Ce qui est regrettable, et qui risque d’alimenter encore longtemps la « concurrence des victimes », c’est que la juste condamnation des propos de Dieudonné s’accompagne d’une sur-médiatisation [2] et d’une campagne outrancière faisant de Dieudonné « un Le Pen bis » [3] et l’« un des plus grands antisémites de France » [4], contrastant singulièrement avec le silence assourdissant qui a suivi, tant dans le monde associatif et politique que dans les grands médias, des propos d’un racisme et d’un négationnisme franc et massif : ceux qu’a tenus à la télévision, quelques semaines auparavant, un certain Max Gallo.
Les récents propos de Dieudonné mélangeant dans la plus grande
confusion la juste dénonciation de la non-reconnaissance de l’esclavage, la
juste solidarité avec le peuple palestinien et les allusions les plus douteuses
sur les Juifs, leur prétention d’être un « Peuple élu » et leur
rapport au « Dieu Argent » [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb1#nb1">1], ont
suscité une condamnation légitime et même nécessaire de la part d’organisation
comme le MRAP et la Ligue des Droits de l’Homme. Ce qui est regrettable, et qui
risque d’alimenter encore longtemps la « concurrence des victimes »,
c’est que la juste condamnation des propos de Dieudonné s’accompagne d’une
sur-médiatisation [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb2#nb2">2] et d’une
campagne outrancière faisant de Dieudonné « un Le Pen bis » [
name=nh3>3]
et l’« un des plus grands antisémites de France » [
name=nh4>4],
contrastant singulièrement avec le silence assourdissant qui a suivi, tant dans
le monde associatif et politique que dans les grands médias, des propos d’un
racisme et d’un négationnisme franc et massif : ceux qu’a tenus à la
télévision, quelques semaines auparavant, un certain Max Gallo
Samedi 4 Décembre 2004, au journal de 13 heures de France 3,
l’historien et biographe Max Gallo est l’invité de Catherine Matausch à
l’occasion du bicentenaire du sacre de Napoléon dont il a écrit une biographie
en quatre volumes. Après un reportage rappelant le rétablissement de
l’esclavage par Napoléon, l’interdiction du territoire métropolitain aux
« nègres et autres gens de couleur » le 2 juillet 1802, et
l’interdiction des mariages mixtes le 3 janvier 1803, Catherine Matausch interpelle
Max Gallo :
« Alors quand on parle de Napoléon on n’évoque jamais
cette décision de rétablir l’esclavagisme, pourquoi ? »
Le biographe (le terme hagiographe serait sans doute plus exact) répond ces mots terribles :
« Non, jamais, vous exagérez. On le fait, mais moi-même
je peux dire que je l’ai fait, peut-être pas de façon suffisante. Parce que
c’est vrai que dans l’inconscient même de l’historien, quand il travaille, à
moins qu’il ne soit directement concerné par le sujet...Cette tache, car c’est
une tache réelle, est-ce que c’est un crime contre l’humanité ? Peut-être,
je ne sais pas. Je crois qu’il a incarné en tout cas les valeurs
révolutionnaires en dépit de tout ça... »
Après les chambres à gaz « point de détail de
l’histoire de la seconde guerre mondiale », voici donc l’esclavage
simple « tâche » dans la belle épopée révolutionnaire française.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Max Gallo réduit cet indiscutable
crime contre l’humanité au rang de « détail ». Au mois d’octobre 2002,
déjà, il avait déclaré, en direct sur Canal + :
« Oui, Napoléon a rétabli l’esclavage aboli par la
convention en 1794... mais pour le sens de l’histoire cela n’était pas
important ». [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb5#nb5">5]
Trois poids, trois mesures
Souvenons nous : pour avoir mis en doute l’existence des
chambres à gaz, et les avoir réduites en tout état de cause au rang de
« point de détail », Jean-Marie Le Pen fut en son temps condamné
unanimement par la classe politique, le monde associatif et médiatique - et on
ne peut que se réjouir de cette unanimité. Il fut également poursuivi en
justice et condamné. Pour avoir lui aussi mis en doute la réalité d’un génocide
des Juifs, Roger Garaudy fut lui aussi condamné, comme l’avait été Faurisson
avant lui.
Pour avoir mis en doute l’existence d’un génocide des Arméniens,
l’historien Gilles Veinstein n’a été ni poursuivi en justice, ni même écarté de
la Chaire d’ Etudes ottomanes du Collège de France à laquelle il avait postulé.
Son élection suscita toutefois une controverse qui fut relayée par la grande
presse - même si la plupart des éditorialistes et de nombreux universitaires
prirent le parti de l’historien négationniste au nom des libertés
académiques... [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb6#nb6">6]
Et aujourd’hui, enfin, pour avoir mis en doute le fait que
l’esclavage soit un crime contre l’humanité, et pour avoir à deux reprises
relégué ce crime au rang de point de détail, Max Gallo n’a eu à affronter ni la
justice, ni la désapprobation du monde politique et associatif (à l’exception
de réseaux associatifs africains ou antillais, bien seuls à protester). Il
continue de parader régulièrement sur les plateaux de télévision, où il vient
donner son petit point de vue sur à peu près tout.
