Jeudi 18 September 2014
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« Gène rebelle dans le monde arabe »

D’origine libanaise, d’une famille chrétienne, natif du Sénégal, pays de l’Afrique noire francophone, majoritairement musulman, cette naissance a signé ma culture de base, une culture de métissage culturel et de brassage humain, où se conjuguent, Islam et Chrétienté, bi culturalisme franco-arabe, sur fond de rapport colonial entre oppresseurs et opprimés, exploiteurs et exploités.

J’ai échappé au phénomène d’acculturation par un travail sur moi-même, en vue de me réapproprier ma culture d’origine, l’arabe. C’est à Beyrouth, au terme de ma scolarité universitaire que j’ai repris l’étude de la langue arabe.

Beyrouth, dans la décennie 1970, constituait une plateforme majeure des mouvements de libération du tiers monde, au même titre qu’Alger. S’y retrouvaient, les Fédayine palestiniens, les révolutionnaires du Dhofar (Oman) et de l’Erythrée, les militants de l’ASALA (armée secrète de libération de l’Arménie) et les Kurdes, les opposants yéménites et les combattants de l’armée rouge du Japon.

Toutefois, l’expression de mon engagement professionnel puis politique s’est fait en français, pour la simple raison que la langue française, maîtrisée est une langue accessible à l’opinion occidentale, un des principaux champs de bataille de la conquête de l’opinion internationale.

La langue française, c’est tout à la fois, mon territoire d’exil et mon arme de combat. C’est dans cette langue-là, qui est une langue universelle, que je mène mon combat pour la dignité humaine et l’égalité entre les hommes. Le biculturalisme est une richesse. Un être à culture unique est un être hémiplégique; tout un pan de la culture politique de l’hémisphère sud de son cerveau lui échappe.

J’ai donc été le présentateur du journal de l’ORTF au bureau régional de la radio française, avant de basculer au bureau régional l’AFP à Beyrouth, où pendant dix ans, j’ai fait office de correspondant tournant dans les pays du Moyen Orient.

Mes premiers pas dans le journalisme

Les choses se sont passées très simplement: le directeur régional de l’AFP écoutait un bulletin que je présentais, à une époque où Beyrouth était sous le régime du couvre-feu du fait des premiers accrochages libano palestiniens. J’avais terminé mon bulletin d’une manière insolente, souhaitant «une nuit paisible» aux auditeurs.

A peine le bulletin terminé que j’étais convoqué par le directeur général du ministère libanais de l’information, pour me faire signifier une mise à pied d’une semaine, avec suspension de salaire. A ce moment-là, le directeur de l’AFP, de passage à Beyrouth et qui m’avait écouté ce soir-là, me téléphone: «Je voudrais vous voir ; est-ce que ça vous intéresse de venir à l’AFP ?»

L’ORTF c’était quelque chose de notable, c’était un bon salaire. Le directeur de l’AFP me dit: «Nous, on paie moins parce qu’on a beaucoup de déplacements à faire». J’ai répondu: «ça tombe bien je veux connaître la région, vous allez me donner le goût du voyage».

Tout le monde a pensé que c’était suicidaire de quitter l’ORTF, mais je n’ai pas regretté. Je suis rentré à l’AFP le 1er septembre 1969. C’était le coup d’État en Libye, et le détournement de l’avion de la TWA sur Damas.

J’arrive à six heures et le directeur m’accueille en ces termes: «Alors, vous allez où ?» Et moi: «J’aurais tendance à aller en Libye, puisque je suis né en Afrique» « Pile ou face?» Il conclut: «Vous allez à Damas ».

Je débarque à Damas, novice parmi les novices, ne maîtrisant ni les lieux, ni le problème. De bonne foi, j’interpelle le porte-parole du FPLP, (Front populaire de libération de la Palestine), le mouvement auteur du détournement, par cette question d’une grande simplicité qui devait éclairer ma lanterne à jamais: «Mais ces Palestiniens, ils viennent d’où? Pourquoi ce détournement ? C’est quoi leur problème? Ils veulent aller où?»

Mon premier grand papier est rédigé fin octobre début Novembre 1969, au moment des accrochages libano palestiniens dans le versant occidental de la plaine de la Bekaa, sur les contreforts du Mont Hermon, dans ce qui s’appellera par la suite le Fatah Land et la piste Ho Chi Minh, la ligne de ravitaillement des Fédayines palestiniens depuis la Syrie jusqu’à la frontière libano israélienne.

A mon arrivée sur le terrain d’affrontement, qui devait déboucher sur les accords libano palestiniens du Caire de Novembre 1969 réglementant la présence de l’armée palestinienne au Liban, j’entrevois l’armée libanaise en position dans la vallée surplombée par trois collines où avaient pris position les Fedayines.

Un flash percute ma mémoire. Je titre mon papier: «L’armée libanaise dans la nasse de la Bekaa, la version libanaise de la cuvette de Dien Bien Phu», par allusion à la défaite française en Indochine, en 1954, première défaite d’une armée blanche face à des maquisards basanés, le signe de bouleversement stratégique majeur dans les guerres d’indépendance des peuples colonisés.

Le papier est largement repris dans le monde, y compris dans le célèbre journal anglais Times et me vaut les félicitations de la Redchef. (Cela peut se vérifier dans les archives du journal britannique). A mon retour au bureau, j’avais l’impression d’être un extra-terrestre débarquant sur terre.

Le directeur, André Clot, un spécialiste de la civilisation ottomane, compagnon de bureau de Maurice Schuman aux émissions françaises de Radio Londres durant la 2me guerre mondiale, m’apostrophe d’une phrase à couper le souffle «Votre science militaire ». Il s’imaginait avoir affaire à un Clausewitz en herbe. Je l’ai arrêté net. «Je ne l’ai pas fait exprès. Trois collines armées surplombant une cuvette, il ne fallait pas être grand sorcier pour deviner la fin», lui avais-je répondu.

Puis ce fut la Jordanie en juin 1970. Mon premier grand reportage du Liban, celui qui vous confère le titre très envié d’«Envoyé spécial», et, dans le cas d’espèce, de «correspondant de guerre».

Juin 1970, d’ailleurs, a constitué mon véritable baptême de feu. Les accrochages libano palestiniens n’étaient rien en comparaison de qui allait se produire en Jordanie avec intervention des chars et de l’aviation sur des agglomérations urbaines. J’étais parti en Jordanie pour deux semaines.
Je resterai six mois, du fait des rebondissements du conflit jordano palestinien, c’est-à-dire la totalité de la séquence du «septembre noir» de sinistre mémoire.

Des papiers de cette époque en attestent sur mon blog, que j’ai voulu une sorte de mémoire vivante de l’histoire de la zone. A Amman, j’ai connu mon premier siège militaire, le second sera dans le sud Liban, dans la foulée de la première invasion israélienne du Liban, au printemps 1976 et le troisième siège, Beyrouth Ouest, en juin 1976, jusqu’à la chute du camp palestinien de Tall El Zaatar.

Pendant six mois, je voyais Arafat, Abou Jihad… tous ces gens-là, je les voyais quasiment tous les jours! Sans faire exprès! Et au bout de six mois, j’avais fait des papiers, et je n’avais pas mesuré l’impact de ces papiers, à quel point ils pouvaient avoir une portée auprès de la rédaction en chef.

