus manifeste. (Cor. 2:106)
Lorsque Nous substituons un verset à un autre —et qui mieux que Dieu connaît ce qu’Il révèle ?—, les idolâtres s’écrient : «Tu n’es qu’un faussaire !», alors que la plupart d’entre eux n’ont aucune connaissance en la matière. (Cor. 16:101)
Parce que Dieu sait que faire descendre, lorsque Nous proposons un autre miracle à la place de celui attendu, ils s’exclament : «Tu n’es qu’un faussaire !» Mais [ils montrent par là à quel point] ils sont hors du Tout. (Cor. 16:101)
Nous n’avons envoyé avant toi aucun messager ni prophète sans que le diable ait tenté d’altérer le sens des versets qui leur étaient révélés. Mais Dieu a toujours aboli les suggestions du diable et rétabli le sens véritable de Ses versets. Dieu est Omniscient et Sage. (Cor. 22:52)
Et, avant toi, Nous n’avons envoyé de Messager ou de Prophète sans que, une fois investi [en ce monde phénoménal], le Démon ne cherchât à discréditer [aux yeux d’autrui] leurs attributions que Dieu maintient et renforce [de sorte que plient les siennes] : davantage, Dieu parfait Ses Signes parce qu’Il est le Tout, le Parfait. (Cor. 22:52)
De crainte que nous n’alourdissions le propos, une explication succincte quant à nos choix de traduction figure en seconde partie, mais à supposer qu’ils soient infondés (la probabilité est loin d’être nulle !), cette vérité absolue demeure : Dieu ne peut S’abroger pour la simple raison qu’Il est le Vrai et que le Vrai (*) n’est pas sujet à changement. La chose apparaît clairement à qui ne considère que les principes en premier lieu ; de là, l’erreur, si elle n’est pas impossible, devient toutefois bien moins probable que chez l’individu qui s’arrêtera à la surface des choses ainsi que le firent ceux qui excogitèrent le principe de l’Abrogation. C’est notamment pour éviter ces écueils graves que Dieu nous demande de lire le Coran en Son Nom (Cor. 16:98-100) ; ainsi, nous évitons l’errance à laquelle nous conduit l’intellect pris seul. En bref, il s’agit de comprendre que Foi et Raison sont imbriquées tant que les limites de celle-ci n’ont été franchies, auquel cas celle-là y suppléera adéquatement. Pour illustrer, il suffit de s’intéresser au refus de Satan de se prosterner devant Adam (‘’) : n’était-il pas raisonnable en son refus puisque le feu, qui est son origine, est d’une certaine façon supérieur à l’argile qu’il combure ? C’est parce que la Foi le quitta qu’il n’agit à la façon des Anges : alors associa-t-il à son Seigneur son intellect sans même s’en apercevoir. Dixit Dieu (Cor. 2:30) : «Ce que Je sais dépasse votre entendement». Mais qui donc peut admettre une telle sagesse sinon l’humble qui connaît la limite de sa raison ?
N’oublions jamais que le Réel (*) fit commencer la Révélation coranique par ce que l’arabe exprime par l’impératif «Lis !». Ainsi, et sous ce premier sens, Dieu nous demande d’employer notre faculté rationnelle car on ne lit que des concepts, objets de l’entendement, mais aussi parce qu’on ne transcrit que des concepts et nullement des intuitions. C’est là la première étape mais elle est insuffisante : il faut que cette lecture se fasse au «Nom de Dieu Créateur (*) qui a appris à l’Homme ce qu’il ignorait» (Cor. 91:1/5). L’on demanda à un gnostique comment il avait connu le Réel (*) : «Grâce à mon Seigneur, car sans mon Seigneur, je n’eus connu mon Seigneur.» La conclusion immédiate est que tout courant littéraliste contredit le Coran même. Mais il est cependant normal que les courants littéralistes prospèrent puisque les humains ont l’infect préjugé selon lequel Dieu créa le Tout à leur intention ; ainsi, s’ils ne comprennent la Parole, il faut conclure que Dieu se méprit au lieu que nous ne nous dégagions des maximes de notre enfance et que nous n’effacions toutes les fausses idées qui colonisent nos esprits. Et concluait Spinoza : «Sortir de cet abîme est un aussi grand miracle que débrouiller le Chaos.»
