Lundi 13 mai 2013
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Tewfiq Al Shaoui

Tewfiq Al Shaoui
fr
http://oumma.com/
Souvenirs d’un demi-siècle de militantisme islamique

T. Shaoui est connu depuis longtemps des lecteurs arabophones pour ses nombreux ouvrages de droit spécialisé et de culture musulmane, sans parler de ses articles parus dans la presse arabe. La publication de ses mémoires l’a fait connaître au-delà du cercle des lecteurs musulmans engagés pour le signaler à l’attention des historiens de l’Islam Contemporain.

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style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>La route qui mène vers l’Algérie

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Préface d’Olivier Carré

style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>Avant-propos de Sadek Sellam

Prologue

T.
Shaoui est connu depuis longtemps des lecteurs arabophones pour ses nombreux
ouvrages de droit spécialisé et de culture musulmane, sans parler de ses
articles parus dans la presse arabe. La publication de ses mémoires l’a fait
connaître au-delà du cercle des lecteurs musulmans engagés pour le signaler à
l’attention des historiens de l’Islam Contemporain.

Ses
récits restituent avec fidélité et simplicité l’état d’esprit qui a prévalu
dans les milieux nationalistes maghrébins après la deuxième guerre mondiale.
Ils montrent les contacts qui ont permis une solidarité agissante des
organisations islamiques orientales avec les formations anti-colonialistes du
Maghreb qui avaient intégré l’Orient dans leur stratégie d’émancipation.

Le
mémorialiste explique comment les succès de la lutte anti-colonialiste n’ont
pas empêché les ferments de la division d’entamer l’unité des partis qui
l’avaient menée. Les choix de « l’Islam jacobin », les différences de
degré dans l’adhésion à la modernité et les enjeux de pouvoir ont conduit à de
véritables scissions chez ceux qui avaient obtenu l’indépendance dans l’unité
d’action. T. Shaoui, qui avait contribué à atténuer les tensions reconnaît avec
humilité les insuffisances des tentatives de conciliation face à l’ampleur de
ces conflits post-coloniaux.

La
plupart de ces questions demeurent insuffisamment étudiées. Les souvenirs de T.
Shaoui contribuent à combler certaines lacunes des études historiques de
l’Islam contemporain. Outre leur apport sur le plan informatif, les
révélations du mémorialiste peuvent avoir un effet d’incitation pour les
historiens soucieux de remédier aux inconvénients de « l’histoire
trouée ».

Sadek
Sellam a voulu montrer comment les réflexions et les informations contenues
dans ces mémoires peuvent être insérées dans une étude du rôle de l’Islam dans
la décolonisation que rendent aussi précise que possible l’accès aux
différentes archives et les témoignages d’autres acteurs restés trop longtemps
silencieux. Il souligne l’intérêt de ces récits pour l’histoire et la mémoire
des musulmans en France. La réaction d’un des premiers lecteurs de ces mémoires
est publiée ici pour marquer leur intérêt.

Le
Coran souligne la valeur du « rappel pour quiconque est doué de cœur et
tend l’ouïe pour être un témoin ».

La
méditation des récits où le Djihad accompagnait l’anti-colonialisme peut
inciter à l’Ijtihad les musulmans en France qui cultivent ces qualités
coraniques.

Dans sa
préface, Olivier Carré souligne l’importance de cette chronique et la compare à
celles qui lui permirent la rédaction de son livre de référence sur les Frères
Musulmans. Sa connaissance précise de toutes les évolutions de ce mouvement,
dont il a contribué à faire connaître les doctrines et les répressions subies,
l’autorisait à interpeller les islamistes actuels sur l’abandon des projets
d’économie sociale au profit des banques « islamiques » à vocation
capitaliste, sur le statut de la femme et sur le sens exact à donner au Djihad
notamment. Ses interprétations ne manqueront pas de heurter les porte-parole de
l’Islam officiel et la plupart des militants et penseurs islamistes. Si son
interpellation suscite un débat qui puisse ailler au-delà des mondanités de
l’irénisme inter- religieux, elle apportera une justification supplémentaire à
la publication de ces souvenirs. Car la multiplication des échanges dignes de la Mounadhara de l’Islam médiéval reste le meilleur moyen de refuser la fatalité du « choc
des civilisations ».

Avant-propos


Islam et décolonisation

La
deuxième guerre mondiale a amené les mouvements nationalistes maghrébins à
vouloir internationaliser les conflits coloniaux. Pour les partisans de la voie
légaliste parmi les anti-colonialistes, la création de l’ONU et celle de la Ligue Arabe ont fait découvrir les possibilités de faire appuyer les revendications des
peuples colonisés par les nouvelles clauses du droit international. Pour leur
part, les nationalistes radicaux qui songeaient déjà à mettre fin à la surdité
des administrations coloniales par la lutte armée se sont tournés vers l’Orient
pour faire connaître leurs causes et solliciter des aides.

Intellectuels
et militants du Bureau du Maghreb Arabe du Caire.

La
persistance de ces demandes a justifié l’ouverture du Bureau du Maghreb Arabe
au Caire en 1947, l’année de l’évasion de l’émir Abdelkrim. La capitale
égyptienne a alors attiré de nombreux militants oubliés. Le plus exceptionnel
de tous était Ali El Hammami class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[1]
.
Après avoir participé à la révolte menée à partir de 1915 dans le Rif marocain
par Abdelmalek class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[2], ce
« distingué intellectuel » class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[3] avait
combattu avec l’émir Abdelkrim en 1921, puis milité aux côtés de l’émir Khaled
à Paris en 1924. Issu d’une famille de Tiaret établi après 1912 à Alexandrie
pour lui éviter la conscription dans l’armée française, ce globe-trotter
polyglotte qui fréquentait avant son exil des lettrés comme Ahmed Laïmèche href="#_ftn4" name="_ftnref4" title=""> class=MsoFootnoteReference>[4],
avait attiré l’attention de Ben Badis qui a apprécié une série de ses articles
parus en 1938 dans un journal marocain. Après avoir quitté la France en 1930, il s’était fixé à Bagdad comme professeur d’histoire, sur recommandation de
l’émir Chékib Arslane, après un séjour à Moscou où Khaled conseillait d’aller
se former, en évitant de devenir communiste. Il l’était si peu qu’il a
fréquenté les officiers islamo-nationalistes du « Carré d’Or »
dirigés par Rashid Aly al Kéilani. Il a sorti de ses papiers un diplôme en
droit pour pouvoir s’inscrire au barreau du Caire et se rapprocher ainsi de son
vieil ami, l’émir Abdelkrim. Il est mort prématurément dans un accident d’avion
survenu en décembre 1949 au retour du congrès de Karachi sur l’économie
islamique où il représentait le Maghreb en compagnie du juriste marocain
Mohamed Benabboud et du médecin tunisien Habib Thameur, qui dirigeaient le
Bureau du Maghreb Arabe class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[5]. A
cette réunion sur l’économie, Hammami a dénoncé la confiscation des biens
Habous ainsi que la désignation des imams par la France coloniale en Algérie class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[6] Cet
auteur de plusieurs manuscrits encore inédits title=""> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[7] s’est
fait connaître en Algérie par les articles remarqués qu’il publiait
régulièrement dans la République Algérienne, l’hebdomadaire de l’UDMA qui avait désigné Ahmed Bayyoud pour diriger sa représentation permanente au
Caire. A. Hammami, qui avait combattu les idées assimilationnistes du Jeune
Algérien
écrit par Ferhat Abbas en 1930, approuvait le programme de l’UDMA
jugé plus proche du Khalédisme qui avait enthousiasmé les Musulmans de Paris en
1924, et inquiété le Cartel des Gauches qui répliqua par la création de la
« Brigade Spéciale de Police Nord-Africaine » à la fin de la même
année class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[8].
Comme tous ceux qui étaient bien informés, il contestait le rôle de Messali-Hadj,
le chef du PPA-MTLD à cause de la permanence de ses liens avec les
Trotskistes, qui ne dissimulaient pas leur intention de régler leurs comptes
avec la « bureaucratie stalinienne » par le biais d’un transfuge du
PCF.

Khalédiens
de Paris et « histoire trouée ».