A l’époque, il y avait souvent des commandes un peu saugrenues: «Coco, tu me fais un tête-à-tête entre le roi de Jordanie et Arafat.» L’un était dans son palais, l’autre dans un trou noir, à 10 000 mètres sous le sol, en train de se faire tirer dessus. Vous voyez, les gens qui ne font pas de terrain manquent de consistance intellectuelle. Ils font de l’esbroufe, pas davantage.

Un gros mot sort alors sur moi: «Le meilleur spécialiste de la question palestinienne» ! Je dois dire une chose: l’AFP, à l’époque, ne m’a jamais contrarié dans l’écriture. Jamais, jamais. C’est ça le respect.

Puis ce fut le service diplo à Paris, en 1978. C’était la première fois qu’un Arabe exerçait une fonction à responsabilité dans une grande entreprise de presse occidentale, en tout cas française.

J’étais attendu au tournant. Avant de poser ma candidature, je vais voir le directeur. Je ne veux pas avoir d’ennuis. Je suis d’origine arabe et je le sais. Si je critique Israël, je ne veux pas qu’on commence à me traiter d’antisémite. Je leur explique qu’il faut que j’écrive dans des conditions optimales. On me dit: «Pas de problème, vous êtes là pour votre professionnalisme».

Et c’est ce qui s’est passé pendant trente ans à l’AFP, dix ans à Beyrouth, puis dix ans au siège central à Paris, au service diplomatique en charge du monde arabo musulman (du Tchad à l’Indonésie).

Parfois quand je faisais des papiers contraires à leurs habitudes de pensée, ils étaient un peu crispés. Par exemple, le soir de la mort de Sadate, j’avais fait un papier pré enterrement: «Dernier obstacle à la réconciliation interarabe » Tout le monde me tombe dessus: «La paix est menacée»; je dis «Non non, là ça va se réconcilier». (Rires). Ils ont mis quelques jours pour s’habituer à des choses pareilles. Ou alors pour un autre sujet: le sommet de Fès.

Le sommet de Fès

Sur une grande affaire internationale, la compétition est vive entre les agences, car les journaux ne reprennent que le premier meilleur papier complet, dont l’auteur garde la main pour la suite des événements.
Or l’importance de la concurrence c’est que les journaux paient en devises fortes. (Au Maroc et en Algérie avec des cacahuètes).

Au Japon, les journaux tirent à 10 millions d’exemplaires, 15 millions, deux tirages par jour. L’agence est payée au nombre de mots repris de ta dépêche. Pour une reprise de plusieurs dépêches dans la journée, le compte commence à chiffrer 10 000, 15 000 dollars par jour. Cela était important pour l’AFP car cela nous permettait de résister à la concurrence

Il y eut deux sommets de Fès, l’un en décembre 1981, avant l’invasion du Liban par Israël, le second après le siège de Beyrouth, en Aout 1982 et la perte du sanctuaire palestinien au Liban qui s’est ensuivi.

Là je parle du premier sommet: Le premier grand sommet arabe destiné à approuver le plan de paix du prince héritier saoudien Fahd Ben Abdel Aziz, en 1981. Les Marocains sont très hospitaliers. En fait leur hospitalité sert à neutraliser l’esprit critique. A mon arrivée, leur souhait de bienvenu était singulier: «Ahlan, inta daif el mamlaka» et je dis: «Non ! Je veux pas». Ils te mettaient dans un grand hôtel, ils te donnent une voiture Ils te noient dans la courtoisie. En plus, tu as l’alcool et tout, on te met les filles Je dis: «Non je veux pas».

Au terme d’une longue journée de conciliabules, le roi Hassan fait une déclaration: «Les dirigeants des pays arabes se sont réunis, et comme dans un match de foot, cette séance a constitué la première mi-temps, les ministres des Affaires étrangères se réuniront ultérieurement pour décider de la deuxième mi-temps».

Je bulletine, j’envoie un flash «échec du sommet». Toute la concurrence dit «report du sommet». Tous les grands spécialistes – les arabisants, les orientalistes, les intellectuels médiatiques… tous nous gonflent avec – «report», «demain ça va reprendre» et moi je dis: «échec». Au bout d’une heure et demie, on était les seuls sur cette voie-là, le rédacteur en chef demande de m’expliquer. Je dis «voilà, le roi a dit textuellement ceci: etc.»

Or, dans un match de foot, on sait que c’est dans un quart d’heure la deuxième mi-temps. Là, on a arrêté. Les ministres ne vont pas se réunir le lendemain pour fixer la suite. Mais ultérieurement, c’est quand ?

Après le scoop, le cousin du Roi, Ahmed Al Alaoui, rédacteur en chef du Matin du Sahara, est venu à l’hôtel et a commencé à roder, avant de finir par avouer l’objet de sa visite. Une invitation à diner dans une grande villa de Fès, –et là je vais déplaire au Algériens, mais ce n’est pas grave il faut être honnête–, j’ai eu droit à un repas somptueux, couscous avec des tadjines aux coings, mon fruit préféré, lait d’amande, avis aux amateurs, génial….la fin du repas hyper bon, le meilleur couscous de ma vie. Mais que les Algériens se rassurent toutefois, alimentairement parlant: Rien ne vaut leurs langoustes au poivre.
Dans un reportage de quinze jours en Algérie, je prenais ce plat en menu au moins dix fois. Je revenais boursoufflé à Paris par une crise de foie du fait du poivre. Pas grave, ce plat valait des sacrifices.

Constatant la mésentente et voulant sauver les apparences, le roi du Maroc a sorti cette histoire de mi-temps. J’ai volontairement tardé à fournir des explications pour accentuer notre marge d’avance, sinon tout le monde m’aurait rattrapé. L’AFP n’a pas les moyens technologiques des Américains, à une époque où les anglo-saxons disposaient déjà de téléphones portable, alors que l’AFP était encore au télex. Nous compensions par notre capacité humaine.

Pareil pour la Bataille d’Aouzou.

La Libye est un pays où j’ai dû aller une vingtaine de fois pour des séjours de trois mois en moyenne. C’était en 1986-1988 au paroxysme du conflit entre le Tchad et la Libye et de l’épreuve de force entre les Etats-Unis et la Libye dont le point culminant a été atteint par le bombardement de Tripoli et de Benghazi le 13 avril 1986. On reparlera un peu de tout ça.

Mais pour Aouzou, les Libyens sont de vantards, ils ont une très mauvaise conception du journalisme et une très mauvaise réputation.
L’agitation pour eux se substitue à l’efficacité. Un jour les Libyens claironnent une grande réalisation de Kadhafi. Nous ne pouvions prendre le risque de faire l’impasse, car Kadhafi était dans le viseur des Américains.

Je me rends donc à Tripoli vers le 20 août 1987. Leurs simagrées m’ennuyaient terriblement. Tantôt ils nous faisaient visiter une ferme agricole, –Ahhh on est en train de planter des concombres–, mais ceci ne nourrit pas un papier pour une agence internationale, juste une incidente dans un grand papier sur «l’autarcie libyenne face au blocus».

Quand tu es dans une agence internationale et logeant dans un hôtel couteux, tu dois amortir ton déplacement et produire quotidiennement des papiers d’angle sur des sujets variés.

Un jour alors qu’ils nous faisaient visiter le site antique de Leptis Magna, le grand site archéologique romain de Libye. Nous étions cinq journalistes, dans un bus pour notre transport collectif et là.

Heureusement que je parlais l’arabe, le chauffeur actionne la radio négligemment, et, surprise, à un moment donné, entre deux émissions sur la production agricole, les sites archéologiques et le tourisme en Libye, un bref communiqué. Lapidaire, il annonçait, sur un ton martial: soudirate al awamir oustourdjiaat Aouzou (les ordres ont été donnés et Aouzou a été récupérée), c’est-à-dire sous souveraineté libyenne.