Le Coran expose qu’il ne peut contenir de contradiction (4:82) : et bien que ce verset soit d’une clarté limpide, nous nous en détournâmes ainsi que le souhaitait le Démon de sorte que le Faux prévalût, que nous commissions le crime horrible de transposer à Dieu ce que nous détestions pourtant pour nous-mêmes et que les musulmans s’entretuassent, tout cela pour le bonheur des plus acharnés ennemis de l’Islam.
Le fait que nous ayons eu à dire que Dieu est la Vérité (*) est éminemment regrettable en ce sens que cela indique clairement notre décadence. Mais c’était le préambule méthodologique nécessaire à notre examen que de le poser afin de dévoiler l’illusion du principe de l’Abrogation, puisque si Dieu n’est pas la Vérité, comment donc peut-Il être le Bien, la Justice, bref : être Parfait ? Comment l’Islam peut-il être la Religion si son Dieu, Qui dit être la Vérité, simultanément Se dédit sur des sujets pourtant cruciaux (“verset de l’Épée”, etc.) ? Mais surtout, comprenons que tant Justice que Bien présupposent l’existence de la Vérité et c’est à présent d’eux qu’il nous faut parler.

Dans Tartuffe ou l’Imposteur, Molière fait dire à Elmire : «on est aisément dupé par ce qu’on aime et l’amour-propre engage à se tromper soi-même.»
Maintenant que nous avons posé que tout le Coran est vrai car ne recensant que la Parole de la Vérité (*), il s’agit désormais de répondre au deuxième point soutenant les attaques portées contre l’Islam, à savoir : le Dieu des musulmans est-Il le Bien ?
Pour y répondre, intéressons-nous à l’une des histoires les mieux connues : celle de deux des enfants d’Adam. Le récit presqu’universellement admis est que l’aîné Caïn et son frère Abel firent une offrande ; seule fut acceptée celle du cadet ; et pris de jalousie et de rancœur, Caïn le mit à mort.
Nous avons dit presqu’universellement à dessein car ce récit (Gen. 4:1-15) est tenu pour vrai par les juifs, chrétiens et nombre de musulmans alors même que le Coran expose une autre version des faits ainsi que l’a montré Çalâhuddîne ibn Ibrâhîm (‘), un imam officiant à Jérusalem et dont nous reprenons une partie des travaux. Peut-être montrerons-nous par là que la morale du Coran et du Dieu (*) qui le révéla se confond tout-à-fait avec le Bien ?
Leur histoire est contée en les versets 27 à 31 de la sourate n° 5 (La Table servie).
En premier lieu, Dieu (*) emploie la formule : «Raconte-leur l’histoire (des deux fils d’Adam…)». Il n’est que trois autres occurrences de cette formule en le Coran : une fois relativement à un homme qui, bien qu’ayant vu des miracles et signes, préféra s’en détourner (7:175) ; une quant à Noé (‘’) qui, désespérant de voir certains de ses contemporains le maltraiter, s’en remit à Dieu (10:71) ; une relatant l’exhortation d’Abraham (‘’) envers ses concitoyens afin qu’ils abandonnent le Faux (26:69). Mais la spécificité radicale de cette formule quant à l’histoire de ces deux fils d’Adam est que Dieu y adjoignit «en toute vérité», comme si, à ce propos, le Faux avait prévalu. En effet, les noms des enfants d’Adam dont il est question ne nous y est pas cité et le Prophète (‘’) jamais ne les mentionna : remarquons que cela ne retint guère nombre d’oulémas auteurs d’exégèses coraniques à reprendre les noms bibliques et autres éléments encore (profession…). Dieu (*) nous avertit pourtant : «Nous avons envoyé bien des Messagers avant toi. Nous t’avons conté l’histoire de certains d’entre eux et Nous Nous sommes tu sur celle des autres. Il n’appartient à aucun Prophète de produire un verset/miracle sans la Permission de Dieu» (Cor. 40:78). Voilà bien là une flagrante preuve de notre éloignement de Dieu, car si le Coran ne parle ni de leurs prénoms ni de leurs métiers, c’est que l’essence ou l’esprit de Sa Parole s’en passe. Autrement dit, en nous intéressant à leurs prénoms et autres, nous faisons fi du véritable sens de l’évènement.
