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Egypte : une jeune fille, victime de harcèlement sexuel, met fin à ses jours

Qu’est-ce qui a pu pousser une Egyptienne de 19 ans à se jeter dans le vide, mardi 9 décembre, du haut d’une corniche, sous les yeux effarés et impuissants des passants ?

C’est sur fond d’omerta médiatique que ce tragique fait divers occulté oppose les tenants de la thèse du suicide suite à un harcèlement sexuel, en l’occurrence les représentants de la société civile, à ceux qui la réfutent, les forces de l’ordre, les premiers affirmant que la jeune fille pourchassée par les assiduités d’un inconnu dans la rue en serait venue à mettre fin à ses jours, ce à quoi les seconds répondent en brodant une tout autre histoire, marquée par des conflits familiaux.

Témoins gênants pour la police, des badauds, présents sur les lieux, accréditent la version du harcèlement sexuel qui a tourné au drame, certifiant avoir vu la victime repousser à maintes reprises les avances agressives d’un individu, alors qu’elle se promenait le long de la corniche, accompagnée d’une amie.

"Depuis le début de la corniche, cet homme n'arrêtait pas de la toucher et de s'accrocher à elle… je lui ai demandé de se taire et la fille lui a demandé de partir… elle l'a menacé puis s'est jetée à l'eau… un homme a essayé de l'aider mais le temps que j'arrive elle s'était déjà noyée", a relaté l’un de ces témoins oculaires, démontant ainsi la thèse policière.

Pour l’association I saw harassement (j'ai vu un harcèlement), il n’y a pas l’ombre d’un doute : la malheureuse jeune fille, poussée à bout  et se sentant acculée, a décidé de commettre le geste fatal. "Les déclarations des officiers du département Qasr al Nil concernant l'incident sont irresponsables et doivent être examinées. Ces agents de police devraient être inculpés pour négligence grave, en raison de leur tentative de dissimuler la vérité et prétendre faussement que la jeune fille se serait suicidée suite à des conflits familiaux", ont dénoncé les responsables de l’organisation via un communiqué de presse, dans lequel ils ont également exhorté l’ensemble des femmes égyptiennes, de tous âges et conditions, à se défendre contre ce véritable fléau qu’est devenu le harcèlement sexuel ordinaire.

"Vous avez le droit à la vie, à la sécurité et à la dignité. N'ayez pas honte de vos corps mais célébrez-les. Vous êtes les partenaires dans ce pays et tous les actes de violence commis contre vous est un affront à la dignité humaine", ont-ils insisté.

La société civile réclame sans relâche des réformes urgentes du code pénal égyptien afin de lutter contre les discriminations qui s’abattent sur les femmes, en préconisant par exemple une vraie politique de recrutement d’agents de police féminins. Au début de l'année 2014, une avancée législative notable a fait figurer dans certains textes une définition détaillée du harcèlement moral et physique, reconnaissant ainsi son existence et sa capacité de nuisance.

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