Toute une communauté religieuse dans le box des accusés : où va l’Amérique ?

Tout le démontre : les islamo-Américains se dépassent pour collaborer avec les institutions de maintien de

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lundi 28 février 2011

Une tradition religieuse toute entière mise en accusation collective pour les actes d’une poignée d’extrémistes. Quel cauchemar ! C’est pire encore lorsque cette infime minorité ne représente qu’une fraction insignifiante de la population.

Tout le démontre : les islamo-Américains se dépassent pour collaborer avec les institutions de maintien de l’ordre et, à la quasi-unanimité, condamnent le terrorisme. Le parlementaire américain Peter King, Républicain de New York qui préside la commission de la sécurité intérieure de la Chambre des représentants, se propose de tenir des auditions afin de comprendre pourquoi les Américains musulmans seraient, dit-on, en voie de radicalisation.

Si la commission d’enquête est mise sur pied comme le voudrait M. King, les auditions permettront aux rodomontades politiciennes de se substituer à la véritable lutte contre le terrorisme. Au plan international, elles risquent de susciter des tensions au niveau des relations diplomatiques stratégiques entre les Etats-Unis et les pays majoritairement musulmans, accréditant ainsi les voix qui soutiennent, à tort, que le gouvernement des Etats-Unis est islamophobe. Plus grave encore : ce déballage risque fort de créer un climat de soupçon entre les citoyens islamo-Américains et les autorités de l’Etat, phénomène que les auditions sont théoriquement censées débusquer.

En raccourci, ces auditions sont inopportunes, moralement dégradantes et nuisibles à l’image des Etats-Unis, tant au plan national qu’à l’étranger.

Dans une interview à Fox News au mois de décembre, M. King expliquait ainsi pourquoi il défend si ardemment le principe de cette enquête parlementaire : “Nous devons casser le moule imbécile du politiquement correct qui nous interdit de discuter d’un des problèmes les plus graves que connaît notre pays. Alors que nous sommes assiégés par les terroristes musulmans, il y a dans ce pays des dirigeants musulmans qui ne coopèrent pas avec les autorités chargées du maintien de l’ordre.”

Certes, toute communauté a sa part de personnages peu reluisants, mais M. King pointe du doigt la communauté musulmane en oubliant la vaste majorité d’Américains musulmans qui sont un honneur pour leur pays.

Pour ne citer que les premiers dirigeants musulmans qui me viennent à l’esprit (et que j’ai la chance de pouvoir appeler mes collègues), il y a l’imam Khalid Latif, aumônier à l’Université de New York, lui-même membre du New York Police Department ; l’imam Yahya Hendi, aumônier de l’Université de Georgetown, cité par le FBI pour son travail d’amélioration des relations des citoyens avec la loi et l’ordre ; et l’imam Abdullah Antepli, aumônier et membre adjoint de la Faculté de l’Université de Duke, et qui s’est tellement distingué dans son travail avec des représentants du gouvernement qu’il a été invité à réciter une prière inaugurale à la chambre des Représentants au mois de mars dernier. Ce ne sont que trois des nombreux responsables musulmans qui collaborent activement avec les autorités de maintien de l’ordre et qui condamne le terrorisme en public et en privé.

De nouvelles statistiques publiées ce mois-ci par le Triangle Center on Terrorism and Inland Security viennent aussi contredire le raisonnement de M. King. Extrayons l’exemple le plus parlant de cette enquête : “Onze Américains musulmans ont exécuté des attentats terroristes réussis contre les Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001, faisant 33 morts. Ceci représente environ 3 morts par an.” En revanche, “il y a eu environ 150,000 assassinats dans tout le pays depuis la même date”. Le terrorisme est un fléau qu’il faut extirper. Mais il est important d’être conscient de sa sporadicité relative.

Le rapport poursuit : “Des renseignements fournis par des membres de la communauté islamo-américaine ont permis de déjouer un complot dans 48 des 120 cas impliquant des Américains musulmans”. Si on se fonde sur ces statistiques nationales plutôt que sur les discours enflammés de M. King, la bonne question à se poser est celle-ci : comment développer plus encore la collaboration déjà réussie entre les Américains musulmans et les responsables de la sécurité ?

Même si les prétentions de M. King étaient fondées, les auditions publiques du Congrès seraient une mauvaise stratégie de lutte contre le terrorisme. De fait, elles désigneraient la communauté islamo-américaine à la vindicte populaire et aliéneraient ceux-là mêmes qui sont prêts à se rapprocher.

Il faut empêcher ces auditions avant qu’elles ne soumettent les musulmans de ce pays à des humiliations et qu’elles ne démolissent la collaboration existante avec les autorités de maintien de l’ordre. Dernièrement, Religious Freedom USA, mouvement qui regroupe des Américains défenseurs de la liberté de culte en Amérique, a lancé une campagne pour empêcher les auditions, et une coalition de 50 organisations citoyennes fait campagne auprès des Représentants dans l’espoir de les convaincre. Mais il faudra encore beaucoup de pression politique pour condamner les funestes travaux de la commission.

Si l’enquête publique n’est pas annulée, c’est non seulement l’image des islamo-Américains qui en sera ternie, mais aussi la vénérable fonction dont est investi M. King.

En partenariat avec le CGNews

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Auteur : Joshua Stanton

Cofondateur du Journal of Inter-Religious Dialogue (www.irdialogue.org) et de Religious Freedom USA (www.religiousfreedomusa.org). Il est Schusterman Rabbinical Fellow au Hebrew Union College – Jewish Institute of Religion de New York.

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