Mardi 2 September 2014
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Un regard d’historien sur l’affaire des caricatures

Un regard d’historien sur l’affaire des caricatures
fr
http://oumma.com/

Il est pourtant de fait, malgré l’ouverture et l’esprit de compréhension et de dialogue sans cesse manifesté par la majorité des musulmans d’Europe, quoi qu’en disent les sempiternels virtuoses de la suspicion, que la peur de l’islam perdure, s’enfle, renaît et risque de se ré enraciner de plus en plus fortement dans les esprits. Dans ce sens, les divas de la défiance systématique, ne manquent pas d’en rajouter lorsqu’on les invite à édifier les foules télévisuelles chaque fois que l’Arabe, ou l’islamiste, (il n’y a guère d’autre catégorie dans les sphères d’entendement de l’homo médiaticus), entrent dans le champ de l’actualité.

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La parution des caricatures de Muhammad et la rhétorique
homicide insensée qu’elles ont suscitée dans le monde islamique est encore un
mauvais coup porté aux « musulmans éclairés » name="_ednref1" title=""> class=MsoEndnoteReference>[1]
, de plus en plus empêtrés dans les
paranoïas opposées d’une Europe incapable d’extirper son soupçon primaire à
l’égard de l’islam, et d’un monde musulman sous développé, figé dans une
arriération obscurantiste apparemment indépassable.

style=''>Dans le quotidien d’une vie en Europe, le plus apparent
demeure ce qui se laisse lire ou entendre dans les divers médias,
complaisamment ouverts à des spécialistes de la défiance, de la suspicion et de
la mise en demeure. Quant au monde musulman, chacun sait que rien ne sera possible
tant que ne seront pas résolues les questions du développement sous tous ses
aspects et la question de la démocratie et des droits de l’homme, sans cesse
congédiée par des régimes despotiques de tous acabits, très bien tolérés par
les Etats du monde développé.

style=''>Aussi, depuis cette Europe et du point de vue d’une
empathie musulmane, il n’est pas inutile de proposer très rapidement à ceux qui
veulent l’entendre, une perspective sur trois questions soulevées directement
ou indirectement par cette désolante affaire. Cette pratique de la mise au
point analytique, non pas pour s’expliquer ni se justifier, mais pour engager
et entretenir le commerce de bonne compagnie nécessaire désormais à la
construction des solidarités indispensables à un monde qui se réarticule, par
la force des choses, autour de cultures, de temporalités, de processus, de
mythes et de références prodigieusement composites. Cette pratique pour
dépasser aussi l’attestation incantatoire de principes soi-disant universels,
dont l’historicité a disparu des mémoires de leurs idolâtres, et dont
l’application peut passer par des modalités multiples, oubliées par les ultras
des deux extrêmes ou à imaginer pour demain.

style=''>La première de ces « mise au point », rapides et
sommaires, à titre d’exercice de style, conduites aussi bien pour sa propre
gouverne que pour l’information de qui ne porte point d’empathie musulmane,
concerne la représentation graphique et la dérision en culture d’Islam, la
seconde l’attitude dominante dans les sociétés musulmanes face aux figures religieuses
et au sentiment de foi.

style=''>Une troisième, une peu plus longue, incongrue peut-être,
apparemment hors sujet, explorant d’autres réalités, mais inévitable pour un
citoyen cohérent du monde où nous sommes jetés, propose une réponse à la
question assez rarement posée en terme d’analyse de système ; celle de
savoir à qui profite aujourd’hui le plus la peur de l’islam.

style=''>La question de la représentation graphique et la culture de
la dérision.

style=''>Sur le point de la représentation de la figure humaine et
du prophète en particulier, il convient de s’inscrire en faux contre les
affirmations de traditions anhistoriques construites a posteriori et reprises
sans critique.

style=''>Il est en effet possible à ce propos, de fortement
présumer, d’après d’incontestables traces archéologiques, que l’interdiction de
la représentation animale et humaine ne semble pas en vigueur au tout début de
l’Islam. Son apparition pourrait dater de l’époque de l’empire omeyyade
(661-750), au second tiers du huitième siècle, dans des conditions mal définies,
dans un contexte qui voit rejeter le culte des icônes par l’empereur de Byzance
et les interdire aussi par le calife omeyyade dans les églises de son empire href="#_edn2" name="_ednref2" title=""> class=MsoEndnoteReference>[2]. Sans doute de nombreuses influences,
modes, intérêts politiques, surenchères religieuses, avec juifs et chrétiens
iconophiles ou iconoclastes class=MsoEndnoteReference> style=';;'>[3],
jouèrent-ils dans l’interdiction, qui apparaît désormais consubstantielle
à la religion du prophète dans les traditions postérieures et les
reconstructions dogmatiques dont l’islam est aussi coutumier que toutes les
croyances et doctrines.

