Vendredi, vingt-quatre août, treize heures trente, Paris, boulevard Montmartre, magasin Virgin, temple consumériste où l’on célèbre officiellement « la culture du plaisir » et pas toujours l’inverse. Slalomant entre les bacs qui débordent de compilations sous cellophane, une employée dans son gilet rouge traîne un chariot. La voici qui s’arrête devant le présentoir vedette du magasin. Elle commence par enlever les exemplaires du dernier roman d’Amélie Nothomb et les remplace par des piles du livre de Yasmina Reza.
Immédiatement, une, cinq, quinze mains happent l’ouvrage. « Plus fort qu’Harry Potter ! » s’exclame la vendeuse qui continue de déballer tandis que d’autres clients piochent directement dans les cartons éventrés. Titre : « l’aube le soir ou la nuit ». Sujet : Nicolas Sarkozy, que la romancière a suivi de près, avec l’accord de l’intéressé, tout au long de sa campagne électorale et même quelques semaines après son élection.
Encore « lui », allez-vous me dire et vous aurez raison. Oui, « lui », toujours, partout, en permanence, le matin, midi, le soir, télés, radios, journaux et maintenant livres aussi. C’est « lui », l’homme-orchestre, le sauveur de la France, l’homme providentiel qu’une foule sans cesse grandissante de courtisans célèbre et encense. C’est lui, la Sublime Porte hexagonale, l’Espoir de l’Europe, le… le… Bon, j’arrête. De cette omniprésence médiatique et extatique, je vous ai déjà parlé et il est inutile de me répéter.
Revenons au livre de Reza. Je ne l’ai pas acheté tout de suite, me contentant d’observer la ronde folle autour du présentoir. C’est fascinant le succès immédiat d’un livre, toutes ces personnes différentes qui, l’espace d’un achat, sont liées par le même acte, le même objet et qui en tireront des satisfactions très certainement différentes. Bien sûr, il ne faut pas négliger les effets du martelage promotionnel qui tourne à plein régime mais cela ne suffit pas toujours à convaincre les uns et les autres de bourse délier.
« Toi aussi ! Tu cherches l’overdose, ou quoi ? », a presque hurlé un ami rencontré à la sortie de la petite librairie de quartier où j’ai fini par céder à la tentation. Je pourrais, pour me défendre, dire que c’est le libraire, un farfelu en qui j’ai toute confiance, qui m’a encouragé à sauter le pas mais ce serait exagérer sa responsabilité et diminuer la mienne. Oui, c’est vrai, j’en ai ras la casquette de « lui » mais je n’ai pas su me refuser un tel plaisir.
Car, pour tout vous dire, je n’ai pas été déçu par « l’aube le soir ou la nuit ». Bien au contraire, ce fut une lecture passionnante, admirative et pleine d’enseignements. Ni pamphlet, ni hagiographie (malgré quelques zestes de syndrome de Stockholm), c’est plutôt une caméra avec plans resserrés sur « lui » que l’on suit en permanence. Et les images restituées valent leur pesant d’or.
Qu’apprend-t-on de ce livre dont un passage relate de manière délicieuse l’entretien entre Abdelaziz Bouteflika et Nicolas Sarkozy ? Et bien, il s’en dégage, entre autre, une vérité cruelle : la France est présidée par un « bouhi » ou un « garrite » autrement dit un « plouc » (c’est comme elle a dit Reza…). Quelqu’un qui aime le clinquant, le doré, qui a des phrases toutes faites sur l’amour, tout et n’importe quoi, qui s’habille riche mais mal, qui ne cesse de s’émerveiller de côtoyer le show-biz bas de gamme et qui sait se montrer grossier, pour ne pas dire plus, en petit comité.
De manière moins évidente, car les indices à ce sujet ne sont pas fréquents, se dessine en filigrane la personnalité cynique d’un homme politique pour qui la fin justifie tous les moyens. On le savait déjà avec sa drague nauséabonde de l’extrême-droite, mais le livre apporte une précieuse confirmation.
Et en méditant cette lecture on se dit – comme on se l’est souvent répété au cours des derniers mois : « La France, dirigée par ’ça’ ? ». Et puis, l’on se reprend. « Et alors ? », nous dit une petite voix. « Est-ce mieux ailleurs ? Bush et les Etats-Unis, c’est moins affligeant peut-être ? ». On s’en veut aussitôt pour cette faiblesse passagère puisque relativiser est le premier pas vers le fatalisme. C’est ce qui anesthésie l’indignation et fait avaler toutes les couleuvres.
