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Accord des rentiers de l’Opep pour un nouveau sursis

 «Mon père chevauchait un chameau, je roule en Cadillac, mon fils vole en jet, son fils chevauchera un chameau.»

Proverbe arabe

Ce proverbe est d'une brûlante actualité. Pour la première fois les pays rentiers n'avaient plus de dollars pour entretenir leur train de vie dispendieux et le cas échéant assurer la paix sociale. Souvenons-nous. Le 18 janvier 2016 le Brent a ouvert à 28,73 $ et 27,10 $ le 20 Janvier. Le 14 décembre 2016 le Brent est à 56 $ pratiquement le double. Que s'est-il passé? Est-ce quelque cataclysme qui a fait que la raréfaction s'installe? Ou est-ce une manipulation des cours? C'est en fait cela, comment créer une pénurie, en «ajustant les cours entre l'offre et la demande». L'Opep sert plus de cartel qui surveille les niveaux de consommation transmis par l'AIE, qu'une réelle avancée civilisationnelle pour assurer une transition vers le développement humain durable- capable d'être une alternative élégante à la lutte contre les changements climatiques.

Les prix du pétrole sont vus comme la bouée de sauvetage de l'économie rentière. Après l'âge d'or de l'Opep, les années 1970 avec Fayçal et Boumediene, qui avaient une vision de l'arme du pétrole pour le développement, une politique juste pour le problème palestinien. Nous avons eu des dirigeants qui se sont installés dans les temps morts… L'Opep depuis 1980 est intervenue 20 fois pour augmenter la production sur injonction, notamment après 2008 à la «demande de Bush» et 20 fois encore pour essayer d'ajuster les volumes en réduisant la capacité de la production difficilement du fait de l'indiscipline toujours actuelle des pays membres. Il faut toujours se rappeler que la première guerre du Golfe est due au Koweit qui noyait le marché précipitant les prix vers le bas.

Ce qui s'est passé lors des tractations entre les chiffonniers du pétrole

Dans ce dernier accord, il fallait chercher la solution non pas comment s'en sortir par le haut en misant sur le développement, mais comment convaincre les acolytes à s'entendre pour pérenniser les temps morts pour leur peuple. A l’instar des chiffonniers qui se battent pour des miettes, les rentiers ont fait preuve d’une imagination de calculs d’épiciers. Comment guérir la cause d’une façon précaire, sans s’attaquer aux racines de cet atavisme qui veut qu’on s’installe dans la fatalité attendant les boules de cristal du Brent à Londres ou du WTI à New York ? On l’aura compris, il y a une solidarité dans la rente imméritée qui n’est pas le fruit d’une création de richesses.

L'accord a eu lieu même avec le hors Opep, parce que la majorité était constituée des pays du Sud qui n'avaient comme ressource que la rente. De plus, les évènements géopolitiques faisaient que l'accord était mûr, les différents protagonistes avec des stratégies différentes, notamment des bras de fer politiques, ont senti que cela devait passer au second plan après deux ans et demi de vaches maigres. S'il faut saluer objectivement les efforts de l'Algérie pour arriver à cet accord, il faut cependant raison garder, nous ne sommes pas les seuls à nous être démenés, pratiquement tous les rentiers qui étaient dos au mur avaient besoin de cet accord.

Cependant les rentiers auront du souci à se faire avec la politique de Trump qui va donner du souffle au pétrole de schiste si les prix passent au-dessus de la barre des 60 dollars, car même les prix fermés non rentables à moins de 50 dollars vont ouvrir. On constate d'ailleurs que 180 appareils de forage en plus ont été mis en oeuvre depuis septembre et l'accord d'Alger. En fait et pour être honnête, ce que l'on présente comme une prouesse de l'Opep est en fait une situation de dos au mur des rentiers qui -devant le tragique de leur situation- décident d'enterrer la hache de guerre. Il a fallu pour cela, et les médias l'ont rapporté, que Vladimir Poutine téléphone aux frères ennemis (Iran et Arabie saoudite)pour que l'Arabie saoudite accepte de faire le plus grand effort après avoir, il faut le souligner, partagé la part de l'Irak et de l'Iran du fait des sanctions. Même l'Iran a dû mettre un bémol en acceptant de n'augmenter son quota que de 90.000 barils/jour.