style=''>L’idée selon laquelle l’islam serait ontologiquement opposé
à la représentation des figures vivantes en toutes occasions est donc une
absurdité que dément toute une production iconographique, depuis les
illustrations médiévales en Syrie omeyyade, en Espagne musulmane jusqu’à la
miniature dite persane, qui se produit en Iran, Inde et Asie, centrale et
mineure. Cette miniature ne répugne pas à représenter la figure de Muhammad
suivant des codes particuliers, du voile devant le visage et plus rarement à
découvert class=MsoEndnoteReference> style=';;'>[4],
presque toujours nimbée de feu ou d’une mandorle title=""> style=';;'>[5],
que l’on retrouve aussi dans l’art religieux européen, parallèlement à la
classique auréole.

style=''>L’art musulman n’a d’ailleurs pas attendu, nous le disions,
l’apparition de la miniature « persane » pour représenter
l’homme dans la vie sous tous ses aspects. Les dessins d’al-Hariri (1054-1122)
sont là pour en témoigner, de même que ceux, plus tardifs (XIIIe siècle)
d’al-Wasiti, né en Irak, à Wasit, ou d’autres peintres andalous et maghrébins,
témoins aussi bien des dévotions que des amusements de leurs contemporains. Les
thèmes traités sont bien souvent le plaisir de vivre, l’amour, la femme, le
vin, la chasse et la volupté de jardins précurseurs du paradis. Il ne manque
pas non plus de sujets plus scabreux et d’épisodes assez dérisoires de la vie
populaire, avec ses faiseurs de farces, ses malandrins, ses escrocs et ses
dupes.

dir=LTR> Ici la dérision s’exprime à l’envi, comme
elle s’exprime, du monde turc au monde maghrébin dans les contes et histoires
des Nasr al-Din Khoja, Qaraqush ou Djeha (aussi prononcé Goha). L’ironie,
l’humour, la moquerie acerbe ou aimable, la provocation, la pitrerie, la farce
étaient au rendez vous avec ces figures, en des époques où la dérision face à
un calife, un émir, un khan, un pacha, ou simplement un riche marchand, pouvaient
coûter la bastonnade, l’emprisonnement ou la mort. Il fallait donc du courage
pour oser la manier et elle ne valait que par le risque pris lorsqu’elle
s’exerçait à l’égard d’autrui. Elle pouvait en revanche se donner cours à
l’envi contre soi même ou ses semblables. C’était alors la déontologie minimale
pour une saine et juste pratique du persiflage et du sarcasme.

style=''>La culture musulmane face aux figures religieuses et au
sentiment de foi.

style=''>S’il s’agit maintenant de savoir comment l’on réagit,
depuis une empathie musulmane, croyante ou non, car il y a une manière
musulmane de ne pas croire et de contester la religion, s’il s’agit de savoir
comment l’on réagit depuis cette posture, face aux grandes figures religieuses,
face au sentiment de croyance et de foi, il faut immédiatement relever le fait
que les cultures d’Islam n’ont connu aucun des grands soupçons et des grands
ressentiments dans lesquels peuvent s’ancrer les divers rejets du religieux en
Europe.

style=''>En effet, si la chrétienté médiévale a suscité de la
représentation de propagande, souvent au détriment du musulman, notons le, en
proposant des images ou bas reliefs de Maures aux pieds de faunes ou nantis des
attributs sataniques que sont les cornes ou la queue name="_ednref6" title=""> class=MsoEndnoteReference>[6], jamais les relations inter
religieuses, dans le cadre de la protection traditionnelle des non
musulmans, n’ont déterminé de semblables œuvres dans le monde de l’Islam. Au
surplus, l’inclusion profonde dans les références musulmanes des figures
religieuses du christianisme rendaient impossibles la moindre dérision à
l’égard de Jésus, vénéré par l’islam. Seule la conception coranique d’un Dieu
unique, en aucune manière trinitaire, avec un Christ dépouillé de son statut
divin, pouvait présenter une mise en cause de sa figure au regard du
christianisme, mais jamais aucun musulman au long de l’histoire n’a pu
sérieusement se livrer sur Jésus, ou une autre figure religieuse majeure de la
tradition judéo chrétienne, à aucune critique semblable à celles qui ont pu
être produites sur le prophète dans l’Europe chrétienne. Il y a donc là une
inégalité de posture dans la longue durée, qui a généralement écarté, même les
musulmans les plus critiques à l’égard de leur tradition, d’attaques délibérées
contre les figures prophétiques notables et contre le sentiment religieux en
lui même.