Un peu honteux, on s’exhorte à ne pas baisser la garde même si rien ne semble pouvoir déranger l’ordre installé depuis mai. « Ce n’est pas sûr que le fait d’être nulle soit forcément un handicap en France », affirme, dans le livre, Nicolas Sarkozy à propos de Ségolène Royal. Terrible phrase que l’on pourrait renvoyer à la figure de celui qui l’a prononcée. Oui, c’est bien cela. Pour des raisons qui m’échappent encore, il y a aujourd’hui en France une immense et efficace prime à la « nullitude ».
Une nullité mâtinée de « beaufitude » que, singeant les amateurs de franglais, je pourrais facilement qualifier de « borderline », tant les frontières entre ce qui est droit ou pas sont brouillées. Est-il par exemple normal que les vacances d’un président en exercice soient payées par un homme d’affaires ? Surtout, est-il normal que cela ne fasse même pas débat ? Mais à quoi faut-il s’attendre quand personne ne s’indigne de voir qu’un ancien président est hébergé par la famille d’un dirigeant étranger…
Quand je m’interroge à haute voix sur cette étrange mansuétude populaire, j’ai souvent droit à des regards méprisants ou irrités. On me parle, comme ce banquier d’affaires, de « dangereuse glissade vers le populisme ». Pire, on me rétorque, argument censé être imparable, que l’opinion publique a toujours raison et qu’il me faudrait enfin accepter la défaite de la gauche à la présidentielle.
Voilà bien où nous en sommes. Le mélange des genres fait fureur et parler de principes à respecter équivaut à prononcer des insanités en public. Et plus on objecte et proteste et plus on est noyé par le débit incessant de ceux qui attendent d’être admis à la cour tandis que d’autres montent le son et leur ton dans le seul espoir de profiter des bienfaits de « l’ouverture ». Tout cela, à terme, ne mènera ce pays guère loin mais pourquoi s’en faire puisque l’opinion publique parait si satisfaite ?
Le Quotidien d’Oran, jeudi 30 août 2007




Commentaires
bonjour
encore et toujours lui !
sincèrement ça commence à devenir lourd et louche.
je crois que cette vie nous offre autres choses à vivre et voir que la personnalité de ce monsieur.
j’espère juste que ceux qui ont voté pour lui n’auront pas trop de regrets.
mes amitiés
Il y a un livre écrit par quelqu’un en prison qui décrit beaucoup mieux ce qu’est Nicolas Sarkozy.
Les articles d’Akram Belkaid sont toujours intéressants, bien construits, agréables à lire et instructifs. Celui-ci ne fait pas exception. Belkaid fait de bonnes observations, pose de bonnes questions, donne à réfléchir à ceux qui en ont envie.
Que Sarkozy soit un peu "plouc" ne me dérange pas personnellement. Nul n’est parfait (sauf le général de Gaulle ? Ce qui n’a pas empêché les Français de se débarrasser de lui, vite fait, dès qu’il a réglé leurs problèmes de base, la guerre d’Algérie, la Constitution, le système de gouvernement, les finances, les affaires étrangères, l’OTAN et le reste).
Nous sommes tous des "ploucs", chacun à sa façon, ne l’oublions pas. Bush, Chirac, Clinton, Saddam Hussein, Mubarak et les autres ne valent guère mieux, de ce point de vue. Simplement, certains le cachent mieux que d’autres, ou apprennent plus vite à se parer d’un vernis à toute épreuve, comme Chirac.
Ce n’est pas cela qui compte, mais ce que le Président sait faire de bien, pour son pays, en plus de tout ce qu’il fait pour lui-même, pour son plaisir personnel, pour satisfaire sa vanité. Clinton était, de ce point de vue, à mon avis, un grand Président, malgré ses faiblesses pour des femmes aussi insignifiantes que ses assistantes, ou des stagiaires.
Donc, la question est : "Que fera Sarkozy de bien pour la France, en plus de prendre de belles vacances (bien méritées à mon avis, après plusieurs années de campagne présidentielle et à la veille d’entamer un combat pour la survie qui va durer des années, face à des adversaires sans merci (parce qu’ils n’ont rien à perdre) comme l’ex-couple Hollande-Royal) ?
De toutes les façons, l’opinion publique tourne comme une girouette, et celui qui se baserait uniquement sur elle pour faire tous ses choix politiques, économiques et sociaux ne ferait pas long feu, tout en menant le pays à la catastrophe.
Sarkozy, de ce point de vue, a une position intermédiaire qui me semble valable, quand on veut gouverner et durer. Il a ses idées, et il essaie de les imposer, tout en tenant compte de la multiplicité d’intérêts qui se dressent contre lui.
