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Ali Lmrabet, journaliste marocain: « Avec l’Algérie, nous partageons les mêmes aspirations de liberté, de démocratie, de fraternité »

Dans un long entretien accordé à El Watan, Ali Lmrabet, journaliste indépendant et observateur de la vie politique marocaine, que les autorités de son pays avait muselé en 2005 pour avoir asséné une vérité dérangeante –  « les réfugiés sahraouis de Tindouf sont des réfugiés, selon l’ONU, et non des séquestrés »lui interdisant alors d’exercer son métier pendant 10 ans, explique pourquoi le vent de la révolution qui souffle en Algérie pourrait traverser la frontière et se propager au Maroc.
Alors que la colère du peuple gronde au royaume de l’Atlas et se fait de plus en plus bruyante au fil des semaines, malgré la répression qui fait rage, Ali Lmrabet déplore grandement l’omerta des médias marocains sur les libertés et les droits de l’homme dans son pays.
« Le Maroc compte sur un impressionnant réseau de complicités étrangères, basé souvent sur la corruption, le chantage et les prébendes. En France, il y a Valéry Giscard d’Estaing, Hubert Védrine, Jacques Chirac, Jack Lang, Nicolas Sarkozy et d’autres personnalités devenues de véritables sentinelles au service du Maroc », analyse-t-il, avant de faire un autre amer constat : « Nous manquons d’intellectuels marocains reconnus à l’international, qui pourraient porter la voix des humbles et des persécutés à l’étranger. Regardez les intellectuels marocains, les Tahar Ben Jelloun, Leïla Slimani et autres… Ils vivent en France, se comportent en démocrates, s’indignent des malheurs des uns et des autres et sont à la pointe des exigences de droits pour celui-ci ou celle-là. Mais quand ils traversent la frontière du Maroc, ils sont comme, dirait-on, frappés par une étrange paralysie. »
A la question, sensible, de savoir comment se portent les droits de l’homme dans le royaume chérifien, Ali Lambret répond en émettant un diagnostic alarmant : « La situation des droits de l’homme est la suivante : il y a, avec nom et prénom, des centaines de prisonniers politiques au Maroc, des Sahraouis, des Rifains, des Jeradiens, des journalistes, des youtubers et même des utilisateurs de Facebook ». Et de poursuivre, en s’indignant : « Le grand humoriste marocain Ahmed Snoussi, Bziz, interdit de télé et de spectacles au Maroc depuis plus de 20 ans, est actuellement poursuivi en justice par le ministre de l’Intérieur pour un post critique sur Facebook et pour n’avoir pas, tenez-vous bien !, empêché que d’autres lecteurs le partagent sur leur page personnelle. »
Dans un Maroc où un fort mécontentement populaire bouillonne, aux quatre coins du pays, Ali Lambret observe avec inquiétude la montée « d’inégalités sociales » criantes, qui n’a d’égal que « l’injustice qui frappe le peuple marocain » de plus en plus durement. « Si le hirak du Rif, qui n’avait aucune revendication politique, mais beaucoup de revendications sociales, a été décapité et durement réprimé, c’est parce que le makhzen avait peur que cela ne fasse tache d’huile sur d’autres régions qui souffrent les mêmes malheurs », dénonce-t-il.
Inflexible, la cour d’appel de Casablanca a récemment confirmé les peines d’emprisonnement infligées aux 45 détenus du Hirak du Rif. Pour Ali Lambret, c’est la preuve flagrante que ce procès est éminemment « politique ». « C’est un procès politique qui frappe de pauvres gens qui ne demandaient qu’un hôpital, une université, du travail et la fin de ce racisme ambiant des forces de l’ordre marocaines contre le Rifain », s’insurge-t-il avec d’autant plus de vigueur qu’il est originaire de cette région située au nord du pays, qui lutte à armes inégales pour sa dignité et plus de justice sociale.
Et de renchérir : « Maintenant, ce qui est beaucoup plus grave et qui va avoir des conséquences importantes dans un proche et lointain futur, c’est que la chasse au Rifain a provoqué le réveil de la diaspora rifaine en Europe. On ne compte plus les manifestations, certaines très importantes, qui grondent non plus seulement contre le régime, mais également contre le roi du Maroc, considéré comme le premier responsable de cette tragédie. »
A l’évocation de l’extraordinaire mouvement de contestation, remarquable de civisme et de maturité, qui, vendredi après vendredi, fait descendre dans les rues des millions d’Algériens, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, et par-delà tous les clivages, Ali Lambret y perçoit une chaude lueur d’espoir qui pointe à l’horizon.
« L’ Algérie ce n’est pas le lointain Soudan, ce n’est pas la Libye d’El Gueddafi ni l’Egypte de Moubarak, c’est notre voisin direct. Nous parlons les mêmes langues, le maghrébin, le tamazight et l’arabe littéral, nous partageons les mêmes aspirations de liberté, de démocratie, de fraternité et de prospérité », clame-t-il avec force.

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