Une institutrice en proie au racisme pour avoir enseigné une berceuse en arabe

Temple de la connaissance, du savoir-être et du savoir-vivre, ensemble plutôt que les uns contre les autres,

samedi 19 février 2011

Temple de la connaissance, du savoir-être et du savoir-vivre, ensemble plutôt que les uns contre les autres, on attend de l’école qu’elle soit la formidable porte d’entrée, éducative et culturelle, sur le monde, et non la lugubre prison, sans horizon, qui emprisonne la pensée dans la haine et l’ignorance.

Théâtre d’une polémique fort préjudiciable, et victime de parents d’élèves mués en funestes corbeaux aux lettres anonymes de sinistre mémoire, quand la délation raciste était coutumière, une classe de CP-CE1 de la commune du Pin, dans le Gard, se retrouve au coeur d’une violente tourmente islamophobe.

Quel acte terrible, quelle provocation répréhensible, ont-ils bien pu s’attirer à ce point les foudres d’adultes déchaînés, mais pas téméraires, préférant se retrancher derrière leur plume assassine ?

Une chanson douce, une jolie berceuse, un hymne à la tolérance, extraite du film d’animation Azur et Asmar de Michel Ocelot, réalisateur du célèbre Kirikou, contant l’histoire de deux enfants, l’un blond aux yeux bleus et l’autre à la peau foncée, qu’une professeure idéaliste a eu l’outrecuidance d’enseigner en français et en arabe à ses petits élèves…

Il n’en a pas fallu plus pour exacerber les plus viles passions, et s’il fallait ne retenir qu’une phrase d’un texte qui brûle les doigts, ce serait indéniablement celle qui en dit long sur le climat ambiant : "Nous parents, à l’heure où certaines catégories d’individus sifflent la Marseillaise, nous posons la question : Pourquoi ne pas, plutôt que des chants arabes, enseigner notre Marseillaise à nos enfants ?”.

L’émotion est à son comble, tant du côté des parents d’élèves qui désapprouvent un tel sectarisme, que du côté de l’inspection de l’Education nationale qui fait bloc derrière l’équipe pédagogique, mais également du maire qui se dit choqué par une ingérence parentale inacceptable.

Alors que l’étude de la berceuse, dont une partie des paroles est en arabe, figure très officiellement dans la fiche pédagogique du film Azur et Asmar, la voix de l’auteur éclairé, Michel Ocelot, s’élève au-dessus de ce monde de brutes. Confiant au Midi Libre son effarement, le réalisateur insiste sur la portée universelle de son œuvre sortie en 2006, une hauteur de vue qui avait été à l’époque couronnée au festival de Cannes. Pour apaiser les esprits, Michel Ocelot invite tous les parents d’élèves à une projection spéciale gratuite. On ne saurait trop lui conseiller de faire œuvre de pédagogie, tant le ver de l’islamophobie est dans le fruit...

Quand on sait que la langue arabe était l’invitée d’honneur de la 29ème édition du salon Expo-langues, qui a eu lieu à Paris début février, on mesure tout le chemin qui reste à parcourir avant que son apprentissage franchisse le seuil de l’école de Jules Ferry.

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