Alors, jugeons Sarkozy sur ses actes à portée générale, qui vont affecter le devenir de la population et du pays à long terme, et non pas sur ses orignes ou sur ses allures de "plouc". Puisque les lecteurs d’Oumma sont souvent des arabes, ou des musulmans, ou des Français d’origine maghrébine, il faut essayer de le juger aussi sur les mesures qu’il prendra touchant les intérêts des arabes, des musulmans et des Français d’origine maghrébine.
Parle-nous plutôt des grands démocrates qui dirigent ces merveilleux pays arabes avec le désintéressement stupéfiant qu’on leur connaît, entourés de la reconnaissance des peuples éblouis d’être guidés par de tels chefs charismatiques. Bonne continuation.
Le niveau de Sarkozy reflète tout simplement le niveau du débat politique en France marqué par une staracadémisation des candidats de gauche comme de droite. Sarkozy est donc à sa place, il ne l’ a pas usurpé, plu sde 53% des français ont voté pour lui. Il est fini le temps des grandes utopies où l’on voulait changer le monde, le temps est à la com et au règne de la vulgarité et du libéralisme à toutes les sauces, la situation ira en s’empirant....
De Gaulle admirait Sarthe et Voltaire, Sarkozy admire Stevy Boulet, Doc Gynéco, Johny Hallyday.
Dis-moi qui tu admires, je te dirais qui tu es. Bref tout est dit et il n y a rien à attendre d’un président/people.
Super Akram !
Beaucoup se souviennent des propos tenus par un certain N. SARKOZY, candidat à la Présidence de la République sur la responsabilisation des parents, sur le caractère génétique des délits. Le temps a vite rattrapé le candidat SARKOZY. Et Rachida DATI va t-elle convoqué le juge d´instruction pour lui demander d´appliquer une peine plancher ? va savoir.
Lire texte ci-dessous dans Yahoo actualité
L’un des fils de Nicolas Sarkozy jugé mardi pour délit de fuite
Reuters - Mardi 4 septembre, 15h52
PARIS (Reuters) - Jean Sarkozy, fils du président de la République, est poursuivi en correctionnelle par un homme qui l’accuse d’avoir pris la fuite après avoir endommagé sa voiture lors d’un accident en octobre 2005 et de lui avoir adressé "un geste offensant", confirme-t-on de source judiciaire.
lire la suite
Sarkozy est là pour 10 ans, la gauche ne se remettra jamais de la candidature Royal. La gauche bobo n’a que ce qu’elle mérite et tant pis pour elle, personne ne s’en plaindra
A Justin : Je suis toujours outrée qu’à chaque fois que l’on critique un temps soit peu un dirigeant occidental ou un pays occidental, nous ayons droit à la même rangaine à savoir que les pays arabes ne sont pas dotés de démocratie alors leurs habitants n’ont qu’à se la mettre en veilleuse. je vous rappelle Justin, que nous ne cautionnons en aucun cas les dictatures des pays arabes, que nous rêvons nous aussi de vivre dans une démocratie à l’image de la vôtre mais permettez moi de vous rappeler une petit point. Si ces pays dont vous faites allusion sont encore empétrés dans des dictatures militaires c’est aussi grace à des dirigeants de vos pays démocratiques qui les ont mis au pouvoir, qui les soutiennent, qui les maintiennent et ce contre la volonté des peuples arabes. Il vous suffit de lire un peu moins PAris Match et beaucoup plus des livres de qualités pour comprendre comment les Mohamed V, les Ben Ali et les Moubarak sont maintenus au pouvoir depuis des années, portaient à bout de bras par l’occident et la France en particulier afin que que les peuples de ces chères démocraties puissent bénéficier de gaz, de pétrole et autres richesses à bas prix.
La Roue de la Fortune : Sarkosy, un vrai changement, en bien et en mal.
Je découvre vos écrits. Je suis une "blédarde" comme vous et j’observe les français et la société française comme vous. Ils marchent sur la tête sur énormément de sujets et les "lobbies" qui vérouillent le cours de l’Histoire, arcqueboutés qu’ils sont bec et ongles sur leurs acquis, ne sont finalement qu’un effet normal de la mondialisation (avec le phénomène de repli identitaire où du reste,beurs et blédars réunis,sont confrontés à un sérieux problème, mais cela est une autre sujet).
