Va-t-on vers une ethnicisation des mosquées ?

Le 21 avril dernier la communauté musulmane originaire d’Afrique noire s’est vue refuser l’accès à u

mardi 7 juin 2005

Le 21 avril dernier la communauté musulmane originaire d’Afrique noire s’est vue refuser l’accès à une mosquée de Marseille pour y célébrer le Mawlud, commémoration de la naissance du prophète de l’islam. Cette situation pose, au-delà des arguments dogmatiques, religieusement maquillés et idéologiquement orientés, la question qui dérange : à savoir la cohabitation de populations d’origines géographiques et culturelles différentes.

Cette mosquée, théâtre du scandale, se situe au centre de Marseille à la rue Les récolettes à coté de La cannebière. Lors de son ouverture -il y a de cela une quinzaine d’années- elle a été confiée à la communauté sénégalaise. Un imam sénégalais du nom d’ Elhadji SY dirigeait la prière pendant les quatre premières années. La communauté africaine y célébrait le Mawlud par du dhikr (invocation de Dieu) et des exposés sur la vie et l’oeuvre du prophète Muhamed (salla lhu alayhi wa sallam).

Mais, depuis deux ans, la gestion de cette mosquée a été confiée à une association qui fait du refus systématique du dialogue son credo. Cette religion a été pourtant, le terrain fertile de débats et d’échanges fructueux tout au long de son histoire.

Les arguments relevant du dogme et de la religion en général qui sont évoqués par les opposants à cette manifestation sont complètement infondés. Ils dénotent, cette nouvelle manière de confisquer et de s’accaparer le monopole de l’orthodoxie. A- t-on vraiment besoin d’une nouvelle forme d’inquisition, signe d’une léthargie intellectuelle et surtout spirituelle ? Si on suit leur logique, on considérerait comme innovation nuisible - « bid’a »-les conférences et les émissions religieuses diffusées à l’endroit de la communauté musulmane dans son ensemble.

Le Mawlud a été le moyen par lequel de nombreux musulmans d’Afrique de l’ouest ont découvert l’Islam sans effusion de sang. Un Islam à vocation pacifique, tolérant spirituel, caractérisée par un fort dynamisme, et qui est tout sauf le maillon faible de la Oumma, contrairement aux idées reçues et perpétuées. Il continue à constituer un rempart déterminant contre toutes formes de subordinations culturelles.

Dans un pays comme le Sénégal, où 95% de la population est musulmane, le Mawlud est une occasion de se remémorer les enseignements du prophète Muhamed (salla lahu alayhi wa sallam) relatifs à la paix, la tolérance, le respect et l’amour. Autant de valeurs qui constituent le soubassement du message de l’Islam et que, malheureusement, nous ignorons souvent. Le prophète Muhamed ( salla lhu alayhi wa sallam ) affirme dans un hadith devenu célèbre : « j’ai été envoyé pour compléter ce qu’il y’ a de meilleur dans les comportements ».

Les mosquées ne sont pas uniquement des endroits où sont effectués les cinq prières quotidiennes. On y apprend également à mettre en pratique certaines valeurs qui nous font lamentablement défaut. Ce qui est particulièrement dommage, car ces valeurs appartiennent à notre héritage religieux commun. Prenons l’exemple des madâris (ou medersas) du Maghreb médiéval et même contemporain. C’est par ce rôle pédagogique que les grandes mosquées, comme la Qarawiyyin sont devenues les premières universités musulmanes.

Il y a des attitudes aujourd’hui qui valorisent cette méconnaissance manifeste du véritable rôle des mosquées et privent certains musulmans de leur droit le plus absolu.

En fait, derrière certains discours aux relents paternalistes, il faut décrypter le regrettable mépris de l’autre, considéré comme éternel néophyte alors que les musulmans ont tout à gagner à s’inspirer de l’exemple du prophète Muhamed (sala lahu aleyhi wa salem ), qui a su par son enseignement, dépasser les déterminismes géographiques culturels et raciaux.

L’accumulation de sentiments de frustrations résultant d’une une mise à l’écart systématique de la communauté musulmane africaine, risque d’inciter les membres de cette dernière, à tout mettre en œuvre pour disposer de lieux de cultes qu’ils géreront eux-mêmes. Ainsi, ils se mettraient à l’abri de désagréables surprises. Quel dommage pour l’esprit de fraternité, fondateur de toute idée de communauté soudée et solidaire !

Ce qui est déplorable, puisque le Coran précise que : « tous les croyants sont des frères ». Je continue à y croire. Ce n’est certainement pas le Texte qui est ici mis en cause, mais plutôt les comportements des uns et des autres qui prétendent parler au nom du Texte et qui desservent à la fois son message et son esprit !

Cette triste situation est sans nul doute une caractérisation de plus, qui tend vers un sevrage des plus naïfs, du discours universaliste de fraternité que nous tenons avec allégresse dans la communauté musulmane.

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