Turquie d’Europe

Le débat autour de l’éventuelle adhésion de la Turquie à l’Europe promet d’être animé. Il est pour

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lundi 3 mai 2004

Le débat autour de l’éventuelle adhésion de la Turquie à l’Europe promet d’être animé. Il est pour le moins étrange et les arguments évoqués par les uns et les autres sont anachroniques. Mais déjà soulignons qu’un mal certain s’installe dans tous nos débats depuis cet inoubliable et terrible 11 septembre 2001 dont il est urgent de guérir. Nous ne regardons plus la géopolitique qu’à travers le prisme de la « question musulmane ». Autrefois, la question qui dominait le débat sur l’adhésion de la Turquie à l’Europe par exemple était celle du respect des droits de l’homme par Ankara. Aujourd’hui, étrangement, le seul élément qui fasse débat est de savoir si la Turquie, peut être européenne bien que musulmane !

Les turcs qui ont parfaitement intériorisé cette étrange réaction religieuse d’une partie des européens expliquent que leur adhésion facilitera les échanges entre l’Europe et les pays musulmans. En ce faisant, ils font œuvre contre productive puisqu’ils mettent en avant une caractéristique religieuse de leur identité alors qu’au sein même du pays elle est dominée par une laïcité militante.

Pour masquer cette étrange approche qui s’impose à nous en mettant l’Islam au centre d’un débat où il n’a pas sa place, nous feignons de croire en la pertinence d’autres questions : Valéry Giscard d’Estaing se demande si géographiquement la Turquie est européenne et répond qu’avec « moins de 5% de son territoire, objectivement, elle ne l’est pas ». D’autres se demandent si la culture Turque est « soluble » dans l’Europe, sous entendant qu’il est tout de même hors de question que « ces gens là » ne fassent pas comme « nous » s’ils viennent « chez nous ».

Écartons tout de suite l’argument géographique de VGE que d’autres mieux que l’auteur de ces lignes contrediront savamment en faisant valoir que le Bosphore n’a jamais été, dans l’histoire, une frontière de l’Europe. Et disons haut et fort que la question religieuse n’a rien à faire dans le débat.

Les Turcs sont musulmans ? Fort bien. Ils sont aussi laïcs ? Tant mieux. Et alors ? S’il faut entendre et respecter les arguments de ceux qui expliquent que le fond européen est chrétien et que l’histoire des européens est teintée de christianisme, il faut aussi les questionner sur le sens qu’ils donnent à l’identité européenne. Se dire européen aujourd’hui n’est certainement pas se dire chrétien. Aussi, l’identité européenne est ailleurs et pour être honnête vis à vis des Turcs et des autres, il est important d’en esquisser les contours. L’histoire est là pour nous servir.

L’Europe chrétienne, et plus généralement religieuse, à été le théâtre des pires affrontements, de la Saint Barthélemy à la Shoah. Ce que l’on nomme culture européenne, dans la perspective de « l’union européenne » à laquelle la Turquie souhaite adhérer est à l’opposé de cela. La culture européenne à laquelle TOUS les européens peuvent se référer est une culture de la Paix, une culture du « plus jamais ça ! ». L’Europe, telle qu’elle se construit depuis une demi siècle, est une valeur de stabilité et d’harmonie entre les identités. Elle assure la pluralité et le métissage. De ce point de vue, l’Europe n’est pas une géographie et le Maroc demain peut être européen. Elle n’est pas non plus une « culture commune » puisque heureusement les européens sont pluriels. En ce sens, dire « notre Europe » n’emporte pas l’idée d’une uniformité mais de l’adhésion à un socle caractérisé par la recherche de paix et riche de sa pluralité. « L’Europe » est un pacte de paix historique et quiconque en reconnaît la nécessité et veut y adhérer est plus que le bienvenu !

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Auteur : Arthur Nourel

Journaliste et politologue. Il est spécialiste du monde arabe. Il est également photographe.

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