Je me précipite aussitôt sur le chauffeur. J’invoque un malaise et lui demande de retourner sur le champ à l’hôtel. Là, je vais voir l’officier de sécurité chargé des contacts avec des personnalités libyennes (je suis arabisant, je m’en cagnais donc, je passais outre) et, sur un ton affable, je plaide l’intérêt qu’avait la Libye à faire droit à ma requête «Tout le monde pense que les Libyens sont des menteurs. Vous venez de sortir à la radio une info sur Aouzou. Moi je suis ici en Libye, il faut que j’aille voir Aouzou. Il me rétorque qu’Aouzou, c’est stratégique.

Je l’assure que les officiels Libyens ont annoncé sa libération.
Cela va se savoir. Il y a tous les services d’écoutes de toutes les puissances occidentales dans la Méditerranée. La VIe flotte, les Français à côté en Tunisie, tout le monde sera au courant. Dans une heure quand les choses seront alertées, je vais immanquablement recevoir un message de ma rédaction en chef pour s’enquérir de la situation. Crois-moi, vos concombres, il s‘en passent.

Personne au monde, même le mieux disposé à l’égard de la Libye, ne pourra gober que cinq journalistes représentant la presse occidentale ont été «conviés», -autrement dit ont été autorisés à avoir un visa d’entrée-, pour des âneries du genre inauguration de fermes agricoles.

Je voudrais parler à ton ministre dans les meilleurs délais. Peu de temps après, le ministre arrive. Je lui tiens le même discours: «Vous passez pour des menteurs ? Donnez-nous la possibilité d’apporter la preuve du contraire. Il faut qu’on y aille. Protestation.

Je réitère ma demande: «Il faut qu’on y aille sinon vous êtes morts. Demain, s’il n’y a pas un papier sur Aouzou, vous êtes morts. Quelle que soit ma bonne volonté, vous êtes morts. A 11 heures du soir, j’étais là à passer le temps en pestant contre la bêtise bureaucratique quand, soudainement, un factotum, m’interpelle: «toi, fawran aal matar ! Comment ça immédiatement à l’aéroport ?
On est cinq. Tu crois qu’un journaliste d’origine arabe se rendant seul à Aouzou, son récit allait être crédible? J’ai besoin de photographe aussi (rires) et ce serait bien que dans le groupe figurent des Américains et des Anglais.
Ils ont bien percuté cette fois. C’était bon pour moi. On était cinq et bien panachés (français, anglais, américains). A l’aéroport, nous sommes directement dirigés vers l’avion présidentiel de Kadhafi avec, comme de coutume, les amazones. Splendide ! Mais, elles, c’est la réserve spéciale du Guide. Boeing. Une heure de vol.

On atterrit à Aouzou. Au camp militaire d’Aouzou, la base d’Aouzou qui est à 200 kms en hélicoptère du fort d’Aouzou, le lieu symbolique de la bataille. Hôte du colonel Achraf Rifi, le commandant en chef des légions libyennes. On passe la nuit dans un lit de camp comme ça, il fait froid dans le désert dans les hauteurs, beaucoup de thé, beaucoup de thé et à six heures du matin on nous prend par hélicoptères et au bout de deux heures de vol on arrive à la base. Là il y avait un corridor qui mène au fort, un couloir parsemé de trente cadavres, d’une dizaine de voitures calcinées.

Autant on gelait à six heures du matin, autant la chaleur était suffocante à midi. Je demande à retourner à la base. La restitution d’Aouzou avait été annoncée la veille et vingt-quatre heures après par encore le moindre papier. C’était le 31 août. A la base d’Aouzou, je vais voir le colonel Rifi.

J’ai dit «Ecoute, j’ai vu Aouzou, j’ai suffisamment d’éléments, j’ai besoin de communiquer avec Paris. On est à deux heures de vol de Tripoli ; on est à 1500 km. Si j’arrive le soir, tout est mort. J’ai besoin d’une liaison satellitaire. Il me dit mais il y a les avions Jaguar qui nous surveillent. J’ai dit je serai très bref, très bref.

Tu sais je vais te dire une chose: il y a Madonna au parc de Sceau avec Jacques Chirac, je me rappelle, il faut regarder dans les archives et le championnat du Monde d’athlétisme à Rome. Deux grands événements, le 31 août, en plein été et moi je vais parler d’une bataille d’Aouzou alors que les trois quart de l’humanité ignorent où est niché ce trou. Il faut que je balance le papier en précisant qu’il est sous contrôle libyen.

Je suis autorisé à parler «mais pas plus de deux minutes parce qu’ils peuvent nous repérer avec leurs liaisons satellites». Je ne veux pas être le seul narrateur, pour ma crédibilité, je dois y associer les autres confrères.

En 40 secondes, dans un état de grande concentration, je balance une info qui se devait d’être brève, significative, substantielle et indubitable. Une dépêche mémorable: «Le drapeau vert libyen flotte à nouveau sur le fort d’Aouzou, reconquis par les libyens le 31 août, à la veille de la fête nationale libyenne du 1er septembre. Stop»

A l’attention de la rédaction en chef: Faites vos développements sur la base des encadrés, les présences française au Tchad, l’historique du conflit, le temps de retourner à Tripoli. A notre arrivée à l’aéroport de Tripoli, il y avait une foule: Ahhhhh !!!! Le libérateur d’Aouzou! J’ai dit comment ça ? Moi je n’ai rien fait.
On me dit mais la BBC, depuis l’après-midi elle dit: al aalam al akhdar yourafrifou moudjaddadene aala Aozou naklan aan mourassil wikalat al akhbar al farançia.

J’ai dit nonnn, Je ne suis pas le libérateur, mais je sais mieux rédiger des dépêches d’agence que votre agence, qui a placé l’information capitale en huitième ligne. C’est tout.

J’arrive à l’hôtel, le téléphone sonnait depuis Paris. Le standardiste m’avise que Paris m’appelait régulièrement chaque quart d’heure. Je leur balance les vingt premières lignes du papier et nous convenons d’un running, c’est à dire de faire courir l’info, autrement dit alimenter le fil de l’AFP à raison d’un papier subdivisé en une dizaine de parties chacune de vingt lignes jusqu’à épuisement du sujet.

A Aouzou, ils avaient fait quelque chose mais leur logomachie a failli faire tout capoter. Ils avaient récupéré Aouzou, soit. Mais ce n’était pas la peine d’expliquer cet exploit en racontant le livre vert sur l’économie consignant la pensée d’Al Kaïd al Adhamm. Leur importance se mesure à la longueur de leur sialorrhée, de leur salivation.

D’où l’importance de la présence sur le terrain. En Libye, à un moment donné, il y avait 400 à 500 journalistes sur place en permanence. Les hôtels étaient bondés. Des ferries Boat étaient affrétés pour loger les journalistes en surnombre. Puis la lassitude est intervenue, la Libye a été désertée. Mais nous, en tant qu’agenciers, nous ne pouvions nous permettre ce luxe. Nous devions subir cette comédie libyenne, être tout le temps présent, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige.

Ce fut un gros coup. D’où l’utilité d’une biculture. Un avantage de connaitre la langue de travail et les habitudes des pays que tu couvres. A tort ou à raison, nous étions perçus comme meilleurs que les autres pour le tiers-monde arabo-musulman.