Comme son
ami Hammami, le khalédien Abdelkader Hadj Ali, partageait cette méfiance et
déniait à Messali le titre de fondateur de l’Etoile Nord-Africaine href="#_ftn9" name="_ftnref9" title=""> class=MsoFootnoteReference>[9]
.
Selon le témoignage de Belghoul, un proche de Khaled interrogé par l’historien
Mahfoud Kaddache à la fin des années 60, la première organisation fondée par
les Khalédiens de Paris en 1924 s’appelait « l’Etoile Nord-Africaine
Islamique » class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[10].
Hadj Ali se reconnaissait dans le programme de Abbas de 1946, toujours en
souvenir de « la ligne tracée par Khaled » qui visait, selon lui,
« l’émancipation de nos frères musulmans » name="_ftnref11" title=""> class=MsoFootnoteReference>[11].
Le témoignage de Belghoul qui vivait en France depuis 1916, la mise au point
faite par Hadj Ali en 1948 et les informations contenues dans l’hommage rendu à
ce vieux militant par Ali al Hammami confirment le rôle de l’émir Khaled dans
la première mobilisation nationaliste au nom de l’Islam que persistent à nier
des historiens du messalisme peu disposés à se passer des fiches de la
« Rue Lecomte », et ignorant délibérément la période antérieure à la
création de ce singulier service class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[12].
L’historien impartial et ouvert à toutes les hypothèses sans dogmatisme ne
saurait rejeter ces récits de témoins oculaires et devrait relativiser le refus
de cette catégorie d’historiens en faisant la part des présupposés idéologiques
qui s’abritent derrière un ultra-positivisme de façade.

Les
nationalistes maghrébins représentés au Caire.

Des
raisons analogues expliquent l’insuffisante connaissance des activités en
Orient d’un autre islamo-nationaliste, Chadli Mekki qui représentait le
PPA-MTLD au Caire. Ce membre de l’aile radicale de
« l’islamo-messalisme » class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[13]

avait échappé à l’arrestation au moment de la répression des manifestations du
8 mai 1945 dans le Constantinois et s’est employé à informer les milieux
orientaux, et les ambassades occidentales du Caire, sur les iniquités
coloniales. Cela a obligé le Quai d’Orsay à distribuer aux diplomates
britanniques et américains notamment une réponse sous forme d’un volumineux
mémoire rédigé en 1948 par le colonel Schoen, un disciple de Lyautey qui, à la
tête du SLNA, voulait prévenir « les malaises musulmans » href="#_ftn14" name="_ftnref14" title=""> class=MsoFootnoteReference>[14].

Quant à
l’association des Oulémas, elle était présente depuis 1938 au Caire où s’était
installé le cheikh Fodil Ouarthilani, qui avait quitté la France après y avoir ouvert une trentaine de Nadis(cercles culturels avec salle de prière) à
partir de 1936 pour l’éducation des travailleurs musulmans name="_ftnref15" title=""> class=MsoFootnoteReference>[15]
.

En 1950,
après un séjour de deux mois à Paris où il a constaté l’indifférence du
gouvernement Pleven à ses demandes concernant l’indépendance du culte musulman
et la liberté de l’enseignement de l’arabe, le président des Oulémas, le cheikh
Bachir Brahimi choisit le chemin de l’exil et rejoint Ouarthilani au Caire href="#_ftn16" name="_ftnref16" title=""> class=MsoFootnoteReference>[16]
.
Il a obtenu la deuxième vice-présidence du Congrès Musulman créé à Karachi,
quand il a appris que Messali en était le premier vice-président href="#_ftn17" name="_ftnref17" title=""> class=MsoFootnoteReference>[17].
Il s’est consacré à informer les milieux politiques et religieux orientaux sur
l’Algérie et s’est employé à obtenir des bourses pour les étudiants algériens
dans les universités du Proche-Orient...

La
solidarité islamique et l’anti-colonialisme des Frères Musulmans.

Tous
ces militants finissaient par être mis en contact avec la puissante
organisation des Frères Musulmans dont Couve de Murville(qui était ambassadeur
de France au Caire) estimait que « dès 1946, ils soutenaient de loin
« l’arabisme militant » en Afrique du Nord » name="_ftnref18" title=""> class=MsoFootnoteReference>[18]
.
Les Frres Musulmans ont eu la visite en 1949 du Dr Lamine Débaghine, le chef de
file de l’aile radicale du MTLD qui était en conflit avec Messali. A son retour
à Alger, le rival du Zaïm a songé, selon Schoen, à créer une organisation sur
le modèle des Frères Musulmans class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[19]. La
création de sections secrètes se réclamant de cette organisation en 1953 à
Alger, à Taher, à Constantine et à Tlemcen, et dont l’existence n’a été révélée
qu’au début des années 90, n’était sans doute pas sans rapport avec la
tentative du Dr Lamine class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[20].
Quand Messali s’est rendu au Caire en septembre 1951, le succès de sa visite a
été assuré grâce à la mobilisation des Frères Musulmans name="_ftnref21" title=""> class=MsoFootnoteReference>[21].
Un des orateurs de cette organisation, le cheikh Mohamed El Hafedh(l’époux de
Zaïnab al Ghazali), servait déjà de modèle à un jeune de Guelma venu continuer
à El Azhar les études commencées à la Kettania de Constantine. Il s’appelait Mohamed Boukharouba et se fera connaître sous le surnom de Houari Boumédiène... href="#_ftn22" name="_ftnref22" title=""> class=MsoFootnoteReference>[22]

Parmi les
Tunisiens qui fréquentaient les Frères Musulmans au Caire, il y avait notamment
le cheikh Mohieddine Klibi(mort en 1954), un partisan du fondateur du Destour
Abdelaziz Thaalibi, qui contestait les orientations de Bourguiba. En compagnie
de Djellouli Farès, qui avait représenté le Destour à Paris, ce Zéitounien
oeuvrait pour une solidarité islamique plus agissante en faveur des peuples du
Maghreb.

Depuis la
fin de sa détention au Gabon, de 1937 à 1944, le théologien de la Qarawyine Allal al Fassi class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[23]

s’était installé également au Caire et visait le même objectif au sein du
Bureau du Maghreb Arabe et dans ses conférences devant les auditoires des
associations islamiques. Pour sa part, l’émir Abdelkrim militait au même Bureau
du Maghreb et avait sa carte d’adhérent de l’organisation des Frères Musulmans href="#_ftn24" name="_ftnref24" title=""> class=MsoFootnoteReference>[24].

L’organisation
de Hassan Al Banna avait une section chargée de la solidarité avec le monde
musulman qui suivait de près les problèmes de la décolonisation comme ceux
d’Indonésie, de la Syrie et du Liban. A cette section qu’animait le cheikh
Abdelhafidh Saïfi class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[25]

travaillait un jeune assistant à la Faculté de Droit de l’Université du roi Fouad, Tewfiq Shaoui. En 1945, le Guide lui demande de faire partie des boursiers
égyptiens pour aller approfondir ses connaissances juridiques à la Sorbonne et, surtout, établir des contacts avec les militants et étudiants maghrébins en
France.

En se
conformant aux instructions du maître, T. Shaoui réussit à constituer un
impressionnant réseau de relations qui lui permet de connaître une bonne partie
des futurs dirigeants algériens, marocains et tunisiens. Il avait l’habitude de
consigner par écrit la teneur de ses entretiens et de rédiger un rapport annuel
à l’intention de l’organisation des Frères Musulmans où seules les activités de
Salah Abou Roquéïq, qui était chargé de l’Afrique du Nord à la section du monde
musulman, étaient connues de la revue Politique Etrangère , et des
orientalistes liés aux administrations spécialisées comme R. Montagne, qui a
traduit en français un vieil article de Azzam sur l’unité arabe pour lequel les
amis maghrébins de Shaoui se sont enthousiasmés en 1946 name="_ftnref26" title=""> class=MsoFootnoteReference>[26]
.

L’influence
des trois émirs de l’islam contemporain.

Ce sont
les notes rédigées à cette époque, à la suite des entretiens avec des Tunisiens
comme Djellouli Farès, Tahar Guiga et Mohamed Mili, et des Marocains comme
Abdallah Ibrahim, Mehdi Benabboud et Abdelkrim Khattib qui ont facilité la
rédaction des mémoires de cet émissaire hors pair, qui menait une intense
activité de contacts, de conseils et de conciliation, sans paternalisme, ni
moralisme. Il préférait la discrétion, la souplesse et l’efficacité au
piétisme, au ritualisme et au prosélytisme en vigueur chez les Frères
Musulmans.

Les
révélations contenues dans ces mémoires sont d’une grande importance pour les
historiens du Maghreb contemporain qui ignoraient l’existence de cette filière
destinée à rendre les milieux islamiques orientaux plus solidaires des
nationalistes maghrébins. Elles intéressent également les spécialistes des
Frères Musulmans qui avaient vainement essayé d’intéresser les jeunes
chercheurs à l’étude des ramifications maghrébines de ce mouvement.