En deuxième lieu, soyons assurés qu’aucun des mots employés par le Réel (*) n’indique Sa Sagesse. En adjoignant «en toute vérité» à la formule précitée, il faut croire qu’il y a là une sagesse encore. D’ailleurs, et relativement au Christ (‘’), il est écrit (Cor. 19:34) : «Tel est, en toute vérité, Jésus, fils de Marie». Quant à ces deux enfants d’Adam, n’oublions pas que tous s’accordent pour dire qu’il y eut offrandes, que seule une fut acceptée et que tout cela se termina par un décès. Si donc le Réel a ajouté «en toute vérité», c’est qu’à propos de l’évènement ou de l’individu considéré, le Faux prévalait et, en notre cas, cette prévalence n’intéresse que la véritable nature des protagonistes puisque c’est le seul point sur lequel le Coran ne paraît s’accorder avec le récit biblique :
Et raconte-leur en toute vérité l’histoire des deux fils d’Adam. Les deux offrirent des sacrifices ; celui de l’un fut accepté et celui de l’autre ne le fut pas.
Dixit : «Je te tuerai sûrement».
Dixit : «Dieu n’accepte que de la part des pieux. Si tu étends vers moi ta main pour me tuer, moi, je n’étendrai pas vers toi ma main pour te tuer car je crains Dieu, le Seigneur de l’Univers. Je veux que tu partes avec le péché de m’avoir tué et avec ton propre péché : alors tu seras du nombre des gens du Feu. Telle est la récompense des injustes.»
Son âme l’incita à tuer son frère.
Il le tua donc et devint ainsi du nombre des perdants (Cor. 5:27-30).
Une première lecture de cet extrait coranique conduira à ce que nous abondions en le sens de la Torah : le meurtrier est effectivement celui qui vit son offrande refusée. Comment en serait-il autrement puisque la victime cita le Nom de Dieu que l’autre tut ? Celui qui ose dire «car je crains Dieu, le Seigneur de l’Univers» et de surcroît en réponse à une menace de mort ne peut être que profondément pieux, n’est-il pas ? Ainsi se méprennent la plupart quant à cet évènement puisqu’il est une unique autre occurrence de cette déclaration en le Coran :
Et ils sont à l’image de Satan qui incite l’homme à renier sa foi. Mais quand l’homme devient impie, Satan lui dit : «Je te désavoue ! Car moi, je crains Dieu, le Seigneur de l’Univers !» (59:16)
Osera-t-on affirmer que Dieu ne voulait que nous y comprissions quelque chose et que ce n’était là qu’un hasard, en dépit de l’exemple évident que nous avons donné ?
Certains s’exclameront : «Mais comment Dieu peut-Il exiger que nous connaissions tous le Coran par coeur pour ensuite établir ce raisonnement ? Car si l’Islam est la Religion, il faut dire que cet exemple rend difficile sa pratique.» À cela, nous répondons que la question qu’ils posent est inadéquate en ce sens que l’individu ayant un coeur sain n’a pas la nécessité absolue de lire pour comprendre ; en effet, le Coran est un Rappel (Cor. 7:2, 12:104, 18:57, 21:48, 25:29, 29:51, 38:87, 50:8, inter alia), or le concept même de Rappel induit le concept d’Oubli : c’est-à-dire que le Coran est le Savoir essentiel à notre nature humaine que nous avons oublié après l’avoir embrassé. Il est toutefois en cela ceux qui ont oublié tant et si bien qu’il est presque impossible qu’ils découvrent d’eux-mêmes certaines vérités sans qu’ils n’aient purifié leurs coeurs des idoles qui y gisent quand d’autres, par la Grâce divine, ont gardé encore de leur innocence juvénile de sorte que, malgré toute l’horreur du monde contemporain, ils ne se plient ni ne se conformeront jamais au Faux omniprésent : relativement à eux donc, il n’est nul besoin de leçon pour qu’ils sachent qu’entre se dire croyant et être effectivement croyant, il y a de la marge.
