Samedi 11 février 2012

Vers un coup d’Etat en Palestine ?

La question peut sembler saugrenue. Après tout, il n’existe pas d’Etat palestinien. Pourtant, il apparaît clairement qu’il existe une volonté commune du gouvernement israélien, du gouvernement américain, d’une partie des gouvernements européens et des gouvernements arabes dits modérés, et d’une fraction même du Fatah de renverser le gouvernement issu des élections législatives de janvier 2005, qui ont donné une majorité au Hamas.

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La question peut sembler saugrenue. Après
tout, il n’existe pas d’Etat palestinien. Pourtant, il apparaît clairement
qu’il existe une volonté commune du gouvernement israélien, du gouvernement
américain, d’une partie des gouvernements européens et des gouvernements arabes
dits modérés, et d’une fraction même du Fatah de renverser le gouvernement issu
des élections législatives de janvier 2005, qui ont donné une majorité au
Hamas.

On a pu ainsi entendre ces étranges propos du
porte-arole du Fatah au Conseil législatif, Jamal Al-Tirawi affirmant que
style=''> target="_blank">« nous
allons renverser le gouvernement du Hamas. Nous sommes maintenant la majorité.
style=';;'> » Ce que le
porte-parole du Fatah ne précise pas c’est que cette majorité n’est rendue
possible que par l’arrestation par l’armée israélienne de nombreux députés du
Hamas. Cette déclaration, jointe à la grève de fonctionnaires (déclenchée par
des syndicats proches du Fatah) qui réclament le paiement de leur salaire
(rendu difficile par le boycottage de la « communauté internationale »
et le refus d’Israël de payer les droits de douane de 50 millions de dollars
mensuels dus à l’Autorité palestinienne), est caractéristique du climat. Les
milices du Fatah n’ont d’ailleurs pas hésité, à plusieurs reprises, à imposer
aux commerçants palestiniens des grèves de protestation contre le gouvernement
palestinien.

Ces grèves ne sont pas seulement manipulées.
Elles s’appuient sur un vrai mécontentement du au blocus imposé par la
communauté internationale contre le peuple palestinien. Tous les rapports
confirment la détérioration sans précédent de la situation matérielle des
Palestiniens.
href="http://daccessdds.un.org/doc/UNDOC/GEN/G06/138/13/PDF/G0613813.pdf"
target="_blank">Un
nouveau rapport de l’envoyé spécial des Nations unies pour les territoires
occupés, Special John Dugard, rendu public le 26 septembre
style=';;'>, a noté que l’action
israélienne à Gaza relevait du « nettoyage ethnique » et que
la vie des Palestiniens était devenue « tragique et intolérable ».
Il a aussi accusé Israël et les pays occidentaux de la détérioration de la
situation.

Si le Fatah peut profiter de ce contexte, ce
n’est que très relativement. La journaliste Amira Hass dans un article d’aujourd’hui de Haaretz intitulé
style=''> href="http://www.haaretz.com/hasen/spages/767581.html"
target="_blank">« Missing
the governement of thieves »
(Quand le gouvernement des voleurs est
regretté) notait les slogans des manifestants grévistes palestiniens : « Non
à Ismaïl, non à Haniyeh, nous voulons le retour du gouvernement des
voleurs. »
(rappelons qu’Ismaïl Haniyeh est le premier ministre
palestinien, issu du Hamas). Et Amira Hass résume le sentiment d’une partie de
la population : « Le gouvernement du Hamas est peut-être propre,
mais les voleurs du Fatah valent mieux. Après tout, quand le Fatah était au pouvoir,
nous étions payés. »
Et la journaliste d’expliquer que le Fatah, « qui
a du mal à digérer son écartement du pouvoir, s’appuie sur logique des demandes
internationales et agit de manière à renverser un gouvernement élu »
.

Malgré cette situation, style=''> href="http://www.pcpsr.org/survey/polls/2006/p21ejoint.html"
target="_blank">un
sondage publié le 26 septembre indique un maintien de la côte de popularité du
Hamas
. Selon les résultats, 42% des Palestiniens sont satisfaits de
l’action du gouvernement et 54% insatisfaits. Les gens disposés à voter pour le
Hamas représentent toujours 38% (même pourcentage qu’il y a trois mois), alors
que la popularité du Fatah n’a que légèrement augmenté à 41%. Si la côte de
popularité de Mahmoud Abbas atteint 55%, en cas de nouvelle élection
présidentielle, seulement 31% des électeurs voteraient pour lui, contre 24%
pour Haniyeh et 13% pour Marwan Barghouti, le dirigeant du Fatah emprisonné par
les Israéliens. (Notons que selon ce sondage, 56% des Israéliens sont
favorables à des négociations avec un gouvernement palestinien dirigé par le
Hamas).

