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Du voyage éthique au voyage « 100 % halal » ?

A l’heure où les premiers pèlerins s’envolent à destination de la Mecque pour accomplir le pèlerinage, cinquième pilier de l’Islam, des entrepreneurs tentent de contribuer au développement d’une « nouvelle » façon de voyager, respectueuse de l’éthique musulmane.

Depuis quelques années, le marché du « tourisme éthique » connaît un fort développement. On ne compte plus le nombre de musulmans en France ayant sillonné l’Égypte, la Syrie ou encore la Jordanie, le temps d’un séjour qui mêle à la fois la découverte du pays, avec un approfondissement des connaissances relatives à l’islam, ou encore dans un but linguistique de quelques mois en vue d’apprendre la langue arabe. Une immersion complète dans un nouveau pays d’accueil qui a fini par en séduire plus d’un, au point que certains d’entre eux ne sont jamais revenus.

Aujourd’hui, des destinations autres que le Moyen-Orient en matière de « voyage éthique » sont proposées aux touristes. La Turquie, la Malaisie, l’Indonésie ou encore la Thaïlande figurent au programme de certains tours-opérateurs, cherchant à attirer une clientèle musulmane férue de découvertes exotiques. Abdelkrim Baberrih, co-fondateur de la société Vacation Borneo (spécialiste des destinations du sud-est de l’Asie) tente d’intégrer dans sa démarche ce souci d’éthique : « L’essentiel est de voyager, de découvrir, de s’enthousiasmer et de se reposer tout en respectant l’éthique musulmane ».

En France, Mouslim Voyages (AESF), propose également des séjours aux jeunes musulmans avec des thématiques différentes (sport, aventure…), en leur offrant parallèlement la possibilité de (re)découvrir l’Islam. L’un des objectifs de l’association est de consolider la pratique religieuse à travers des voyages qui se veulent instructifs. Après la croisière en catamaran en Croatie, Mouslim Voyages proposera en décembre 2011 un circuit au Sultanat d’Oman.

L’émergence d’un nouveau marché : du voyage éthique au voyage «  100 % halal »

Une nouvelle tendance se dessine actuellement sur le marché du tourisme éthique. Une clientèle musulmane davantage exigeante souhaite désormais séjourner dans des complexes hôteliers servant de la nourriture 100 % halal, sans vente d’alcool, et situés à proximité de plage familiale où la pudeur musulmane serait respectée. Abdelkrim Baberrih précise à ce sujet : « Nous sommes à la naissance d’un nouveau marché, non circonscrit et non encore défini par les professionnels. Plusieurs agences de voyages en France sont d’ailleurs très intéressées mais ne sont pas encore prête à investir. Seulement trois d’entre elles ont sauté le pas : France Manassik, Safar Muslim et Bakkatour ».

Hamid Belhadj, directeur général du tour-opérateur France Manassik créé en 2005, se positionne déjà sur le marché du « tourisme islamique » comme il aime à le nommer. Spécialiste également du Hajj et de la Omra (petit pèlerinage), il lancera à compter d’avril 2012 de nouveaux produits touristiques se rapprochant au maximum de l’éthique musulmane. Selon lui, proposer des formules de séjour respectant l’éthique musulmane à 100% n’est pas possible. « Il y aura toujours des hôtels où l’on trouvera de l’alcool, de la musique et des boîtes de nuit, comme c’est le cas par exemple au sein de certains établissements en Malaisie ». Ce pays est l’une des destinations phare de la prochaine brochure de M. Belhadj, qui convoite également la Chine, la Turquie, mais également Dubaï, Abu Dhabi et Sharjah aux Emirats arabes unis qu’il proposera à ses futurs clients. « En revanche, ce que nous pouvons d’ores et déjà garantir aux consommateurs musulmans à travers nos produits, c’est la nourriture 100% halal au sein des restaurants, l’absence d’alcool dans les chambres et la possibilité de pouvoir profiter pleinement en famille. En Malaisie, par exemple, nous proposons des séjours en mini-villas où il est possible de se baigner avec sa femme et ses enfants sans le moindre vis-à-vis », ajoute-t-il. « Du premier prix à des établissements haut gamme, en passant par des hôtels de moyenne catégorie, les gammes de prix que nous proposons sont variées, et nous proposons aussi bien des séjours balnéaires que culturels comme en Chine où c’est le cas » conclut le directeur général.

En parallèle, Abdelkrim Baberrih remarque que la proportion des hôtels dans le monde à jouer réellement la carte du « voyage halal » à cent pour cent est minoritaire. La majorité des hôtels, vendus avec un « package halal », ne respectent pas encore totalement l’éthique islamique, en proposant certes de la nourriture halal au sein de leur restaurant mais commercialisant de l’alcool au sein de leur établissement. En revanche, A. Baberrih note que dans les « dry hotels » financés par une banque islamique ou appartenant à des propriétaires musulmans, vous serez certains de ne pas trouver la moindre goutte d’alcool ». Il précise par ailleurs que « c’est le cas par exemple d’un hôtel 3 étoiles à Kuala Lumpur en Malaisie : le Start Point qui a un gros atout, celui de se trouver à proximité d’une mosquée. Dans d’autres hôtels internationaux comme le Jumeirah 5 étoiles à Dubaï, les clients -musulmans ou non- peuvent privatiser la piscine intérieure ou encore le spa de l’établissement pendant 1 heure ».

Avec plus d’’un milliard de musulmans dans le monde, autant dire que ce « nouveau » marché particulièrement prometteur constitue une manne financière en perspective pour un secteur touristique toujours aussi prospère. Dans cette optique, certaines agences de voyages proposent de lier petit pèlerinage (Omra) à la Mecque avec la visite d’un autre pays musulman selon un séjour décliné sous la forme d’un combiné « Omra-Dubaï », « Omra-Oman » ou « encore Omra-Malaisie ». Nul doute que l’essor de ce nouveau marché permettra une concurrence tarifaire, au profit d’une clientèle musulmane avide de voyages de par le monde.

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