Elles
renseignent sur l’état d’esprit des élites maghrébines d’alors qui étaient
encore marquées par les idées et l’action des trois émirs de l’Islam
contemporain : Chékib Arslane, le pourfendeur du Dahir berbère ;
Khaled, le commentateur des points du président Wilson et Abdelkrim al
Khattabi, le tombeur des généraux espagnols Navarro et Sylvestre, ce qui lui
valut d’être proposé pour le titre de Calife au Congrès Islamique du Caire de
1926 pour contrer les fetwas des confréries dociles et les campagnes du Quai
d’Orsay relayées au nom de l’Islam officiel par l’ambivalent Si Kaddour
Benghabrit, de la mosquée de Paris, en faveur du « protégé »
Moulay Youssef class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[27]
.

Rencontré
à Paris dès son retour de Brazzaville en 1946, Messali assumait ces trois
influences et a dit à Shaoui sa dette envers le « prince de
l’éloquence »(Arslane) qui l’a aidé à passer du syndicalisme à ce qu’un
rapport de la préfecture de police appelait en 1934 « le nationalisme
musulman » class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[28]
.Grâce
à ce médiateur, le chef du PPA a pu reprendre contact avec C. Arslane qui
vivait ses derniers mois en Suisse, et avoir avec A. Azzam en 1946 à Paris une
entrevue dont les érudits historiens du messalisme ignorent jusqu’à
l’existence. Les spécialistes exclusivement francophones ne connaissent de C.
Arslane que la notice rédigée par Lévi-Provençal pendant sa mobilisation durant
la deuxième guerre mondiale, et publiée en 1946 dans les Cahiers de l’Orient
Contemporain class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[29]
,
ou l’article assez engagé de Juliette Bessis dans la Revue Historique href="#_ftn30" name="_ftnref30" title=""> class=MsoFootnoteReference>[30].
Les récits vivants de Shaoui les aideraient beaucoup à améliorer la
connaissance de ce disciple d’Afghani dont les correspondances traquées avec
les jeunes Maghrébins durant la première moitié du vingtième siècle ont eu
beaucoup plus d’effets que la lecture des revues Al Orwa al Outhqa
et Al Manar qui mobilisaient toutes les polices name="_ftnref31" title=""> class=MsoFootnoteReference>[31].

L’association
des « Amis de la Palestine Arabe ».

Quant aux
ouvriers musulmans de Paris, le mémorialiste nous apprend qu’ils étaient
sensibles au thème du Djihad et à la solidarité avec le peuple palestinien.
C’est avec leur concours qu’il a pu avoir une action en faveur de la Palestine pour laquelle il a relancé l’association « les Amis de la Palestine arabe » qui avait été créée dans les années 30 par Nadjib Sadaqa, un étudiant
palestinien de Syrie. Grâce aux syndicalistes du MTLD a il a pu opposer une
réaction conséquente au parti-pris pro-israélien de la CGT. L’ouverture de lieux de culte dans les usines faisait partie des plate-formes de
revendications de ces nationalistes syndicalistes, comme Safi Boudissa qui a
obtenu une salle de prière aux usines Peugeot de Sochaux en 1948 href="#_ftn32" name="_ftnref32" title=""> class=MsoFootnoteReference>[32]
.Cela
n’a pas empêché un islamo-politologue médiatisé et peu intéressé par l’histoire
de présenter celle ouverte en 1975 aux usines Renault de Boulogne-Billancourt
comme étant la première du genre class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[33] !

En allant
à Tanger en 1949, l’émissaire d’Al Banna s’arrête à Madrid où il rencontre le
non-conformiste Hafedh Brahim, un ancien étudiant tunisien en pharmacie qui
avait quitté Paris à la fin de la deuxième guerre mondiale pour s’établir en
Espagne où il était en contact avec les responsables des partis nationalistes
maghrébins.

Shaoui a observé de près les premiers déchirements des
partis nationalistes maghrébins. Il nous apprend que le conflit entre Habib
Bourguiba et Salah Ben Youssef remonte à la session de l’ONU de 1951 quand, à
la suite de la plainte déposée par la Ligue arabe à propos du Maroc, le
« Combattant Suprême »s’est prêté à une manœuvre du gouvernement
français qui a fait quitter à ce dernier sa résidence surveillée pour ouvrir
des « négociations » avec lui à Paris. Le gouvernement français a
réussi ainsi à empêcher les nationalistes du Néo-Destour de prendre contact
avec la délégation de la Ligue arabe, qui avait besoin de faire appuyer sa
plainte par d’autres cas d’abus coloniaux, et celle de l’Egypte que dirigeait
le dynamique et anti-colonialiste ministre des affaires étrangères du Wafd, le
docteur Salaheddine. Et Bourguiba, qui a cru devenir l’interlocuteur
privilégié, a été ramené dans le fort où il était enfermé à Amilly(Yonne) juste
après l’interruption des « négociations », qui a coïncidé avec la fin
de la session redoutée de l’ONU...

Shaoui
juge sévèrement le « Combattant Suprême » qui ne croyait pas à la
solidarité islamique et a refusé d’écouter ses conseils de s’inspirer de
l’alliance entre l’Istiqlal et Mohamed V pour mettre son action sous l’égide de
Moncef Bey, à qui le militant-chercheur avait rendu visite dans sa résidence
surveillée à Pau en 1947 class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[34]
.
Les choix faits par Bourguiba dans les années 50 ont eu pour lointaine
conséquence la montée rapide en Tunisie d’une contestation islamiste plus
importante et plus radicale que celle du Maroc, où la régulation et l’arbitrage
du palais royal et le maintien du rôle de la Qarawyine ont contribué à modérer une bonne partie des courants islamiques qui veulent la
réforme plutôt que la révolution.

Sabotage
du projet d’Institut d’Etudes Arabes à Alger et mission secrète à Niort.

A la même
période a lieu le sabotage du projet d’Institut d’Etudes Arabes à l’Université
d’Alger proposé par Taha Husséin qui, en tant que ministre de l’Education,
voulait imposer en échange l’enseignement du français dans tous les
établissements publics égyptiens class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[35]
. La
révélation de cet épisode, où un accord culturel a été annulé pour pénaliser le
Dr Salaheddine qui a mis en difficulté la diplomatie française à l’ONU à propos
de l’affaire lybienne, montre la persistance jusqu’au début des années 50 de la
volonté d’isoler l’Algérie de l’Orient. Même laïque et moderniste cette
arabisation sous l’égide du « Doyen des Lettres Arabes », qui aurait
ravi les plus laïcistes parmi les arabisants français, suscitait la méfiance
des milieux coloniaux restés encore marqués par l’assimilationnisme outrancier
de la III° République au nom duquel l’administration avait failli fermé les Médersas
bilingues officielles (qui furent défendues par E. Combes), après avoir mis fin
à l’expérience des collèges arabes-français du II° Empire name="_ftnref36" title=""> class=MsoFootnoteReference>[36].

Après son retour définitif de Paris, Shaoui rencontre au
Caire trois anciens dirigeants de l’Organisation Spéciale du MTLD,Hocine Aït
Ahmed , Ahmed Ben Bella et Mohamed Khider qui avaient choisi eux aussi le
chemin de l’exil. Au début de l’été 1954, Ben Bella le charge d’une mission
ultra-secrète auprès de Messali-Hadj qui était en résidence surveillée à Niort.
Le Zaïm, qui était en conflit avec les « Pachas du Parti » href="#_ftn37" name="_ftnref37" title=""> class=MsoFootnoteReference>[37]
,
était sollicité pour participer au déclenchement de l’insurrection imminente.
Ben Bella, qui avait adhéré aux Frères Musulmans name="_ftnref38" title=""> class=MsoFootnoteReference>[38],
a révélé à Shaoui sa participation à plusieurs réunions secrètes du CRUA tenues
au printemps en Suisse pour préparer l’insurrection du 1.11.1954. Ce qui montre
le degré de confiance entre les deux hommes. La qualité des relations de
l’auteur avec ses interlocuteurs garantit la crédibilité de ces récits qui ne
résultent pas des ouï-dire, ni des commentaires de presse, mais reposent sur
des informations dont il avait souvent la primeur.

Dans sa
présentation de cette période, Shaoui consacre de longs développements à
contester certains récits du major Fethi Dib title=""> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[39]
, le
préposé à l’Afrique du Nord dans les Services de Renseignement égyptiens qui
ont opté pour le soutien au FLN après avoir assimilé Messali et ses émissaires href="#_ftn40" name="_ftnref40" title=""> class=MsoFootnoteReference>[40]
aux Frères Musulmans que Nasser a décidé de réprimer durement. Messali a payé
ainsi le prix de ses liens privilégiés avec A. Azzam dont le limogeage par le
pouvoir militaire égyptien avait été suivi par la création en août 1953 du
« Bureau permanent pour les questions du Maghreb » name="_ftnref41" title=""> class=MsoFootnoteReference>[41].
Les Frères Musulmans entendaient compenser ainsi la perte d’influence consécutive
à la main-mise des « Officiers Libres » sur la Ligue Arabe.

