Vous avez aimé la guerre d’Irak ? Vous allez adorer la guerre d’Iran !

Qu’est-ce qui doit le plus étonner ou le plus choquer ? Que les mêmes personnes qui avaient plaidé en faveur de la guerre d’Irak, puissent sans vergogne au vu de la réussite de celle-ci appeler à mener des opérations militaires contre l’Iran ? Qu’ils le fassent avec les mêmes arguments : danger nucléaire, nécessité de stopper un régime dangereux et insupportable ? Que les mêmes « experts » qui nous disaient que l’Irak regorgeait d’armes de destruction massive, nous disent (et depuis plusieurs années), que l’Iran est à un an de l’arme nucléaire, sans que leur crédibilité ne soit mise en cause ?

Vous avez aimé la guerre d’Irak ? Vous allez adorer la guerre d’Iran ! Certes elle n’aura pas tout à fait la même forme. Ne rêvez pas d’une invasion massive, avec déploiement de troupes au sol et occupation militaire prolongée débouchant sur une guerre civile. Cela n’est pas possible. Même l’hyperpuissance américaine a des limites. Elle n’a pas – elle n’a plus – les moyens d’ouvrir un deuxième front de ce type. Il faudra vous contenter de frappes aériennes, de bombardements ciblés sur les sites nucléaires iraniens. Mais rassurez-vous, si le déroulement sera différent, le résultat devrait être tout aussi catastrophique et même sans doute bien davantage.

Qu’est-ce qui doit le plus étonner ou le plus choquer ? Que les mêmes personnes qui avaient plaidé en faveur de la guerre d’Irak, puissent sans vergogne au vu de la réussite de celle-ci appeler à mener des opérations militaires contre l’Iran ? Qu’ils le fassent avec les mêmes arguments : danger nucléaire, nécessité de stopper un régime dangereux et insupportable ? Que les mêmes « experts » qui nous disaient que l’Irak regorgeait d’armes de destruction massive, nous disent (et depuis plusieurs années), que l’Iran est à un an de l’arme nucléaire, sans que leur crédibilité ne soit mise en cause ? Qu’ils osent se draper dans une position morale tout en pratiquant le terrorisme intellectuel et diaboliser ceux qui pensent que la guerre n’est pas nécessairement le meilleur moyen de résoudre les problèmes politiques.

Que toute honte bue, ils se livrent à des amalgames douteux en comparant Ahmadinejad à Hitler – relativisant ainsi les crimes de ce dernier ? Quand vous entendez que l’on compare un dirigeant à Hitler, sachez que les préparatifs de guerre sont bien en cours. Ce type d’assimilation a été fait pour Nasser avant la guerre de Suez, pour Saddam avant la guerre du Golfe de 1990-1991 (mais pas pendant la guerre Irak-Iran), puis avant celle de 2003 (mais pas entre les deux), et enfin pour Milosevic avant la guerre du Kosovo. Aucun de ces personnages n’était un grand démocrate. Mais peut-on sérieusement les mettre dans le même sac qu’Hitler ? N’est-ce pas une offense à la mémoire des millions de victimes du nazisme ? Certains avaient même osé, avant qu’il soit assassiné par un extrémiste israélien, opéré la même scandaleuse assimilation pour Rabbin.

Il ne s’agit ni de nier le danger que représenterait un Iran nucléaire, ni d’accepter sans broncher les déclarations inadmissibles d’Ahmadinejad de voir Israël rayé de la carte ou la scandaleuse conférence révisionniste de Téhéran. L’IRIS, comme de nombreux think-tanks, a d’ailleurs décidé de rompre tout contact avec l’organisme qui avait organisé cette conférence. Ce n’est pas non plus que le recours à la force doive être systématiquement rejeté. Il est des cas où il demeure l’ultime recours. Ce fut le cas, à mon sens, contre l’Irak en 1991. Ce n’était pas le cas en 2003 et ce n’est pas le cas aujourd’hui vis-à-vis de l’Iran.

Quel serait le résultat de frappes sur les installations nucléaires iraniennes ? Elles en détruiraient certainement une partie d’entre elles. Elles retarderaient donc l’accès possible de l’Iran à l’arme nucléaire. Mais elles augmenteraient la détermination des Iraniens à la posséder. Elles s’accompagneraient de « dommages collatéraux » (en clair des massacres) sur la population iranienne qui pourraient être importants. Après l’Afghanistan, l’Irak, le Liban, et cela sur fond d’accentuation de conflit israélo-palestinien.

Il y aurait bien un grand bond en avant, mais vers un choc des civilisations et non pas vers un Proche-Orient en paix, la fin du terrorisme ou la non-prolifération des armes nucléaires. Tous ces objectifs (qui étaient déjà ceux de la guerre d’Irak) seraient mis en échec par une guerre contre l’Iran. Alors qu’Ahmadinejad commence à être en difficulté sur le plan politique intérieur, il verrait sa légitimité renforcée selon la loi d’airain qui soude une population à ses dirigeants dès lors que le pays est attaqué de l’extérieur.

Certes, on peut se dire que rationnellement, au vu de la situation stratégique désastreuse qui est la leur, notamment en Irak, les Etats-Unis ne prendront pas le risque d’ouvrir un second front. Malheureusement le pire ne peut être exclu. George W. Bush peut finir par être convaincu par sa propre propagande. Si vraiment Ahmadinejad est Hitler, comment penser que les risques d’une guerre ne sont pas moins grands que celui de voir un Hitler doté d’armes nucléaires ?

Empêcher l’Iran de se doter d’armes nucléaires, faire en sorte que ce pays revienne à une politique internationale plus respectueuse de ses voisins, qu’il puisse être réintégré dans la communauté internationale sont des objectifs qui font consensus. La guerre n’est pas le bon moyen pour y parvenir.

On avait pu nourrir l’espoir après les élections de novembre 2006 et surtout après la publication du plan Baker Hamilton, que le président Bush adopterait une politique plus réaliste et moins dangereuse dans la région.

Malheureusement, il me semble pas vouloir suivre la voie raisonnable prônée par l’ancien secrétaire d’Etat de son père. Triomphe de l’idéologie sur la réalité ? Tentative de sortir de la crise en provoquant une crise encore plus grande ? Toujours est-il que l’on peut craindre des catastrophes à venir si George W. Bush accepte le principe d’une opération militaire contre l’Iran. Une hypothèse qui malheureusement gagne du terrain.

Auteur : Pascal Boniface

Directeur de l' Institut de Relations internationales et stratégiques (IRIS). Il vient de publier « 50 idées reçues sur l’Etat du monde aux éditions Armand Colin.

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