Le scoop de la mort de Nasser

Un autre scoop enfin, le dernier, la mort de Nasser. J’ai été rapatrié de Jordanie à Beyrouth pour couvrir les manifestations anti jordaniennes du septembre noir et le sommet arabe du Caire chargé de la réconciliation jordano-palestinienne. On m’a fait revenir par avion pour aider le bureau de Beyrouth à couvrir ces événements, alors que je sortais de trois mois de guerre civile sous les bombes.

C’est formateur pour la discipline de l’esprit d’autant qu’en Jordanie, je faisais l’expérience d’une guerre civile, avec intervention des chars et des avions contre la population. Tragique expérience que je revivrai à Beyrouth et ailleurs. En fin de journée, alors que le sommet du Caire s’achevait et que le président Nasser raccompagnait ses hôtes, la radio égyptienne s’est mise à diffuser de la musique classique occidentale, chose curieuse pour un pays arabe, alors qu’habituellement pour les événements annonciateurs d’importantes nouvelles, c’est plutôt Oum Koulsoum ou Fayrouz.

Cela a été le premier signal intrigant. Puis ce fut les versets du Coran. L’événement s’annonçait plus gave que prévu. Lorsque, le présentateur de Radio Le Caire, la voix cassée par la douleur, annonçait siyadate naib arraiiisss, fakhamat Anouar Sadat ssayoukhatib al oumma al arabiya, (son excellence le vice-président Anouar Al Sadate va s’adresser à la nation arabe) .il ne fallait plus tergiverser, le doute n’est plus permis. J’ai préparé le flash: Nasser est mort. Officiel.

Dès que Sadate a commencé à parler «intakala ila rahmatihi ta’allah», j’ai bultiné à Paris: Nasser est mort officiel. Radio Le Caire nous a suivi 30 secondes après.

A Paris ils étaient malades, comment a-t-on pu battre le Caire ?
Très simplement, nous avons anticipé et nous ne sommes pas contentés d’un réflexe bureaucratique d’attendre la fin du communiqué pour réagir.

De cet épisode, je garde le souvenir ému du professionnalisme du service arabe de la BBC, auteur du meilleur faire part du décès. Pour un personnage aussi grand que Nasser, je m’en souviendrai toujours: intakala ila rafikihi al aala. (Il est allé rejoindre son compagnon en haut lieu), Il fallait y penser. Quelle culture, hyper classe de classe.

Internet et la communication moderne

J’aurai été étouffé s’il n’y avait pas eu internet. Quand on est à contresens et non conformiste, il y a peu de chances de plaire aux princes.

Longtemps je ne savais pas ce que je voulais faire, mais je savais instinctivement ce que je ne devais pas faire: tout ce qui faille à l’honneur et à la dignité des hommes. La corruption, la facilité, les pistons. J’avais pour principe, dès que j’ai eu des responsabilités, de ne jamais coucher avec mes subordonnées, de ne jamais recevoir de cadeau. Sauf de l’Algérie. J’avais une faiblesse: ils m’offraient chaque année à Noël une caisse de Cuvée du Président… ça quand même! Six bouteilles, c’est rien ! C’est le seul cadeau que j’acceptais!

J’avais comme point de mire Abdel Khaleq Mahjoub et Hachem Al Atta. Je leur ai dédié mon livre «Aux origines de la tragédie arabe». Je ne suis pas communiste, mais ils ont participé au plus grand parti communiste arabe, et au moment de leur mort, ils ont fait preuve d’un courage remarquable. Ils ont été exécutés. Mais avant, ils ont dit “Bismillah Ar-Rahman ar Rahim” et ils ont chanté l’Internationale.

Comme référence, j’avais aussi Ernesto Che Guevara, qui a été jusqu’au bout de sa conviction, qui voulait faire l’unité de l’Amérique latine. L’ensemble arabe…. tantôt on est Romains, on est Hanbalites, Chaféites. Non ! Non ! On appartient à la géosphère culturelle arabe ; on peut aller de la Mauritanie jusqu’au Bahreïn en parlant une seule langue, il y a une similitude, une convergence culturelle, spirituelle. On mange de la même façon, on peut manger à la main ou à la fourchette, il y a la civilisation de la semoule et la civilisation du riz mais c’est la même continuité géographique. Tu pars de la Mauritanie en voiture; tu arrives à Bahreïn, il n’y a pas de problème. La référence à Mahjoub et à Guevara, c’est parce que je pense que le monde arabe sera asservi tant qu’il n’aura pas atteint un seuil critique qui se posera en interlocuteur crédible de la scène internationale.

J’espère qu’on dira de moi un jour que j’ai été cohérent avec mes options de base qui ne sont pas subversives: être correct dans la vie, être honnête, ramasser la personne qui tombe dans la rue, partager. Je me fais aussi un point d’honneur de ne jamais être en colère.

Les incidences politiques à ce choix. Un handicap propagatoire.

Par exemple, un haut responsable du renseignement français qui me dit: “je vous lis intégralement!” Et mon malheur, c’est que moi je m’adresse au monde arabe. J’ai quand même la chance d’être repris par des sites libanais francophones, et au Maroc, au Maghreb aussi, je suis lu aussi dans l’ensemble arabo musulman d’Europe occidentale qui est généralement francophone, mais j’aurais bien voulu porter ma voix au Yémen en arabe…Certains papiers ont été traduits en espagnol.

Dans mes précédentes fonctions, à l’AFP notamment, je me suis surtout soucié d’offrir une vue distanciée des faits et des hommes, une grille de lecture synthétique de l’actualité, laquelle, du fait de ma triple culture franco arabo africaine, était nécessairement à contre-courant d’une vision exclusivement européocentriste du monde.

Mon principal souci était d’exposer en des termes accessibles à l’opinion occidentale –par définition la première destinataire de mes analyses– les raisons des réticences arabes, africaines, asiatiques à l’égard de l’unilatéralisme occidental et ses dangers potentiels.

Désormais, je cible plus spécifiquement le lectorat de l’Europe continentale. Celui-ci abrite en effet le plus fort contingent d’émigrés du tiers monde. Il se situe en outre au sein de l’un des centres majeurs de production des valeurs intellectuelles et économiques du monde occidental. Mon but est d’offrir une lecture en contrechamp sur les faits et les méfaits de la globalisation marchande de la planète, d’une part, et de la financiarisation de la vie publique, d’autre part. Car, de par son contact avec la modernité occidentale et la préservation de ses traditions, la communauté immigrée de l’ensemble européen a pour vocation de servir de tremplin à la renaissance des pays arabo africains.

Internet et la nouvelle donne d’information.

A sa parution en 2002, «Du bougnoule au sauvageon », voyage dans l’imaginaire français », (Editions l‘Harmattan), a fait l’objet d’une recension limitée dans la presse française. Certes, le titre pouvait paraître provocant. Il constituait en fait un raccourci saisissant des termes de stigmatisation qui ont marqué en France l’étranger du début à la fin du 20e siècle. Ce titre avait pour fonction, de même que l’ouvrage, de provoquer un choc salutaire. L’Internet m’a permis de développer une stratégie oblique de contournement de l’ostracisme des grands organes d’information français. Internet permet de briser le mur du silence.
N’oublions pas que «Du bougnoule»… est paru en 2002, soit deux ans avant le vote de la loi sur le rôle «positif» de la colonisation et quatre ans avant le film Indigènes.
Et dire qu’à l’époque de sa sortie, le directeur de la collection de la maison d’édition était très réticent à la parution de l’ouvrage dont il jugeait le thème «dépassé»… Au fond, c’était un prétexte. En fait les élites françaises n’ignorent rien de la face hideuse de l’histoire de France, mais cherchent à l’occulter dans leur enseignement pour préserver leur rôle prescripteur et la posture moralisatrice de la France.