style=''>Par la suite, les sociétés d’Islam n’ont pas connu, dans
les périodes modernes et contemporaines, des conditions de sécularisation et de
soupçon du religieux, du clérical, semblables à celles qui se sont trouvées en
Europe, et particulièrement en France ; les évolutions économiques,
géopolitiques et culturelles n’étant pas les mêmes. Au surplus, le fait
colonial prolongé par ce que l’on a nommé le néo colonialisme, producteur pour
une certaine part des faillites du développement des pays musulmans, a permis
pendant au moins deux siècles, suivant des modalités régionales et culturelles
diverses, aux agents religieux de se confirmer ou se légitimer comme des
acteurs majeurs du jeu social, culturel et politique.

dir=LTR> On constate donc ici aussi, dans le plus
court terme, une dissemblance des évolutions historiques également productrice de
différences dans l’attitude face au religieux. Seule peut être, la situation
qui prévaut avec l’influence grandissante de ce que l’on nomme l’islamisme
sur analysé par des instances, des officines et des individus de toutes sorte,
des meilleurs, comme François Burgat, aux pires, qu’on se gardera de nommer,
aurait pu contribuer à modifier cette posture. Il n’en est rien et il est
d’évidence, même après les souffrances endurées par certains, que le respect du
sentiment religieux, musulman ou autre, comme le respect des valeurs de
démocratie et de liberté restent en général profondément ancrés. Cela n’empêche
pas la critique des agents religieux et de multiples caricatures les
brocardent, les tournent en ridicules dans de nombreux journaux et revues.

style=''>A qui profite la peur ?

Il
est pourtant de fait, malgré l’ouverture et l’esprit de compréhension et de
dialogue sans cesse manifesté par la majorité des musulmans d’Europe, quoi
qu’en disent les sempiternels virtuoses de la suspicion, que la peur de l’islam
perdure, s’enfle, renaît et risque de se ré enraciner de plus en plus fortement
dans les esprits. Dans ce sens, les divas de la défiance systématique, ne
manquent pas d’en rajouter lorsqu’on les invite à édifier les foules
télévisuelles chaque fois que l’Arabe, ou l’islamiste, (il n’y a guère
d’autre catégorie dans les sphères d’entendement de l’homo médiaticus), entrent
dans le champ de l’actualité. Elles font le plus de mal possible et mettent à
l’épreuve le réseau d’intercompréhension et d’échanges édifié patiemment par de
multiples bonnes volontés. On pourrait sonder leur psychologie et trouver de
nombreuses raisons à leur posture de mépris, de rejet et de refus de l’autre,
déguisée sous d’excellents arguments. On n’y perdra pas son temps.

Ce
qui importe en effet, c’est de comprendre enfin que la peur de l’islam n’est
pas un accident politique, mais un outil politique, que la peur
de l’islam n’est pas un effet de maladresses, une malencontre, un embarras, une
péripétie regrettable, mais une construction délibérée, sans
cesse remise en chantier, selon des modalités variables et renouvelées, souvent
d’une extraordinaire duplicité, par ceux qui en tirent le plus de profits,
symboliques, matériels et politiques.

Trois
acteurs essentiels peuvent s’identifier dans ce psychodrame planétaire
permanent.

style=''>L style=''>oligarchie
prédatrice américaine.