De la
rédaction de la Moudawwana marocaine au cabinet de Khider à Alger.

Durant la
vague d’arrestations de 1954, Shaoui a été radié de l’université et a connu les
interrogatoires musclés de la prison militaire du Caire. L’arrivée au pouvoir
au Maroc de son ami Abdallah Ibrahim lui vaut d’obtenir un passeport et d’être
autorisé à s’installer à Rabat pour participer à la rédaction de la Moudawwana, puis travailler comme conseiller du Dr Abdelkrim Khattib qui présidait le
Parlement chérifien. Cela lui permet d’être le témoin des scissions provoquées
au sein de l’Istiqlal par la montée des courants de gauche. Avec un passeport
marocain, Shaoui a pu se rendre à Turquant en février 1962 pour y rencontrer
Ben Bella et transmettre un de ses messages à Fathi Dib qui venait d’être nommé
ambassadeur de la RAU à Berne pour mieux renseigner Nasser sur le déroulement
des négociations franco-algériennes commencées le 20 mai 1961 name="_ftnref42" title=""> class=MsoFootnoteReference>[42]
.

L’indépendance
de l’Algérie lui permet de réaliser un vieux rêve remontant à 1948-49, quand il
a pu se rendre sans visa en Tunisie et au Maroc, sans pouvoir visiter le pays
de Ouarthilani et Mekki qui l’avaient engagé à s’y rendre. En 1962, il y est
entré avec Khider dans l’intention de tenir la promesse faite à Ben Bella de
rédiger une « Constitution Islamique » pour une République Algérienne
qu’il voulait Arabe et Musulmane, et non pas « Démocratique et
Populaire ». Il ne s’était guère avisé que sa présence aux côtés de Ben
Bella et Khider durant la traversée de Tlemcen à Alger, pendant l’été 1962,
servait à apporter une caution religieuse que venait de refuser le cheikh
Bachir Brahimi à un pouvoir conscient de son déficit de légitimité pour cause
de coup d’Etat contre le GPRA.

Le
désaccord entre les deux chefs du nouveau Bureau Politique du FLN lui fait
quitter l’Algérie, où il a assisté à la naissance de l’association Al Qyiam(les
Valeurs), sous la houlette de Hachemi Tidjani. Cet ancien volontaire de la
guerre de Palestine de 1948 à qui l’on doit de rares renseignements sur Ali al
Hammami qu’il a connu de près au Caire, était assisté d’un obscur responsable
des étudiants du nom d’Abassi Madani class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[43]
...La
« politisation » des études islamiques a conduit à faire des Qyiam
l’œuvre de Malek Bennabi, qui était encore au Caire au moment de la création de
cette association. Cette erreur a eu la vie dure parce que l’islamo-
politologue class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[44] qui
l’a commise a été paraphrasé par presque tous les autres.

Dans le
cabinet de Khider, Shaoui a connu Mouloud Kassem qui sera ministre des affaires
religieuses et contribuera à la politisation et à la médiatisation du Séminaire
annuel sur la Pensée Islamique qui était organisé dans la discrétion depuis
1968 par le BESM(Bureau d’Etudes Sociologiques Musulmanes) dont la création
avait été conseillée par Malek Bennabi title=""> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[45]
. Ce
qui devait servir à promouvoir des études et des recherches pour développer une
« Sociologie de l’Indépendance », comme le recommandait l’écrivain
dans un article remarqué, a été réorienté par le nouveau ministre vers
l’encouragement au sein du FLN d’un courant islamique ayant pour filiation
l’islamo-nationalisme du PPA- MTLD dont les cadres s’étaient prononcé en faveur
d’une République Islamique en 1948 class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[46].
Sans doute M. Kassem cherchait-il à faire contre-poids à la tendance qui se
réclamait des Oulémas et dont A. Taleb-Ibrahimi se voulait le chef de file. Cet
usage de la religion dans les luttes de tendances et d’influence au sein du FLN
a préparé la voie à la constitution des groupes informels et hétérogènes qui
s’agrégeront au FIS en 1989.

Le
mémorialiste juge sévèrement Ferhat Abbas et ses amis francophones, à qui il a
eu affaire en 1963 à Alger, sans doute parce qu’il se souvenait des
appréciations négatives exposées en 1945 au Caire par Chadli Mekki. L’historien
devrait équilibrer ces témoignages en tenant compte d’une partie des avis
exprimés par Schoen dans le mémoire de 1948, où il reconnaît par ailleurs que
les imams officiels étaient recrutés en fonction des besoins de l’administration
en renseignements...

Conflits
fratricides post-coloniaux.

Le
conflit Ben Bella- Khider nourrira la méditation de Shaoui sur l’éclatement des
formations qui avaient combattu le colonialisme dans l’unité. Cela l’amène à
imputer les échecs du nationalisme et du « socialisme » arabes à l’
éloignement de l’unité morale et même politique dont l’Islam était plus proche
du temps où des mouvements comme celui des Frères Musulmans réagissaient à
l’abolition du Califat par des mots d’ordre unitaires. Déjà, en 1958, quand M.
Bennabi croyait encore à l’idée d’un « Commonwealth Islamique » href="#_ftn47" name="_ftnref47" title=""> class=MsoFootnoteReference>[47]
,
de nombreux militants anti-colonialistes s’intéressaient plus à leur seul pays,
voire à « l’internationalisme prolétarien » qu’à l’unité de l’Islam,
et la plupart préféraient être premiers dans leur village plutôt que
seconds à Rome . En bon diplomate, et par fidélité en amitié, Shaoui
maintenait les liens avec ses amis dans tous ces courants que les enjeux de
pouvoir rendaient de plus en plus rivaux. Il voyait s’éloigner la réalisation
de l’idéal unioniste de ses premiers engagements, et auquel il a essayé de
rester attaché en conseillant l’Organisation de la Conférence Islamique, comme il l’avait fait avec la Ligue Arabe, avec beaucoup plus de succès du temps d’Abderrahman Azzam.

Aux
rivalités entre les Etats musulmans régionaux des années 60 et 70 ont succédé
les graves conflits provoqués par les réactions violentes opposées à la montée
des mouvements islamistes dans les années 80 et 90. La répression contre les
militants du MTI tunisien avait amené Shaoui à reprendre son bâton de pèlerin
pour intercéder en faveur de R. Ghannouchi et de ses compagnons menacés
d’exécution au milieu des années 80 auprès de son ami Bourguiba, qui avait
accepté de demander à Nasser la grâce de Syyed Qotb en 1966.

En
décembre 1994, l’infatigable émissaire accomplit la mission la plus périlleuse
de sa vie en se rendant dans une Algérie en guerre pour y rencontrer le
président Zéroual et les cheikhs emprisonnés du FIS. Il incite ceux-ci à faire
preuve de réalisme pour faciliter une solution négociée au conflit. Il leur
recommande notamment d’interdire tout acte de sabotage économique par les
groupes armés censés les écouter. Cette proposition résulte d’une sorte de
gandhisme économique qui devrait fonder une politique économique commune aux
pays musulmans dont aucun n’a vraiment les chances de s’en sortir en dehors de
la solidarité islamique. Il expose aux cheikhs sa théorie sur la participation
à la vie politique des islamistes qui devraient selon lui prendre la tête de la
défense des Droits de l’Homme et du pluralisme politique. Il se prononce contre
l’engagement total de tous les courants islamiques en politique et recommande à
la plupart d’entre eux de se consacrer aux questions doctrinales et éducatives.
Cette vision si utile pour la démocratisation des mouvements islamiques n’a pas
rencontré l’audience souhaitable dans l’Algérie meurtrie de 1994. L’auteur
déplore l’empressement des orateurs islamistes algériens à créer des partis
politiques rivaux ainsi que le provincialisme de leurs chefs à qui manque une
vision globale des problèmes à l’échelle du monde musulman.

En plus
de ces informations inédites et de ces réflexions qui indiquent d’importantes
pistes de recherche pour les spécialistes de l’Islam contemporain, les mémoires
de T. Shaoui apportent toute sorte de nuances à introduire dans la connaissance
des courants islamiques dont l’étude a été arbitrairement confinée par une
catégorie de politologues sur-médiatisés aux seuls tendances activistes attirées
par la violence. Les témoignages de cet infatigable militant permettent de se
faire une idée de la place de l’Orient dans les stratégies des mouvements
nationalistes maghrébins et d’évaluer le rôle de l’Islam dans les mobilisations
anti-colonialistes.

Importance
des écrits arabes pour l’histoire du Maghreb contemporain.

