Mutique en Palestine comme auparavant à propos des pétromonarchies arabes du Golfe, actif néanmoins contre l’Iran et la Syrie, signant par la même et son alignement atlantiste et son engagement sioniste.
Yves Bonnet, ancien patron de la DST revient sur le conflit libyen et permet de jeter une lumière crue sur certains épisodes importants.
Le mercredi 17 août dernier, nous nous entretenions par courriel avec un jeune cadre de la rébellion libyenne, à l’occasion des six mois du premier soulèvement (17 février) réprimé. Il nous assurait que ce n’était alors « plus qu’une question de jour, avant que la bataille atteigne Tripoli. » L’actualité récente lui donne raison, mais nous a tout de même surpris par sa rapidité. Il y évoque également la position française et la propagande du régime de Kadhafi. Nous publions l’entretien tel quel, malgré les récents développements, afin que les lecteurs d’Oumma en saisissent la genèse, jusqu’à ce dimanche 21 août, jour d’apothéose.
Les grands médias n’abordent pas la question des meurtres, viols et tortures de Libyens de race noire (Toubous), de travailleurs et d’étudiants africains des régions de Benghazi, de Misrata et de Tawergha, commis par les « libérateurs » du CNT. Bernard Henri Lévy, imposteur « droit de l’hommiste » qui avait de gros intérêts financiers dans le bois en Afrique noire, non plus.
Depuis l’assassinat du général Abdel Fatah Younès et deux de ses aides (deux colonels), le 28 juillet dernier, la suspicion règne au sein du Conseil national de transition (CNT) et entre les différents groupes rebelles. Les premiers visés sont les proches du général, soupçonnés par certains de faire partie d’une « cinquième colonne kadhafiste ». Les rumeurs les plus folles circulent à ce sujet dans Benghazi. « Younès était un agent double », entend-on, « il sabotait les efforts des rebelles ». D’autres affirment, au contraire (...)
L’élimination du général Younes risque dans ces conditions de raviver les luttes intestines au sein d’un groupement hétéroclite composé d’ « islamistes », de « libéraux », de « monarchistes », un groupement d’incapables infiltrés par des agents du MI5, de la CIA et du Mossad et porté à bout de bras par des puissances étrangères qui risquent de se retrouver plus tôt que prévu devant une guerre civile politico-tribale ouverte sur tous les scénarios possibles (...)
A Jérusalem (occupé), le 2 juin dernier, Bernard-Henri Lévy (BHL) a vendu la mèche en annonçant qu’il a remis un message du Conseil national de transition (CNT) à Benyamin Netanyahou l’informant que la Libye entretiendrait « des relations normales avec Israël » si l’insurrection l’emportait.
L’intervention militaire occidentale en Libye en pleine phase de reprise en main de la révolte arabe par les monarchies arabes, avec l’intervention de l’Arabie saoudite à Bahreïn, traduit le souci des dirigeants arabes et de leurs alliés occidentaux de donner un coup d’arrêt à la contestation populaire arabe en vigueur dans dix des vingt pays membres de la Ligue arabe, à l’effet de saper les fondements de l’ordre régional fondé sur le primat de l’axe israélo-américain.
La conférence « internationale » de Londres, qui était censée réparer les fissures apparues dans le camp occidental au lendemain des frappes aériennes contre la Libye, a manifestement enregistré son premier échec, dans la mesure où elle n’a pas atteint le consensus international souhaité par le secrétaire général de l’ONU, lequel a appelé la « communauté internationale » à parler d’une seule voix sur le dossier libyen.
C’est dans un contexte particulièrement tendu en Afrique et dans le monde que s’ouvre ce week-end la 3ème journée de qualification pour la Coupe d’Afrique des Nations 2012 (organisée conjointement par le Gabon et la Guinée Équatoriale pour sa 28ème édition). Du Maroc à l’Egypte, de la Libye à la Côte d’Ivoire, en passant par la Tunisie et le Soudan, panorama de la situation internationale à la lumière du ballon rond.
Comme on pouvait s’y attendre l’intervention militaire de la coalition occidentale contre la Libye n’a pas été accueillie avec le même enthousiasme partout. Si les mobiles « humanitaires » invoqués officiellement pour justifier le recours à la force contre la Libye ne semblent pas convaincre tout le monde, il reste à examiner les conséquences politiques et diplomatiques de cette intervention militaire d’envergure.
Blackout. Depuis l’offensive militaire de la France et de ses alliés en Libye, les médias hexagonaux relatent heure par heure le déroulement des opérations. Problème : les images dérangeantes, dévoilant les victimes des bombardements ou les manifestations d’opposants à travers le monde, sont invisibles à l’antenne. Dans la guerre en cours, Oumma vous propose d’en arpenter le versant occulte
L’intervention occidentale en Libye va finir par dénaturer complètement un conflit que certains observateurs continuaient à regarder encore sous l’angle d’un soulèvement populaire contre un régime dictatorial. La soi-disant « opposition armée » emmurée à Benghazi risque de perdre chaque jour davantage ce qui faisait jusqu’ici sa légitimité politique en apparaissant de plus en plus clairement comme le jouet de deux anciennes puissances coloniales assoiffées de revanche sur l’histoire.