Le
premier, englobant tous les autres, les déterminant et les utilisant, est la
puissance états-unienne, qui procède selon la logique d’une prédation oligarchique
dans le cadre d’un système démocratique. Cette prédation, rendue possible par
une démocratie américaine marquée par un caractère oligarchique issu du système
mis en place par des pères fondateurs il y plus de deux cents ans, s’opère par
une ponction directe sur la ressource fiscale fournie
par les citoyens américains. De la sorte, à travers l’ensemble des crédits
alloués aux divers organismes de défense, de recherche, de renseignements,
d’aide internationale, de reconstruction, etc., ce sont des lobbies, des
complexes industriels, des entreprises, des clans, des individus extrêmement
privilégiés et interpénétrés de manière étroite avec le personnel politique,
que la grande et puissante Amérique, avec ses ressources immenses, sa
créativité sans égale, son peuple ardent et imaginatif, ses institutions
exemplaires, enrichit depuis la guerre froide jusqu’à nos jours.

style=''>Les mêmes recettes cyniques sont toujours mitonnées pour
tromper les uns et les autres et se tromper mutuellement, d’un organisme à
l’autre, avec vraies ou fausses informations, vraies ou fausses enquêtes pour
continuer à toucher des crédits ou recevoir des commandes d’Etat, depuis les
multiples services de renseignement jusqu’aux fabricants d’armes et aux
pétroliers, en passant par des scientifiques sans conscience et les multiples
agents d’influence disséminés sur la planète et officiant dans les lieux
d’autorité intellectuelle ou de pouvoir.

style=''>Parallèlement, tout un système d’intimidation des citoyens s’est
mis en place, avec une idéologie quasi officielle, dispensée par grandes
compagnies cinématographiques hollywoodiennes, puissants réseaux télévisuels
privés et multiples Eglises plus ou moins fondamentalistes. L’exemple extrême
que l’on donne de cette intimidation est l’action d’un Mac Carthy, au début des
années 1950. On oublie à ce propos que ce sénateur anti-communiste a sévi sous
un gouvernement démocrate qui ne le suivait pas et sans aval institutionnel, contre
le gré, entre autres du Pentagone. Aussi est-ce plutôt dans le Patriot Act,
voté par le Congrès dans le mois qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001
et prolongé en juillet 2005, qu’il faut voir le parachèvement le plus parfait
de l’intimidation idéologique aux Etats-Unis. Il agit en effet beaucoup plus
efficacement que le maccarthysme, puisqu’il est en accord avec toute
l’oligarchie au pouvoir et une majorité d’institution cite="mailto:ordinateur" datetime="2006-02-07T18:18">s, puisqu’il
recueille enfin l’approbation d’une bonne partie du peuple. Cela grâce à l’action
d’un président que l’on méprise partout, mais qui aura été sans doute un des
plus efficaces à faire fonctionner l’ensemble du système de prédation
oligarchique interne de son pays.

style=''>Le
système des islamismes.

Le
second acteur est représenté par le système des islamismes, installé dans tous
les pays musulmans. C’est un ensemble à la fois complexe, insaisissable et
marqué de près par toutes les instances de renseignement, de recherche,
d’intoxication et de manipulation. Il est à la fois opérateur et objet
d’opérations. Il se renforce et se légitime, dès que l’occasion lui en est
fournie, de la peur de l’islam manifestée dans le monde développé de tradition
européenne. Il en prend prétexte pour remobiliser une xénophobie
anti-occidentale qu’il entretient et utilise, dans le même mouvement, pour
conforter son influence sur des masses déshéritées, ne dédaignant pas d’user et
d’encourager les formes les plus sanguinaires de la violence primitive. En
effet, ces dernières sont un langage de terreur efficace, par leur charge
symbolique et par ce qu’elles signifient directement, un langage adressé aussi
bien à ces masses qu’à l’opinion internationale. Il prend prétexte enfin de toute
manifestation notable de rejet de l’Islam en Europe pour entreprendre des
opérations ponctuelles à visées internationales ou nationales, comme c’est
indubitablement le cas à l’occasion de la parution de ces caricatures du
prophète Muhammad.

Il
rentabilise de la sorte la peur des autres pour renforcer globalement son
influence sur le terrain musulman, et, par ce fait, augmente encore dans le
monde développé la phobie anti-musulmane nécessaire, depuis quelques années, au
bon fonctionnement de la prédation oligarchique états-unienne style=''>qui s’opère avec d’autant plus de fluidité que le
contribuable américain, effaré par toute une violence primitive affichée, se
persuade que son pays doit impérativement se protéger du terrorisme. Ainsi,
l’ensemble de ces organisations, quel que soit leur degré
d’institutionnalisation, agissent en systèmes structurellement reliés, tout en
ayant l’air de s’opposer et de se combattre. On peut même dire, d’une certaine
manière et pour un temps donné, que la symbolique d’opposition est
indispensable à leur fonctionnement commun, lequel contribue également, dans le
dispositif aujourd’hui en vigueur, à leur survie autonome.