Quant à la Russie, elle a beau jeu de déclarer une production en moins de 300.000 barils/j, cela ne va pas trop l'affecter car en 2016 elle a ouvert les vannes au maximum et de plus, il est connu que des entretiens périodiques nécessitent de diminuer la production. Nous verrons dans 6 mois comment tous ces rentiers s'en sortiront puisqu'il est prévu un mécanisme de suivi, talon d'Achille des rentiers, le non-respect des quotas. Cet accord avec le hors Opep me laisse aussi un goût de combine pour maximaliser les recettes; nulle part on ne voit de l'intelligence, mais plutôt comment continuer à faire perdurer une rente imméritée. Ce serait tragique si on ne tire pas les leçons de cette dernière leçon depuis juin 2014. Car au total nous avons perdu plus de 80 milliards et ce n'est pas de la sinistrose que de dire il faut tourner le dos au pétrole ici et maintenant.

Avenir des énergies fossiles

Le sort des énergies fossiles est scellé. La civilisation va de plus en plus vers les énergies renouvelables, notamment pour la production d'énergie électrique, pour les transports. En 2025 Volkswagen ne commercialisera plus de véhicule diesel qui commence à être limité avant d'être définitivement interdit en Europe -sauf en Algérie- ou nous avons vingt ans de retard sur les grandes décisions comme les transports, la pollution. Il n'est que de voir comment le sirghaz est méprisé, moins de 20% du parc au sirghaz. On préfère acheter du diesel à 1 $ le litre (pour 2 milliards de $) et le vendre à 2 $ au consommateur et l'offrir à nos voisins qui eux le vendent à 0,8 dollars.

En Europe, le désinvestissement des énergies fossiles est devenu une réalité. En effet, comme rapporté dans la publication suivante: «Près de 700 institutions de 76 pays, gérant pour 5000 milliards de dollars d'actifs, sont sorties des énergies fossiles depuis septembre 2015. Un an, jour pour jour, après l'adoption de l'accord de Paris, le réseau Divest-Invest a rendu public ce 12 décembre le troisième rapport annuel Global Fossil Fuel Divestment and Clean Energy Investment Movement réalisé par Arabella Advisors, lors d'une conférence de presse internationale simultanée à New York et à Londres.

«Un an après l'adoption de l'accord de Paris, accord historique sur le climat, il est clair que la transition vers un avenir énergétique propre est inévitable, bénéfique et bien engagée, et que les investisseurs ont un rôle clé à jouer», a déclaré le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon. «Je félicite l'annonce d'aujourd'hui stipulant que des milliards de dollars de financement sortent des sources d'énergie les plus riches en carbone pour se tourner vers des énergies sûres et durables. L'investissement dans l'énergie propre est la bonne chose à faire et constitue une façon intelligente de construire la prospérité pour tous, tout en protégeant notre planète et en veillant à ce que personne ne soit laissé pour compte.». (2)

Développement des énergies renouvelables

La croissance de la production mondiale de gaz à effet de serre a ralenti au cours des dernières années, avec 2015 voire la première réduction réelle, de 0,1% par rapport à 2014 les niveaux, selon un rapport de l'Union européenne publié le 6 décembre. Pendant ce temps, les développeurs américains ont installé des systèmes solaires photovoltaïques au rythme le plus rapide jamais enregistré au troisième trimestre – en ajoutant autant qu'un mégawatt toutes les 32 minutes, selon le Solar Energy Industries Association. (…) Royal Dutch Shell participe également à la tendance à l'investissement à faible émission de carbone, avec son plus grand pas encore dans l'industrie éolienne offshore. Le géant pétrolier a remporté un appel d'offres pour fournir une puissance à 5,45 eurocents (5,8 cents US) par kWh à partir de 680MW de parcs éoliens offshore aux Pays-Bas. L'Inde prévoit d'installer 1GW de la capacité sur les toits en solaire et 100 GW du soleil en 2022. A partir de juillet 2012 et jusqu'à juillet 2016, le Japon a commandé près de 30GW de centrales solaires photovoltaïques.» (2)

Une taxe carbone pour stimuler la croissance en Europe?

