Chacun sait qu’un dessin de presse exprime une opinion au même titre qu’un article ou un éditorial. Ces dessins là portaient un message politique. Une critique éclairée d’un certain obscurantisme religieux ? Certains n’évoquent même pas directement la religion musulmane ou son prophète ! Mais dans leur majorité les dessins étaient agressifs et racistes. Un ton familier de ce journal, pas celui de graphiste au service de la liberté, mais celui de petits soldats de la guerre des civilisations, dont le dessin représentant le prophète avec une bombe comme turban va pouvoir servir d’affiche de recrutement !
Il est pourtant de fait, malgré l’ouverture et l’esprit de compréhension et de dialogue sans cesse manifesté par la majorité des musulmans d’Europe, quoi qu’en disent les sempiternels virtuoses de la suspicion, que la peur de l’islam perdure, s’enfle, renaît et risque de se ré enraciner de plus en plus fortement dans les esprits. Dans ce sens, les divas de la défiance systématique, ne manquent pas d’en rajouter lorsqu’on les invite à édifier les foules télévisuelles chaque fois que l’Arabe, ou l’islamiste, (il n’y a guère d’autre catégorie dans les sphères d’entendement de l’homo médiaticus), entrent dans le champ de l’actualité.
La colère exprimée par les classes populaires dans les villes du monde musulman et en Europe est bien plus la réponse spontanée du faible sans moyens confronté à l’arrogance, à la brutalité et au mépris de cet impérialisme, que l’expression d’un fanatisme religieux outragé. Ce ne sont pas les bigots hypocrites défenseurs autoproclamés de l’Islam et les régimes asservis à Washington qui utilisent l’événement pour se faire valoir, en plaçant le problème sur ce terrain, qui cacheront longtemps la réalité.
Ce dérapage des caricatures est souligné par la dichotomie flagrante qu’opèrent leurs auteurs, ces « défenseurs » autoproclamés « des libertés », entre les tabous des autres, qu’ils affrontent si « courageusement » et... leurs propres tabous, devant lesquels leur courage parait bien vacillant. Car le vrai fond du problème est bien cette insolente ambivalence de la lutte - à géométrie variable- qu’ils nous disent mener pour cette « liberté d’expression » et cette « défense des Lumières », qui seraient, prétendent-ils, menacées par les tabous des musulmans.
Par le biais de l’ambassade du royaume du Danemark, le journal Jyllands Posten a transmis hier aux rédactions de la presse algérienne ses excuses aux musulmans du monde entier rédigées en arabe et dont voici la traduction.
Je n’ai eu de cesse de dire et de répéter que tous ceux qui jetaient de l’huile sur le feu aujourd’hui étaient des irresponsables. Il faut non seulement se calmer mais également faire preuve d’intelligence et de dignité.
Lancer, comme cela vient d’être fait en Iran, un concours de caricatures sur l’extermination des juifs est totalement inacceptable. A condamner absolument.
En 1988, la sorti du film de Martin Scorsese, « La dernière tentation du Christ », déchaîne les passions tant en Europe qu’aux Etats-Unis. En France, « Après trois semaines de diffusion dans dix-sept salles parisiennes, les projections devenant trop menaçantes, seules deux salles poursuivirent la distribution. [...] L’on assiste à des manifestations, à des jets de gaz lacrymogènes, de bris de glaces, de cocktails Molotov, à la destruction de salles de cinéma, à des menaces écrites, orales... Le cinéma Saint-Michel [Paris], qui projette le film, est détruit, l’incendie provoqué par un groupe intégriste faisant une dizaine de blessés.
Pourquoi brûler des ambassades ? Pourquoi punir collectivement tout un peuple, danois, norvégien ou français, alors que seuls des individus sont concernés par cette affaire ? Je suis affligé par ce que je vois et entends dans le monde musulman. A quoi cela rime-t-il ? Encore une fois, nous allons donner l’image d’une oumma incapable de se maîtriser, qui s’enflamme à la moindre étincelle et qui est incapable de prendre une distance critique par rapport aux événements.