Il y a donc un problème. Car si le mouvement antiraciste est
divisé sur la pertinence et l’efficacité des lois Gayssot sanctionnant le
négationnisme, ou plus largement sur la place que doivent avoir les poursuites
pénales contre les discours publics au sein du combat plus large contre
l’idéologie et les pratiques racistes [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb7#nb7">7], il est en
revanche unanime - et c’est heureux - pour condamner par principe tout
négationnisme et pour considérer que la non-reconnaissance d’un crime est
vis-à-vis des victimes et de leurs descendants un outrage qui réitère ou
prolonge, sur le plan symbolique et psychologique, la violence de ce crime. Mais
force est de constater que cette condamnation de principe ne s’accompagne pas
d’une égale vigilance ni d’une égale capacité de réaction face à tous les
négationnismes : dans l’espace public français d’aujourd’hui, nier ou
mettre en doute la Shoah provoque un tollé et une mobilisation générale - et
c’est tant mieux - tandis que nier ou mettre en doute le génocide arménien
provoque un petit scandale - et c’est insuffisant - et que nier ou mettre en
doute le crime contre l’humanité subi par les Noirs ne provoque rien du tout -
et c’est une honte.
D’autres parallèles seraient possibles, notamment avec la
Colonisation, dont le caractère intrinsèquement criminel est largement nié ou
minimisé, aussi bien dans la culture de masse [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb8#nb8">8] que dans
les programmes scolaires - sans parler du Parlement qui vient de voter une loi
visant à célébrer, jusque dans l’enseignement, le « rôle positif de la
présence française Outre-mer » [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb9#nb9">9].
L’impasse Dieudonné
À partir de ce constat, les difficultés commencent. Le cas de
Dieudonné est là pour nous rappeler les dérives auxquelles ce juste constat
peut conduire s’il n’est pas réfléchi et analysé politiquement :
concurrence des victimes, focalisation sur un « lobby sioniste »
considéré comme unique responsable de l’occultation des autres crimes... -
bref : construction d’un nouveau bouc émissaire et retour des vieux habits
de la rhétorique antisémite (« Dieu argent », « Peuple
élu », « pleurnicheries »...).
Cela dit, les dérives de Dieudonné ne doivent pas nous faire
oublier la part de vérité sur laquelle viennent s’agréger rancoeurs, amalgames
et provocations racistes : une indiscutable inégalité de traitement dans
la reconnaissance des différents crimes contre l’humanité, dont témoigne le
silence de mort qui a accompagné les propos négationnistes de Max Gallo. En
d’autres termes, une fois condamnés les propos de Dieudonné, tout reste à
faire.
Pour commencer, précisons que la formule « pornographie
mémorielle », s’il n’y avait eu qu’elle, n’aurait pas posé de
problème de racisme : cette formule peut être un moyen polémique, choquant
certes, mais pas raciste, de critiquer un traitement sensationnaliste de la
Shoah, privilégiant l’émotion suscitée par des images d’archive insoutenables
plutôt que la réflexion sur les causes du crime et les moyens d’en tirer des
leçons pour le présent. Le problème est que Dieudonné ne l’a pas employée en ce
sens, et qu’il a tenu, autour de cette dénonciation de la « pornographie
mémorielle », des propos beaucoup plus problématiques (ces propos sont
mentionnés dans la note 1).
Reconnaissons aussi que les « extrémistes sionistes »
que dénonce Dieudonné existent bel et bien, que leurs positions tant sur le
conflit israélo-palestinien que sur la politique intérieure française sont
détestables et doivent être combattues [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb10#nb10">10] et que
certains d’entre eux tiennent effectivement des discours inacceptables
invoquant « l’unicité de la Shoah » pour relativiser la gravité des
autres crimes contre l’humanité.
Mais ajoutons immédiatement que ces extrémistes sionistes ne
sont ni les seuls ni même les principaux responsables de l’occultation du tort
fait aux Noirs. C’est sur ce point que le discours de Dieudonné commence à
dériver : dans la surestimation de leur pouvoir de nuisance -
surestimation qui aboutit à une focalisation sur un « unique
responsable », autrement dit sur un bouc émissaire, qui rappelle
les pires stéréotypes antisémites - et cela d’autant plus que Dieudonné a
parfois glissé de « sionistes » à « juifs », et même
« les Juifs » [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb11#nb11">11].
Au-delà du cas de Dieudonné, c’est là que commencent souvent les
dérives : dans l’idée simpliste et mécanique selon laquelle le trop peu de
place occupée par la souffrance des Noirs dans la mémoire nationale, dans les
programmes scolaires et dans les consciences antiracistes serait dû au fait que
« les Juifs prennent toute la place ». En réalité, tout s’oppose à
cette vision simpliste : on parlait très peu de la Shoah dans les années
50, 60 et 70, que ce soit dans les films [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb12#nb12">12], dans
les médias, à l’école, dans les discours politiques... Pour autant, parlait-on
davantage de l’esclavage des Noirs, du génocide arménien ou des crimes
coloniaux ? Non. On en parlait même encore moins qu’aujourd’hui.
