Tous antisémites ? (partie 2/2)

Contrastant singulièrement avec cette surenchère médiatique, les agressions commises à l’encontre de jeu

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jeudi 28 mars 2002

Contrastant singulièrement avec cette surenchère médiatique, les agressions commises à l’encontre de jeunes issus de la communauté musulmane par des radicaux sionistes bénéficient elles d’une couverture médiatique bien plus modeste. Ainsi, peu de médias ont rendu compte des activités dangereuses du mouvement Kahana France ou des Bétar/Tagar pourtant très actifs.

Régulièrement, des papillons signés ’Kahana-France’ circulent en France, surtout en région parisienne et sur lesquels on peut lire des propos injurieux et incitant à la haine raciale tels que ’Mort aux Arabes en France et en Israël’ et ’Incapables de créer, incapables de produire, les Arabes, comme les nazis, finiront dans les poubelles de l’histoire !’ Alerté à de nombreuses reprises par des groupes de défenses des droits humains de ces agissements illicites, le ministère de l’Intérieur répond invariablement et par voie de courrier qu’il procède à l’ouverture d’une enquête. Ainsi, en octobre 1997 une note de Patrick Quinqueton (de la Direction des libertés publiques et des affaires juridiques) indiquait que ’le Parquet de Paris a ordonné une enquête préliminaire, afin que les auteurs et diffuseurs de ce tract provocateur soient identifiés et poursuivis.

Les activistes qui signent ’Kahana-France’ se réclament du mouvement Kach qui a été classé au nombre des organisations terroristes par le gouvernement israélien depuis le massacre de 29 Palestiniens commis par l’un de ses membres, Baruch Goldstein à la Mosquée d’Hébron en février 1994. En Israël, une stèle a été élevée à la mémoire du terroriste et régulièrement des sionistes radicaux viennent s’y recueillir !

Le 18 novembre dernier, les activistes se sont réunis en meeting afin de célébrer l’assassinat, en novembre 1995, d’Izthak Rabin, le Premier ministre israélien.

Très actifs, les extrémistes du Bétar multiplient les agressions à l’encontre des Arabes ou de toute personne s’opposant à la version radicale du sionisme qu’ils défendent.

Le quotidien Haaretz les décrit ainsi :

« Si vous voulez comprendre quelque chose à la profondeur et la dualité de la diaspora, faites la connaissance de ces baraques de Paris et de Belleville. Ce sont des ’Monsieur muscle juif’. La plupart, surtout ceux qui portent des kippas tricotées et ceux qui ne sont pas pratiquants, sont des habitués de salles de gym. Ils admirent la force et vénèrent tout ce qui a trait à la sécurité. (...)Ce qu’ils ont en commun est un patriotisme (israélien, ndlr) aveugle, doublé d’un soutien absolu pour le ’ Grand Israël ’plus souvent motivé par une haine des Arabes que par amour d’Israël, et moins par haine des Arabes vivant dans les territoires- ils ne les connaissent pas vraiment- que par la haine de ces Arabes ’qui prennent le contrôle de la France’ Ils ne voient les palestiniens que quelques fois par an, quand ils viennent pour affaire ou tourisme. La dialectique des membres du Betar est tellement semblable à celle de Jean-Marie Le Pen que s’ils n’étaient pas juifs, Le Pen pourrait très bien les accueillir à bras ouverts. Mais, comme ils sont nés juifs, ils ont créé une sorte d’image miroir de l’extrême droite française, avec une kippa. ».

Le 7 octobre 2000, une manifestation pro-palestinienne fut émaillée de quelques incidents : en effet, des slogans judéophobes furent entendus. Ces propos antisémites furent repris par l’ensemble des médias et condamnés comme il se devait. Le soir même, des nervis du Bétar firent irruption dans les locaux du Mouvement contre le racisme et l’antisémitisme (MRAP) qu’ils saccagèrent. De ces agressions inadmissibles, les médias ne se firent guère l’écho.

Récemment, les sionistes radicaux, forts de l’indifférence qu’ils suscitent ont récidivé. Une dépêche laconique de l’AFP nous apprend en effet que des incidents ont troublé une manifestation le 2 décembre dernier lorsque des sionistes extrémistes ont pris en chasse deux jeunes d’origine maghrébine, les poursuivant jusqu’au métro Franklin D Roosevelt, coupant l’électricité sur les voies et les contraignant à prendre la fuite en s’engageant dans les souterrains du métro ! Ces incidents auront généré une interruption de 38 minutes sur la ligne 1 du métro et entraîné l’ouverture d’une enquête par les services de la police de proximité.

