Dans une France minée par la plaie d’un chômage endémique qui gangrène son économie depuis plus de 30 ans, les descendants d’immigrés maghrébins demeurent, année après année, les parents pauvres de la crise et des politiques successives de l’emploi, comme le met en lumière la dernière étude de l’Insee “Emploi, chômage, revenu du travail” rendue publique mardi.
Relégués au rang peu enviable de citoyens de seconde zone, ils se heurtent continuellement à une « situation défavorable » dès leur entrée sur le marché du travail, enregistrant des taux de chômage supérieurs à leurs concitoyens sans ascendance migratoire (un écart de 20 points au cours des dix années qui suivent la fin des études), sans qu’aucune éclaircie ne soit perceptible dans leur horizon irrémédiablement bouché.
Briser les plafonds de verre qui les empêchent d’accéder à l’emploi, voire de gravir les échelons et monter dans l’échelle sociale relève de la gageure, si l’on en juge par les conclusions de l’Insee, selon lesquelles si le fossé se creuse inexorablement entre les Français issus de l’immigration post-coloniale et les autres, c’est en raison « principalement des difficultés » qui jalonnent leur parcours professionnel. Les différences liées aux diplômes, à l’ancienneté, à la situation familiale et au lieu de résidence entre ces deux groupes distincts « expliquent moins de la moitié » cette disparité criante face à l’emploi.
Dans ce sombre tableau, il n’y aucune embellie à entrevoir sur le plan de la rémunération, puisque, là encore, les hommes diplômés, aux racines méditerranéennes et portant des noms à consonance arabo-musulmane, sont confrontés à un indestructible « plafond de verre au sommet de l’échelle salariale ».
Ainsi, les 10 % des descendants d’immigrés maghrébins les mieux rémunérés perçoivent 18 % de moins que les 10 % des hommes sans ascendance migratoire les mieux payés, toujours selon l’étude édifiante de l’Insee qui s’est échelonnée sur trois ans, entre 2013 et 2016, auprès de personnes âgées de 18 à 59 ans, ayant terminé leurs études et vivant en France.
De leur côté, les femmes descendantes d’immigrés semblent être mieux loties que les hommes sur le front de l’emploi. En effet, si elles comptent parmi elles un plus grand nombre de femmes au foyer que les femmes sans ascendance migratoire, lorsqu’elles sont actives, elles décrochent plus facilement un travail que la gent masculine. En revanche, pour les plus qualifiées d’entre elles, l’invisible « plafond de verre » anéantit leurs espoirs d’obtenir des salaires plus gratifiants, mais à un niveau de rémunération plus élevé que chez les hommes.
En résumé, que l’on soit un homme ou une femme issus de l’immigration post-coloniale, la probabilité pour ces salariés de se voir accorder un salaire mensuel supérieur à 3.000 euros est plus faible que pour ceux sans ascendance migratoire.
L’enquête de l’Insee fait également ressortir que les descendants d’immigrés maghrébins sont globalement moins diplômés (un écart de 10 points les séparant des personnes sans ascendance migratoire), et qu’ils sont plus jeunes, comme l’attestent les 31% d’entre eux qui ont achevé leur cycle d’études depuis moins de dix ans, contre 21% des personnes sans ascendance migratoire. En outre, 13% les ont terminées depuis 30 ans ou plus, contre 31% de leurs concitoyens sans ascendance migratoire.
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Les Français issus de l’immigration post-coloniale très défavorisés sur le front de l’emploi, selon une étude de l’Insee

