USA, 11 Septembre 2001 : ’Ni rire ni pleurer, mais comprendre’

La commission socialiste de solidarité internationale est une organisation proche des mouvements anti-globali

samedi 22 septembre 2001

La commission socialiste de solidarité internationale est une organisation proche des mouvements anti-globalisation. Nous avons décidé de publier leur analyse particulièrement pertinente des attentats du 11 septembre 2001.

Même si toutes les ’pistes’ (du moins celles qui ont été annoncées publiquement, et quelques unes de celles que nous pouvons avoir par ailleurs) semblent converger vers la ’Qaeda’ d’Oussama Ben Laden, seule ou en association avec d’autres réseaux. Mais ne sachant pas encore, avec certitude, qui, nous ne savons pas non plus pourquoi : pourquoi cette offensive, pourquoi par ces moyens, pourquoi contre ces cibles, pourquoi à ce prix ? A peine commençons-nous à savoir comment...

Dans ces conditions, toute analyse est incertaine, et toute réaction est menacée de n’être qu’un rabâchage de la compassion (au sens étymologique de ’souffrance avec’) avec les victimes, compassion légitime mais qui se dévalue à se donner en spectacle.

De spectacle, d’ailleurs, nous avons été gavés. Les images terrifiantes des attentats, déversées à satiété et jusqu’à plus soif de fumée, de feu, de gravats, de hurlements, de morts et des blessés, ont-elle une autre vertu, sinon une autre fonction, que celle d’un show télévisé, et de faire ’vendre du papier’ (un papier dont il ne nous semble pas que les éditeur aient eu la décence d’extirper ce qui y importe et qui rapporte : la publicité, pas plus d’ailleurs que les ’pavés’ publicitaires n’ont disparu des télévision, entre deux images d’apocalypse)

Pour les auteurs des attentats du 11 septembre, en tous cas, la déferlante des images de leurs actes est une aubaine ; certes, ce ne sont pas les médias, qui tuent ; mais ce sont les médias qui font la publicité du tueur. Les télévisions qui ont retransmis, pratiquement en direct, puis en boucle pendant trois jours, les images du ’blitz’ ne sont pas coupables de ce qu’elles retransmettaient, mais elles sont responsables de l’impact immédiat, massif, mondial (mais non universel) de ces images. Mesure-t-elles le sombre prestige qu’ainsi elles apportent à celui qui semble être lke ’daemon ex machina’ du spectacle qu’elles offrent ?

Nous nous sommes retrouvés ce 11 septembre dans la situation du voyeur, du spectateur de l’horreur, qui fut déjà la nôtre lors de la guerre du Golfe (à ceci près que cette fois, on nous donnait quelque chose à voir : un avion transperçant de part en part une tour ; des corps se jetant du haut d’un immeuble de 400 mètres pour ne pas périr dans les flammes ; des nuages de poussière et de gravats submergeant Manhattan...), et dans cette autre situation déjà vécue d’entendre, de sur-entendre, de réentendre, sur toutes les chaînes, les mêmes ’commentaires’, souvent par les mêmes ’commentateurs’ meublant le temps entre les images en scandant le spectacle de l’épouvante par l’invocation du monstre tapi dans l’ombre afghane. Pour le reste : combien de morts ? On n’en sait rien. Qui est responsable ? On a hésité entre Ben Laden et l’extrême droite américaine. Où est George Dobleyou ? Quelque part entre la Floride, le Nebraska et Washington. Pourquoi tant de haine ? Aucune idée...

Reste que chacun est aujourd’hui sommé de dire quelque chose, même si cela a déjà été dit cinquante fois ; que chaque acteur politique ou social, si modeste soit-il, est tenu de réagir, même si sa réaction est sans autre contenu que toutes les réactions qui l’ont précédée. Et que celui qui ne dit rien, parce qu’il n’a rien de neuf à dire, parce qu’il préfère se taire plutôt que dire n’importe quoi, ou qu’il n’est pas certain que ce qu’il a à dire ait quelque intérêt, sera suspect d’indifférence, voire de pactiser avec les terroristes.
Disons donc ce que nous croyons avoir à dire, en tentant, comme nous y invite Spinoza, de ne ’ni rire ni pleurer mais comprendre’.

  1. Il faut être singulièrement dépourvu de mémoire, à moins que, plus obscurément, l’on ne se refuse à faire usage de celle dont on dispose, pour considérer que l’événement du 11 septembre est ’sans précédent’. Le terrorisme est sans doute la plus ancienne méthode d’action politique qui soit : il naît quand naît le pouvoir, qu’il en soit usé contre le pouvoir ou par le pouvoir, contre l’Etat ou par l’Etat. Son ’éradication’ relève de l’illusion -sauf à l’inscrire explicitement dans un projet anarchiste- et nombre de ceux qui y invitent sont d’ailleurs prêts à le couvrir, quand ils ne l’ont pas eux-mêmes pratiqué, pour peu qu’il soit mené par un Etat, un gouvernement, un pouvoir en place. Il est cependant possible de réduire la menace terroriste, de la contenir, mais en agissant sur ses causes. Tout le reste tient de la gesticulation. On pourra mobiliser toutes les polices, toutes les armées, toues les forces spéciales officielles ou officieuses dont on dispose ou dont on veut se doter au surplus : on ne rendra jamais impossible un acte terroriste et suicidaire à la fois. C’est avec des couteaux et des lames de rasoir que l’un des avions américains transformés en missiles a été détourné...

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