Nouvelle illustration du traitement discriminatoire de l’information, ce communiqué du MRAP est passé quasiment inaperçu dans les médias. Il fait état d’une nouvelle agression commise par les extrémistes sionistes.

« Les fascistes ont encore frappé, dans la nuit du 18 au 19 décembre. Pour la troisième fois depuis le début de la seconde Intifada, les locaux du MRAP ont été saccagés, les salariés et les bénévoles du MRAP menacés dans leur sécurité(...) A cette occasion, le MRAP déplore la stratégie de pression qui consiste à taxer d’antisémitisme toute organisation défendant le processus de paix en Palestine. Une telle instrumentalisation de l’antisémitisme et de la Shoah, à des fins politiques et religieuses, conduit inévitablement à la banalisation du concept d’antisémitisme. Si le MRAP est antisémite parce qu’il soutient le processus de paix au Proche- Orient, alors des dizaines d’autres organisations démocratiques sont antisémites, le Gouvernement français et son ministre des Affaires Etrangères le sont aussi, chacun devient antisémite ; alors il n’y a plus d’antisémitisme. » dénoncent-ils dans ce message.

Le MRAP n’est pas la seule organisation à subir ce genre d’agressions constantes et fort peu médiatisées. Le mouvement pacifiste Résister (3) ouvertement opposé à la politique répressive exercée par Israël à l’encontre du peuple palestinien en a également fais les frais : après avoir subi des menaces de morts réitérées, son porte-parole Alain Castan a décidé de déposer plainte auprès du Procureur de la République.

Dans la nuit du 12 au 13 mars derniers, ce sont les locaux du CICP (Centre International de Culture Populaire) qui ont fait l’objet d’une agression raciste par des militants de la Ligue de défense juive, des adeptes du Rabbin Kahane, des inscriptions racistes telles que « Vive Sharon, mort aux Arabes » ayant été inscrites sur les murs ainsi qu’un pochoir représentant le symbole de cette organisation (un poing fermé dans une étoile de David).

Dans leur engagement en faveur de la paix, les militants de l’Association juive pour la paix ont subi des menaces et des agressions à de multiples reprises. Or, certains intellectuels tels que Tarnero ou Pierre André Taguieff ont souhaité établir un « Livre blanc » établissant la liste des agressions judéophobes. A cet égard, une question se pose : dans leur comptabilité des agressions antisémites, auront-ils la bonne idée de répertorier les violences commises par les radicaux sionistes ?

De petits oublis pour une vaste manipulation 

En décembre dernier, une affaire a défrayé la chronique. En effet, une projection d’Harry Potter qui devait être diffusée à un public d’enfants juifs à Paris a été annulée suite à la mobilisation de militants pro-palestiniens. Il n’en fallu pas davantage pour que les médias s’emparent de l’affaire et dénoncent là une nouvelle manifestation des violences antisémites dont ils se font quotidiennement l’écho. Mais dans leur analyse, ils omirent de préciser qu’il s’agissait d’une protestation motivée par le fait que les revenus issus de la projection devaient servir au financement de la colonie de Gilo dans les territoires palestinien occupés ! C’est ainsi qu’au moyen d’informations délibérément parcellaires et tronquées, on parvint à assimiler une action de militantisme politique à une agression raciste, comme pour mieux servir la propagande faisant état d’un regain de l’antisémitisme en France. A elles seules, ces méthodes indignes et qui sont naturellement contraires à toute déontologie journalistique disent tout de la malhonnêteté intellectuelle de ceux qui en usent.

Une question de sources

L’ironie est que ce sont des journalistes israéliens qui les premiers s’offusquent de la frilosité de leurs confrères français et occidentaux, et de leur propension détestable et contraire à toute déontologie journalistique à se faire l’écho d’informations sans vérification préalable portant sur leur conformité ou non avec la réalité des faits.

En effet, les informations reproduites par nos médias relativement au conflit au Proche-Orient émanent pour une large part des communiqués de presse de l’armée israélienne. Or, ces informations ne sont malheureusement pas vérifiées par des sources indépendantes. Ainsi, dans un article du quotidien israélien Haaretz paru le vendredi 25 janvier 2002, Sara Leibovich Dar révèle que le porte parole de l’armée communique des versions multiples et contradictoires des mêmes faits, ce qui met gravement en doute la crédibilité de ces informations. Ainsi en a t-il été de la mort du petit Mohammed Al Durah. La journaliste révèle l’existence d’un fascicule remis aux soldats israéliens par leur hiérarchie intitulé « Règles pour paraître dans les médias ». Sous l’intitulé « Interview, faire, ne pas faire », le porte-parole de l’armée fait cette recommandation au soldat interviewé : « Vous n’êtes pas obligé de dire tout ce que vous savez ». Le pire est que, comme le note Sara Leibovich Dar, les médias occidentaux prêtent une oreille complaisante à cette propagande.