Je crois que l’on assiste à la fin du règne de la Bourgeoisie traditionnelle pour laisser place aux débrouillards. "Tag 3ala men tag". Certes, cette même Bourgeoisie est encore très puissante et a opéré depuis une trentaine d’années sa mutation (Internationalisation, alliances, etc, ...)+ ou moins réussie mais non moins condamnée à disparaître à terme. Pour moi, Sarkozy incarne et incarnera probablement ce changement qui commence réellement avec son avènement. Mais ce n’est qu’un homme. Pour comprendre, il faudrait définir quelles sont les forces qui sont derrière lui et qui l’ont porté au pouvoir. Il a des idées mais il se pliera aux intérêts de ces forces-là. Je peux me tromper car je ne suis qu’une observatrice lambda, mais le changement de style, le dynamitage des symboles et des rites, me font penser que les choses vont bien changer et peut-être de façon radicale.
Repons a Justin....tu as rien d’autre a dire que de parler des pays Arabes....serais-tu Arabophobe ou Islamophobe ???? quel est le rapport entre le sujet et ta reponse ???ou alors tu oublies que beaucoup d’Arabes voir de Musulmans sont francais.....je ne pousserai pas plus loin ma reflexion a ton sujet car finalement je sais deja qui tu es a travers ton ramassis de conneries (oui je dis bien connerie car tu es hors sujet....mieux j’ai une info pour toi ces pseudos democraties Arabes que les peuples detestent sache le car la bas quoiqu’on dise il y a une prise de conscience que toi visiblement tu refuses ici en France quant il s’agit de parler de cet Imposteur a la solde de groupe de pression auquel tu appartiens)....alors Justin trace ton chemin et please evite de venir sur ce forum il n’y a rien de Juste dans ce que tu dis Juste du Justin bridou un truc que je detese par dessus tout...bon vent en esperant ne plus te lire sur ce site...
Comment ne pas être d’accord avec cet article qui expose des vérités que notre presse bien pensante au service du sarkozysme trimphant ne peut révéler. Merci M. Belkaïd pour votre courage, une valeur quasi absnete dans cette presse du ventre dirigée par des groupes industriels à la solde d’un ultra libéralisme dévastateur pour qui l’homme ne compte et qui vénère le profit et encore le profit.
La présidence de Nicolas Sarkozy est comparable au règne d’un monarque entouré de courtisans qui se recrutent parmi les politiques de gauche à droite ou de droite à gauche (quelle différence au fait ?) en passant par le centre, sans oublier nos chers médias dominants, courroie de transmission de la parole monarco-sarkozienne, et bien sûr nos stars du show biz, incultes et superficiels, bouffons sans inspiration du petit roitelet de l’Elysée. La France n’est plus que l’ombre d’elle-même, pauvre France…
Mais qui sont ces pleutres, ces petits penseurs qui redoutent un point de vue qui les dérange alors qu’ils devraient, au contraire, être curieux des pensées différentes ? Quel esprit libre ne préfèrerait pas vivre dans ces "abominables" pays d’occident où le pluralisme garantit la liberté d’expression et la divergence des opinions ? Ouvrez vos portes et vos fenêtres plutôt que de vous calfeutrer frileusement. Frottez-vous aux autres, à ceux qui ne réfléchissent pas exactement comme vous. Vous avez peur ? Osez respirer, gonflez vos poumons d’air vivifiant au lieu de vous ratatiner ! A part ça, sur ce site, je suis chez moi aussi. Tout ce qui est intéressant m’appartient.
Que la Paix règne parmi vous,
je suis algérien étudiant en France (pas pour longtemps car je rentre).
Je pense que le fait de s’intéresser au Little big man constitue en soi un échec.
A mon humble avis, il faut lui laisser le temps ... de lasser et de se lasser.
J’ai l’impression que Sarkozy est Président depuis 04 ans tellement son omniprésence étouffe
De grâce, laissez le temps au temps de faire son oeuvre. Il finira bien par se claquer un genou, fatiguer son coeur ou se retrouver avec un premier ministre suicidé
Bonne continuation et lisez des livres d’Histoire plutôt que de suivre l’histoire du petit Nicolas.
Salutations
Justin arrête je vais pleurer
Tu es aliéné mon ami le problème est là.
Regardes tu devrais appliquer ce que tu dis et accepter ce texte comme une critique (preuve du pluralisme des coulisses) et un apport à la collectivité.
Pour reprendre les remarques de certains :
Je ne vois pas trop l’intérêt de s’étendre sur Sarko, ni sur le peuple de mort vivant qui compose ce pays (de gauche et de droite). Non le mieux c’est de réfléchir à ce qui se passe et d’agir ne serait-ce que pour contrecarrer les plans...