Par suite, la citation de Molière est plus qu’appropriée en notre examen puisque ceux qui imaginèrent pieux le fils d’Adam ayant clamé sa crainte de Dieu (*) doivent aussi conclure de même relativement à Satan qui pourtant tint le même discours —chose que nul n’osera jamais faire. C’est donc ici le troisième grave défaut de notre nature humaine : nous jugeons des choses selon leur apparence et autres critères plus qu’accessoires. Ainsi, l’on attribue à Muhammad (‘’) d’avoir tenu que les Anges s’étonnaient lorsque, deux musulmans se rencontrant, ils ne se saluassent point : de là, certains excogitèrent qu’il fallait porter des vêtements distinctifs de sorte que nous nous reconnussions ; mais nous pensons plutôt que le véritable sens de cette parole était que nous dussions cultiver notre sens intérieur qui seul permet de distinguer adéquatement le bon grain de l’ivraie (Cor. 48:29). Feuerbach notait très à propos que notre temps préfère l’image à la chose, la copie à l’original, la représentation à la réalité, l’apparence à l’être : il ne faut donc nullement s’étonner si c’est la première solution qui recueille encore l’approbation générale des musulmans (d’ailleurs, les mista’arvim israéliens s’en félicitent et souhaitent ardemment que les choses demeurent ainsi).
En troisième lieu, il faut nous interroger sur le mobile du meurtre —ce sera d’ailleurs le moyen d’exposer un second argument venant mieux asseoir nos affirmations.
Ni la chair ni le sang de ces animaux n’ont d’importance pour Dieu. Seule compte pour Lui votre piété. (Cor. 22:37)
Ce n’est pas en vain que figure ce verset puisqu’il s’est constitué une véritable fétichisation des offrandes qui les réduisent à une sorte de trafic avec le Seigneur : «je Te donne cela mais Tu me fais ci et ça…», comme si le Seigneur (*) avait un quelconque besoin des bêtes qu’Il créa du Néant. Mammon nous a tant assujettis qu’il nous est impossible de considérer de relation sans monnaie, sans échange, sans profit, y compris avec notre Créateur (*). Il faut donc que la compréhension commune de la piété en ait été affectée, ce que Spinoza montre clairement : «Car la plupart semblent croire être libres en tant qu’ils ont licence d’obéir à leur caprice, et céder de leur droit en tant qu’ils sont tenus de vivre selon ce que prescrit la loi divine. Et donc ils croient que la Piété, la Religion et, absolument parlant, tout ce qui se rapporte à la Force d’âme, sont des fardeaux qu’ils espèrent déposer après la mort, recevant ainsi le prix de la servitude, à savoir de la Piété et de la Religion ; et ce n’est pas seulement cette espérance, mais aussi et surtout la crainte d’être punis d’affreux supplices après la mort qui les amènent à vivre, autant que le supportent leur faiblesse et leur âme impuissante, selon ce que prescrit la loi divine ; et si les hommes n’avaient en eux cette Espérance et cette Crainte, s’ils croyaient au contraire que les esprits meurent avec le corps et qu’il ne reste aux malheureux, épuisés par le fardeau de la Piété, pas plus loin à vivre, ils reviendraient à leur tempérament, voudraient tout soumettre à leur caprice et obéir à la fortune plutôt qu’à eux-mêmes. Ce qui n’est à mes yeux pas moins absurde que si quelqu’un, parce qu’il ne croit pas pouvoir éternellement nourrir son Corps de bons aliments, préférait se rassasier de poisons et de choses mortifères ; ou bien, parce qu’il voit que l’Esprit n’est pas éternel, autrement dit immortel, il préfère être hors d’esprit et vivre sans raison : absurdités telles qu’elles méritent à peine d’être relevées.» Nous ne faisons donc pas le Bien pour le Bien ; nous faisons le Bien par intérêt. Ainsi, Dieu ne refusa pas par caprice ou par volonté de nous édifier: Il refusa parce qu’Il abhorre l’Associationnisme (al-shirk) car est un véritable associateur celui qui accomplit une bonne action pour autre que Dieu ou (et c’est la même chose) qui la fait pour Dieu et simultanément en considérant d’autres motifs. C’est pour cela que l’offrande du meurtrier fut acceptée, car son intention, à ce moment, était pure et sincère.
Si donc la chose était comme nous le disions, à savoir que la victime fut celle qui vit son offrande refusée, il faut donc que ce soit celle du meurtrier qui fut acceptée. On le voit bien : la seule raison qui, en ce contexte, mut le meurtrier, n’était autre que, se voyant agréé par Dieu quand l’autre ne l’était point, il en vint à dénigrer son frère et supputa qu’il devait mourir. C’est donc que le meurtrier était un pieux quand l’autre était à tout le moins inférieur à lui en termes de piété, ce qui explique que Dieu n’agréa que l’offrande du premier.