Son
livre, qu’il a commencé par intituler « le chemin qui mène vers
l’Algérie », s’ajoute à la liste des textes publiés en arabe dont ne peut
plus se passer la recherche sur le Maghreb et l’Islam, si elle veut remédier
aux inconvénients de « l’histoire trouée » name="_ftnref48" title=""> class=MsoFootnoteReference>[48]
.
Il y avait déjà les souvenirs de Abderrahmane Azzam et ceux de Tewfiq al Madani
qui renseignent sur la genèse des idées islamo-nationalistes et l’importance
accordée à la solidarité islamique par cette catégorie de penseurs et de
militants. Il y a eu les mémoires de Salah Chadi et de Hassan Achmaoui dont
l’étude a rendu possible l’actualisation des connaissances sur le mouvement
islamique proche-oriental class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[49].

D’autres
livres ont été publiés depuis : « Al Ikhwan al Mouslimoun-Ahdath
Sana’at at Tarikh »(les Frères Musulmans-des événements qui ont fait
l’histoire) de Mahmoud Abdelhalim qui complète la connaissance des relations
conflictuelles entre la confrérie et les « Officiers Libres »,
« Mouloud Kassem- Ramzou Kifahi Ouma »(symbole du combat d’une
nation),les mémoires de Abderrahman Benelaggoun dont la motion sur une
République Islamique en Algérie avait été adoptée par les cadres du MTLD en
1948, les souvenirs du Dr Khattib, les mémoires des Nassériens de
sensibilité islamique Kamaleddine Husséin et Husséin Chaféi. Tous ces
témoignages montrent la diversité des courants islamiques, ainsi que la
persistance des aspirations à davantage de solidarité entre les différentes
régions du monde musulman.

« Les
exemples historiques éclairent tout. De plus, ils ont un pouvoir démonstratif
de premier ordre en matière de sciences empiriques » name="_ftnref50" title=""> class=MsoFootnoteReference>[50]
.
La méditation des épisodes méconnus de l’histoire contemporaine de l’Islam
rapportés par ces mémorialistes peut être d’une grande utilité à la plupart de
ceux qui s’engagent en politique au nom du Coran. Car ceux qui négligent la
connaissance de l’Histoire sont condamnés à la revivre.

La
qualité de ces nombreux témoignages rend difficile l’étude de l’histoire du
Maghreb contemporain sans une bonne maîtrise de la langue arabe. Le lecteur
non-arabophone a droit à des études approfondies des mouvements islamiques qui
reposent sur ces textes ignorés et ne soient pas déconnectées des champs
religieux et politique des pays où ils se sont développés. Les mémoires de
Shaoui font ressentir encore ce besoin au moment où la demande considérable de
connaissance de l’Islam des jeunes musulmans en France coïncide avec une
sérieuse crise de l’islamologie. Cette demande peut être satisfaite par une
meilleure ouverture aux questions islamiques de la francophonie dont une
catégorie de militants cherche à faire une machine de guerre culturelle contre
l’Islam.

Les
mémoires de Shaoui et l’Islam en France.

Outre son
importance pour les historiens, la publication de la première partie de la
traduction de ces souvenirs est utile pour la mémoire des musulmans en France.
Le Coran recommande de se « déplacer sur la terre et de méditer le sort de
ceux qui vous ont précédé » class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[51]
. Les
récits de Shaoui sont une incitation à « méditer le sort » des
précédentes générations de musulmans en France, ce qui poserait moins de
problèmes que « les déplacements sur terre » qui conduisent un nombre
important de jeunes Français musulmans à se rendre jusqu’à Peshawar pour y
faire les études sur l’Islam qu’on ne leur propose toujours pas en France.

L’évocation
par l’émissaire de Hassan al Banna de l’action du délégué de Ben Badis qui,
sans subventions publiques et contre l’avis de la « rue Lecomte », a pu
ouvrir entre 1936 et 1938 une trentaine de Nadis dans les agglomérations
parisienne, lyonnaise et marseillaise, devrait ramener à plus d’humilité les
« porte-parole », parachutés ou autoproclamés, de
l’ « Islam officiel » qui font remonter l’histoire des musulmans
en France à leurs récentes tournées dans les principales capitales islamiques
pour y solliciter des aides financières ou des soutiens politiques. La lecture
de Shaoui suggère d’utiles comparaisons entre d’un côté la légitimité fondée
sur la confiance et les réalisations éducatives et, de l’autre, les
intronisations résultant de la recherche éperdue de la « baraka
administrative » class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[52]
.

Enfin
en lisant ces mémoires, ceux qui ont cru aux possibilités de
« l’intégration par le politique », parfois en se pliant à
l’injonction de « changer d’histoire » name="_ftnref53" title=""> class=MsoFootnoteReference>[53]

pourront méditer les engagements de la génération de leurs grands-parents qui
avaient refusé d’être réduits à l’état de simple force d’appoint. Ils
s’aviseront que ce que font les musulmans pour eux-mêmes compte beaucoup plus
que les gesticulations inspirées par les usages, de plus en plus nombreux, de
l’Islam à d’autres fins.

En
allant manifester en faveur de la Palestine le 6 avril 2002 à Paris, les jeunes
musulmans qui récusent ces usages et entendent échapper au contrôle de leurs
anciens tuteurs des associations attrape-voix title=""> style='font-size:10.0pt;font-family:Verdana'>[54]

tireront profit de l’histoire des « Amis de la Palestine Arabe » révélée ici par cet infatigable défenseur de la solidarité islamique
devenu un mémorialiste dont la lecture est attachante à bien des égards href="#_ftn55" name="_ftnref55" title=""> class=MsoFootnoteReference>[55].

 

Sadek
SELLAM. Historien de l’Islam Contemporain.

PS. Ce texte reprend une partie de ma réponse à l’appel à communication
qui m’a été adressé par Daniel Lefeuvre à l’Institut de l’Histoire du Temps
Présent en vue de l’hommage au professeur C.R. Ageron, en présence du grand
historien. Mais les critères scientifiques n’ont visiblement pas été les plus
déterminants dans la programmation de cette rencontre où des islamologues
autoproclamés, qui ignorent tout de l’œuvre d’Ageron, ont été
« légitimés » sur la base de l’appartenance aux mêmes coteries, à
l’exclusion de la connaissance de l’histoire de l’Algérie. Les mêmes
considérations idéologiques et amicales ont présidé au lancement d’un
enseignement payant de l’Islam à l’Université Paris 8 dont le président a dû
intervenir pour mettre fin à cette singulière tentative de privatiser, dans un
établissement public, l’enseignement de la seule religion musulmane.

Aperçu
sur la biographie de Tewfiq Al Shaoui.

Tewfiq Al
Shaoui est né à Damiette, en Egypte, en 1918 dans une famille où le sentiment
religieux est resté vivace. Dans son enfance, il a appris le Coran et ses
autres lectures lui ont fait découvrir l’action et la pensée des rénovateurs de
l’Islam contemporain.

Il a fait
des études de droit à l’université du roi Fouad où il a adhéré au mouvement des
Frères Musulmans en 1938. A la fin de ses études en 1941, il obtient un poste
dans la magistrature avant d’être recruté comme assistant en 1944 dans la même
université.

Alors
qu’il se préparait à aller étudier l’économie politique aux Etats-Unis en 1945,
Hassan al Banna le persuade de se rendre à Paris pour y préparer une thèse de
droit criminel et venir en aide aux militants anti-colonialistes maghrébins.

Il
soutient sa thèse en 1949 et retourne enseigner à la faculté de droit du Caire
où il est nommé professeur.

En 1954,
il est radié de l’université et emprisonné au même titre qu’un grand nombre
d’enseignants connus pour leur engagement lors de la vague de répression contre
le mouvement des Frères Musulmans.

En 1958,
le président du conseil marocain Abdallah Ibrahim intervient en sa faveur
auprès de Nasser et du ministre de l’Intérieur Zakarya Mohieddine qui lui remet
son passeport confisqué pour lui permettre d’être recruté par la Cour Suprême à Rabat, et d’enseigner à l’université Mohamed V.

Il suit
de très près la guerre d’indépendance algérienne aux côtés du Dr Abdelkrim
Khattib qui le prend comme conseiller à la présidence du Parlement. Il retrouve
son ami Chawki Mostefaï qu’il avait connu à Paris comme militant du PPA-MTLD et
qui représentait le GPRA à Rabat. Muni d’un passeport marocain, il est admis à
rendre visite en 1962 à ses amis Ben Bella et Khider qui étaient détenus à
Turquant dans les Deux-Sèvres.

En
1962-63, il est membre du cabinet de Khider qui était secrétaire général du FLN
avant de revenir à Rabat après la disgrâce de ce dernier.

Il
s’installe en Arabie Séoudite en 1965 comme conseiller juridique du ministère
du pétrole et des ressources minières.

