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Exécution d’Hervé Gourdel: « Musulmans: Prière de condamner »

Et autres pinaillages…

D’emblée, qu’il me soit permis d’exprimer ma profonde solidarité à la famille endeuillée d’Hervé Gourdel, à ses amis ainsi qu’à ses proches dans l’épreuve terrible qu’ils traversent en ce moment. Qu’ils sachent ce que sont ma peine et ma honte devant l’abjection de cet acte barbare. Ma religion, comme toutes celles qui méritent ce nom, condamnent sans appel le meurtre des innocents. Cet acte anti-islamique ignoble, comme tous les autres, trouvera ici ma voix pour s’y opposer ainsi que celle de toute cette masse silencieuse que sont les Français de confession musulmane.

Le terrorisme « djihadiste » autoproclamé a encore frappé. L’onde de choc médiatique qui accompagne l’indignation suscitée par la décapitation d’Hervé Gourdel est sans précédent en France et se double d’une suspicion généralisée à l’endroit des Français de confession musulmane. « Votre religion est-elle si différente de l’islamisme ? Les musulmans seraient-il donc des « djihadistes » en puissance ? ». 

Telles sont les questions auxquelles les musulmans sont sommés de répondre après chaque exaction commise au nom de l’islam. Il est temps que ces suspicions cessent.

« On nous somme toujours, nous musulmans, de condamner l’injustice quand elle vient du monde musulmanOn passe presque tout notre temps à condamner le terrorismeC’est devenu le sixième pilier de l’islam ! », déplorait Tareq Oubrou en 2009[1]. Cinq ans après, force est de constater qu’une lourde suspicion de complicité pèse encore sur les musulmans.

L’actualité internationale autour du Proche et Moyen-Orient, comme l’actualité nationale autour de l’islam en France participe chaque année à une mise en accusation des musulmans de France. La rentrée médiatique de ces dernières semaines est particulièrement concentrée sur le sort des Chrétiens d’Orient et l’avancée djihadiste en Iraq. Dans ce contexte, les sommations à comparaître se multiplient et les dernières en date sont particulièrement cinglantes : « condamnez sans condition ! », enjoint le Vatican ; « Silence cynique ! » s’indigne Jean-Marie Guénois, rédacteur en chef adjoint du Figaro ; « désolidarisez-vous ! » intime Michel Onfray après l’attentat de Bruxelles.

L’émotion : terreau favorable au sentiment islamophobe

Outre ces sommations, l’émergence du phénomène « djihadiste » génère aujourd’hui en France une profusion de représentations et d’idées dont la masse ne peut que nous interpeller. Dans cet affrontement moderne et verbal, le stéréotype, avec son arsenal d’anathèmes et de réductions diverses est la principale munition de combat, même si sa létalité ne s’attaque pas aux corps mais aux esprits. Les guerres en Afghanistan et en Iraq avaient effectivement produit, outre les ruines et les cendres, nombre de stéréotypes d’une rémanence apparemment très solide, prétendant qu’Occidentaux et Musulmans sont deux ensembles monolithiques destinés à s’opposer. Dans le contexte actuel d’extrême émotion causée par l’ignoble décapitation d’Hervé Gourdel, un front de représentations apparaît en France à travers des prises de positions médiatiques mettant à l’index la religion musulmane.

Les médias : usines à stéréotypes islamophobes

Les médias dont je rends compte ici en premier lieu sont à l’origine de prises de position mettant en cause les musulmans en tant que tels. C’est ainsi que le Figaro publie le 25 septembre 2014 un sondage intitulé« Les musulmans de France manifestent-ils suffisamment leur opposition à la menace terroriste ? ».

 

L’émoi suscité poussera finalement la rédaction à se rétracter.  

En parallèle, certains intellectuels n’ont pas manqué non plus de faire entendre leur préoccupation sur le danger que pourrait représenter l’islam. Leur langage et leurs conclusions sont toutefois d’une teneur plus mesurée comme par exemple avec l’intervention de Michel Onfray datée du 5 septembre dernier sur le plateau de LCI :

« L’islam est-il une chance pour la France ? ». Réponse d’Onfray : C’est une insulte que de l’affirmer. « Doit-on craindre une islamisation ? » : « Il suffit de voir comment cela fonctionne ». Autrement dit, oui. Une preuve ? Voyez tous ces djihadistes français partis combattre en Syrie. Voyez comment ils brandissent la vocation universelle de cette religion pour justifier le recours aux armes et le massacre d’innocents.

En plus d’avancer des contre-vérités ou d’effrayer par allusion ses téléspectateurs, le propos d’Onfray tente d’établir, sous le couvert d’une critique de l’islamisme relevant en réalité d’un effet rhétorique insidieux, que le fond du problème est l’islam lui-même. La thèse principale est ainsi que l’islam en tant que tel contiendrait de manière consubstancielle les germes d’une violence intrinsèque destinée à s’affirmer contre les non-musulmans et de surcroît contre l’Occident.

Les réseaux sociaux et l’islamophobie d’Extrême Droite

Se sentant évidemment interpelés, des voix de l’Extrême Droite n’ont pas tardé à retentir à leur tour. Des membres du FN, du Bloc Identitaire et de Riposte Laïque enjoignent ainsi les musulmans à condamner sans réserve et en appellent au secours de la République en péril face à l’islam en des termes de haute rhétorique :

L’islam et l’islamisme seraient consubstantiels à tel point que respecter le premier présenterait la menace d’un cheval de Troie introduit dans la citadelle de l'intégration pour mieux la dominer. Les réseaux sociaux préoccupés de la Chose publique font ainsi écho à ces sommations à comparaître… auxquelles s’est récemment greffée une nouvelle flambée des esprits au sujet de la distinction établie par Manuel Valls entre l’islam et l’islamisme.

 

Une question de fond, une profonde surdité

« L’islam est-il un problème en France et dans le monde ? », telle est la question à laquelle Robert Redeker se proposait déjà de répondre – stupidement – dans un article publié le 19 septembre 2006 dans le Figaro. Aussi, attendre des musulmans qu’ils condamnent pourrait paraître légitime au regard de la facilité frauduleuse avec laquelle sont tissés les discours des prêcheurs « djihadistes ».

Seulement, citer en exemple des décapitations et des églises brûlées pour poser les termes d’un vrai débat ne conduira qu’à des amalgames et ne pourra être perçu par les musulmans que comme une stigmatisation. Prendre l’extrême pour questionner la norme n’est pas un préalable raisonnable car les 99,99% des Français de confession musulmane ne se reconnaissent pas dans le « djihadisme ». L’immense majorité des musulmans de France et du monde s’opposent à ces atrocités. Encore faudrait-il les entendre.

 


[1]Oubrou Tareq, Privot Michaël et Baylocq Cédric, Profession imâm : entretiens avec Michaël Privot et Cédric Baylocq, Chapitre : Le dialogue interreligieux, Paris, Albin Michel, 2009

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