Un minaret sur le toit d’une entreprise : un suisse non-musulman l’a fait !

Construire un minaret sur le toit de son entreprise, quand on on est non-musulman et suisse de surcroît, non

jeudi 10 décembre 2009

Construire un minaret sur le toit de son entreprise, quand on on est non-musulman et suisse de surcroît, non seulement il fallait y penser, mais surtout oser le faire.

A l’impossible, nul n’est tenu ! Appliquant à la lettre ce vieil adage, Guillaume Morand, est un homme d’affaire de Bussigny, près de Lausanne, à la tête de la chaîne de magasins de baskets Pomp it up, que rien jusqu’ici ne distinguait de ses compatriotes, si ce n’est son cri du cœur contre le vote sanction anti-minarets, qu’il a ingénieusement transformé en une action coup de poing au très fort impact visuel.

S’élançant du toit du siège social de sa société, la réplique artisanale d’un minaret dont une partie est en pierre, suivie d’une partie ronde en tuyau PVC, le tout surmonté d’un chapeau de bois peint en couleur or, surplombe depuis mardi dernier l’axe le plus fréquenté de la Suisse romande, comme un phare fait maison de la protestation face à une manipulation pernicieuse de l’opinion.

« Oui, c’est une provocation », s’exclame Guillaume Morand vers qui tous les projecteurs se braquent aujourd’hui, soulignant avec un écoeurement dans la voix clairement perceptible : « personne avant cette votation ne savait qu’il y avait des minarets et tout le monde s’en foutait », ajoutant : « Le fait que le parti d’extrême droite, l’UDC, ait lancé cette initiative, ça a créé un faux problème qui n’aurait jamais eu lieu d’être. (…) Maintenant, le débat dérive. Comme vous avez le même problème avec Sarkozy qui reprend les thèses du Front national ».

Citoyen ordinaire entré en résistance contre un consensus de la Terreur, ce chef d’entreprise a choisi son camp non sans témérité, subissant l’inéluctable opprobre populaire à travers des salves d’injures, et la descente non moins inévitable de la police, dont il espère la clémence, résidant dans un des trois cantons, sur les vingt-six que compte la suisse, qui s’est démarqué par un rejet de l’action anti-minarets.

En marge de ce coup d’éclat, véritable électrochoc des consciences sous emprise, la ministre suisse de la Justice et de la Police, Eveline Widmer-Schlumpf, a indiqué attendre un éventuel verdict de la Cour européenne des droits de l’homme, qui devrait conclure que l’interdiction des minarets constitue une violation de la liberté de religion. Une décision de justice qui rendrait caduque l’interdiction des minarets, car ne pouvant être appliquée par les tribunaux.

Très attendu, cet arbitrage judiciaire enverrait un signal fort aux prosélytes de la haine en mal de reconnaissance, qui n’hésitent pas à sévir au plus grand mépris de la loi.

Publicité

commentaires