style=''>Dès lors, une bonne compréhension des enjeux, d’un point de
vue européen, serait de ne pas contribuer à renforcer ce fonctionnement et
entreprendre un vrai projet d’affirmation planétaire souveraine, laquelle
affirmation souveraine, dans l’état des réalités géographiques, politiques
culturelles et démographiques d’aujourd’hui, ne peut s’envisager que dans une
alliance sincère avec le monde de l’Islam. Nous sommes loin d’en être là.

style=''>Les
despotismes du monde musulman.

Bref,
trêve de digression géopolitique, rappelons enfin qu’il existe un troisième
acteur dans cet agencement. Il évolue dans un entre deux à la fois
inconfortable et obligé : c’est l’ensemble des despotismes du monde musulman,
qui navigue entre ces deux systèmes, s’affrontant ou composant avec l’un ou
avec l’autre, souvent avec les deux à la fois, pour opérer de son côté la
prédation primitive class=MsoEndnoteReference> style=';'>[7]
des ressources offertes par les pays et les peuples qu’ils dominent. La peur
lui sert à se présenter comme un rempart contre l’islamisme cite="mailto:ordinateur" datetime="2006-02-07T18:21">au yeux class=msoIns> du
monde prospère de tradition européenne, soucieux de sa paix pavillonnaire comme
de ses vagabondages touristiques aux plages et aux pyramides. A certaines
occasions, comme en cette affaire de caricatures, il fait semblant de
s’offusquer et profite de l’occasion pour électriser les foules et détourner un
temps le mécontentement de ses populations.

style=''>Permanence
du dispositif et des fonctionnements.

Une
telle réalité géopolitique prolonge le système en vigueur à l’époque de la
guerre froide, où fonctionnait au centre la même prédation oligarchique
états-unienne, déterminante dans ce dispositif. L’ensemble des despotismes
musulmans jouait, dans un contexte différent, au fond le même rôle géopolitique
qu’aujourd’hui, avec peut être des marges de manœuvre plus claires pour des
leaders encore bercés de l’illusion de l’indépendance et du développement.

La
différence essentielle était que l’antagoniste majeur, pourvoyeur de l’obsession
paranoïaque nécessaire à la mise en œuvre de la logique de prédation interne
aux Etats Unis, n’était pas encore l’islam radical, alors sous contrôle des
despotes musulmans et souvent auxiliaire de l’Amérique dans sa lutte contre le
communisme. C’était l’ensemble soviétique, ennemi de toutes les libertés
conquises par les démocraties de tradition européenne occidentale. C’était une
entité visible. Elle était objectivement menaçante, par des armes, un système
économique concurrent, une compétition mondiale pour imposer modèle et
influence.

Aussi,
lorsque tombait le mur de Berlin, que s’effondrait le monde communiste, le
système de prédation oligarchique états-unien risquait de se trouver en manque
d’ennemis nécessaires à la construction de la peur dont il a tant besoin. C’est
alors que les diplomates américains manipulèrent un des plus sanguinaires despotes
arabes, Saddam Husayn, et le piégèrent dans une guerre frontale, après l’avoir
utilisé contre l’Iran, sans réaction aucune de la puissance soviétique en
décrépitude.

Ainsi
ledit despote fut érigé pour une longue décennie en menace pour le
monde libre
. Avec cynisme et brutalité, mais avec au fond la meilleur class=msoIns> class=msoDel>e
efficacité du point de vue des intérêts de son oligarchie, le premier président
américain du XXIe siècle, prenant occasion de l’attentat du 11 septembre 2001,
put éliminer ce pourvoyeur principal de frayeur, qu’une trop longue présence
liée à une trop longue impunité, risquait d’user comme épouvantail de service, et
le remplacer par le personnage le plus pratique, le plus souple, le moins
précis et le plus manipulable, le plus fantasmatique, donc le plus opératoire
pour le système ; le terroriste islamiste international.