Le roi
Fayçal le nomme membre du Haut Conseil de l’université de Ryiad et lui accorde
la nationalité séoudienne après son arrestation à Beyrouth pour « appel à
la solidarité islamique ». En 1968, Shaoui est professeur de droit
musulman comparé à l’université du roi Abdelaziz de Djedda.

Après
1971, il collabore avec le prince Mohamed al Fayçal pour la réalisation d’un
projet d’écoles dites « al Manarat ». En 1976, on le retrouve à
« l’Union Mondiale des Ecoles Musulmanes » qui a été créée sous
l’égide de l’Organisation de la Conférence Islamique.

Il a été
le collaborateur de Tango Abderrahmane , quand celui-ci était secrétaire
général de l’OCI, pour la création de la Banque Islamique de Développement, avant de participer à l’ouverture de la Banque Islamique Al Fayçal, au Caire et à Khartoum. Il a fait partie du Conseil
d’Administration de cet établissement pendant dix ans et a écrit plusieurs
ouvrages sur l’économie et les banques islamiques.

Malgré
ces fréquentations des hommes de pouvoir, il a été comparé aux prêtres-ouvriers
en raison du maintien de ses contacts avec les gens du peuple et de ses
inlassables interventions en faveur des militants victimes des fréquentes
vagues de répressions. « On te voit uniquement quand ça va mal
quelque part dans le monde musulman », lui a dit un ancien Frère Musulman
devenu « modéré » après un long séjour à Kowéit.

Il est
l’auteur d’un grand nombre de livres sur la culture islamique et d’ouvrages
spécialisés sur le droit.

En 1992,
il a préfacé la réédition sous l’égide de l’OCI de la thèse sur le Califat
soutenue par le cheikh Sanhouri en 1926 à l’université de Lyon sous la
direction du grand comparatiste Lambert.

Shaoui
collabore avec plusieurs revues islamiques, dont Al Mujtama’ qui est distribuée
dans les « librairies islamiques » en France, depuis le grand intérêt
suscité par la publication de la première mouture de ses mémoires dans cet
hebdomadaire kowéitien à partir de 1994, sous le titre : « la Route qui mène vers l’Algérie ». Cet intitulé montre les effets de l’actuelle crise
algérienne sur la mémoire de ce citoyen du monde musulman qui a repris son rôle
de médiateur pour aller faciliter la recherche d’une solution négociée entre le
président Zéroual et les cheikhs du FIS qu’il a été autorisé de voir en 1994
dans leur lieu de détention. Il s’est ainsi démarqué des dignitaires islamistes
orientaux qui se disaient satisfaits de la participation au pouvoir du Cheikh
Nahnah qui joue un rôle important au sein de l’organisation internationale des
Frères Musulmans. Shaoui conteste l’attitude du chef du Hamas algérien qui a
choisi d’apporter une caution « islamique » à l’éviction brutale du
FIS, après avoir pris acte de la faible implantation de sa micro-formation
qu’il a créée malgré la promesse faite au cheikh Ahmed Sahnoun de militer au
sein de l’apolitique « Rabitat al Da’wa wa al Irchad » (Ligue pour la Prédication et l’Orientation).



class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[1] style='font-family:Arial'> Voir Amar Belkhodja, Ali El Hammami et la montée du
nationalisme algérien, Dahlab , Alger, 1991.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[2] style='font-family:Arial'> Un des nombreux fils de l’émir Abdelkader, qui
étaient plus attirés par la carrière militaire que par la lecture de
l’énigmatique Ibn Arabi.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[3] style='font-family:Arial'> M. Bennabi, Vocation de l’Islam, Seuil, Paris, 2°
édition, 1957, p. 48

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[4] style='font-family:Arial'> Futur traducteur du Coran et de chapitres du traité
de droit d’Ibn Rochd, Bidayat al Moudjtahid.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[5] style='font-family:Arial'> Les funérailles d’Ali El Hammami furent très suivies
à Alger le 1° janvier 1950. Toutes les tendances politiques et religieuses y
étaient représentées, sauf le Parti Communiste Algérien qui les a boycottées.
Les dirigeants de cette micro-formation étaient prévenus contre ce grand
intellectuel opposé à la politique politicienne qui avait refusé le
paternalisme du PCF. Il avait été jusqu’à lancer un encrier sur le visage de
Maurice Thorez qui s’opposait à la présence des Algériens dans une délégation
devant partir à Moscou. Cet incident qui en dit long sur l’indépendance d’esprit
de cet Khalédien de premier ordre, est rapporté par Allal Al Fassi dans sa
préface au livre de Nadir Bouzar, Abus de confiance, Le Caire, 1954. Ahmed
Bayyoud et Hachemi Tidjani, qui ont connu Hammami au Caire, l’ont confirmé à
Amar Belkhodja.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[6] style='font-family:Arial'> A. Belkhodja, Cinquantenaire de la mort d’Ali El
Hammami, La Tribune (Alger), 23.12.1999.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[7] style='font-family:Arial'> Dont quelques-uns ont été ramenés du Caire à Alger
par le Dr Abdelaziz Khaldi en 1947. Numéro du Jeune Musulman(cité de
mémoire).

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[8] style='font-family:Arial'>Sur la BSPNA, qu’on appelait « la Commune Mixte de la rue Lecomte », voir L. Milliot, les Institutions Kabyles à Paris, Revue
des Etudes Islamiques
, n° 6, 1933, pp. 162-174, et A. Hammami, Adieu à A.
Hadj Ali, La République Algérienne du 26.8.1949.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[9] style='font-family:Arial'>A. Hadj Ali, Messali Hadj n’est pas le créateur de
l’Etoile Nord-Africaine, La République Algérienne, 24.12.1948. Hadj Ali était originaire de Rélizane dans l’Ouest algérien. Il est arrivé en France en 1902 à l’âge de vingt ans. Il a adhéré au PCF quand ce parti accordait plus d’importance aux questions coloniales et menait campagne contre la guerre du Rif. Il lui a manqué quelques dizaines de voix pour se faire élire député de Paris en mai 1924.Bien que naturalisé français, il portait ostensiblement la chéchia rouge et le burnous blanc conformément aux recommandations anti-assimilationnistes de Khaled. lang=EN-GB style='font-family:Arial'>Cf. A. Hammami, op. cit.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[10] style='font-family:Arial'> M. Kaddache, l’Emir Khaled, OPU, Alger, 1987. Rabah
Belghoul dit avoir été le premier président de cette association qui a pris la
suite de la “Fraternité Musulmane ». Cette association avait été créée en
1908 à Paris par un groupe d’intellectuels musulmans dont le juriste égyptien
Mahmoud Salem. Le comtiste islamisé Abdelhaq- Christian Cherfils en a été le
président au début des années 20. Dans le manuscrit de ses mémoires, dont
l’édition a été plusieurs fois annoncée, l’ancien militant de l’Etoile
Nord-Africaine Mohamed Khider, qui est arrivé en France en 1927, confirme la
version de Belghoul.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[11] lang=NL style='font-family:Arial'> A. Hadj Ali, op. cit.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[12] style='font-family:Arial'> Dans un numéro de 1988 de la revue Parcours,
des biographe de Messali, et de quelques-uns de ses lieutenants, ont opposé aux
intéressantes révélations d’un témoin et acteur aussi important que Belghoul
une étrange réaction de refus. Sans doute parce qu’elles remettent en cause la
partie de leurs hypothèses la plus marquée par des présupposés idéologiques. Au
colloque sur Messali organisé à Paris en décembre 1999, O-J.L Carlier s’est
fait l’écho de cette curieuse forme d’ « historiquement
correct », en voulant faire comme si la mise au point adressée en 1948 par
Hadj Ali à la République Algérienne n’avait jamais existé. C. R. Ageron se démarque de ce dogmatisme pour contester les écrits du journal Al Ouma et les mémoires de Messali. Le grand historien admet que l’Etoile Nord-Africaine a été créée par Hadj Ali en 1924. Cf. La Naissance de l’ENA, colloque de février-mars 1987, Centre Culturel Algérien de Paris. Gilbert
Meynier, qui est le seul historien de l’Algérie à s’être donné la peine
d’étudier l’arabe, examine avec beaucoup plus de nuances le rôle de Khaled dans
un très intéressant texte qu’il a bien voulu m’adresser en 2001. Cet article
était destiné à un colloque sur Messali que devait organiser le professeur
Rabah Bélaïd à l’université de Batna mais dont la tenue a été brutalement
empêchée par d’autres tenants de « l’historiquement correct ».