Certains s’étonneront : «Je veux bien croire votre version mais… eh quoi! Dieu aurait laissé se produire un meurtre ?!», commettant par là un énorme blasphème car ils ne comprennent pas que cet évènement est riche en enseignements radicaux notamment en tant que :
1° il indique que la Connaissance du Bien est en nous de façon intuitive, et, parce que le Bien se confond tout-à-fait avec Dieu (*), Il n’est pas conceptualisable ; d’où il sort que Dieu ne laisse jamais rien faire : tout (les idées de Bien, Vérité, etc.) est en nous, si tant est que nous retournions en nous au lieu que nous vivions en dehors de nous-mêmes ; par suite, n’est criminel que celui qui fait abstraction de ce que Dieu plaça en lui et qui pourtant est amplement suffisant pour mener une vie authentiquement heureuse ; autrement dit, il n’est nullement nécessaire que, pour agir adéquatement, nous bénéficiions en direct d’une Révélation ni que nous ayons en permanence à nos côtés la manifestation d’un Ange ou la présence d’un Prophète —postulats si exacts que le meurtrier regretta de lui-même son acte sans qu’une Révélation ne descendît ni qu’un Ange n’apparût ou qu’un Prophète ne le condamnât, tant il est vrai que même dissimulée, notre intériorité, que l’on s’emploie à éteindre, pourtant se manifeste, ne serait-ce que de façon fugace mais toujours efficace ;
2° il nous rappelle que Dieu voulut la différence (force physique, aptitudes intellectuelles, handicaps, etc.) parmi les humains non pour que certains dominassent les faibles mais plutôt pour que toujours nous nous entraidassions, ce que le meurtrier, aveuglé par son orgueil, ne comprit ; en effet, dixit Dieu : «Serait-ce à eux de distribuer la miséricorde de ton Seigneur ? Non ! C’est Nous qui répartissons entre eux leurs moyens d’existence en ce monde et qui les élevons les uns au-dessus des autres de quelques degrés, afin qu’ils se portent mutuellement assistance. Cependant, la miséricorde de ton Seigneur vaut mieux que tous les biens qu’ils amassent.» (Cor. 43:32) ; c’est donc que nous sommes appelés à ne haïr personne, ne mésestimer personne, ne se moquer de personne, ne se fâcher contre personne ni à n’envier personne mais bien à aimer et à secourir tout Humain car le Bien appelle le Bien (Cor. 41:34-36) ; enfin, et quant à ceux qui s’interrogeraient sur la raison qui conduisit Dieu à faire que Sa Création ne fût uniforme, nous répondons, avec Spinoza, que «la matière n’a pas manqué» ;
3° de façon rétrospective, il nous montre une fois de plus les ravages produits lorsque sont confondus imagination et intellect, paraître et réalité, apparence et essence ; ainsi, et comme le notait Molière, nous ne sommes trompés que par ce que nous considérons : si donc nous nous fourvoyions, c’est que notre être était sous l’empire du Faux —d’ailleurs, ce n’est point là un malheur définitif, puisqu’ayant désormais la claire conscience de nous être égarés, nous pouvons, par la Grâce de Dieu, désigner et comprendre les raisons qui nous induisirent en erreur pour enfin agir de sorte que nous ne le soyons jamais plus sur aucun domaine de nos vies.
Ah! que les musulmans auraient différé de ce qu’ils sont et montrent aujourd’hui si cette version de l’évènement leur avait été enseignée en lieu et place de la fausse !
Et il faut que la version communément admise soit fausse, puisque ses thuriféraires exposent que « Caïn » n’avait offert de sa production que le moins appréciable et qu’alors, Dieu Se courrouça à son endroit. Or qu’est-ce que le moins appréciable, sinon ce que nous considérons du haut de notre subjectivité ? La littérature juive indique que « Caïn » ne donna que des grains de lin. Que cela signifie-t-il sinon que nous érigeons l’Humain en tant que criterium du bien et du mal, de vrai et du faux, de l’utile et de l’inutile ? C’est à croire que les grains de lin ne furent créés par Dieu mais par un démon quelconque ! (Mais l’esprit pénétrant verra là l’acte fondateur de la religion juive en tant qu’Alliance mercantile avec Dieu puisqu’elle Le pose comme étant extérieur au Monde.)
