Une enseignante d’anglais poursuivie pour l’agression d’une femme en niqab à Paris

A diaboliser le voile intégral sans relâche, la République aura assurément gagné le bouc émissaire idéa

mercredi 13 octobre 2010

A diaboliser le voile intégral sans relâche, la République aura assurément gagné le bouc émissaire idéal faisant rempart contre toutes ses fausses promesses et ses échecs, mais aura sacrifié sur l’autel de l’électoralisme des valeurs humanistes fondamentales, chancelantes sous la pluie artificielle de peurs venue d’en haut.

Un conditionnement de masse qui a immanquablement produit ses ricochets pervers, et plus consternant, ses passages à l’acte, conduisant en l’occurrence une respectable enseignante d’anglais à se muer en justicière républicaine, dont le sang n’a fait qu’un tour quand une inconnue en niqab s’est mise sur son chemin.

C’était en février dernier, ainsi que le relate l’Express, au détour d’un magasin de décoration, lorsque Marlène, 63 ans, Madame Tout-le-monde en train de faire ses emplettes, cédant à de viles pulsions s’est fait le « bras armé » du Sarkozysme, et d’une certaine classe politique. Cette dernière, ne pouvant réprimer son rejet épidermique d’une incarnation de l’altérité, s’en est prise de but en blanc à une congénère en niqab, de celles qui ont été déshumanisées en place publique pour mieux entretenir l’imagerie populaire de vision d’épouvante, comme si elle était légitime à le faire, comme si cela allait de soi.

"Je savais que j’allais craquer un jour. Cette histoire de burqa commençait à m’agacer", se défend l’enseignante qui doit comparaître jeudi devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

D’abord interpellée sans ménagement par la retraitée du professorat qui s’était auto-assignée la mission de la dévoiler, au motif que sa présence repoussoir l’avait agressée, puis giflée et mordue à la main par la même citoyenne transformée en furie, la victime traumatisée - on le serait à moins ! - une jeune femme originaire des Emirats arabes unis, s’est vu prescrire deux jours d’incapacité totale de travail, et s’est juré qu’on ne l’y reprendrait plus. En d’autres termes, finies les escales touristiques à hauts risques dans la capitale de la patrie des droits de l’Homme !

"Cette histoire de niqab, on en parle tellement que j’ai du mal à le supporter. [...] Je me suis dirigée vers elle et je lui ai arraché le niqab. Nous en sommes arrivées aux mains. J’étais énervée", insiste la sexagénaire, en proie à un acte de folie qu’aucun fantasme, même très tendance, ne peut ni justifier, ni exonérer, et qui n’est pas sans faire penser à une autre image tout aussi troublante : celle d’une marionnette mise en mouvement et en ordre de marche par un pouvoir doublement responsable et coupable.

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