L’esclavage a été aboli définitivement en 1848 ; jusqu’à 1940, il s’est
donc passé un siècle avant qu’ait lieu la Shoah. Au cours de ce siècle, il n’y
avait aucune « mémoire de la Shoah » pour « occuper la
place », et pourtant la mémoire de l’esclavage a été totalement occultée.
La vérité, c’est que la reconnaissance des différents crimes ne
fonctionne pas par vases communicants : parler plus de l’un ne signifie
pas nécessairement parler moins de l’autre ; on peut parler beaucoup de
tous les crimes à la fois (c’est ce vers quoi il faut tendre : continuer
de parler beaucoup de la Shoah, commencer à accorder la même place à
l’esclavage et aux autres crimes contre l’humanité) comme on peut ne parler d’aucun
(c’est un peu la situation qui régnait en France dans les années 50).
La vérité, c’est que l’occultation du tort fait aux Noirs - comme
du tort fait aux colonisés - repose sur des ressorts beaucoup plus anciens,
profonds, puissants et complexes que la formation récente d’une mouvance
sioniste ultra-droitière au sein des élites associatives juives de France. Si
les Noirs sont injuriés, si leur mémoire est bafouée, si un Max Gallo peut en
toute impunité et en toute innocence leur cracher son mépris à la figure, ce
n’est pas « parce qu’une petite clique de Juifs fascistes en veut aux
Noirs de concurrencer la Shoah » : ce qui est en cause, c’est la
quasi-totalité des élites politiques françaises catholiques, protestantes,
laïques, athées, républicaines, progressistes..., qui sont structurées par une
idéologie, une culture et un imaginaire républicanistes profondément
chauvins, ethnocentristes voire racistes [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb13#nb13">13]. Ne pas
prendre en compte le système politique qui est à l’origine d’un tort
subi, en rabattre toute la responsabilité sur un groupe social délimité (en
l’occurrence les extrémistes sionistes), tel est le premier faux pas qui
conduit de la révolte légitime aux divagations racistes.
Coupables idéaux et coupables impossibles
Une fois écartée la réponse « complotiste » voire
raciste qui consiste à incriminer « les Juifs », « les
sionistes » ou même seulement « les sionistes extrémistes », la
question reste entière : pourquoi le négationnisme anti-juif d’un
Faurisson, d’un Le Pen ou d’un Garaudy est-il quasi-unanimement reconnu comme
un scandale absolu, alors que ce n’est pas le cas du négationnisme
anti-arménien d’un Gilles Veinstein et encore moins du négationnisme anti-noir
d’un Max Gallo ?
Il reste deux directions pour la recherche de réponses :
côté victimes et côté coupables. Pour le dire vite : côté victimes,
remplacez « les Noirs » par « les Juifs », côté coupable,
remplacez Max Gallo par Jean-Marie Le Pen - ou supposez que Tariq Ramadan se
hasarde un jour, juste pour voir [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb14#nb14">14], à
déclarer ceci à la télévision :
« La Shoah... Cette tache, car c’est une tache réelle,
est-ce que c’est un crime contre l’humanité ? Peut-être, je ne sais
pas... »
Imaginez les réactions. Eh bien, c’est mot pour mot ce qu’a dit
Max Gallo à propos de l’esclavage des Noirs... dans l’indifférence générale.
Côté coupables, il est tout d’abord évident qu’il est plus facile
de s’en prendre à un musulman présumé « intégriste » comme Tariq
Ramadan ou à un fasciste avéré comme Le Pen qu’à un « bon
républicain » comme Max Gallo. Il est plus commode de s’en tenir à
l’équation rassurante selon laquelle le racisme est le contraire de la
République. Cette équation repose sur un sophisme : Le Pen est
raciste, et Le Pen est antirépublicain (du moins ses références politiques
puisent largement dans des traditions politiques anti-républicaines), donc si
nous sommes républicains, alors nous ne pouvons par définition pas être
racistes. C’est stupide, mais narcissiquement très satisfaisant.
Au contraire, le mépris raciste de Max Gallo, idéologue
républicaniste issu de la gauche (aujourd’hui proche de Jean-Pierre
Chevènement), éditorialiste et essayiste renommé, et invité permanent des
débats télévisés, met la société française face à ses contradictions et face à
un énoncé qui demeure pour beaucoup un sacrilège : le racisme existe au
sein de la République, il existe un racisme républicain !
