« Des analystes estiment que la nouvelle stratégie de l’administration américaine reposerait justement sur l’utilisation des FM dans l’ensemble du monde arabe pour combattre l’Iran et ses alliés. Ces analystes ajoutent que maintenant qu’ils se sont débarrassés d’Oussama Ben Laden, les Américains peuvent de nouveau miser sur le courant islamiste pour juguler l’influence iranienne au Moyen-Orient. Ils auraient confié la mission de rendre les FM « fréquentables » au parti au pouvoir en Turquie qui représente un islam moderne jugé tout à fait acceptable par l’administration américaine. »
Le redéploiement turc intervient à l’arrière plan d’informations faisant état de contact entre les Frères Musulmans (FM) et l’administration américaine visant à la réhabilitation politique de l’organisation panislamique, désormais particulièrement active en Egypte, en Syrie, et dans une moindre mesure en Tunisie, dont la branche palestinienne n’est autre que le Hamas.
Le premier ministre turc, Rejeb Tayyeb Erdogan, a été reconduit le 12 juin 2011 pour un troisième mandat à la tête de son pays, dans un contexte marqué par le bouleversement de la carte géopolitique régionale impulsé par la dynamique révolutionnaire arabe, sur fond d’ambition d’Ankara de propulser une politique néo-ottomane visant à ancrer la Turquie comme le nouveau point de référence diplomatique du Moyen-Orient.
Qu’il s’agisse de la Grande Mosquée de Paris, voix officielle d’Alger, du Rassemblement des Musulmans de France, grand vainqueur du scrutin et dont la réunion, en février dernier à Marrakech, a officialisé publiquement son allégeance au Roi Mohammed VI, ou du CCMTF (Comité de coordination des musulmans Turcs de France), affilié à Ankara, l’islam de France est davantage un islam consulaire qu’autochtone.
L’insistance à présenter la crise politique présidentielle turque comme un affrontement entre islamistes et laïques donne crédit à la fois au discours de Nicolas Sarkozy : les Turcs ne sont pas européens puisqu’ils sont musulmans, et à celui de Ségolène Royale : les turcs peuvent devenir européens puisqu’ils sont laïques. Elle conforte les rhétoriques électoralement payantes, islamophobe de l’un et républicaine de l’autre. Tout cela dans le cadre du schéma de choc des civilisations qui semble plus que jamais structurer notre horizon.
Le refus catégorique du nouveau président français Nicolas Sarkozy d’envisager, même à long terme, l’admission de la Turquie au sein de l’Union européenne, de même que le bras de fer qui oppose le Haut commandement militaire au gouvernement turc face à la perspective de l’élection à la magistrature suprême d’un islamiste, même modéré, en l’occurrence le ministre des Affaires étrangères Abdullah Gul, remettent à l’ordre du jour le problème des ambiguïtés du Monde occidental à l’égard de cet Etat musulman se réclamant de la laïcité institutionnelle, qui a longtemps fait office de sentinelle avancée de l’Occident face au bloc communiste à l’époque de la guerre froide soviéto-américaine.
Pour contribuer à une analyse rationnelle et raisonnable du discours tant controversé du pape à Ratisbonne, nous nous sommes adressés à Rochdy Alili pour qu’il nous situe d’abord, en historien, le climat dans lequel avait pu être produit le dialogue de Manuel II sur lequel Benoit XVI a voulu asseoir les préludes à ses développements sur la foi et la raison. Nous espérons contribuer ainsi à une participation des musulmans à un débat intellectuel rigoureux et respectueux de chacun, sans hostilité ni complaisance mais avec la confiance que l’on se doit entre amis. Cela nous ramènera vers des périodes agitées et complexes et des aventures humaines qui ne manqueront pas, nous l’espérons, d’intéresser chacun.
Le débat autour de l’éventuelle adhésion de la Turquie à l’Europe promet d’être animé. Il est pour le moins étrange et les arguments évoqués par les uns et les autres sont anachroniques. Mais déjà soulignons qu’un mal certain s’installe dans tous nos débats depuis cet inoubliable et terrible 11 septembre 2001 dont il est urgent de guérir. Nous ne regardons plus la géopolitique qu’à travers le prisme de la « question musulmane ». Autrefois, la question qui dominait le débat sur l’adhésion de la Turquie à l’Europe par exemple était celle du respect des droits de l’homme par Ankara. Aujourd’hui, étrangement, le seul élément qui fasse débat est de savoir si la Turquie, peut être européenne bien que musulmane !
Depuis plusieurs années, la montée en puissance des discriminations qui frappent les citoyens musulmans et l’Islam, a pris une ampleur considérable. Ces discriminations, qui sont essentiellement le fruit d’un traitement médiatique de l’actualité nationale et internationale pernicieux et défavorable à leur encontre, ne cessent de s’étendre chaque jour.
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