La France est un pays qui pratique la fuite en avant. Jamais d’introspection, toujours des prospectives. Comment expliquer autrement cette cascade de désastres militaires qui jalonnent l’histoire de France depuis plus d’un siècle (Waterloo, Fachoda, Sedan, été 1940, etc.) ? La France est quand même le seul pays au monde à devoir sa liberté et son indépendance aux peuples basanés. La chose a beau s’être produite à deux reprises au XXe siècle, la France se maintient dans le déni, une fuite en avant.
La France reste tout de même le pays qui aura le plus réprimé les peuples d’Outre-mer, de façon parfois presque compulsive. Comme pour gommer symboliquement la contribution décisive de ces derniers à sa survie…De surcroît, la France est aussi le seul pays qui a développé la notion de «fusible». Il s’agit d’un procédé qui consiste à faire payer à un subalterne innocent la faute de son supérieur coupable. Le vocabulaire politique français est d’ailleurs riche de notions telles que «responsable mais pas coupable», «emplois fictifs», «responsabilités fictives». Cela n’est pas anodin. Cela assure notamment aux élites diplômées des grandes écoles une rente de situation à vie, à l’abri de la flexibilité et de la précarité, bref à l’abri du lot commun de la piétaille.

Les supports fiables dans le domaine de l’information

En fait, le support importe moins que le contenu et l’auteur. Un journaliste crédible le demeure sur tout support. Sauf à se désavouer et à s’exposer à une perte de crédit, il n’admettra pas la compromission de sa pensée.
Mais Internet offre une marge plus importante qui permet à un journaliste de ne pas tenir compte des pesanteurs socio culturelles d’un vecteur qu’il sollicite pour la diffusion de ses écrits. Salarié dans une entreprise de presse des grands médias, le journaliste doit intégrer une sorte de rétention mentale induite par la structure capitalistique de son entreprise et de ses orientations idéologiques de son employeur.

Il dispose de ce fait d’une marge de manœuvre forcément réduite, alors que sur la toile, le travail se fait généralement à titre gracieux. A cet égard, mes contributions aux divers sites de la gauche démocratique arabe ou internationale, Mondialisation.ca, pour le continent nord-américain, et, rebelion.org, pour l’Amérique latine, de même qu’à Oumma.com, l’un des plus importants sites de France, répondent d’ailleurs à ce souci de participer au travail d’éveil politique.
En offrant une lecture en contrechamp de l’actualité, je vise à développer l’esprit critique et à prévenir ainsi une anesthésie mentale, un engourdissement intellectuel des lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, qui sont nombreux à ignorer les mécanismes de circulation de l’information et les subterfuges de la désinformation.

Avec le développement des chaînes satellitaires transfrontalières, les nouvelles technologies de la communication et les nouveaux modes de transmission de la pensée, la communication a tendu à se substituer à l’information. Ses dérives nous renvoient à la propagande de base des régimes totalitaires, propagande que les pays démocratiques sont pourtant censés combattre
Le «neuro marketing» a notamment été affiné lors de la dernière campagne présidentielle française, en 2007. Les publicitaires utilisent désormais une technique qui permet de déterminer la combinaison média idéale pour permettre la meilleure pénétration du message. En gros, quels médias choisir pour que ma publicité rentre bien dans la tête du consommateur.

Dans le jargon professionnel, l’étude vise à déterminer l’impact d’un message publicitaire sur la «mémoire explicite», c’est-à-dire la mémoire consciente, ainsi que sur la «mémoire implicite», qui correspond à ce que le cerveau enregistre à l’insu de la personne. C’est là le travail de véritables «maîtres de l’embobine», chargés de gérer l’opinion publique.
Mais ne nous leurrons pas: la profusion des vecteurs hégémoniques et de leur approche globalisante – les mêmes mains contrôlent à la fois le contenant et le contenu, la production et la distribution, porte en elle le risque réel d’un dévoiement de la démocratie, via les manipulations auxquelles les opérateurs du champ médiatique sont tentés de procéder en vue de la satisfaction d’objectifs personnels. Or ces objectifs personnels peuvent, à terme, se révéler fatals tant pour la liberté de pensée que pour la démocratie.

Ma prise de conscience de la Palestine

Très honnêtement, je n’avais aucune notion de la Palestine durant toute ma scolarité jusqu’à ma maîtrise en droit en 1967 – maîtrise en droit public et sciences politiques. C’est au moment de mes examens finaux qu’il y a eu la guerre de 1967, la catastrophe, la mobilisation… nous étions complètement déstabilisés et tellement consternés par tout ce qui se passait que, je me rappelle, avec un groupe d’étudiants nous nous étions rendus à l’ambassade d’Egypte à Dakar demander aux Egyptiens ce qu’on pouvait faire en tant que volontaires et quelle aide pouvions-nous apporter. Bien évidemment, on nous a refoulés.

Moi, franchement, le mot Palestine ne me disait rien. Oui, il y avait la Palestine de la Bible et de la notion chrétienne, car j’étais éduqué chez les Jésuites, sans plus. Par la suite, j’ai décidé pour mon Doctorat, qui était prévu à Aix en Provence, sous la direction du Professeur Boulouis, j’ai décidé de bifurquer et d’aller au Liban opérer ce qu’Aimé Césaire a qualifié «un retour au pays natal». Je maîtrisais très mal l’arabe et je me suis tout de suite rendu compte de l’énorme décalage, du mode de vie, même sur le plan de l’environnement, entre Orient Occident.

Dans la rue, dans les banques ou simplement au cinéma, à Beyrouth la population faisait preuve d’un désordre difficile à imaginer ailleurs; pas de queue, pas de priorité. J’ai compris que c’était par là qu’il fallait commencer. Commencer par cadrer le désordre ambiant qui est généreux et créatif mais contrariant.
C’était franchement un choc déclencheur et cela a induit une réflexion profonde sur le comportement des gens, leur relation sociale. J’ai rencontré au Liban une société ostentatoire où les gens gagnaient très peu d’argent et faisaient en sorte de s’habiller très richement pour paraître. C’était l’économie d’ostentation des sociétés primitives. Parfois, les gens s’endettaient à mort pour acheter des choses et apparaître riche ou aisé. Une sorte de frustration ambiante dans une société de consommation très exacerbée dans le consumérisme.

Dans cette ambiance, je faisais des études et cherchais du boulot. Là, j’ai répondu à une annonce dans un journal qui cherchait un arabe qui parlait bien le français pour être recruter à la presse.
On m’a testé et on m’a dit que «pour un arabe vous parlez bien français». Ça a été ma chance. Avant que je sois embauché, alors que je venais de m’inscrire à la Faculté de Droit, il y a eu le raid israélien sur l’aéroport de Beyrouth, qui a démoli toute l’infrastructure de l’aérogare et la totalité de la flotte commerciale.
Des représailles israéliennes, comme on dit à chaque fois qu’Israël se livre à des agressions… pour riposter à un raid palestinien qui a eu lieu en haute Galilée. J’étais stupéfait que le Liban reste passif, même pas l’ombre d’un cri ou d’une riposte.