Au delà du cas de Le Pen et de Max Gallo, on peut dire qu’il est
plus commode pour l’orgueil national et pour la non-remise en question des
défaillances passées et présentes de la République, de donner toute son
importance au Génocide nazi que de la reconnaître à l’esclavage ou à la
Colonisation, dans la mesure où le principal responsable est dans le premier
cas allemand et non français, moyennant quoi on peut disculper « la
République française » en invoquant l’impuissance liée à la
situation d’Occupation, en mettant à distance le gouvernement collaborateur en
tant qu’« anti-républicain », et en se revendiquant de la minorité
chrétienne, socialiste et surtout gaulliste et communiste qui a résisté. On
voit bien que l’évitement de la remise en question est beaucoup plus difficile
dans le cas de l’esclavage et de la colonisation : ce sont des histoires
100% françaises - et, pour la colonisation, républicaines à 90%. Cette histoire
coloniale et négrière implique plusieurs générations de dirigeants politiques, et
des familles entières qui ont bâti leur fortune sur la Traite ou les ressources
et la main d’œuvre des colonies. Loin de se limiter à quatre années dans un
contexte particulier (l’occupation par une puissance étrangère), la
colonisation dure plus d’un siècle et l’esclavage deux siècles. Le fardeau est
beaucoup plus embarrassant.
Concernant le génocide arménien, la problématique est encore
différente. On pourrait considérer comme un atout en faveur de la
reconnaissance le fait que le coupable ne soit pas français, et donc s’étonner
du temps qu’il a fallu pour que le génocide soit officiellement reconnu par le
Parlement français (en 2001) et pour qu’un président de la République y
consacre une cérémonie officielle (en 2005). Ce sont des Turcs qui ont fait ça,
et sans complicité française directe [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb15#nb15">15] !
On peut donc a priori reconnaître le crime et nommer les coupables, plus
facilement que pour les crimes nazis, qui ont bénéficié de complicités
françaises importantes. Mais d’un autre côté, les relations diplomatiques et
économiques avec l’État turc pèsent, et ce sont manifestement elles qui ont
freiné et continuent de freiner le processus de reconnaissance [
name=nh16>16].
Concernant Dieudonné, enfin, si l’on confronte la véhémence et
l’unanimité des condamnations de ses propos à l’indifférence qui a suivi ceux
de Max Gallo, on ne peut pas écarter le rôle joué par le fait que Dieudonné a
la peau plus foncée que Max Gallo. Entendons nous bien : il ne s’agit pas
de nier le caractère choquant de plusieurs sorties de Dieudonné, ni d’entâcher
du soupçon de racisme anti-noir toutes les réactions que ces propos ont
suscitées. Cette remarque ne vise évidemment pas, par exemple, des associations
comme le MRAP ou la Ligue des Droits de l’Homme, qui ont condamné à juste titre
des propos objectivement condamnables. Il s’agit plutôt de s’étonner de la
manière dont tout le monde devient subitement antiraciste lorsque c’est
un Noir qu’on peut accuser - de même que tout le monde, y compris les pires
machistes, devient féministe lorsqu’à la suite du meurtre de Sohane Benziane,
c’est un garçon arabe - et bientôt « le garçon arabe » [
name=nh17>17]
qui se trouve sur la sellette. Dans les deux cas d’ailleurs, on retrouve la
même logique du bouc émissaire : de même que la focalisation sur le
sexisme des « jeunes arabo-musulmans de banlieue » permet aux tenants
de la France « blanche » et « catho-laïque » de s’absoudre
de tout sexisme, de même la focalisation sur les propos antijuifs d’un Noir
permet d’oublier à bon compte ce que rappellent les recherches historiques de
Zeev Sternhell [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb18#nb18">18] et les
enquêtes d’opinion de Nonna Mayer [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb19#nb19">19] :
que l’antisémitisme le plus radical, le plus structuré et le plus meurtrier est
une création européenne, et notamment française.
L’exemple parfait de ce deux poids deux mesures fondé sur
l’inégalité entre coupables et non entre victimes est l’attitude d’Alain
Finkielkraut, qui passe son temps à dénoncer le racisme de Dieudonné, et même,
au delà, à mettre en cause toute la collectivité antillaise (« les
Antilles filent un mauvais coton idéologique » [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb20#nb20">20]), alors
qu’il avait soutenu bec et ongles l’écrivain Renaud Camus lorsque celui-ci, au
milieu de plusieurs autres développements d’un racisme extrêmement structuré et
cohérent idéologiquement, s’était inquiété du nombre - excessif à ses yeux - de
Juifs intervenant dans les émissions de « France Culture » [
name=nh21>21].
Le parallèle est intéressant, car dans les deux cas les cibles sont les mêmes
(« les Juifs »). La raison du traitement différencié qu’en fait Finkielkraut
est donc indiscutablement à chercher dans l’identité du coupable et non de la
victime. Dans un cas nous avons un écrivain blanc, une espèce de dandy qui se
réclame volontiers de la « Vieille France » et qui partage avec
Finkielkraut l’amour de la « Grande Culture », un profond désarroi
face à la massification de l’école et la phobie des revendications égalitaires
. Bref : une vieille canaille réactionnaire ! Dans l’autre cas, nous
avons un comique et non un écrivain, un Noir et non un Blanc.
Sur ce premier point, qui concerne les auteurs de propos
racistes, on peut énoncer la règle suivante :
De même qu’il est préférable d’être riche et bien portant que
pauvre et malade, il est plus loisible de proférer des propos racistes ou
négationnistes lorsqu’on est un blanc et un bon républicain que lorsqu’on est
noir, arabe ou musulman, ou encore fasciste ou beauf lepéniste [
name=nh22>22].