Avec un même dogmatisme, René Gallissot s’est transformé en adepte de
Méphisto pour nier en bloc les idées et l’action, voire l’existence, des
précurseurs du mouvement réformateur algérien du XIX° siècle, comme Abdelkader
Médjaoui et Salah Ben Méhenna, étudiés, documents de première main à l’appui,
par Mahfoud Smati dans sa thèse soutenue à la Sorbonne en juin 1994. Cette forme de négation explique une bonne partie des carences de
l’historiographie de l’Algérie contemporaine beaucoup plus que les difficultés
d’accès aux archives que les historiens-idéologues consultent très peu. Ces
historiens engagés continuent d’être tributaires des écrits de jeunesse d’Yves
Lacoste faisant, en 1957, la part belle au PCF dans la genèse du nationalisme
algérien. Cette histoire partisane a provoqué une réponse cinglante de l’ancien
secrétaire général du Parti Communiste Algérien passé à l’islamo-nationalisme,
Amar Ouzegane, dans son « Meilleur Combat », Julliard, 1962.

Ces exemples montrent à quel point l’histoire de l’Algérie reste
« trouée » pour cause de négation à finalité idéologique. Voir les
actes à paraître du colloque « l’Histoire trouée : négation et
témoignage » organisé par Catherine Coquio à la Sorbonne en septembre 2002.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[13] style='font-family:Arial'> M. Harbi, 1954, La guerre commence en Algérie,
Complexe, Bruxelles, 1998, 3° édition.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[14] style='font-family:Arial'>Le SLNA désigne le « Service des Liaisons
Nord-Africaines », un service de renseignement rattaché au cabinet du
Gouverneur Général de l’Algérie qui avait pris la suite du CIE(Centre
d’Information et d’Etudes) après la deuxième guerre mondiale.

SHAT-1H1202.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[15] style='font-family:Arial'> F. Ouarthilani, Al Djazaïr Ath Thaïra(l’Algérie en
Révolte), Le Caire, 1956 et rapport daté du 21.10.1939 du Service des Affaires
Nord-Africaines de la Préfecture de Police de Paris. Archives de la Préfecture de Police, série B-A carton 1676.

Ouarthilani était né
en 1900 dans le Béni-Ouarthilane en Kabylie. Il a étudié dans les zaouias
locales, puis chez le cheikh Ben Badis à la mosquée Sidi Lakhdar de
Constantine. Après la réunion à Alger du Congrès Musulman Algérien durant l’été
1936 pour donner suite au Congrès Musulman de Jérusalem, de 1931, l’association
des Oulémas en a fait une sorte d’aumônier des travailleurs algériens en
France. L’année suivante, une association de musulmans de Marseille se
réclamant du même Congrès a fait appel à Malek Bennabi qui a animé son centre
culturel en 1937 et 1938.

Malgré de sérieuses
divergences politiques avec les dirigeants de l’Etoile Nord-Africaine, puis du
PPA, Ouarthilani, qui, sans doute par tactique, se référait au réformisme
apolitique du cheikh Tayeb El Oqbi, se concertait avec eux pour contester
l’Islam officiel de la Mosquée de Paris, que Messali dénonçait dès 1926 comme
une « mosquée-réclame ». Voir la thèse de Jacques Simon sur
Messali-Hadj, Paris III, juin 1998. Sur El Oqbi, voir S.Sellam, le Cheikh Tayeb
El Oqbi au Cercle du Progrès. Un précurseur d’une « laïcité
islamique » ?, Naqd, Alger, 3 trimestre 1999.

Après de sérieuses
frictions avec la délégation extérieure du FLN au Caire, dues aux rivalités
pour le contrôle des étudiants algériens en Orient, Ouarthilani s’est installé
en Turquie où il est mort en 1965.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[16] style='font-family:Arial'>Série d’articles sur ce long séjour parisien des
Oulémas par A. Kessous, République Algérienne, octobre-novembre 1950.
Les cheikhs Brahimi et Tébessi, accompagnés de leurs adjoints Abbas Bencheikh
Hocine et Ahmed Hamani, pouvaient réunir dans les salles prêtées par les
syndicats jusqu’à 2000 personnes dont les non-arabophones avaient droit à une
traduction en kabyle par Ahmed Boumendjel des discours prononcés en arabe.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[17] style='font-family:Arial'>Rapport mensuel du SLNA, novembre 1951.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[18] style='font-family:Arial'>Rapport du 17.10.1951 de l’ambassadeur au Quai
d’Orsay. SHAT-1H1725-2. Couve de Murville considérait qu’il s’agissait
« plutôt d’affinités que de collusion entre les Frères Musulmans et les
partis nationalistes ». En raison de l’amitié personnelle liant Allal Al
Fassi et Hassan Al Banna l ’ambassadeur trouvait que les liens de cette
organisation étaient plus étroits avec le Maroc qu’avec l’Algérie. Le 2° Bureau
rectifiait cette appréciation au début de la guerre d’Algérie en faisant état
des initiatives de Hédi Sénoussi, un ancien directeur d’une médersa libre
d’Alger, pour créer des filiales des Frères Musulmans en Algérie à partir de
1952. SHAT, op.cit.

 la même période
l’Islam officiel recommandait le recrutement de supplétifs musulmans dans
l’armée française. Selon le bulletin mensuel du SLNA de septembre 1953, Hamza
Boubakeur a proposé ses services de condottiere au Gouvernement Général en
suggérant la levée de goums dans la tribu-confrérie des Ouled Sidi Cheikhs. Le
surendettement a amené son oncle, le bachaga Si Larbi, avec lequel il a eu de
vifs accrochages pour le contrôle des recettes des Ziaras, à lui emprunter
cette idée en promettant l’armement de 60.000 hommes en 1957. SHAT, op.cit. A
noter que Hamza Boubakeur s’est prononcé, « au nom de l’Islam »,
contre la démocratie. Texte cité par Schoen dans « Gouverner
l’Algérie », manuscrit inédit.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[19] style='font-family:Arial'> Notice du SLNA versée en 1957 aux dossiers du secteur
Alger-Sahel, SHAT-1H1241

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[20] style='font-family:Arial'> Hamoud Chaïd, Sans haine, ni passion, Dahlab, Alger,
1992, pp.55-56.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[21] style='font-family:Arial'> Entretien avec Mohamed Benelmihoub qui étudiait à El
Azhar à partir de 1949. M. Benelmihoub est président de l’association de la
confrérie Tidjania en France.

Aux questions sur son programme que lui posaient ses visiteurs à
Bouzaréa, Messali répondait : « le Coran ! ».
Entretien avec l’ancien chef de la wilaya(du MNA) d’Oran Mohamed Laïchoubi. Cet
« universitaire de formation coranique », comme il se définissait
lui-même, indique également que les cadres francophones du PPA-MTLD s’étaient
passionnés pour la lecture du livre de Haïdar Bammate, Visages de l’Islam,
Payot, Lausanne, 1946.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[22] style='font-family:Arial'> Entretien avec M. Benelmihoub.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[23] style='font-family:Arial'> J. Berque, Arabies, Stock, 1978 et Mémoires des Deux
Rives, Seuil, 1989.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[24] style='font-family:Arial'> Entretien avec Hachemi Tidjani, Alger.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[25] style='font-family:Arial'> Cité par Shoen dans le bulletin mensuel du SLNA de
novembre 1954 en rappelant sa tentative d’implanter en 1952 les Frères
Musulmans en Algérie. Le bulletin du SLNA de janvier 1954 signale la création
au Caire par les Frères Musulmans du « Bureau permanent pour les questions
du Maghreb »dont faisaient partie les cheikhs Brahimi et Ouarthilani.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[26] style='font-family:Arial'>Numéro de Politique Etrangère de 1946.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[27] style='font-family:Arial'> Fetwa du Cheikh Mohamed Skiredj traduite par Ed.
Michaux-Bellaire, Consultation marocaine sur la question du Khilafa, Revue
du Monde Musulman
, volume 34, 1917-8, pp.139-145. Sur la présentation de la
candidature de l’émir Abdelkrim au congrès islamique du Caire de 1926, numéro
de 1926 de la revue islamophile France-Islam (cité de mémoire). Sur les
relances des campagnes en faveur de Moulay Youssef par la diplomatie française
voir E. Jung, l’Islam se défend, à compte d’auteur, 1934. L’auteur répond aux
articles de presse tendancieux en s’appuyant sur les avis de son ami l’émir C.
Arslane.

name="_ftn28" title="">[28] Archives Préfecture de Police de Paris-101. Ce rapport consigne les
réponses aux policiers de Messali qui se proposait de rétablir « l’unité
islamique en Afrique du Nord », mettait en garde contre la participation
des soldats musulmans à des opérations contre d’autres musulmans. Aux questions
sur sa connaissance de ce qui se passait dans les différents pays du monde
musulman, il répondait en citant C. Arslane et M. Salem qui suivaient de près
l’actualité islamique. Ce dernier, qui venait de la « Fraternité
Musulmane » de 1908, aidait à ce moment-là l’émir à préparer le Congrès
des Musulmans d’Europe dont la tenue avait été décidé par les représentants de
l’Islam réunis à Jérusalem en 1931. Voir Louis Jovelet, l’Evolution politique
et sociale des pays arabes(1930-1933), Geuthner, 1933. L. Jovelet était le pseudonyme de Robert Montagne, un orientaliste qui mettait son savoir au
service des « politiques musulmanes » coloniales, ce qui lui valait
des critiques de L. Massignon. Une série de ses articles publiés dans le Monde
a été contestée par M. Bennabi dans sa réponse : La « politique
nord-africaine » de la France-Comment demeurer dans l’ornière, La République Algérienne, 23.4.1954.

