Dans une série de trois articles publiés entre juin et mars 1999 dans Dawn, Ahmad Eqbal pose la problématique de ce qu’il appelle les racines du droit religieux. Il dénonce avec force toutes les mutilations de l’Islam ainsi que les attitudes tyranniques et fanatiques qui n’ont fait qu’engendrer « un ordre islamique réduit à un code pénal, dépouillé de son humanisme, de son esthétique, de ses quêtes intellectuelles et de sa dévotion spirituelle ».
Abdou commence par rejeter catégoriquement la démarche des docteurs traditionnels de la loi qui réduit la religion à un pur formalisme juridico-rituel. La prise de distance avec les théologiens traditionnels reflète une démarcation tout aussi nette avec le cadre idéologique de l’ancien régime. L’apport théologique de Mohammed Abdou est marqué fondamentalement par son caractère rationaliste et humaniste.
La principale caractéristique de la relecture bennabienne de l’Islam sera de dépasser la dimension religieuse au sens restrictif pour l’aborder dans sa dimension civilisationnelle globale. La généralisation théorique à laquelle pouvait aller un esprit aussi profond ne doit pas cacher le fait que Bennabi avait en vue deux thèses apparemment contradictoires mais qui se rejoignent finalement dans une commune stérilité historique.
Durant toute sa vie, notre fondatrice a puisé son inlassable énergie dans sa foi en Dieu et comme elle l’affirmait aussi, dans sa foi en l’Homme. Son combat contre la misère et l’exclusion l’a menée à vivre avec les plus pauvres pour les aider à se « mettre debout », en privilégiant l’éducation des enfants.
Jamal al-din al-Afghani et le Cheikh Mohammad Abdouh sont considérés comme les deux fondateurs du mouvement de renouveau islamique. Le point de départ de leur réflexion était la décadence sociale et culturelle du monde arabo-islamique. Ils contribuèrent à libérer l’esprit arabo-musulman sclérosé par des siècles d’immobilisme intellectuel.
En réaction à la supériorité et à la domination de l’Occident, les sociétés arabo-islamiques sentirent le besoin de se réformer afin de répondre aux problèmes qui se posaient à elles. Ce mouvement qui commença au XIXème siècle, fut appelé la Nahda. Ce fut un vaste mouvement de réforme intellectuelle et sociale.
Son rapport à la modernité et à l’occident rejoint la démarche sélective de Motahhari. La renaissance musulmane ne peut se passer de l’apport moderne occidental. Celui-ci est d’ailleurs présenté comme un acquis universel et non seulement limité aux pays qui l’ont initié : « La civilisation contemporaine est la plus grandiose des civilisations humaines...Apollo n’appartient pas en propre à l’Amérique, ni aux blancs ou aux noirs, mais bien à la civilisation humaine tout entière » (2). L’exigence de l’indépendance et de la renaissance nationale ne signifie pas l’isolement par rapport au monde.
La richesse et l’évolution complexe des différentes tendances interprétatives qui traversent l’Islam depuis ses débuts rendent impossibles les simplifications grossières. Certains analystes, plus ou moins bien intentionnés, reprennent pourtant à leur compte des clichés sur l’Islam qui, pour être superficiels, n’en sont pas moins dotés d’une surprenante résilience.
Inspiré par les idées de « fraternité islamique » développées par Djamal ed-Din al-Afghani, Tan Malakka voyait dans le pan-islamisme une volonté de renaissance civilisationelle et de libération des peuples musulmans victimes de l’impérialisme occidental.
Militant nationaliste indonésien, musulman et marxiste, Tan Malakka fut l’une des figures les plus marquantes de ces militants révolutionnaires des Trois Continents qui cherchèrent à décentrer le marxisme et à lier lutte anti-capitaliste, anti-impérialiste et renaissance nationale-culturelle.
L’historien Mahfoud Kaddache, en conclusion de sa thèse sur l’histoire du mouvement nationaliste algérien, écrivait que le message du nationalisme révolutionnaire « s’identifiait avec la conscience populaire, d’autant qu’il s’abreuvait à des sources prolétariennes - se rappeler les influences de la classe ouvrière qui ont été à l’origine de la formation des militants émigrés – vivifiés par les enseignements de la Nahda et du nationalisme arabe, et par une foi ardente, celle de l’islam ».
De l’action du cheikh Abd el-Hamid Ben Badis, Malek Bennabi retint en
premier lieu sa lutte pour la préservation de l’identité algérienne
arabe et musulmane. Afin de préserver cette identité le fondateur de
l’association des Oulémas dénonça la politique assimilationniste de
l’Etat français qui visait à faire des Algériens des français. Pour
cela l’Etat français combattait toutes les spécificités culturelles et
identitaires des Algériens, car elles étaient susceptibles de servir
de fondement à une opposition à la domination coloniale. L’école était
le lieu privilégié de cette politique de dépersonnalisation et
d’acculturation des Algériens.