La formule est peut-être brutale, mais elle correspond à une
réalité qu’il faudra bien un jour prendre en compte.
Des victimes moins égales que d’autres
Si l’inégalité de traitement entre les différentes oppressions et
les différentes mémoires s’explique en partie par l’identité des coupables,
elle s’explique également par celle des victimes. Il est en effet difficilement
contestable qu’après avoir été rabaissés au plus bas des hiérarchies racistes,
au point de devenir une « sous-humanité » et d’être en tant que telle
exterminés, les Juifs ont, après guerre, reconquis une place de « presque
égal » dans l’imaginaire majoritaire français. Ne nous leurrons pas :
l’antisémitisme n’a pas disparu. Mais les enquêtes d’opinion montrent, sur le
long terme, au cours des dernières décennies, un net recul des formes les plus
radicales de mépris et de rejet des Juifs, celles-ci n’étant plus dominantes
qu’au sein d’une minorité d’extrême droite [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb23#nb23">23]. Pour
le dire vite, les Juifs sont globalement acceptés dans la catégorie des
« Blancs » : sans doute pas des Blancs tout à fait comme les
autres, sans doute des Blancs encore suspects aux yeux de beaucoup, mais des
Blancs quand même. L’antisémitisme a été et demeure déconstruit, analysé,
combattu, même s’il reste encore beaucoup à faire. La décolonisation des
esprits est beaucoup moins avancée, les Noirs et les Arabes restent des
« Non-Blancs », et comme avait dit François Mitterrand à propos d’un
autre génocide méprisé, le génocide rwandais :
« Un génocide , dans ces pays-là, ce n’est pas très
important » [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb24#nb24">24].
Il faut se rendre à l’évidence : la reconnaissance des torts
subis au cours de l’histoire par les Juifs, la sensibilité et la capacité
d’indignation face à leur négation ou leur mise en doute, mais aussi face aux
formes contemporaines de l’antisémitisme, sont indiscutablement plus
développées que la reconnaissance, le respect et la solidarité à l’égard des
Noirs ou des Arabes. Entendons nous bien - la mise au point est nécessaire,
justement parce que les dérives peuvent aussi partir de là : ce n’est pas
qu’ « on en fait trop pour les Juifs » ou que « les Juifs »
sont les « privilégiés » de la mémoire collective, mais à l’inverse
qu’on n’en fait pas assez (et c’est un euphémisme) sur les questions
de l’esclavage, de la colonisation - et des racismes anti-noirs et
anti-arabes qui en sont l’héritage. La reconnaissance de la Shoah, la vigilance
face à ses négateurs et la réactivité aux résurgences de l’antisémitisme ne
sont pas un privilège mais un dû : la République doit un égal
respect et une égale protection à chacun de ses citoyens, quelle que soit son
origine, sa religion ou sa nationalité. Il est donc très positif en soi
que les plus hauts représentants de l’État déclarent solennellement que
s’attaquer à un Juif c’est s’attaquer à toute la France ; ce qui est en
revanche malsain, c’est que des réactions aussi justes et intransigeantes ne
soient pas de mise face aux violences, aux discriminations et aux injures
anti-noirs, anti-arabes ou anti-musulmans qui se multiplient, et que des
dirigeants politiques jouent aux pyromanes en se solidarisant publiquement avec
les Juifs victimes d’antisémitisme tout en tenant des propos anti-arabes ou
anti-musulmans - le summum de l’instrumentalisation étant atteint
lorsque ces mêmes hommes politiques se mettent à accuser en bloc « les
arabo-musulmans » d’être les vecteurs d’un « nouvel »
antisémitisme.