D’autres, cependant, disent que Dieu refusa l’offrande de « Caïn » en tant qu’elle venait de la Terre que Dieu maudit (Gen. 3:17) : mais cela est inepte puisque si l’offrande était par défaut inacceptable, il eût mieux valu le dire directement (serait-ce la raison qui motiva le rabbin Delphine Horvilleur à dire que « Caïn » fut victime d’une injustice ?!) ; de plus, de quoi se nourrit le troupeau d’ »Abel » si ce n’est des produits de la Terre prétendument maudite ? «Et l’Éternel dit à Caïn : Pourquoi es-tu irrité, et pourquoi ton visage est-il abattu ? Certainement, si tu agis bien, tu relèveras ton visage, et si tu agis mal, le péché se couche à la porte, et ses désirs se portent vers toi : mais toi, domine sur lui.» (Gen. 4:6-7) Quel est donc le rapport entre ne plus pécher et l’offrande d’une Terre maudite ? L’on voit bien que cette position ne tient nullement.
Il en demeure une dernière qui paraît se rattacher à la nôtre, puisque certains tiennent en effet que l’offrande de « Caïn » fut refusée en tant qu’il n’avait la foi ; mais parce que généralement, ils disent que s’il l’avait eue, il eût donné une offrande d’une valeur supérieure, nous en revenons à ce que nous disions : nos relations avec le Divin sont faussées par des considérations mercantiles, nous ne jugeons plus des choses telles qu’elles sont mais ainsi que nous les voyons et nous en venons à croire que Dieu y adhère nécessairement, sans même que nous ne nous rendions compte de la fatale ambition de la chose.
Ainsi, qui donc eût pu avoir l’idée même de s’interroger sur le bien-fondé de l’Islam si ses croyants avaient scrupuleusement appliqué les principes que nous évoquions ? Mais il nous paraît plus utile de nous interroger sur la cause qui nous fit transmuter le Faux en le Vrai. En effet, si l’on pose déjà que Dieu n’est pas la Vérité (*), il faut nécessairement que l’ensemble des symphonies conceptuelles en découlant soient infondées bien que cohérentes. Et parce que le critère de cohérence est un des éléments nécessaires à toute vérité, une certaine paresse nous prend et nous en venons à conclure que la cohérence est critère suffisant à la Vérité. Descartes était donc sur le droit chemin lorsqu’il écrivit : «je pensai (…) qu’il fallait que je rejetasse comme absolument faux tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute afin de voir s’il ne resterait point après cela quelque chose en ma créance qui fût entièrement indubitable.» Mais qui donc s’y contraindrait cependant que les symphonies conceptuelles dont nous parlions produisent malgré tout quelques effets d’intérêt ? La plupart penseront qu’il y a davantage lieu à amélioration sur tel ou tel point plutôt qu’à radicale destruction et refondation sur des bases saines. Ce n’est donc pas sans objet que nous reprîmes la citation d’Elmire : «on est aisément dupé par ce qu’on aime et l’amour-propre engage à se tromper soi-même». En adorant un Dieu Qui n’est pas le Vrai, il vient que nous ne pouvons être dans le Bien ; et inversement : seuls agissent réellement de façon bienfaisante ceux qui connaissent effectivement leur Seigneur.
En dernière instance, à la question : le Dieu des musulmans est-Il le Bien ?, nous voyons qu’il n’est que deux possibilités de réponse. Pour certains, cet exposé sera suffisant non seulement en tant qu’il pose des principes évidents, mais surtout parce qu’ils ne considèrent que les principes (et tels se doivent bien d’être les individus rationnels). Il en sera d’autres qui trouveront très sûrement là une moraline plaisante et insisteront : «Peut-être avez-vous réussi votre coup mais le Coran contient bien d’autres passages.» Encore qu’il nous soit tout-à-fait possible de réaliser le même travail analytique relativement à ces versets, il n’empêche que le format de l’épreuve nous contraint, ce qui est à la vérité fort heureux puisqu’en réalité, nous n’avons pas à faire plus que de poser les principes : c’est pourquoi nous porterons notre attention sur ces passages mais seulement du point de vue des principes —conformément à la méthode divine sus-indiquée—, notre objet étant désormais de prouver en quoi Dieu est Justice (*), ce qui sera, avec notre conclusion et l’explication de nos traductions, l’objet de la seconde partie à paraître.
 
 
 
 
 

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