Des groupes de pression sionistes existent qui exercent un lobbying actif en faveur des thèses sionistes.

Ils répondent aux noms évocateurs de Siona, Contre-Champs ou Honest Reporting et leur but affiché est de rétablir la vérité (la leur, sans doute !) sur le conflit israélo-arabe.

A plusieurs reprises, le mouvement Siona, qui se consacre à la désinformation version Sharon a fait paraître de larges encarts publicitaires dans le journal Le Monde, afin de faire connaître sa version du conflit israélo-arabe. Non seulement les informations émises sont totalement mensongères (par exemple, il a été dit que l’Etat hébreu a mis en application la résolution 242 des Nations Unies, ce qui est faux) mais la disposition et l’aspect de la publicité (composée d’un texte) peut faire croire à un lecteur inattentif qu’il s’agit d’un article rédigé par un journaliste du Monde et non d’une publicité, cette façon d’opérer constituant de toute évidence une nouvelle manœuvre digne des plus habiles propagandistes, destinée à entretenir la confusion entre contenu publicitaire et rédactionnel du Monde.

Dès lors, une question se pose : le journal le Monde connaîtrait-il une situation financière si dramatique qu’elle justifie de sacrifier toute crédibilité sur l’autel du profit en acceptant de diffuser une désinformation qui contredit et par-là discrédite ses propres journalistes ?

Honest Reporting (sic) est un groupe de pression qui agit par l’envoi de milliers d’e-mails de protestation dès que lui apparaît un article lui paraissant trop critique à l’égard d’Israël. « Dès que paraît quelque chose qui leur déplait, ils font faire le tour du monde à l’article incriminé », écrit le quotidien britannique The Guardian dans son Edition du 22 février 2001, « Ils y joignent un modèle de courrier de protestation qu’il suffira de personnaliser et d’adresser par voie électronique. »
Bien qu’il prétende œuvrer au rétablissement d’une information plus objective, le site est, on l’aura compris, une arme de propagande au service de la politique israélienne. Ainsi, la rubrique intitulée « comment rédiger une lettre efficace » fait cette recommandation : « Écrivez en qualité d’individu sensibilisé. Le fait de mentionner votre appartenance à une campagne organisée peut diminuer le poids de votre lettre. » 

Fort de 13000 membres, ce site est parvenu à imposer ses vues à des médias aussi prestigieux que CNN ou l’Associated Press. Bombardés d’e-mails, le New York Times et le Washington Post qui employaient le terme de « colonie » pour désigner Gilo ont été ramenés à de meilleurs sentiments et évoquent aujourd’hui simplement un « quartier  ! »

Contre-Champs est un magazine d’information qui affiche des intentions aussi nobles que Siona ou Honest Reporting « Pour que vérité voie jour ! ». Mais sa lecture est tout aussi édifiante, puisque ses journalistes rejètent l’entière responsabilité du conflit sur le peuple palestinien, lui dénie tout droit au retour, évoque en parlant de Jérusalem « la capitale éternelle de l’Etat d’Israël » .., bref « La voix De Sharon » aurait constitué un titre plus en rapport avec ses thèses.

La banalisation de l’accusation d’antisémitisme aboutit à une perte de sens qui dessert la lutte contre la judéophobie.

Cela participe d’une volonté des sionistes radicaux d’imposer, au moyen d’intimidations et d’un chantage indigne l’expression d’une seule opinion acceptable, la leur.

De surcroît, l’instrumentalisation de la Shoah pour servir d’aussi vils desseins est une injure faîte aux victimes de l’Holocauste. A cet égard, Marianne Blume, coopérante belge à Gaza e a eu ce cri du cœur, évoquant les rafles de civils palestiniens de ces derniers jours « Ma mère, ma grand-mère, mon grand-père sont allés dans les camps de concentration allemands pour faits de résistance. Que penseraient-ils s’ils étaient encore de ce monde ? Que pensez-vous, vous dont les discours résonnent de mots comme humanisme, démocratie, droits de l’homme ou lutte contre le terrorisme ? Accusez-moi de ce que vous voulez, je m’en fous : je ne veux pas être coupable de m’être tue quand il était encore temps de parler. Les actes barbares sont barbares, d’où qu’ils viennent  ».