Il y a bien une inégalité de traitement : « les
Juifs » ne sont en aucun cas des « privilégiés » de la mémoire
collective (la place importante qu’occupe désormais la Shoah dans la mémoire
collective est tout à fait justifiée, et le long combat qu’ont dû mener des
associations pour qu’elle soit reconnue à partir des années 80 montre à quel
point le terme de « privilège » est inapproprié) ; mais il y a
incontestablement un déni de mémoire et d’histoire particulièrement violent
concernant « les Noirs » et « les Arabes ». Si « les
Juifs » n’occupent aucune position « supérieure », en revanche
« les Noirs » et « les Arabes » sont indiscutablement les
groupes les plus infériorisés et ignorés par la mémoire collective. Et
il en va de même pour le présent : si les injures et les agressions physiques
recensées par la police concernent davantage des Juifs que des Maghrébins,
c’est une myopie intellectuelle, une faute morale et une irresponsabilité
politique que d’en conclure, comme l’a publiquement déclaré Patrick Klugman,
l’actuel vice-président de SOS Racisme, que les Juifs sont devenus les
premières victimes « du racisme », des « des actes
racistes » ou des « violences racistes ». Car les
injures proférées dans la rue ou les coups et blessures sont une toute
petite partie des violences racistes, et si, ces dernières années, des
Juifs subissent effectivement ces formes de racisme dans des proportions
supérieures à celles des Noirs ou des Arabes, toutes les enquêtes sociologiques
et tous les rapports [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb25#nb25">25]
s’accordent en revanche sur le fait que, du contrôle au faciès aux homicides,
en passant par les injures, les fouilles humiliantes, les bousculades, les
passages à tabac, ce sont des Noirs et des Arabes qui subissent massivement la
violence policière, par définition très peu enregistrée dans les chiffres
officiels [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb26#nb26">26], et que
la discrimination à l’embauche, au logement, dans les lieux de loisir, à
l’école, face à la police et face à la Justice frappent massivement des Noirs
et des Arabes, etnon des Juifs. En d’autres termes : si les Juifs
subissent indiscutablementle racisme sous certaines de ses formes, et si ce
racisme doit être reconnu et combattu à chaque fois qu’il se manifeste, ils ne
subissent pas la discrimination raciste systémique qui s’exerce contre
les Noirs et les Arabes dans toutes les sphères de leur existence
(travail, logement, loisir...), y compris dans les institutions (école, police,
Justice...). Qu’un responsable antiraciste dénie cette réalité est une violence
inouïe envers ceux qui vivent cette discrimination permanente - c’est même une
provocation qui ne peut qu’attiser les rancoeurs et les tensions entre Noirs,
Arabes et Juifs. Entre le ressentiment raciste qui fait des Juifs des coupables
ou des privilégiés et le discours aveugle ou irresponsable qui en fait les
premières victimes du racisme, la raison et le combat antiraciste nous
imposent de reconnaître une double réalité :
C’est à partir de ce point crucial que, pour notre part, nous
situons les limites de la réaction publique du MRAP et de la Ligue des Droits
de l’Homme face aux propos de Dieudonné. Michel Tubiana et Antoine Spire
(responsables nationaux de la Ligue des Droits de l’Homme) ont eu raison de
condamner ces propos, et de souligner les risques d’enfermement dans une
« hiérarchie des victimes » [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb27#nb27">27] ou une
« compétition en matière de souffrance » [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb28#nb28">28]. Mais
c’est à notre sens une erreur d’analyse ou une négligence lourde de
conséquences que de reprocher à Dieudonné de « tenter d’instaurer »
la hiérarchie [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb29#nb29">29] ou d’
« introduire » la compétition [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb30#nb30">30]. La
hiérarchie était déjà là, la « Non-Affaire Gallo » est là pour en
attester, et ce qui doit être reproché à Dieudonné n’est pas d’
« introduire » mais de reproduire et d’entretenir la compétition,
en orientant une colère légitime contre la mauvaise cible.
En d’autres termes, la condamnation de la « concurrence des
victimes » est nécessaire, mais elle reste insuffisante. Elle demeure
largement incantatoire et d’une efficacité toute relative tant qu’on ne
reconnaît pas l’existence et les ravages d’une réelle hiérarchie des
victimes, qui précède les déclarations de Dieudonné, et dans laquelle ces
dernières prennent racine. S’il est inacceptable d’en faire endosser la
responsabilité aux Juifs, il n’est pas tenable d’en nier l’existence et de
croire que c’est Dieudonné qui l’invente ou la génère. L’origine du problème
n’est ni l’individu Dieudonné, ni un groupe social comme « les sionistes
extrêmistes », et encore moins un ensemble aussi vaste et hétérogène que
« la Communauté juive » ; l’origine du problème est une
hiérarchie instituée, un système politique qui repose sur un ordre
symbolique et une division sociale objectivement racistes [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb31#nb31">31],
organisés autour d’un étalon majoritaire qui est le Bourgeois français blanc
d’origine chrétienne (qu’il soit croyant ou athée). C’est à ce système
qu’il faut s’attaquer pour traiter le problème à la racine. La
« Non-Affaire Gallo » nous le rappelle : tous les racismes ne
provoquent pas la même réprobation, toutes les victimes ne sont pas considérées
comme égales. Il faut reconnaître et prendre en compte cette réalité. Il faut
garder à l’esprit qu’aucun être humain ne peut supporter très longtemps la
dénégation du tort qu’il subit sans « craquer » - ce qui peut prendre
plusieurs formes : la folie, la dépression, la névrose, mais aussi le
ressentiment ou la haine raciste qui est un viatique parmi d’autres. Il faut enfin
rappeler qu’il n’y a pas trente-six alternatives à la somatisation ou à la
verbalisation délirante ou raciste : le seul dénouement non-pathologique
d’une telle situation d’injustice est la pleine et égale reconnaissance des
torts subis par toutes les minorités opprimées. Cette reconnaissance passe par
une lutte politique [
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nb32#nb32">32]. Et
l’une des cibles prioritaires de cette lutte doit être ce « négationnisme
respectable » dont Max Gallo n’est qu’une des figures.