Il
suffit désormais de caricatures, de quelques tours de passe-passe, de n’importe
quelle initiative d’un groupe ou d’individus irresponsables, de la rhétorique
assénée par quelques agents d’influence, d’entreprises éditoriales habiles, de
quelques opérations de désinformation, de films, d’émissions de télévision,
pour que se ranime désormais à tout moment, à très bon marché, l’énergie
essentielle à ce système ; LA PEUR, plus précieuse que tout pour régner sur
l’Amérique et le monde et continuer de s’enrichir avec ses amis.



name="_edn1" title=""> class=MsoEndnoteReference>[1]
La notion de musulman éclairé, issue de la terminologie néo illuministe et du
vocabulaire des encyclopédistes français du XVIIIe siècle, peut présenter un
intérêt pour s’auto désigner et se projeter dans l’avenir d’une société. Elle
peut aussi présenter des inconvénients lorsqu’elle est reprise à son compte par
le langage commun et qu’elle sert à des injonctions par cette société de
prouver son caractère éclairé par des inféodations radicales et sans
conditions. Au surplus, l’histoire des colonisations a très bien démontré que
le musulman éclairé a été systématiquement éliminé, rejeté, ou, au mieux,
méprisé et jamais écouté ni pris en compte. Le parcours pathétique de ceux que
l’on appelait évolués, en Algérie, le montre bien. Ne parlons pas de la
mise à l’écart des bourgeoisies rétives au Moyen Orient, et particulièrement en
Irak, qui a laissé des sociétés entières orphelines de leurs élites
traditionnelles. Quant aux masses, on s’est très bien arrangé pour les
administrer avec la collaboration d’agents indigènes obéissants et serviles.
C’est une vieille technique coloniale que de requérir les élites quand la masse
fait peur et d’en appeler au bon peuple lorsque les élites dérangent. Mais
enfin, nous sommes au XXIe siècle, il a passé de l’eau sous les ponts, et, comme
disait parait-il Lincoln : « On peut traiter une personne en
imbécile tout le temps. On peut traiter tout le monde en imbécile pendant un
certain temps. On ne peut pas traiter tout le monde en imbécile tout le
temps »,
(citation de mémoire et sans doute approximative, mais
l’esprit y est).

name="_edn2" title=""> class=MsoEndnoteReference>[2]
N’oublions pas que le calife de Damas règne sur un empire multiconfessionnel,
où les musulmans sont encore minoritaires.

name="_edn3" title=""> class=MsoEndnoteReference>[3]
N’oublions pas que le grand défenseur des icônes, saint Jean Damascène
(650-750), contemporain par sa longue vie de toute l’aventure d’expansion arabo
musulmane et longtemps collaborateur des califes, écrivit son œuvre d’apologie
des icônes au cœur de l’empire musulman, pendant que l’empereur byzantin les
interdisait à Constantinople. Quel écho précis put avoir ce débat interne au
christianisme dans les populations et les élites des villes de Syrie Palestine,
juives, chrétiennes ou musulmanes ? On ne peut pas dire qu’on le mesure
exactement.

name="_edn4" title=""> class=MsoEndnoteReference>[4]
Il existe à Paris de ces représentations du prophète à visage découvert dans
des manuscrits persans de la Bibliothèque Nationale par exemple. Il n’est donc
guère malaisé d’en trouver.

name="_edn5" title=""> class=MsoEndnoteReference>[5]
La mandorle est un entourage en forme de flamme ou d’amande, qui englobe toute
la personne du saint personnage. Elle se rencontre en occident chrétien autour
de peintures ou de bas reliefs de la Vierge en particulier. Elle peut aussi
entourer des scènes entières de l’histoire sainte.

class=MsoEndnoteReference> style='font-size:10.0pt;'>[6]
Voir sur ce point les travaux de Philippe Senac ou John Tolan.

name="_edn7" title=""> class=MsoEndnoteReference>[7]
On pourrait évoquer ici le concept de « néo patrimonialisme » parfois
utilisé pour désigner le mode de prédation de ces régimes. Cette prédation est
primitive dans la mesure où elle ne doit pas passer par le biais d’une
récupération indirecte de la manne fiscale, comme dans la prédation
oligarchique aux Etats-Unis. Elle s’opère directement par le partage de cette
manne entre membres de familles, de clans ou de tribus, installés dans
l’appareil d’Etat ou dans les instances économiques. A certains égards, la
forme particulière de prédation oligarchique organisée dans une démocratie,
s’apparente, en ce qui concerne les deux présidents Bush et leur entourage, à
du néo patrimonialisme.

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