Le commandant en chef assistait au mariage de sa nièce et n’a pas jugé bon de se soustraire à la cérémonie. Et à l’époque, la stratégie défensive reposait sur un axiome d’une bêtise: «On ne riposte pas : la force du Liban, c’est dans sa faiblesse». Une bêtise monumentale qui nous a entraîné par raccourci à la balistique du Hezbollah. Je vous en parlerai plus tard. J’étais un peu interloqué et j’avais mes études à faire. Mais les études, le cursus universitaire, c’est une chose ; après, y avait cette désagrégation flagrante du monde arabe qui m’était jusqu’alors inconnue.

Ce raid israélien a constitué de représailles à la première opération palestinienne à partir du Liban, 1968. Je me suis rendu avec mon frère – qui sera par la suite un brillant professeur de philosophie à l’Université américaine de Beyrouth – à l’aéroport, qui n’était pas gardé. On se dirige sur le tarmac, des para commandos libanais arrivent et nous interrogent sur un ton martial: «D’où êtes-vous venus?» On leur répond: «De là» – c’était en fait le chemin qu’avait emprunté le commando israélien.

Les personnalités politiques marquantes de mon parcours professionnel

Georges Habbache. L’archange de la Révolution. Il aurait pu faire une carrière, mais il a continué, même dans la clandestinité, à soigner les pauvres. Il a eu un salaire invariable de 300 dollars par mois pendant les 40 ans de sa carrière. C’est un exemple à donner au monde arabe et à d’autres mondes aussi. 300 dollars. Un médecin d’une grande famille. Il a abandonné sa clinique, il a abandonné tout.

Il y a aussi Nasser, si modeste, le général Abdel Moneim Riad, les soudanais Hachem Al Atta et Abdel Khaleq Mahjoub, Nelson Mandela aussi, et Frantz Fanon er Aimé Césaire, Francis Jeanson, le “porteur de valises”. En France, il y a Emmanuel Todd et Eric Hazan, deux intellectuels pour lesquels j’ai du respect. Ce sont des exemples d’intégrité et de courage. Naturellement, enfin, Hassan Nasrallah.

A propos de l’Algérie

Nous sommes en 1983. L’AFP m’envoie, à Alger, pour la couverture journalistique du premier Conseil National palestinien post Beyrouth après le dégagement des Palestiniens de leur sanctuaire libanais. C’était en janvier – février. Tous les dirigeants palestiniens dispersés aux quatre coins du monde arabe, (Alger, Amman, Bagdad, Damas, Ryad, Sana’a, Tripoli) devaient s’y retrouver après la tourmente.
J’y vais avec beaucoup d’émotion tant pour ce sommet inter palestinien que pour le pays hôte, le partenaire le plus loyal à la cause palestinienne avec Beyrouth.

Sur place, j’étais logé à l’hôtel Al-Aurassi. Première constatation est bien sûr ma stupéfaction devant l’état d’encombrement de la capitale algérienne. Les embouteillages, les ruptures fréquentes d’eau et de courant. Encore à Al-Aurassi, nous étions mieux lotis que d’autres collègues, présents lors de cet évènement, pour qui c’était tout simplement infernal.
Un jour j’en avais marre de cette situation de morosité d’Alger. Alger était quand même la plateforme révolutionnaire du tiers-monde au même titre que Beyrouth durant la décennie 1960-1970, la situation dont laquelle était plongée n’était pas l’idée qu’elle devait donner d’elle-même. Parce qu’il arrive parfois qu’on aime les Algériens pas pour leur caractère, mais pour leur histoire, leur combat, la prodigieuse décennie diplomatique qu’ils ont offert aux Arabes sous le tandem Boumediene Bouteflika (1970-1980). Arafat à l’ONU, L’accord irako iranien d’Alger sur la délimitation des frontières entre les deux pays, le nouvel ordre mondial de l‘information, les négociations pour la libération des otages américains à Téhéran, l’exfiltration de Carlos en guise d’épilogue à la prise d’otages de l’OPEP à Vienne en Décembre 1975) et tutti quanti.

Et donc, j’ai, comme on dit dans le jargon journalistique, torché un papier audacieux, secoueur et provocateur, pour le plaisir de secouer. La chute de ce papier était terrible: «Alger est la ville la plus triste de la Méditerranée au même titre que Tripoli -Libye».

Je vaque à mes occupations et le lendemain je retourne à la conférence pour suivre les travaux préparatoires. Du coup y a une limousine qui s’arrête au siège de la conférence au club des pins.
Ce sont deux amis très haut placés qui sont venus me voir. Il s’agissait de Mohammed Yazid, l’ancien porte-parole du GPRA, ambassadeur d’Algérie au Liban et auprès des Palestiniens et le deuxième personnage, ce n’est rien d’autre qu’Abdel Hamid Mehri, un pur arabisant dont le prénom s’identifie à un autre prénom d’un sultan de l’Empire. A l’époque, Mehri était le secrétaire général du FLN, c’est-à-dire un homme très influent du régime algérien.
Ils me prennent en Limousine et Yazid me dit: «René, personne ne te contestera à Alger. On te respecte beaucoup. Mais moi je voudrais juste savoir une chose: Pourquoi tu as dit qu’Alger était au même titre que Tripoli?». Mon papier était bien sûr dans le sens de les faire réagir. Et dans la nuit, je le jure, mais c’est terrible, dans la nuit on mobilisa engins et camions pour installer des lumières et des guirlandes.

L’armée est descendue pour badigeonner les murs et refleurir les guirlandes comme par enchantement pour toute la durée de la conférence. Les choses se sont déroulées dans les normes conformément à Alger qui devait être une ville riante et remplie d’histoires.
Alger, aussi morose et triste soit-elle, avait quand même une importance particulière dans le monde arabe. Avec Beyrouth. Alger et Beyrouth étaient les deux plates-formes continentales révolutionnaires du monde arabe. Beyrouth y avait les Palestiniens et les opposants des pétro monarchies du Golfe, avec en sus, les Erythréens, Somaliens, Kurdes, Turcs, Arméniens. Alger se réservait le tiers-monde africain, en pleine période de décolonisation. Avec cerise sur le gâteau les «Blacks Panthers» américains et leur chef Stockeley Carmaekel.

J’ai vécu les déchirements de l’Algérie comme les miennes propres et le drame algérien m’était d’autant plus compréhensible que les hasards de la naissance et de la profession m’ont conféré, à Beyrouth, dix ans plus tôt, une sorte d’antériorité dans la tourmente. Nullement une rente de situation, mais une expérience anticipée qui me valait d’avoir été le témoin de semblables tourments et de leurs débordements parfois intempestifs et injustifiés.
La solidarité de l’Algérie a été sans faille avec les Palestiniens massacrés en Jordanie (1970), ou assiégés avec les Libanais à Beyrouth (1982), pour les suppliciés Soudanais à Khartoum (1972), pour les Vietnamiens brûlés au napalm par les américains (1970-1975), pour les Noirs américains des ghettos déroutés par l’assassinat de leurs chefs charismatiques, Malcolm X ou Martin Luther King, ou encore pour les latino-américains mitraillés à travers Che Guevara en Bolivie (1967) ou pulvérisé avec la destruction du palais présidentiel de Salvador Allende au Chili (1973).
Le seul cadeau que je recevais, d’ailleurs, durant les 10 ans de mon mandat au service diplomatique de l’AFP à Paris, était un cadeau algérien, qui me parvenait via les services diplomatiques de l’Algérie, de la Présidence algérienne. Un cadeau royal pour une République. Chaque année à Noël, je recevais un coffret de «La cuvée du Président». La Présidence de l’Algérie m’offrait ce cadeau depuis Boumediene. Je n’ai pas eu beaucoup de contact avec Boumediene, mais beaucoup de souvenir avec Mohamad Al Yazid, ambassadeur algérien au Liban.
En pleine guerre civile au Liban, il traversait les balles pour me rejoindre à l’AFP pour discuter avec moi, mettre les points. A l’époque, il y avait beaucoup de pénurie, de temps en temps, il envoyait sa voiture avec ses gardes de corps pour un simple couscous. J’avais très fréquemment un bon couscous.