Ce n’est pas la première fois que l’inconséquence des citoyens chanceux de la rive prospère du monde encolère des masses musulmanes, et les gens de bon sens que nous tentons d’être ont trop coutume de voguer entre les paranoïas pour trouver neuve l’empoignade planétaire qui résulte de l’ignorance et de la goujaterie de crayonneurs septentrionaux en mal de turlupinade islamophobe. Le fait est pourtant que l’inquiétude nous gagne lorsque nous mesurons ici que ce ne sont pas des civilisations qui s’affrontent, mais bien au fond des états de nature.
Qui aurait pensé qu’on arriverait un jour à fédérer, d’une part, la conférence des ministres arabes de l’Intérieur, gestionnaires de l’industrie de la torture - de leur propre initiative ou sous mandat -, et, d’autre part, les masses des citoyens arabes victimes des régimes policiers ? Eh bien c’est fait ! Grâce au recueil des douze caricatures satiriques, « Les visages de Mahomet », paru le 30 septembre 2005 au quotidien danois Jyllands-Posten et reproduit depuis dans d’autres medias comme le journal norvégien Magazinet, le tabloïd français France Soir et les quotidiens Die Welt en Allemagne, La Stampa en Italie et El Periodico en Espagne.
Parmi les nombreux mails que nous avons reçus suite aux « caricatures » de Mohammed, nous vous proposons de lire la réaction de Gilles Mairet.
Le monde médiatique bruisse de réactions sur les caricatures parues dans un journal danois puis dans un journal français. Certains feignent de croire que la liberté de la presse est en danger et nécessite des gestes spectaculaires pour affirmer un principe. Sans avoir pris connaissance des dessins incriminés, nous ne pouvons dire que des généralités...
En 2004, Tariq Ramadan est embauché par la prestigieuse université catholique Notre Dame, près de Chicago, à la fois comme professeur d’études islamiques, et comme professeur de religion, conflit et promotion de la paix. Un visa de travail et de résident lui est d’abord accordé en mai, puis retiré en juillet (...) L’Union américaine des libertés civiles (American Civil Liberties Union), les écrivains du PEN American Center, présidé par Salman Rushdie, l’American Academy of Religion, l’American Association of University Professors viennent de déposer une plainte contre la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice et Michael Chertoff, le responsable de la Sécurité intérieure.
Il est aujourd’hui urgent d’appeler à des assises inédites réunissant décideurs politiques et économiques, partenaires sociaux et acteurs de la société civile pour tenter de revoir un système d’intégration en panne, de cerner les demandes et les besoins, et pour cesser de n’opposer que des mots aux problèmes que posent la ghettoïsation et la non prise en considération de formes nouvelles de citoyenneté qui aujourd’hui ne veulent plus faire l’économie d’une identité d’origine revendiquée et avec laquelle on vient embrasser la francité.
On frémit, dans le dernier article de Laurent Lévy sur oumma, à la lecture des arguments administratifs d’inspiration raciste opposés à une demande de carte de séjour par une porteuse de voile. On s’alarme, en parcourant un entretien de même tendance, accordé par un philosophe en vue, à une publication israélienne sur les récentes émeutes de banlieue. Enfin on s’inquiète qu’une académicienne, comme le philosophe, propose pour ces troubles des explications univoques, caricaturales et teintées de la même islamophobie.
Ce qu’il y a de plus intolérable dans les déclarations de Finkielkraut à Haaretz, c’est cette phrase où il oppose le mal que la France a fait à ses parents déportés au bien que la France a fait aux Noirs. Au fond, il se comporte comme un vulgaire Dieudonné qui joue la concurrence des victimes.