Le spectre de la tragédie espagnole plane sur la Libye. Allons-nous, encore une fois, laisser volontairement mourir des centaines de milliers de Libyens comme cela a été le cas pour les Espagnols ? Une Libye mise au ban des nations et décrétée illégitime par la communauté internationale, un Kadhafi qui exulte et crie victoire et appelle à la purification de la Libye à Tripoli. Mais qui pense aux Libyens ? On ne peut faire l’économie de l’exemple de la tragédie espagnole car, dans les deux cas, les partisans de la liberté sont sacrifiés et trahis, le peuple subira plus de privations et de misère dans un pays en ruine.
Les Occidentaux exultent. Sous la pression des pétromonarchies réactionnaires du Golfe, la ligue des Etats arabes vient de demander officiellement au Conseil de sécurité de l’ONU l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye. Certes, la ligue arabe se dit officiellement hostile à une intervention militaire directe en Libye, mais des informations démenties par le ministre saoudien des Affaires étrangères font état d’une demande américaine adressée à l’Arabie saoudite, en vue d’armer l’opposition de Benghazi.
Le peuple Libyen est en danger de mort. Un peuple qui a choisi, à l’instar d’autres peuples arabes, de vivre son printemps la fleur au fusil. Les Libyens ont manifesté leur désir de liberté à mains nues, mais le terroriste au pouvoir, grand ordonnateur de l’attentat de Lockerbie du 21 décembre 1988, a répondu à la mitrailleuse. La horde de ses sbires épaulés par une légion de mercenaires a semé la mort et la désolation.
Incroyable mais vrai. Le quotidien Le Monde nous apprend que Bernard-Henri Lévy a assisté à l’entrevue donnée par le président Sarkozy à la délégation du Conseil national de transition libyen, venue à Paris demander une reconnaissance officielle. Cette information qui aurait paru invraisemblable, si elle n’était pas officiellement confirmée, est révélatrice de la décadence des mœurs politiques françaises qui n’épargne manifestement plus la diplomatie de cet Etat. On peut se demander à quel titre BHL a participé à cette réunion diplomatique et surtout à quoi correspond l’intrusion de cet énergumène dans une crise politique et militaire, qui n’a pas fini de révéler tous ses dangers potentiels. Va-t-il remplacer son ami Kouchner comme porte-étendard de l’ingérence humanitaire ?
L’interventionnisme français en Libye est un sale coup pour les révolutionnaires arabes qui veulent renverser les régimes liés aux Etats-Unis et/ou à Israël, et qui tiennent à ce que leur mouvement libérateur soit indépendant de toutes influences étrangères.
Retranché dans la caserne militaire d’Al Azizya, à Tripoli, qui lui tient lieu de résidence, abandonné par ses anciens frères d’armes, y compris le commandant en chef de l’armée, le commandant opérationnel des forces spéciales et son ministre de l’intérieur, le colonel Mouammar Al-Kadhafi ploie sous l’assaut de son peuple dans une véritable guerre de libération populaire contre sa dictature.
Retour sur le sombre bilan de celui qui aura été le héraut de l’unité arabe avant de devenir un allié objectif des États-Unis et d’Israël.
En 42 ans de pouvoir erratique, le chantre de l’unité arabe aura été l’un des fossoyeurs du nationalisme arabe, le démineur par excellence des menées américaines dans la sphère arabe, le meilleur allié objectif d’Israël et le fossoyeur de son peuple.
Qu’on ne s’y trompe pas. Sur le terrain, l’intervention américaine a déjà commencé. Hillary Clinton a publiquement reconnu que les Américains sont en contact avec les insurgés de la région libérée de Benghazi. Si la diplomatie s’en mêle ouvertement, cela signifie que la CIA a déjà balisé le terrain depuis un certain temps déjà. Parmi les ministres, les officiers et les diplomates qui ont récemment fait défection, il y en a au moins quelques uns qui devaient déjà être en « contact » avancé avec la célèbre officine américaine.
Les indignations justifiées contrastent avec le silence qui prévalait quand le régime, au début des années 2000, alors que s’esquissait la réconciliation avec l’Occident, écrasait sans pitié les islamistes. La détention et la torture de militants islamistes en Libye (comme en Egypte ou en Tunisie) n’indignaient pas les bonnes âmes. Quoi qu’il en soit, les appels à des interventions militaires se multiplient.Marc Lynch, sur son blog de Foreign Policy, est très clair, comme l’indique le titre de son envoi : « Intervening in the Libyan tragedy » (21 février 2011) :
Tous les ingrédients d’une guerre civile aux conséquences terribles sont présents sous le regard complaisant d’une communauté internationale habituée à des réactions plus rapides et plus énergiques dans d’autres contextes. L’intervention télévisée du fils aîné du dictateur dénote la détermination du régime à recourir à une guerre civile ouverte pour se maintenir au pouvoir. Il a mis ouvertement les insurgés devant le choix d’entrer dans un dialogue en vue de « réformer » le régime ou d’accepter le « jugement » des armes !
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