Bouteflika

On peut lui reprocher une mauvaise accommodation de la langue arabe par rapport au contexte historique de l’Algérie, jeune pays indépendant, mais il était moralement un très grand chevalier. J’ai beaucoup discuté avec lui. J’ai eu beaucoup de souvenir avec Bouteflika aussi. Il y en a un particulièrement alors qu’il était ministre des Affaires étrangères: lors de la conférence islamique de Kuala Lumpur, 1973-1974, j’étais dans un pays anglophone et Reuters notre concurrent principal avait un important bureau à Singapour et l’AFP m’a envoyé moi spécialement, un francophone dans un pays entouré de très grands trusts anglophones.
Un jour j’étais dans la cafétéria de l’hôtel où se déroulait la conférence. Je connaissais Bouteflika, je l’avais déjà vu à Benghazi, en Libye, et ailleurs, très courtisé tant par les journalistes que par les secrétaires; Très apprécié, brillant et à l’aise; Il comprenait les besoins. La manière avec laquelle il a débarqué avec Arafat aux Nations Unies en 1974, durant la présidence de l’Algérie, était formidable.

Un jour en reportage en Malaisie, à Kuala Lumpur, où l’ordre du jour portait sur la sécession musulmane de l’Ile de Mindanao aux Philippines, je me sentais défavorisé par rapport à la concurrence, en surnombre.
Revenant à l’hôtel pantois, ne pouvant faire valoir mon point de vue face aux médias anglophones, tout se passait en anglais. J’avais accès aux documents en arabe, le temps de les traduire, les traiter, faire la synthèse et les envoyer à Paris dans les autres langues… j’étais mort par la concurrence sur cette affaire et j’avais un minimum de 8 heures de boulot. J’ai croisé M. Bouteflika dans les couloirs de la conférence et lui exposait le handicap structurel que représentait une conférence tenue dans un pays anglophone. Il n’a rien dit. Un quart d’heure plus tard, je vois un membre de son entourage venir avec un dossier dans un porte-document, qu’il pose visiblement sur le bar. Il commande un Perrier, et, s’adressant au Barman, pas à moi, lui annonce qu’il allait revenir dans une heure.

J’avais compris que j’avais une heure pour prendre connaissance des résolutions du communiqué final. Tout se passait dans l’implicite, l’autre revient une heure après et reprend, sans me regarder sans rien, le dossier en s’excusant d’avoir oublié ses affaires sur le bar. C’est cela l’élégance et le sens de l’intelligence. Enfin, j’ai commencé à rédiger.
La séance finale se prolonge, finalement. Entre-temps, j’avais tout lu, tout transmis à l’AFP, les résolutions et les éclairages nécessaires. Au fur et à mesure que le porte-parole de la conférence lisait le communiqué final, les dépêches AFP tombaient. Les gens étaient abasourdis. J’ai beaucoup apprécié cette sympathie de Boutef. Il était un homme bien et on rigolait parfois dans les coulisses.
La dernière rencontre avec Boutef c’était à Paris. C’est la première fois que je raconte cette histoire: Un jour, j’étais de service à l’AFP Paris. A la réception, on me dit que quelqu’un voulait me voir: c’était Abdelaziz Bouteflika en voiture. Il me dit voilà, je suis accusé injustement de détournement et je voudrais passer mon communiqué à l’AFP. Un personnage public attaqué a droit de réponse. Et pour Boutef, il avait droit à plus que le strict droit… «Pour Arafat à l’ONU, et pour tout ce que avez fait pour la cause arabe» lui ai-je répondu.

Il suivait un traitement médical ou il avait froid, il n’est pas sorti de la voiture. J’étais gestionnaire du dossier du Monde arabe au service diplomatique de l’AFP, j’assumais toutes les conséquences. Il était accusé et il répondait. J’ai sorti le communiqué, trois feuillets. Quelques jours après, Alger réplique sans qu’aucune personnalité algérienne ne m’ait fait de reproche. Ils avaient compris que ce que je faisais était professionnel et non de la complaisance. Il est ensuite revenu avec son frère, Saïd, qui faisait des études de médecine à l’hôpital Saint Antoine.
Si je devais être pénalisé pour une personnalité pareille, une histoire pareille, mon histoire personnelle n’est rien à côté de la sienne. Le sens du devoir, pas de la complaisance, c’est quand même valorisant. Par respect pour son parcours, c’était le minimum que l’on pouvait faire pour le commandant Si Abdelkader. Je n’avais besoin d’aucune autre raison pour le faire, ni d’une caisse de Whisky ni d’une boîte de cigares.
Tous ces grands démocrates, porteurs de civilisation, donneurs de leçon, devraient pourtant se souvenir, dans l’intérêt de la crédibilité de leur message universel, de cette règle d’hygiène morale, qu’ils devraient ériger en ligne cardinale inaltérable: Nos amis sont nos amis, nos ennemis sont nos ennemis, mais les ennemis de nos ennemis ne sont pas nécessairement nos amis.

Comment résumer mon parcours?

Gène rebelle serait le terme qui convient le mieux. Gène rebelle. Mais avec beaucoup de maturité journalistique. Une discipline aussi.
J’ai toujours considéré qu’un étranger dans une société occidentale doit être irréprochable parce qu’on lui demande plus. Parce qu’ils s’imaginent qu’ils ont un droit acquis d’être chez eux et toi tu dois être mieux qu’eux: irréprochable. De sorte que tout au long de mon parcours j’ai évité la facilité.

Une histoire marrante illustre bien leur état d’esprit: Un jour, j’étais saturé de politique étrangère, j’étais venu du Liban, rappelé en France. Je suis arrivé en France en 1978, l’Algérie était rattachée au desk France, la Tunisie à l’Afrique. C’est pour dire un peu les survivances coloniales.
Ce qui m’a amusé, on a voulu m’affecter au Moyen-Orient, à mon arrivée à Paris. J’ai dit non. Les Arabes ne parlent pas aux Arabes tout le temps. Je vais changer pour en apporter la preuve. Je me suis alors occupé de l’Asie pendant six mois pour me désintoxiquer du Monde arabe, pour changer d’air et m’occuper aussi d’autres pays comme l’Inde et le Pakistan. A un moment donné, quand j’ai été affecté au service diplomatique, c’était intensif: il y avait la guerre irako-iranienne, la guerre libanaise, l’Intifada, les algéro-marocains, Tchad-Libye. Je tournoyais tout le temps. Je venais deux à trois jours à Paris pour repartir aussitôt.