En Europe on cherche tout les moyens à même de faire repartir la croissance .Il est connu que les pays de l'Opep voient d'un très mauvais œil une taxe de carbone qui limiterait leur rente. Les pays occidentaux, au nom de la transition vers les énergies vertes, mais surtout pour stimuler leurs industries veulent la remettre sur le tapis «Plusieurs instituts européens de recherche en économie proposent des pistes pour que l'UE renoue avec la croissance. Au menu, plus d'investissement, une taxe carbone à 100 euros et une gouvernance économique européenne revue et corrigée. C'est l'avis de Xavier Timbeau économiste, directeur de l'Observatoire français des conjonctures économiques, «Nous proposons d'instaurer une taxe carbone à 100 euros par tonne. C'est une réforme, pas une révolution. Avec un prix du carbone élevé, cela changera la donne. L'idée est de déclencher l'appétit des investisseurs pour les énergies de demain, parce qu'elles seront nécessairement rentables. Avec le marché du carbone, on a fixé des objectifs peu ambitieux, que l'on a atteints sans que les prix grimpent à cause de la crise et de la désindustrialisation. Un prix fort imposé partout en Europe, c'est crédible: c'est ce qu'a fait la Suède. Ça marche!». (3)

Les recompositions mondiales

Les pays de l’Opep à des degrés divers vivent dans une bulle et misent uniquement sur la maximalisation des rentrées de devises sur le court terme. Il y a cependant des exceptions. Le cas de l’Indonésie est à cet égard significatif . Voilà un pays qui il y a 40 ans dépendait plus que l’Algérie du pétrole. ( 90 % contre 60 %) Depuis les années 2010 le pétrole représente moins de 15 % des rentrées de devises, le reste est constitué de biens d’équipements exportés dans pratiquement tous les domaines. En Algérie quarante après nous dépendons du pétrole à 98 % ! et il n’y a pas de mon point de vue de signes avant coureur pour conjurer ce signe indien

Une nouvelle mutation énergétique est en train de structurer le monde. Climato-sceptiques ou pas, le monde a tourné le dos aux fossiles et s’engage graduellement dans une économie respectueuse de l’environnement. Le pétrole sera de plus en plus abandonné en tant que carburant, il sera dédié aux usages nobles, c'est-à-dire principalement la pétrochimie avec les nouvelles technologies hybrides; le paysage des transports sera totalement différent de ce qu'il sera prévu à partir de 2020. On utilisera de l'électricité renouvelable et il n'est pas interdit de remettre sur le tapis la taxe carbone pour favoriser les énergies vertes.

Des recompositions se font jour ainsi après l'Aramco qui a décidé d'ouvrir son capital à plusieurs milliards de dollars pour disposer des fonds nécessaires à même de se diversifier. On apprend d'après Jean-Bernard Pinatel expert reconnu des questions géopolitiques que le Qatar et la Russie viennent ainsi de conclure un important accord économique et stratégique. «La bataille d'Alep marque un tournant décisif dans le conflit syrien. Le maintien au pouvoir de Bachar el-Assad n'est plus un préalable à la fin du conflit. Les Russes ont désormais toutes les cartes en main pour imposer leur solution. Le premier effet concret s'est traduit ce 10 décembre 2016 par la vente de 19,5% des actions de Rosneft au Qatar. Poutine lui a rendu la politesse le 10 octobre en se rendant à Istanbul où les deux chefs d'Etat ont réaffirmé leur engagement à mener à bien le projet de gazoduc russo-turc TurkStream, qui doit acheminer le gaz russe vers l'Europe en passant par la mer Noire, ainsi qu'à la construction par la Russie de la première centrale nucléaire turque.» (4)

«De leur côté, confrontés à l'efficacité de l'intervention militaire russe, les dirigeants qataris comprenaient que leur stratégie de soutien aux Frères musulmans et aux wahhabite en Syrie allait les conduire à leur perte. Et que dorénavant, pour vendre leur gaz à l'Europe, il faudrait trouver un accord avec la Russie car c'est elle qui a les cartes en main pour autoriser ou interdire la construction d'un gazoduc terrestre pour acheminer son gaz vers les pays de l'Union européenne (1). (…) Mais l'acte majeur de ce rapprochement à la portée géopolitique considérable s'est traduit samedi 10 décembre 2016 par la conclusion d'un accord de vente de 19,5% des actions de Rosneft à la Qatar Investment Authority (QIA). Cette vente s'est faite au prix de 11,37 milliards de dollars qui rentrent dans les caisses de l'Etat russe qui en avait bien besoin » (4)

