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Soufiane Djilali : penser l’Algérie au-delà des impasses politiques

Soufiane Djilali propose une réflexion sur l'Algérie, dépassant les clichés et analysant les tensions entre héritage et modernité.

POURQUOI LIRE :

  • Pour comprendre les défis contemporains de l'Algérie.
  • Pour explorer la notion de modernité endogène.
  • Pour réfléchir aux implications du Hirak et à l'avenir du pays.

Dans un entretien accordé à Oumma, Soufiane Djilali propose une réflexion d’une grande qualité, qui se distingue des analyses habituelles sur l’Algérie. À l’heure où, en France, certains commentateurs érigés en spécialistes réduisent le pays à des clichés, dans des discours qui confinent parfois à l’algérophobie, son analyse invite à dépasser les caricatures. L’essayiste et ancien président du parti Jil Jadid déplace le regard : derrière les blocages politiques et économiques se joue, selon lui, une crise plus profonde, celle d’une société partagée entre héritage traditionnel et aspirations modernes. Auteur de L’Algérie face à son destin. Entre héritage, modernité et quête de sens, paru aux éditions L’Harmattan, il invite à penser une modernité qui ne soit ni imitation de l’Occident ni repli sur un passé idéalisé.

Pour comprendre les difficultés de l’Algérie, Soufiane Djilali estime qu’il faut dépasser la seule lecture institutionnelle. Sa thèse est celle d’une crise d’abord anthropologique : deux visions du monde, l’une traditionnelle, l’autre moderne, cohabitent sans que leurs contradictions aient été véritablement pensées.

Cette tension traverse la société, mais aussi chaque individu. Attachés à des valeurs héritées, tout en adoptant des comportements et des aspirations issus de la modernité, les Algériens doivent composer avec des exigences parfois incompatibles. C’est cette condition hybride qui nourrit, dans son analyse, une partie du malaise collectif.

Une modernité à construire de l’intérieur

Soufiane Djilali décrit une modernité longtemps subie plutôt que réfléchie, introduite notamment par la colonisation et la proximité avec l’Europe. Après l’indépendance, la modernisation s’est largement traduite par l’importation d’institutions, le développement de l’industrie et la construction de villes. Mais ces transformations matérielles ne suffisent pas, souligne-t-il, à faire émerger les manières de penser qui les accompagnent.

Il plaide donc pour une modernité endogène, élaborée à partir des ressources propres de la société algérienne. Cela suppose de réexaminer la tradition, de distinguer ses principes fondateurs des pratiques accumulées au fil de l’histoire, puis de répondre aux besoins contemporains sans renier tout un héritage civilisationnel.

Réinterroger le passé sans le sacraliser

Dans cette perspective, il analyse l’islamisme politique et certaines revendications identitaires comme des réponses au désarroi contemporain tournées vers un passé mythifié. Face à un présent déstabilisant, le retour aux origines peut offrir un refuge, sans nécessairement apporter de solutions aux défis de l’avenir.

Sa réflexion repose notamment sur une distinction entre le message coranique et les interprétations historiques qui s’y sont progressivement attachées. À ses yeux, revisiter ces interprétations ne signifie pas abandonner la religion, mais reconnaître que les générations précédentes ont élaboré leurs réponses dans des contextes particuliers.

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Il appelle ainsi à mobiliser la raison, le savoir et la science pour réexaminer ce qui a été transmis, sans attribuer un caractère sacré à toutes les constructions humaines de l’histoire.

La rente, un rapport à l’effort et à la société

Son analyse de la rente pétrolière dépasse également la question économique. Selon lui, un système durablement organisé autour de la redistribution des revenus des hydrocarbures a progressivement distendu le lien entre effort productif et niveau de vie.

Cette logique imprègne les institutions, les entreprises et les comportements individuels. En sortir exige donc davantage qu’une diversification affichée : il faut développer des capacités de production et transformer les habitudes installées par l’économie de rente.

Le Hirak, révélateur d’une société en mouvement

Soufiane Djilali voit dans le Hirak de 2019 l’expression d’une maturation silencieuse. La présence, dans les manifestations, de femmes et d’hommes aux sensibilités diverses, capables de se côtoyer et de dialoguer, a révélé une évolution profonde des rapports sociaux. Sans avoir produit les résultats espérés, le mouvement a rendu visibles des capacités de tolérance et de coexistence. Ces avancées cohabitent toutefois avec des violences et des rigidités persistantes : une autre manifestation de cette tension entre transformation sociale et attachement aux anciens modèles.

Au terme de l’entretien, l’essayiste défend une intelligence éthique articulant lucidité, responsabilité et finalités humaines. Une invitation à regarder l’histoire avec courage, à interroger les héritages et à construire des réponses adaptées au présent. La force de cette réflexion tient à cette exigence : penser l’avenir de l’Algérie à partir de la société elle-même, de ses contradictions comme de ses ressources.

Pour prolonger cette réflexion, la lecture de L’Algérie face à son destin s’impose à tous ceux qui souhaitent mieux comprendre l’Algérie, ses contradictions et ses aspirations. Un ouvrage qui dépasse les analyses convenues et offre des clés précieuses pour penser l’avenir du pays.

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