C’est en ayant de tels idéaux toujours peu ou prou à l’esprit, que j’ai ouvert « Le Monde » daté du jeudi 17 novembre 2005, dans lequel, en page 3, sont rapportés les propos qu’Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie Française, aurait tenus sur la chaîne NTV : « Tout le monde s’étonne : pourquoi les enfants africains sont-ils dans la rue et pas à l’école ? Pourquoi leurs parents ne peuvent-ils pas acheter un appartement ? C’est clair : beaucoup de ces Africains, je vous le dis, sont polygames. »
Mon mandat de Maire d’une commune de 10000 habitants de l’Agglomération de Rouen m’a amené, sur ces questions, à devoir affronter quelques situations tendues et l’expérience m’a conduit à les aborder avec beaucoup de prudence et d’humilité. C’est avec confiance, transparence et respect de l’autre qu’il m’a fallu tenter de trouver les points de rendez-vous acceptables pour tous entre les espoirs des uns et la réalité des moyens de la commune dont j’avais la responsabilité.
Les protestations violentes que l’on connaît aujourd’hui ne sont pas, au regard de l’histoire de l’Hexagone, des manifestations exceptionnelles. En France, elles s’inscrivent dans une certaine tradition. Le quotidien britannique, The Independent, l’a pertinemment rappelé, en ces termes : « A partir de l’assaut de la bastille, l’image de Paris est désormais inséparable de celle de la Révolution française. Sanctifiée dans les paroles de la « Marseillaise », cette vénération pour l’esprit révolutionnaire, a donné un degré de légitimité aux protestations violentes. »
Un spectre hante la République : le spectre du communautarisme. Tous les courants de l’éventail politique, de l’extrême gauche à l’extrême droite, ont conclu un accord tacite pour traquer ce spectre et l’exorciser. Où est la personnalité politique qui n’a pas lancé à la tête d’une autre l’accusation infamante de communautarisme ? Du Front national à Lutte ouvrière, de Jean-Pierre Raffarin à Marie-George Buffet, en passant bien sûr par Julien Dray, chacune et chacun y sera allé de son refrain. Et qui n’en fait pas une injure se défend à tout le moins de la mériter.
Face à la violence dans les banlieues, on a vu l’autorité politique se questionner, hésiter : que faire face à une amplification de la violence aussi surprenante que dramatique ? Depuis plus de dix jours, les banlieues de la marge viennent déstabiliser le cœur de la République et posent une série de questions qu’il faudra bien regarder en face. On peine, à droite comme à gauche, à appréhender l’ampleur d’un phénomène qui requiert une véritable révolution intellectuelle dans la façon dont les termes du débat sont aujourd’hui posés.
Les émeutes de Clichy et des banlieues avoisinantes suscitent un vif intérêt en Angleterre. On cherche à comprendre les « défaillances du système français d’intégration ». Il s’agit du scénario inversé de l’été dernier où, après les attentats de Londres, on analysait en France les points de fractures du multiculturalisme britannique. Tout se passe comme si, de chaque côté de la Manche, on essayait de se rassurer sur ses propres doutes en se penchant avec force certitudes sur les déficiences de l’autre.
Esther Benbassa, professeur juive, et Fatiha Kaoues, journaliste musulmane, ont tordu le cou de concert à quelques idées reçues sur le communautarisme, nouvel épouvantail de la pensée unique qui voit dans tout comportement collectif fondé sur des valeurs étrangères à ses propres convictions une dangereuse entorse à la règle du conformisme républicain.
Le site Internet oumma.com a publié au printemps un article qui s’étonnait des choix politiques quelque peu monocolores de France Culture. Je voudrais apporter sur ce point un témoignage personnel.
Malgré l’ampleur des moyens affectés à leur mise au point, les armes de lutte contre le terrorisme viennent une nouvelle fois de démontrer les limites de leur efficacité. Des dizaines de citoyens innocents ont à nouveau payé le prix de cette carence manifeste de notre défense.
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