Vers une autre Kaaba

Il y a ceux qui par les airs, invités de leur Seigneur, voyagent vers les lieux Saints. Il y a ceux qui, deme

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lundi 8 décembre 2008

Vers une autre Kaaba

Il y a ceux qui par les airs, invités de leur Seigneur, voyagent vers les lieux Saints. Il y a ceux qui, demeurés à terre, sont invités par leur Seigneur à voyager vers une autre Kaaba.

J’ai vu le père et le fils. Puis la mère et son fils. L’eau coulât à son talon prenant source en l’amour maternel, effusion miséricordieuse d’une miséricorde.

J’ai vu le père et le fils. L’un accepta le sacrifice, l’autre d’être sacrifié. La main qui donne est plus haute que celle qui prend. Mais la grandeur d’un homme se mesure à ce qu’il abandonne et non à ce qu’il possède. J’ai vu le Père, j’ai vu le fils, comme un seul être pour un seul Dieu.
Pierre sur pierre, ils édifièrent le Temple de Dieu en une terre sans homme. Au désert, en la solitude, en l’absence, qu’éclate Sa présence. Paradoxe de la foule, comme en un désert humain, l’âme est seule au face à face.
Un simple cube de simples roches, vide. De laine ou de brocart, peu importe les atours pour le dépouillement. Peu importe la forme pour l’abstraction. Peu importe le symbole pour le Réel.

Au pèlerinage de nos vies nous sommes appelés. Vers Dieu elles accomplissent leur course. Pour Dieu elles versent leur sang. En Dieu elles s’abreuvent. A Dieu elles consacrent les rîtes et plus encore nécessairement. Les jours comptés sont ainsi innombrables. Les tournées processionnelles sont infinies, ton âme cesserait-elle de se prosterner. L’amour aurait-il une fin ! 

Qui n’a connu la soif ne sait l’eau. Qui n’a connu la brûlure ne sait la fraîcheur. Qui n’a connu la faim ne sait le pain. Qui n’a connu le doute ne sait la certitude. Qui n’a connu l’absence ne sait la présence. Mais qui n’a connu l’amour ne sait l’amour.

N’as-tu pas vu le monde graviter autour de la Kaaba. Comme de lumière à force d’être sombre, elle engendre la spirale de l’univers qui sans cesse à ses pieds s’enroule. Ô fiancée de la spiritualité, qui ne défaillerait de t’avoir entre aperçue au vent révélateur.
A succomber d’amour lorsque, telle la mariée, tu relèves un pan de ton voile. A boire de déraison à l’eau de ta source. A courir entre tes seins de roches. A mêler nos voix aux cris d’espoir de la mère éperdue. Puis à marcher dans un désert sans asphalte vers le mont de la Miséricorde de ton Seigneur. A pleurer de miséricorde, pluie du Miséricordieux. A de ferme volonté, amasser des cailloux comme des rochers. A se lapider soi-même dans le miroir de nos âmes. Puis, à l’ultime aube, fin obligatoire, à s’humilier tête nue et rasée, sang versé, comme un ultime symbole.

Je vois le Prophète ruisselant de poussière, pied posé sur le cou de l’agneau. Je vois la douceur et la détermination, la crainte et l’acceptation.
Je vois les chaînes d’abattage. Nos intentions crochetées à l’inox, nos âmes pendues, aseptisées, estampillées.
Affûte ta lame, mon frère, et tranche la gorge de tes prétentions…

N’a de Seigneur que le serviteur. Il ne te doit rien, tu es son obligé, son débiteur.
La victoire est sans triomphe, défaite des ambitions.
Remercie-Le de t’avoir dépouillé, remercie-Le de t’avoir vaincu.

Au Pèlerinage de ta vie il n’y a personne. Au Sanctuaire de ton cœur il n’y a que Dieu. Vers une autre Kaaba il n’y a que toi.

Vers cette autre Kaaba mon frère ne dirige pas ses pas.
A cet autre Kaaba j’aspire tout autant qu’elle me désire.
En cet autre Kaaba j’abreuve mes détresses.
Pour cette Kaaba je selle la monture de ma foi et bride l’étalon de mes désirs.

Vers cette autre Kaaba je m’élève, amant sincère.
A cette autre Kaaba je sacrifie mes divinités.
En cette autre Kaaba s’anéantit mon ego.
Pour cette Kaaba j’ai troqué le sel pour l’eau et le fer pour l’or.

Vers cette Kaaba la solitude m’accompagne.
A cette autre Kaaba tout mon sang est versé.
En cette autre Kaaba toutes mes larmes pleurées.
Pour cette autre Kaaba le seigneur de naguère est un humble mendiant.

Al Ajamî, Dhu-l-hijja 2008

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Auteur : Dr Al 'Ajamî

Auteur de « Que dit vraiment le Coran » et de "Quarante Hadiths authentiques de Ramadan" parus aux éditions Zenith, 2009. http://editionszenith.fr

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