Parfois je venais à l’aéroport et je repartais aussitôt le même jour. Au moment du 2eme sommet de Fez, Août 1982, je suis accueilli, à mon retour, par le correspondant de l’AFP auprès de l’aéroport avec un mot de la rédaction en chef me renvoyant à Rome où devait arriver le lendemain Yasser Arafat, le rescapé de l’enfer de Beyrouth, pour une audience au Vatican.
Quelle journée épouvantable: A mon arrivée à Rome, nouveau rappel de la rédaction en chef, me sommant de faire dans l’urgence un papier sur les conséquences diplomatiques de l’assassinat ce même jour de Bachir Gemayel, le chef des milices phalangistes libanaises, qui devait prendre le lendemain ses fonctions comme président de la république libanaise. Pas d’état d’âme, ni de vapeurs. Il faut juste phosphorer vite et bien. Sinon tu es mort. Tu deviens un tricard de la profession.
A un moment donné, j’ai éprouvé le besoin de prendre du recul pour enrichir ma pensée, en me coupant des zones habituelles de couverture journalistique. Mes papiers sur la Libye ont plus d’authenticité parce que j’ai intensément couvert la Libye sur une longue période. Un jour, j’ai coupé complètement avec la Libye, volontairement. Ne plus parler de la Libye ni lire, avant d’y retourner, pour comparer ma mémoire visuelle affective à la réalité nouvelle et enrichir ainsi ma réflexion et ma documentation. C’est pour cela que mes papiers ont de l’authenticité.

De même pour le Liban, ma plus grande surprise. Je suis retourné à Beyrouth après 10 ans d’absence alors que j’avais couvert la guerre: La place des Canons, que j’avais emprunté des milliers de fois, je ne l’avais pas reconnue.
La place centrale de Beyrouth là où maintenant trône le mausolée Hariri, j’ai mis du temps à la retrouver car les vieilles maisons, les vieux souks, les vieilles ruelles, tout ça, a été rasé par les bulldozers de Hariri; qui a fait main basse sur la ville. La place Hariri est en fait l’ancienne Place des Martyrs baptisée ainsi à la mémoire d’une trentaine d’indépendantistes libanais chrétiens et musulmans pendus par les Turcs. Ils luttaient, eux, pour l’indépendance, alors que le milliardaire saoudo libanais œuvrait, lui, pour l’asservissement du Liban à l’ordre israélo-américain-saoudien. Et il prend leur place.
Le recul a parfois du bien. D’un seul coup, il te fait la radioscopie du lieu.

Comme je saturai de m’occuper du Monde arabo-musulman, je postule pour Dakar, mon pays de naissance, un retour aux sources, un ressourcement, langouste et mangues. Ma rêverie a été de courte durée, brisée net par le directeur de l’information: M. Naba, vous faites partie des 20% productifs d’une entreprise, l’AFP comptait 2000 journalistes. Vous faites partie de la minorité qui fait tourner la machine. Et vous vous êtes parmi les 10% confirmés.
Donc, à la rigueur, je vous dis honnêtement ce qu’on pense de vous: vous pouvez postuler à Hanoï, à Téhéran et quand on vous aura essoré jusqu’à 50 ans, on vous proposera alors Nice ou Cannes comme poste pour…
Amusant la notion qu’ils avaient des choses. Il faut donc de la rigueur. Le regard de l’étranger, un regard paternaliste: Il importe en toute circonstance de soutenir une concurrence intellectuelle, soutenir la comparaison au niveau intellectuel. Quand bien même, ils t’abreuvent quotidiennement de gros mots du genre, égalité, fraternité, ils sont fondamentalement, médulairement, c’est-à-dire jusqu’au plus profond de leur la moelle épinière, raciste.

Je parle d’expérience. Dans les conseils d’administration, à l’époque où j’étais conseiller du directeur général d’une radio internationale en France, il y avait des débats qui se passaient et parfois les recettes ne rentraient pas. Moi je m’occupais de l’information, je suivais vaguement cet aspect des choses, parce que dans un conseil d’administration on parle de la politique de l’information, de la politique financière, des recettes, des dépenses.
Et un jour, le directeur, dont j’étais le conseiller, lâche d’une manière abrupte: «Vous savez avec les Arabes, c’est toujours pareil, ils promettent et ils ne payent pas». J’ai trouvé ça fort. J’étais à côté de lui au conseil d’administration. Je lui tape sur l’épaule, discrètement, je lui dis que je suis d’origine arabe. Et la réponse classique d’un raciste fuse : «Mais vous n’êtes pas pareil».
Et je lui réponds du tac au tac, avec tout le mépris qu’il m’inspirait, mais avec un sourire: «On dit toujours cela en présence d’un arabe et il suffit que j’ai le dos tourné pour que vous alliez m’accuser des défaillances financières de l’entreprise. Le bonhomme a été condamné par la suite, quatre ans après, pour «évaporation des recettes».
Pour dire qu’on a volé de l’argent en France, on dit évaporation des recettes comme s’il y avait un phénomène de condensation dans le coffre-fort de la radio.
Un européen est un étranger digeste. Mais un étranger originaire de la sphère méditerranéenne, qu’il soit chrétien ou musulman, blanc ou noir, il est toujours un métèque. Il faut revendiquer cela ; l’assumer et renvoyer les Français à leur propre image.

Recommandations aux journalistes du futur

Un énoncé factuel des faits, une solide connaissance des dossiers, la rigueur, le refus de toute compromission matérielle, le refus de tout conformisme ambiant, une culture de l’irrévérence: tels me semblent être les meilleurs antidotes à la démission intellectuelle et à la soumission aux diktats de la pensée dominante. La liberté a cependant un prix: la solitude voire l’anonymat. Encore faut-il être disposé à en payer le prix.
Au-delà de ce travail de conscientisation, il est important de maîtriser les données avant d’agir. D’éviter la désinformation et la désorientation. Car sinon nous risquons de nous tromper de cible et d’adversaire, et de prêter ainsi le flanc à nos détracteurs. Il faut articuler son raisonnement avec une bonne connaissance des dossiers, tu seras ainsi toujours à l’abri d’une supercherie ou d’une imposture.

J’ai renoncé à mon confort matériel pour préserver ma liberté de pensée et ma liberté de parole. Sinon j’aurai été PDG, machin. Mais je n’ai pas le conditionnement qui a fait sa longévité. Je n’aurai jamais pensé téléphoner, par exemple, au ministre de l’Intérieur pour lui demander son accord préalable à l’accréditation d’un journaliste pour la couverture de son département. Je n’ai jamais rien demandé. Jamais demandé quoi que ce soit à un pouvoir politique. Je cultivais même comme une sorte d’exigence morale le fait d’accepter de revoir les hommes politiques dans leur disgrâce. Le combat politique est dur. Il n’est pas nécessaire que les journalistes soient ingrats. Je ne me détournai jamais de quelqu’un. Par principe. Je parle bien sûr des hommes d’Etat pas des politiciens de circonstance.
La seule chose que je puisse dire avec certitude c’est qu’il importe de ne jamais courber l’échine. J’espère que l’on dira de moi un jour que j’ai été cohérent avec mes options de base.

Epilogue En hommage aux soutiers de l’information:

http://www.renenaba.com/il-etait-une-fois-la-depeche-d’agence/

  • René Naba
    « Gène rebelle dans le monde arabe » – Fragments d’un parcours 1969 – 2012
    Septembre 2012

Commentaires

X
chb
-15 points

Autre intellectuel très informé : Khaled Satour.
Un article récent sur son blog traite de la crise syrienne, notamment au travers de la presse arabe. Bien que donnant dans l'auto-flagellation, à lire !
"FACE AU CHAOS SYRIEN : L'EFFONDREMENT DE LA CONSCIENCE POLITIQUE ARABE"
http://contredit.blogspot.fr/2012/08/face-au-chaos-syrien.html (mis en ligne vendredi 17 août 2012)

X
medakimabdou
8 points

"O hommes! Nous vous avons crees d'un male et d'une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d'entre vous, aupres d'Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand-Connaisseur." Coran (49;13).