http://lmsi.net/
Contact : contact.lmsi@laposte.net
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh1#nh1">1] Exemples,
tirés de la Conférence de presse tenue par Dieudonné à Alger le 16
février :
« J’ai simplement besoin, ne serait-ce que par
rapport à mes enfants, de leur expliquer : voilà, tes ancêtres n’étaient
pas forcément gaulois, tu es descendant d’esclave et voilà comment les choses
se sont passées. Eh bien ça, ça nous est confisqué, parce que le lobby
sioniste cultive l’unicité de la souffrance. »
« Quand je travaille pour faire un film sur la traite
négrière et que les autorités sionistes - parce qu’aujourd’hui ce sont
les autorités sionistes - qui me répondent : ce n’est pas un sujet de
film. Avec l’argent public, on fait 150 films sur la Shoah, moi je demande de
faire un film sur la traite des Noirs et on me dit que ce n’est pas un
sujet. »
« Ceux qui subissent le racisme, ce ne sont pas en
premier lieu des Juifs, qui sont plutôt une communauté bien intégrée et qui
financièrement - pour reprendre cette histoire de Dieu argent - est particulièrement
bien préservée. »
On peut citer aussi ces propos tenus dans Lyon Capitale
le 23 janvier 2002, tout aussi caricaturaux et inacceptables que ceux d’une
Chahdortt Djavann lorsque, sur la base de morceaux de versets coraniques, elle
fait dériver « le » sexisme de « L’Islam » :
"Le racisme a été inventé par Abraham. Le
peuple élu, c’est le début du racisme".
Et enfin ces propos tenus dans Le Monde en janvier
2004 :
« La population juive, par exemple, n’aime pas
que je dénonce certaines de leurs manipulations médiatiques. »
Ces derniers propos ont valu à Dieudonné sa seule
condamnation en Justice pour propos racistes (5000 euro d’amende), le 26 mai
2004 - une condamnation qui sera annulée le 10 décembre 2004 en Appel
(Dieudonné a été relaxé, pour le motif que dans d’autres passages du même
entretien, il prenait la peine de distinguer l’ensemble des Juifs, qu’il
n’incriminait pas, et les activistes qui l’avaient attaqué et l’avaient empêché
de donner son spectacle à Paris).
Antoine Spire cite également (dans Hommes et Libertés
de janvier-février-mars 2005) ces propos tenus en juillet 2004 :
« Les juifs ont profité de cette colonisation
et de la traite négrière, ils s’en sont mis plein les poches »
Enfin, toujours selon l’article d’Antoine Spire, Dieudonné a
évoqué, lors de la « dernière » de son spectacle au Zénith, le 29
décembre 2004, « le complot juif, la haine des Juifs à
l’égard des Noirs » et le « racisme des Juifs »
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh2#nh2">2] Les propos
tenus par Dieudonné à Alger ont par exemple fait la Une du Monde
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh3#nh3">3] Patrick
Klugman, vice-président de SOS Racisme
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh4#nh4">4] Harlem
Désir, ancien président de SOS Racisme, aujourd’hui membre du Parti Socialiste
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh5#nh5">5]
Source : Ras l’Front, janvier 2003
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh6#nh6">6] cf.
« Le génocide arménien et l’enjeu de sa qualification », sur
www.lmsi.net. Cf. aussi Y. Ternon, Du négationnisme ; Desclée de
Brouwer, 2000
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh7#nh7">7] Cf.
« Le génocide arménien et l’enjeu de sa qualification »,
www.lmsi.net, où est défendu un soutien critique et pragmatique à la loi
Gayssot
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh8#nh8">8] Il n’y a
qu’à considérer le nombre de lieux de loisir, d’espaces commerciaux, de marques
alimentaires, qui jouent sur des connotations positives du terme
"colonial" : "Discount colonial", "Comptoir
colonial", "compagnie coloniale"... Sans parler de l’imagerie
coloniale dans la publicité
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh9#nh9">9] Sur cette
loi du 23 février 2005, cf. l’appel "Je n’enseignerai pas le bon temps des
colonies", en ligne sur www.lmsi.net
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh10#nh10">10] Deux
exemples :
Roger Cukierman, président du CRIF : « Le succès
de Le Pen est un avertissement aux musulmans de France, leur indiquant de se
tenir tranquilles »
Jacques Kupfer, président du Likoud France : « nous
devons vivre séparément des Palestiniens... si tant est que ces gens ont le
droit de vivre... »
Propos cités par Dominique Vidal dans Le mal-être juif,
Agone, 2003. Cf. aussi Collectif, Antisémitisme : l’intolérable
chantage, La Découverte, 2003, et D. Vidal, « les pompiers pyromanes
de l’antisémitisme » :
http://www.monde-diplomatique.fr/2004/05/VIDAL/11185
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh11#nh11">11] Cf. la
note 1
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh12#nh12">12]
Souvenons nous de la censure qui a frappé Le chagrin et la pitié de
Marcel Ophuls
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh13#nh13">13] Cf. S.
Bouamama, Vers une nouvelle citoyenneté. Crise de la pensée laïque, La
boite de Pandore, 1991
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh14#nh14">14] Nous
disons « se hasarde, juste pour voir », parce que dans la réalité de
ses écrits et de ses déclarations, Tariq Ramadan n’a jamais remis en doute la
réalité, la qualification et l’importance du génocide des Juifs
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh15#nh15">15] Il n’y
a pas eu de complicité active des autorités françaises, comme il y en a eu lors
du Génocide rwandais. On peut en revanche dénoncer la non-intervention en
parlant de complicité passive de la France au même titre que toutes les autres
puissances présentes dans la région.
