Historien et professeur à Sciences Po, Jean-Pierre Filiu publie Un historien à Gaza (Éditions Les Arènes), un récit né d’un mois passé au cœur de l’enclave palestinienne avec Médecins sans frontières, entre décembre 2024 et janvier 2025. Invité sur France Inter, il livre un témoignage lucide, inquiet, et profondément politique.
« J’ai commencé ce livre à Gaza, mais j’ai tenu à le terminer à Kiev, où je me rends régulièrement depuis l’invasion russe », explique-t-il, soulignant le lien entre les grandes fractures géopolitiques actuelles. « Il est impossible de prétendre agir sur un terrain sans agir sur l’autre. »
Mais c’est la situation à Gaza qui l’alerte le plus vivement. « Ce qui est en jeu à Gaza, c’est l’humanité. Il faut avoir peur à Gaza. Mais surtout, il faut avoir peur de ce que Gaza est devenu. » Il décrit une zone livrée à une « loi de la jungle », où les plus vulnérables — civils, enfants, malades — sont les premières victimes. « Gaza est le laboratoire d’un monde sans loi, avec la prolifération des sécurités privées, la privatisation de l’aide… C’est un monde terrifiant, ce que j’ai pu voir à Gaza. » À ceux qui voudraient y voir un conflit localisé de plus, Jean-Pierre Filiu répond sans ambiguïté : « Ce n’est pas une guerre moyen-orientale de plus. Ce qui se passe à Gaza engage pleinement notre humanité et son devenir. »