« Le Qatar est désormais le second actionnaire de Rosneft après l'Etat russe. Pour comprendre la signification géopolitique exceptionnelle de cet accord, un rappel historique et économique s'impose. Trois pays – la Russie, l'Iran et le Qatar – possèdent 50% des réserves mondiales de gaz naturel. Les trois sont désormais alliés économiquement et stratégiquement, ce qui marque l'échec de la stratégie de l'Union européenne de diversification de ses sources d'approvisionnement de gaz naturel inspirée et voulue par les Etats-Unis et l'Otan. La Commission européenne estimait en effet que, d'ici 2040, 70% des besoins énergétiques de l'UE devraient être assurés par les importations, contre 50% aujourd'hui. (…) Désormais, les cartes sont redistribuées et rien ne s'oppose plus à ce que le gaz qatari rejoigne en Turquie le gazoduc TurkStream et vienne alimenter les besoins énergétiques de l'Union européenne. Dans un proche avenir, parions que les Européens vont lever leurs sanctions économiques contre la Russie.» (4)

Quid de l’Algérie ? Nous allons en bons élèves, respecter de diminuer notre quota d’autant que nous sommes à la limite du pompage qui fatigue des gisements déjà épuisé par le rythme infernal que nous leur avons fait subir depuis dix ans. Il en est de même du gaz et des nuages se profilent concernant sa commercialisation. Pour rappel en 2011 l’irruption du gaz de schiste que l’Algérie n’a pas appréhendé, à a fait que du jour au lendemain, les Etats Unis ont arrêté l’achat du GNL algérien. Mieux encore, ils envisagent d’inonder l’Europe.

Pour rappel, le prix du gaz américain qui va nous concurrencer est à 2,5$ le million de BTU. Nous vendons notre gaz autour de 10 dollars. Cela ne va pas durer. Nous devons sans tarder préparer l'avenir, nos contrats de gaz viennent à expiration en 2018, et les pays européens iront certainement sur les marchés spot. Et là encore, nous aurons des problèmes avec le new deal Qatar-Russie concernant le partage entre autre du marché européen – chasse gardée traditionnelle de l’Algérie-

Le plaidoyer pour une vie simple

Dans tout ce maelstrom, pour l'avoir, quitte à dynamiter la planète par cette fuite en avant avec cette ébriété énergétique, cette contribution nous incite à plus de sagesse. Le scientifique Eugene Marner nous rappelle que le peak oil est là, mais qu'il ne faut pas attendre la dernière goutte pour sauver la planète. Le pic de la production de brut conventionnel a été atteint entre 2008 et 2011. Il semble que nous ayons dépassé le pic «tous liquides» en 2015, bien qu'il faudra encore un peu de temps pour s'assurer qu'une tendance à la baisse irréversible ait bien commencé. Bien sûr, atteindre le sommet a généré un déni véhément que le pic même existe.: «En novembre 2000, The Daily Star a publié un de mes articles dans lequel j'ai écrit sur le Peak Oil, au moment où la production mondiale de pétrole atteignait son maximum et commençait son déclin inévitable. J'avais espéré inciter les gens à réfléchir aux graves conséquences que cela entraînerait lorsque le pétrole, la principale ressource qui alimente et soutient notre civilisation, ne serait plus disponible en grande quantité et à bon marché. Manifestement, cela n'a pas très bien fonctionné(…).» (5)

« Je ne pense pas poursuit Eugène Marner, que les politiciens vont faire cela pour nous. Nous devrons le faire pour nous-mêmes. Dans la Genèse 3:19, Dieu instruit Adam de son châtiment pour sa désobéissance: «C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain…» Apparemment, les humains n'aiment pas tellement cela, comme toute l'Histoire le montre, qui les voit essayer de contourner ce décret par tous les moyens possibles: forcer les autres à faire le travail (l'esclavage), s'enrichir et embaucher d'autres pour faire le travail (esclavage salarial), ou en brûlant le pétrole (esclavage énergétique). Il est encore temps pour la coopération communautaire, pour des solutions de faible technologie comme la puissance des boeufs, des chevaux et des mulets, pour des technologies et pour la sueur de nos visages. Ce n'est pas une question de vertu, mais de nécessité. Une vie plus simple est le futur, que nous choisissions ou non de l'embrasser.» (5) Tout est dit .

Notes

1.Dominique Pialot: 5 000 milliards de dollars désinvestis fossiles, La Tribune

2.https://mail.google.com/mail/ca/u/0/#inbox/158f84496fd79a8d

3.Aline Robert: Une taxe carbone pour sortir de la stagnation EurActiv.fr

4.JeanBernardPinatel http://www.atlantico.fr/decryptage/consequences-geopolitiques-chute-imminente-alep-et-vente-195-actions-rosneft-au-qatar-jean-bernard-pinatel-2905931.html

5.Eugene Marner http://lesakerfrancophone.fr/lelection-du-peak-oil

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/256262-les-jours-d-apres.html

Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique enp-edu.dz
 

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