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh16#nh16">16] Cf. Y.
Ternon, Enquête sur la négation d’un génocide, Parenthèses 1989
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh17#nh17">17] Sur le
poids de ce stéréotype dans le débat actuel sur le sexisme, cf. N.
Guénif-Souilamas et E. Macé, Les féministes et le garçon arabe, Editions
de l’Aube, 2004
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh18#nh18">18] Ni
droite ni gauche. L’idéologie fasciste en France, Gallimard, 1987 ; La
droite révolutionnaire. 1885-1914. Les origines françaises du fascisme,
Gallimard, 1997 ; Maurice Barrès et le nationalisme français,
Complexe, 2002. Cf. aussi G. Noiriel, Les origines républicaines de Vichy,
Hachette, 1999
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh19#nh19">19] Cf. N.
Mayer, Le Monde, 04/04/2002. Nonna Mayer montre que, contrairement à ce que
soutiennent des essayistes comme Pierre-André Taguieff (dans La nouvelle
judéophobie) ou Alain Finkielkraut (dans L’antisémitisme qui vient),
les idées antisémites ne sont pas dominantes dans les milieux d’extrême gauche
et dans la jeunesse issue de l’immigration maghrébine ; elles restent,
aujourd’hui comme par le passé, présentes dans l’ensemble de la société
française, avec des " pics " à la droite de la droite, dans les
franges de l’opinion qui manifestent par ailleurs un très fort rejet de
l’immigration maghrébine. À titre d’exemple, en 2000, 97% des personnes
déclarant qu’il y a « trop de Juifs » en France répondent également
qu’il y a « trop d’Arabes ».
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh20#nh20">20] Des
propos qui, comme ceux de Max Gallo, n’ont pas empêché Alain Finkielkraut de
demeurer l’invité permanent des grands débats télévisés. Notons que la
métaphore du coton est particulièrement déplacée s’agissant d’un peuple dont
nombre d’ancêtres se sont épuisés jusqu’à la mort à travailler comme esclaves
dans des champs de coton. Alain Finkielkraut a également stigmatisé l’arrogance
des militants antillais qui osent parler encore de l’esclavage alors qu’ils
« vivent de l’Assistance de la métropole ». L’intégralité de ces
propos, tenus le 6 mars sur RCJ (Radio Communauté Juive) et Radio Shalom, et
confirmés le 13 mars sur RCJ, est disponible en ligne sur le site du Collectif
des Guyannais et Réunionais :
http://www.collectifdom.com/article.php3 ?id_article=403. Cf. aussi la
réponse de Raphael Confiant à Alain Finkielkraut : http://www.collectifdom.com/article.php3 ?id_article=414
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh21#nh21">21] Sur
cette « affaire », cf. A. Spire, L’obsession des origines,
Verticales, 2000
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh22#nh22">22] Cette
liste ne constitue en aucun cas une mise sur le même plan des Noirs, des Arabes
ou des Musulmans et des fascistes ou des lepénistes. Le seul point commun est
le fait que ces catégories de personnes ne bénéficient pas de l’indulgence dont
bénéficie un "bon républicain blanc"
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh23#nh23">23] Cf. les
enquêtes de Nonna Mayer : « il y a trop de Juifs » rassemble
aujourd’hui entre 20% et 30% des suffrages, tandis que « trop
d’Arabes » rassemble plus de 60%
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh24#nh24">24]
Citation de Jean-Paul Gouteux, La nuit rwandaise, L’Esprit frappeur,
2002
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh25#nh25">25] Cf. par
exemple les récents rapports de la Commission de déontologie animée par Pierre
Truche, et d’Amnesty international, ainsi que l’étude publiée au CESDIP par
Fabien Jobard sur les procédures d’outrage à agent : http://www.cesdip.org//sites/default/files/iconespdf-dist.png ;
http://www.amnesty.asso.fr/01_informer/12_actualite/france/france_en_que...
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh26#nh26">26] Puisque
la police est dans ces affaires « juge et partie »
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh27#nh27">27]
M. Tubiana, Le Monde, 22 février 2005
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh28#nh28">28] A.
Spire, Hommes et Libertés, mars 2005
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh29#nh29">29]
M. Tubiana, Le Monde, 22 février 2005
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh30#nh30">30] A.
Spire, Hommes et Libertés, mars 2005
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh31#nh31">31] Pas
exclusivement raciste ; également hétéro-sexiste : la norme
majoritaire est le mâle blanc hétérosexuel. Mais la dimension hétéro-sexiste
n’est pas au coeur de cette étude sur le binôme Dieudonné/Max Gallo
[
href="http://lmsi.net/impression.php3?id_article=389#nh32#nh32">32] C’est,
à nos yeux, ce qui fait la différence entre le discours de Dieudonné et celui
des « indigènes de la République »