Un des enjeux majeurs de la loi sur le voile islamique

A l’origine, la laïcité était dans son esprit une affirmation de la liberté de conscience et le refus

vendredi 9 janvier 2004

A l’origine, la laïcité était dans son esprit une affirmation de la liberté de conscience et le refus des principes de discrimination religieuse et de religion d’Etat (religion imposée à tous les ressortissants d’un pays). La laïcité, n’était pas, sauf chez certains extrémistes, un rejet de la conscience religieuse ou spirituelle, ni un refus de ses manifestations dans la vie quotidienne. La laïcité posait le principe de tolérance et de neutralité du pouvoir politique vis à vis des croyances de ses administrés.

A partir de là nous voyons clairement à quel type de glissement nous assistons aujourd’hui. Il semble que la laïcité soit devenue un argument-alibi visant en fait à contenir l’aspiration spirituelle de nombreuses femmes et de nombreux hommes dans le domaine de l’intime ou du cultuel-culturel. On peut résumer l’injonction implicite de la façon suivante : « croyez à ce que vous voulez, mais surtout n’espérez pas relier votre croyance à la vie sociale. Ou alors faite le à travers des manifestations culturelles bien délimitées et sans relations profondes avec un choix de société (célébrations et cultes religieux, formalismes sans conséquences sociales…) ».

La société française tend de plus en plus à promouvoir un modèle unique et refuse aux croyantes et aux croyants la possibilité de vivre et proposer d’autres orientations sociales en lien directe avec leur foi. Le modèle de société dominant actuel (matérialiste et rationaliste) s’impose progressivement comme une religion d’Etat, obligatoire. Toutes autres conceptions de la vie et de l’être humain deviennent suspectes et doivent être contenues dans la sphère privée ou dans des manifestations publiques sans conséquences (plus proche du folklore que de la foi vécue et agissante).
Derrière la soi-disant « défense de la laïcité », c’est en fait le « prosélytisme » (terme devenu quasi injurieux) qui est visé. C’est à dire, le fait de manifester sa foi au grand jour, de chercher à la faire connaître, à la transmettre et à la diffuser. Ne nous y trompons pas, le prosélytisme spirituel est la véritable cible du projet de loi actuel, et il n’y a pas de raisons pour que les choses en restent là. L’Etat français - et les défenseurs d’une normalisation matérialiste avec lui - s’est tout d’abord attaqué à des mouvements de foi minoritaires (qualifiés systématiquement de « sectes ») par des lois spécifiques, à peu prés certains que personne ne prendrait leur défense. Les grandes religions se croyaient naïvement à l’abri de cette offensive mais, ce qui était prévisible, c’est maintenant l’Islam qui est dans la ligne de mire. D’autres religions et convictions « non conformes » seront vraisemblablement attaquées dans l’avenir. Les églises chrétiennes elles-mêmes ne sont pas à l’abri de l’intolérance rationaliste en pleine progression. Petit à petit, le spirituel est assimilé à l’obscurantisme, à l’arriération et au totalitarisme. L’idéologie dominante - elle même à tendance hégémonique et usant de prosélytisme sans vergogne - intimide et neutralise ainsi peu à peu toutes alternatives, perçues comme rivales, en jouant sur la peur et la superficialité. D’abord, on interdit à des croyantes la possibilité de manifester leur foi à travers un signe vestimentaire, demain ne risque- t-on- d’interdire aux croyants de manifester leur foi tout court ? (que le « voile » soit ou non un élément fondamental de l’accomplissement coranique est un autre débat dans lequel je ne rentre pas ici).

La situation actuelle implique une mobilisation résolue des croyantes et des croyants, au-delà des clivages religieux et des sectarismes. Ce n’est pas une religion en tant que tel qui est menacée mais la foi vivante, la foi qui refuse de se taire, de se cacher, de se limiter à une manifestation culturelle. Il s’agit de défendre la liberté, liberté de croire et de dire ce à quoi l’on croit, liberté de proposer d’autres modèles de société et de défendre d’autres conceptions du bonheur. Mais cette mobilisation ne sera féconde et crédible que dans la mesure ou elle refusera clairement d’user des armes de l’adversaire (démagogie, amalgame, mépris, manichéisme…). Cette résistance de la foi face au rouleaux compresseur d’une pensée unique intolérante ne sera efficace et reconnue que si elle ne devient pas elle-même intolérante et superficielle dans sa critique. Il ne s’agit pas non plus de dresser les humains les uns contre les autres de façon simpliste (croyants contre incroyants, occident contre le reste du monde…), mais de rassembler au-delà des clivages idéologiques et culturels, toutes celles et tous ceux qui croient que la liberté n’est pas qu’un mot, mais qu’elle est nécessaire à l’épanouissement de la nature humaine.

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