Une victoire au goût si amer ! Faut-il pleurer ou se réjouir ?

La poussière est tombée, les esprits se sont calmés, mais tellement de questions demeurent sur la tempête

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mardi 24 novembre 2009

La poussière est tombée, les esprits se sont calmés, mais tellement de questions demeurent sur la tempête de délire qui a sévi en Algérie comme en Egypte autour d’un simple match de football. La démesure des actes posés, de part et d’autre, et la surenchère des propos haineux de certains acteurs et leaders d’opinion, ont dépassé l’entendement et frisé l’irresponsabilité. À tel point que la compétition sportive a pris des allures guerrières et ses espaces ont été transformés en arènes pour gladiateurs en mal de fierté. L’on se demande, dès lors, si les choses pourront-elles jamais redevenir comme elles étaient entre l’Algérie et l’Egypte ?

Comment 2 peuples « frères » en sont-ils arrivés là ? Pourquoi ont-ils livré au monde cette prestation si affligeante de leur état d’esprit, errant à contresens du civisme et de l’esprit sportif ? Pour un match de foot !

Pour une malheureuse compétition sportive de ce niveau ! Et même, quelle que soit son importance ! Elle ne justifiera jamais cette débandade collective et irresponsable qui restera dans les annales comme témoin de notre indigence culturelle, politique et intellectuelle. Cette même indigence qui nous fait supporter ce sort d’opprimés dans nos pays respectifs.

Car, il s’agit bien de cela. D’un défoulement qui pourrait être caractéristique des sociétés opprimées, quand s’ouvre une brèche dans la muraille qui l’emprisonne. Et cette compétition sportive n’a servi, en réalité, que de théâtre pour l’expression des multiples frustrations qui composent la vie quotidienne des populations algériennes et égyptiennes, les jeunes en particulier. Elle est une sorte d’exutoire « officiellement » tolérable puisque toute autre manifestation est interdite dans ces 2 pays, régis par l’état d’urgence, depuis des années.

Faut-il s’étonner que l’agressivité et la violence soient à fleur de peau chez nos populations, ou tout simplement conclure qu’elles sont le signe révélateur du grand désarroi que sont leurs vies. N’est-ce pas qu’il est difficile de composer avec la beauté du monde, si toute sa vie durant, on a composé avec sa noirceur. Oui, il y’a de quoi être triste pour un peuple comme le nôtre, que l’histoire avait placé si haut dans l’estime universelle ; triste pour un pays comme l’Algérie, si beau et riche par la grâce de Dieu, et si misérable, faute de leaders pour l’honorer et le hisser à sa juste place.

C’est pour ces raisons que notre orgueil est si mal placé ; et qu’on fait porter le fardeau de nos défaillances à nos joueurs de football, histoire de renouer, un tant soi peu, avec ce sentiment de fierté qui a déserté nos vies. Leur victoire fera vibrer les cœurs et éclipsera, le temps d’une compétition, notre malaise général.

Puis, quand les feux de la rampe s’éteindront, en Algérie comme en Égypte, les populations replongeront dans leur océan de frustrations et les régimes scelleront les issues… jusqu’à la prochaine explosion. De quelle nature ? Les peuples en décideront.

Le Quotidien d’Algérie

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Auteur : Zehira Houfani

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