Il représente, à l’instar du cheikh Mohmmed Abduh en Egypte, le ’alim
de formation classique s’engageant pour la promotion d’une réforme
culturelle et religieuse. Malek Bennabi, quant à lui, est la figure
même de l’intellectuel musulman connaissant à la fois les références
culturelles arabo-islamiques et la culture occidentale.
Sur le plan méthodologique, Chafiq commence par reprendre le combat mené précédemment par les maîtres de l’Islah ( réformisme musulman) contre les courants dits modernistes qui opposent abstraitement raison et foi. La démarche euro-centriste de ces courants les conduits à transposer mécaniquement l’expérience européenne de sécularisation au contexte historiquement différent de l’aire arabo-musulmane.
Le cadre historique particulier dans lequel a évolué l’Islam indo-pakistanais a déterminé dans une large mesure les caractères propres de la théologie politique dans cette aire géoculturelle. Dans la plupart des pays musulmans soumis à la domination coloniale, le rapport entre théologie et nationalisme a, dès le départ, été significatif.
Chekib Arslan ne fut pas seulement « un acteur de la lutte idéologique
» oeuvrant pour l’émancipation idéologico-culturelle des musulmans. A
l’heure où les peuples musulmans étaient en proie à la domination
occidentale, l’Emir libanais mena une réflexion sur les causes du
déclin du monde arabo-islamique depuis plusieurs siècles, dans un
célèbre ouvrage intitulé « Pourquoi les musulmans ont-ils reculé alors
que les autres ont avancé ? »
Pour les hommes de foi et de culture, dont faisait partie Chekib Arslan, il devenait nécessaire de s’engager pour œuvrer à la renaissance d’un monde arabo-islamique en pleine décomposition sous l’effet de l’impérialisme occidental et de plus de trois siècle de décadence intellectuelle et politique. L’homme post-almohadien, celui qui s’était réfugié pendant des siècles dans l’univers sclérosant d’un spiritualisme léthargique afin de ne pas affronter la réalité sociale de son déclin, était mis au défi de trouver des solutions pour faire face aux épreuves du temps, dont le plus prégnant était l’avancée inéluctable des armées européennes.
Jacques Charby vient de mourir. Son nom n’évoque sans doute rien pour le grand public, pas plus que celui de Francis Jeanson, voire celui de Frantz Fanon. C’est un constat choquant. Ils font en effet partie de notre mémoire. Il s’agit d’acteurs importants de la lutte de libération algérienne. Jacques faisait ainsi partie du réseau des « porteurs de valises », ces militants français anticolonialistes qui ne se satisfaisaient pas de la condamnation morale du colonialisme et étaient passés de l’ « autre côté de la barrière » en apportant leur soutien au FLN. Jacques a payé cet engagement d’une condamnation à une peine de prison de dix ans.
Ce sont plusieurs centaines d’admirateurs, lecteurs ou simplement visiteurs qui sont venus faire salle comble dans le grand auditorium de l’Institut du Monde Arabe à Paris ce dimanche 26 juin. Ils étaient venus, comme à une séance de rattrapage pour saluer la mémoire du journaliste libanais Samir Kassir, lâchement assassiné en bas de chez lui à Beyrouth il y a quelques semaines de cela
T. Shaoui est connu depuis longtemps des lecteurs arabophones pour ses nombreux ouvrages de droit spécialisé et de culture musulmane, sans parler de ses articles parus dans la presse arabe. La publication de ses mémoires l’a fait connaître au-delà du cercle des lecteurs musulmans engagés pour le signaler à l’attention des historiens de l’Islam Contemporain.
Au terme d’une longue agonie, Jean-Paul II est mort, la nuit dernière, vers 21 h 37 (heure italienne). De son vivant, le pape Jean Paul II n’aura pas cessé de prêcher la paix et la réconciliation entre les peuples, animé par une foi inextinguible.
Il y a 40 ans, le 21 février 1965, Malcolm X, l’une des figures les plus puissantes du mouvement noir aux USA était assassinée. Orateur de talent, doté d’un esprit brillant et intuitif, ainsi que d’une grande probité morale et intellectuelle, l’ex-leader de la « Nation of Islam » ne se contentait pas de discours incantatoires.
Le dernier sprint de l’homme le plus rapide du monde. Un seul geste et à vingt-trois ans, il scelle son entrée dans l’histoire. Tête baissée, le vainqueur du 200 mètres des JO de 68 lève son poing ganté de noir dans le ciel de Mexico pour dénoncer le racisme US.
Le 25 décembre 2002, Pierre Rossi a quitté ce monde discrètement, comme il a d’ailleurs toujours vécu. (...) Très tôt, il s’est passionné pour "l’univers arabe" - comme il se plaisait à l’appeler - quand il a croisé, à sa source ("l’ensemble egypto-cananéo-babylonien"), ce « courant vivifiant parti de l’Orient [qui] n’a cessé à aucun moment de faire lever en terre d’Occident une profusion d’arts et de méditations créatrices ».
"Agitateur depuis 1976" tel qu’il se définit lui-même, Alain Soral est écrivain, sociologue et cinéaste Ce pamphlétaire de talent, réputé pour son franc-parler, répond aux questions d’Oumma.com.
Les + commentés