Une conductrice en niqab verbalisée

Avis aux femmes voilées de la tête aux pieds ! Si un projet de loi, qui se joue de la Constitution en vigue

vendredi 23 avril 2010

Avis aux femmes voilées de la tête aux pieds ! Si un projet de loi, qui se joue de la Constitution en vigueur, menace de vous interdire l’accès à la voie publique, il ne fait pas bon dorénavant prendre le volant de votre voiture et croiser la route de deux agents de police en moto !

C’est ce que vient d’apprendre à ses dépens une nantaise de 31 ans, revêtue du voile intégral depuis neuf ans, écopant d’une amende de vingt-deux euros au motif de "circulation dans des conditions non aisées".

Interpellée par deux policiers, manifestement ralliés au mot d’ordre anti-voile intégral entonné par le gouvernement, la jeune femme a immédiatement dévoilé son visage et présenté ses papiers, avant de se voir gratifier d’une verbalisation qui a emprunté un sinueux détour sémantique pour justifier sa légalité : « le champ de vision de la conductrice était réduit », un euphémisme derrière lequel il faut entendre : votre tenue vestimentaire n’est pas la bienvenue en France, avec en arrière-fond l’image subliminale de son grand inspirateur : Jean-François Copé…

La jeune femme a eu beau protester, rien n’y a fait, les policiers se retranchant derrière l’article 412-6 du code de la route, qui stipule que "tout conducteur doit se tenir constamment en état et en position d’exécuter commodément et sans délai toutes les manœuvres qui lui incombent. Ses possibilités de mouvement et son champ de vision ne doivent pas être réduits par le nombre ou la position des passagers, par les objets transportés ou par l’apposition d’objets non transparents sur les vitres", soutenus sans surprise par leur hiérarchie, la direction départementale de la sécurité publique (DDSP).

Alors que les présidents de l’Assemblée Nationale et du Sénat, Messieurs Accoyer et Larcher, prennent aujourd’hui leurs distances avec leur bouillonnant collègue Copé, refusant de marcher au pas cadencé que leur impose celui qui rêvait d’apposer son nom sur un projet de loi anti-voile, et par extension anti-musulman, les deux agents de police se sont, quant à eux, mués en justiciers de la route, anticipant une loi qui n’existe pas.

Une contravention au goût amer de la discrimination, contre laquelle s’est insurgée la contribuable pénalisée, en envoyant un recommandé au ministère public jeudi. Si l’habit ne fait pas le moine, le voile, quelle que soit la longueur de son étoffe, semble être le seul atour qui pare de tous les maux celles qui le revêtent.

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