Rappelons un peu la chronologie des
événements. A la fin juin, le Fatah et le Hamas se mettent d’accord sur le
fameux
href="http://www.miftah.org/Display.cfm?DocId=10371&CategoryId=32"
target="_blank">« document
des prisonniers »
, élaboré par des prisonniers politiques de
toutes les tendances politiques (le Djihad islamique émet certaines réserves).
Il contient trois principes : acceptation de la création d’un Etat
palestinien sur les territoires occupés en 1967 (et donc reconnaissance de
facto d’Israël) ; limitation des actions armées aux territoires
occupés ; Mahmoud Abbas serait chargé de mener les négociations de paix
avec Israël (notons que selon les accords d’Oslo c’est l’OLP et non l’Autorité
palestinienne qui est chargée des négociations avec Israël). L’enlèvement du
soldat israélien le 25 juin entraîne une offensive générale israélienne et les
négociations entre le Hamas et le Fatah sur la création d’un gouvernement
d’union nationale sont suspendues.

Elles reprennent et semblent aboutir au début
septembre à un accord, le gouvernement d’union nationale étant dirigé par le
Hamas. A la veille de son départ à New York, le président Abbas suspend les
négociaitons. Il rencontre le président Bush et, à la suite de cette entrevue,
il intervient à l’Assemblée générale en affirmant que tout gouvernement
palestinien sera tenu par les lettres de reconnaissance mutuelle entre Arafat
et Rabin, du 9 septembre 1993 (échangée à la veille de la signature des accords
d’Oslo). Rappelons que, dans ces lettres, l’OLP reconnaît l’Etat d’Israël alors
qu’Israël se borne à reconnaître l’OLP comme représentant des Palestiniens.

Cette demande de Mahmoud Abbas de
reconnaissance explicite d’Israël par le futur gouvernement, y compris donc par
le Hamas, est totalement irréaliste en ce moment. Le Hamas ne peut y consentir
pour deux raisons : pour des raisons internes d’abord, un changement aussi
profond de son programme ne pouvant aboutir qu’à l’éclatement du mouvement ;
mais surtout parce qu’une telle reconnaissance serait prise sans aucune
contrepartie sérieuse d’Israël. Le journaliste israélien Dany Rubinstein, dans
le quotidien Haaretz, posait la question
href="http://www.haaretz.com/hasen/pages/ShArt.jhtml?itemNo=766429&contrassID=2&subContrassID=4"
target="_blank">« Why
recognize Israel ? »
(Pourquoi reconnaître Israël ?). Il
rappelait que l’OLP, qui a reconnu Israël, n’a rien gagné à la suite de ce
geste. D’ailleurs, tous les sondages montrent que l’opinion palestinienne ne
demande pas au Hamas de faire cette concession. Compte tenu de l’ampleur de la
colonisation qui n’a arrêté à aucun moment depuis 1973, Dany Rubinstein note
que « le message israélien est devenu sans équivoque : vous,
Palestiniens, n’avez aucune chance. Vous avez reconnu Israël et ce que vous
avez reçu en échange est la liquidation de tous vos espoirs nationaux. Pourquoi
faudrait-il que le Hamas répète cette même reconnaissance d’Israël pour dont
nous avons déjà vu les résultats ? »

Pour l’instant, la direction du Fatah n’est
pas unie. Mahmoud Abbas lui-même est hésitant. Il est soumis à une multitude de
pressions : internes (de nombreux cadres du Fatah sont hostiles à l’accord
et ne veulent aucun partage du pouvoir). Mais les pressions des gouvernements
étrangers ne sont pas moins fortes : Israël et les Etats-Unis ne veulent
pas du Hamas ; les Etats arabes modérés encore moins (un gouvernement
d’union nationale avec les islamistes risque de donner des idées chez
eux) ; une partie des gouvernements européens (mais, globalement, l’Union
est plutôt neutre)... Si le gouvernement issu des élections de janvier devait
tomber dans ces conditions, la leçon envoyée aux peuples de la région serait
« claire » : vous avez le droit de voter, à condition de voter
comme l’entendent les Etats-Unis, Israël et les pays arabes
« modérés »... On ne s’étonnera pas après que les discours les plus
extrémistes de rejet de « la démocratie occidentale » trouvent au
Proche-Orient une oreille plus attentive...

Blog Nouvelles d’Orient

target="_blank">http://blog.mondediplo.net/-Nouvelles-d-Orient-

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Commentaires

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J’ose espérer que cela n’arrivera pas et que les gouvernements européens enfin prendront leurs responsabilités et seront cohérents avec eux-mêmes en ne faisant pas payer au prix fort le fait d’avoir enfin pût voter en toute liberté pour leurs représentants au gouvernement.
Nous,européens, plaidons pour la démocratie mais nous privons la Palestine de notre aide et de notre soutien car leurs votes ne nous plaient pas.
J’ai honte d’être européen, belge et démocrate en voyant ce qui se passe en Palestine et dans certaines autres régions du globe !