Dénoncer les dérives de la politique israélienne, la colonisation qui met durablement en péril la stabilité de toute la région, la répression féroce et totalement disproportionnée qualifiée de crimes de guerre par toutes les Organisations de défense des droits humains, ce n’est pas faire montre d’intolérance.

S’opposer à une politique qui porte en elle les germes de la guerre, ce n’est pas être antisémite.

C’est au contraire le sionisme radical, en ce qu’il promeut l’injustice et l’oppression et impose aux Palestiniens un arbitraire de fait qui trahit le judaïsme dans sa vocation éminemment spirituelle, religion de paix et de tolérance.

L’honneur perdu des journalistes

Rapportée par l’association Pour une Paix juste au Proche-Orient (4), cette information affligeante : Rentré le 24 février du Proche-Orient d’une mission d’observation, le collectif UJFP-ATM (Union des Juifs de France pour la Paix et Association des travailleurs Maghrébins) a souhaité rendre compte de ses conclusions relatives au conflit israélo-palestinien aux médias français et étrangers (notamment France 2, TF1, la BBC et ABC) mais tous lui ont observé une fin de non recevoir (à l’exception de l’AFP), des journalistes de France 2 auront même cette réponse incroyable : « Nous choisissons de ne pas regarder et de ne pas entendre  ». Ainsi, lors des pires tueries qui se sont produites entre les 19 et 21 février derniers et qui ont vu la mort de dizaines de Palestiniens, TF1 et France 2 ont refusé de diffuser les images des massacres. Les membres du collectif auront cette remarque pleine d’amertume : « la honte et la colère nous envahissaient. Et aujourd’hui que nous sommes revenus, nous éprouvons un sentiment de culpabilité, le sentiment d’avoir abandonné des milliers de gens dans les camps (...) Plus de journalistes, plus d’ONG , plus de diplomates, et un silence total, voire complice des régimes arabes, comme le disent eux-mêmes les Palestiniens. C’est terrible. »

Par lâcheté, conformisme ou opportunisme, peu de journalistes osent dénoncer comme il se doit les crimes du gouvernement israélien. Robert Fisk, correspondant dans la région pour le quotidien britannique The Independent figure parmi les (trop) rares journalistes véritablement intègres et qui font honneur à leur profession. Le 17 avril 2001, il dénonçait dans les colonnes de The Independent la couardise de ses collègues, trop nombreux à céder au chantage de l’antisémitisme et se refusant pour cela à critiquer la politique israélienne. Il évoque le cas de la présidente suédoise de l’Union Européenne qui fut accusée par le Centre Simon Wiesenthal, à Paris, d’attaquer « de manière unilatérale l’État des survivants de l’Holocauste ». Son crime : Elle avait osé dire que « la pratique (israélienne) des éliminations systématiques constitue un obstacle à la paix de nature à provoquer de nouvelles violences ».

«  La peur d’être taxés « d’antisémitisme » nous amène à fermer les yeux sur des agissements inadmissibles au Moyen-Orient », dénonce t-il. Et de s’interroger « Que se serait-il passé si nous avions soutenu le régime d’apartheid sud-africain contre la population noire majoritaire ? (...).

Et si nous avions décrit les enfants noirs abattus par la police comme les victimes d’un « acte sacrificiel » de leurs propres parents ? (...)Il faut toutefois rappeler que les escadrons de la mort sud-africains n’utilisaient ni mitrailleuses héliportées, ni missiles...Depuis la seconde guerre mondiale, rarement un peuple aura été aussi vilipendé que le peuple palestinien. Rarement un peuple aura été aussi souvent excusé, jamais on ne lui aura à ce point passé ses caprices, que les Israéliens. Les ambassades israéliennes, de part le monde, s’emploient à tenir la jambe aux éditeurs, pour leur faire la leçon : ils ne doivent pas qualifier le Premier ministre israélien de « faucon », car cela « enfreindrait la courtoisie ». Et les publicistes de rentrer dans le rang, le petit doigt sur la couture du pantalon.(...)

Notre couardise, notre refus de dire la vérité, notre peur d’être taxés d’« antisémitisme » - l’une des injures les plus graves qui puissent être proférées envers un journaliste - ne font que contribuer à la perpétration d’actes atroces au Moyen-Orient, et en même temps, en fermant les yeux, à les laisser se perpétuer sans rien dire. Nous serions bien inspirés de regarder bien en face ces « remakes » de l’ère de l’apartheid et de nous souvenir de l’époque où les hommes avaient encore un peu d’honneur... ».

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Auteur : Fatiha K

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