R. Montagne s’est empressé d’annoncer dans son étude la tenue à Genève
de ce Congrès qui était prévu pour l’été 1933. Mais la réunion n’a pu avoir
lieu qu’en 1935, après plusieurs reports dus à des difficultés mises par le
très averti militant islamophile E. Jung sur le compte du sabotage par les
puissances coloniales indisposées par le rôle de C. Arslane. Voir E. Jung,
l’Islam se défend, chez l’auteur, Paris, 1934.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[29] style='font-family:Arial'> 3° trimestre 1947.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[30] style='font-family:Arial'> Un numéro de 1978(cité de mémoire).

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[31] style='font-family:Arial'> Al Orwa al Outhqa était éditée à Paris au
début des années 1880 par Afghani et Abdou. Elle était reçue en Algérie sous le
manteau par de rares lecteurs comme le cheikh Zéribi (mort en 1925). Al
Manar
était publiée en Orient par R.Réda. Sa lecture valut au lettré
algérois Ibn Al Khodja de perdre son emploi au journal al Mobacher. Voir
Ammar Talbi, Introduction à Athar Ibn Badis, SNED, Alger, 1968.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[32] style='font-family:Arial'> Entretien à Paris en 1990 avec S. Boudissa qui a été
ministre du travail de Ben Bella et se réclame de la « gauche
islamique ». Dans son étude sur l’immigration algérienne dans le Nord/Pas
de Calais 1909-1962, l’Harmattan, 1999, J-R Genty révèle que des chefs
d’entreprise facilitaient l’ouverture des salles de prière dans les usines à
partir de 1925 à la demande de la Brigade Spéciale de Police Nord-Africaine qui croyait soustraire les « indigènes » à l’influence « bolchévique »
par l’usage de la religion.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[33] style='font-family:Arial'> G. Kepel, les Banlieues de l’Islam, Seuil, 1987.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[34] style='font-family:Arial'>M. Mestiri, Moncef Bey, Tunis, 1990.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[35] style='font-family:Arial'> République Algérienne, 1949 et 1951.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[36] style='font-family:Arial'> Rapport de Combes sur l’enseignement musulman en
Algérie, Sénat, 1894 ; C. R. Ageron, les Musulmans algériens et la France, PUF, 1968 ; entretiens en 1998 avec M. Hadj-Sadok (1907-2000), diplômé de la
division supérieure de la Médersa d’Alger, créateur des lycées franco-musulmans
quand il faisait partie du cabinet du gouverneur Naegelen en 1951, inspecteur
d’arabe en France et vice-président du jury d’agrégation d’arabe à partir de
1961.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[37] style='font-family:Arial'> Messali appelait ainsi ses adversaires du Comité
Central du MTLD.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[38] style='font-family:Arial'> Entretien avec S. Abou Roquéïq, Alger, 1972. Dans
plusieurs de ses déclarations, Ben Bella a fait état de désaccords avec El
Hodhéibi, le Guide des Frères Musulmans, et se réclame encore du Nassérisme. Il
a su faire bénéficier la cause algérienne des soutiens de la grande et
solidaire organisation politico-religieuse et des « Officiers
Libres ».

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[39] style='font-family:Arial'>Fathi Dib, Nasser et la Révolution algérienne, l’Harmattan, 1985

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[40] style='font-family:Arial'>Mézerna et Filali qui furent dépêchés au Caire en
octobre 1954 pour donner suite à la visite de Shaoui à Niort durant l’été 1954.
L’arrivée au Caire de ces deux lieutenants de Messali est mentionnée dans le
Bulletin mensuel du SLNA d’octobre 1954.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[41] style='font-family:Arial'>Sur le limogeage de Azzam par Nasser voir les
mémoires(en arabe) de Azzam publiés en 1976 par Djamil Arif au Caire.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[42] style='font-family:Arial'> A propos de cette mission, l’ancien ambassadeur de la RAU en Suisse mentionne Shaoui, sans le nommer : « j’ai reçu le matin du 1 »
février 1962 à ma résidence à Berne un messager personnel de Ben Bella
m’apportant une lettre datée du 12 ». style='font-family:Arial'>F. Dib, op. cit., p. 375.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[43] style='font-family:Arial'> Entretien avec Zahir Ihaddaden, professeur à
l’université d’Alger. Cet ancien élève de la médersa d’Etat et de l’Institut
Supérieur d’Etudes Islamiques d’Alger avait été à l’origine de la création des
Qyiam avec son ami H. Tidjani, avant de se retirer en raison de sa vision plus
moderniste et moins piétiste de l’action politique.

Parmi les animateurs
d’El Qyiam, il y avait Rédha Benfquih, un ancien responsable tunisien de
l’AEMNAF à Toulouse en 1951. Ce partisan de l’unité maghrébine a rédigé deux
thèses dont une portait sur l’Islam et le conflit algérien. Il a enseigné à
l’Institut d’Etudes Politiques d’Alger et a été proche de Khider en 1962-1963
avant d’être conseiller au ministère de l’Education Nationale jusqu’en 1967. A son retour à Paris, R. Benfquih a été proche de M. Hamidullah et de Mokhtar Hadjry, un
disciple du cheikh Thaalibi établi en 1946 à Paris où il a publié la revue France-Islam
entre 1967 et 1985.

D’après R. Benfquih,
l’affluence au premier meeting organisé par l’association Al Qyiam en mars 1963 a indisposé les dirigeants du FLN qui reconnaissaient avec une certaine humilité que le parti
attirait beaucoup moins de monde que cette organisation. En cautionnant cette
réunion, M. Khider a aggravé son désaccord avec Ben Bella.

Sur al Qyiam, voir la thèse sur le mouvement islamique en Algérie,
d’Ali Adda(sous la direction de P. Robin), département de Sciences Politiques,
Université Paris X, Nanterre, 1992 et le mémoire entièrement consacré à cette
association par Claudia Marinaro, et soutenu sous la direction d’Anna Bozzo à
l’Université de Naples en 1997.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[44] style='font-family:Arial'>La plupart des nouveaux spécialistes de l’Islam
politique se laissent induire en erreur par une imprécise tradition orale
développée par leurs informateurs musulmans qui entendent régler des comptes
avant de chercher à être utiles aux sciences humaines.

name="_ftn45" title="">[45] Article d’André Adam dans l’Annuaire de l’Afrique du Nord,
Aix-en-Provence, 1968 ; et entretiens avec Rachid Benaïssa, un enseignant
qui, après un passage dans le cabinet du ministre de l’Education Nationale
Ahmed Taleb a été nommé responsable de l’éphémère BESM.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[46] style='font-family:Arial'> Entretien avec l’ancien président du GPRA Benyoussef
Benkhedda qui était secrétaire général du MTLD en 1948. Alger. Mars 2002

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[47] style='font-family:Arial'> Fikratou Commonwealth Islami, Dar al Orouba, Le
Caire, 1958.Traduction française, polycopié de la Mosquée des étudiants de l’Université d’Alger, 1971.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[48] lang=NL style='font-family:Arial'> C. Coquio, op. cit.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[49] style='font-family:Arial'>Olivier Carré et Gérard Michaud (alias Michel
Seurat), « les Frères Musulmans », Gallimard, 1983.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[50] style='font-family:Arial'>Clausevitz cité par M. Bennabi, postface à la réédition
polycopiée de « Vocation de l’Islam », Alger, 1970.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[51] style='font-family:Arial'> Coran XXX-42

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[52] style='font-family:Arial'> Formule qui désignait en Algérie le soutien apportée
par la Direction des Affaires Musulmanes du Gouvernement Général à ses
candidats préférés pour les imposer à la tête des grandes confréries pour
évincer les chefs religieux bénéficiant de la confiance des fidèles qui
croyaient à leur baraka spirituelle.

Les interlocuteurs
musulmans sollicités par le ministère de l’Intérieur pour l’Istichara auraient
gagné à lire le livre de T. Shaoui sur la consultation en Islam, « la Choura et l’Istichara ». Cela aurait évité à ceux qui n’ont toujours pas mis en place le
Conseil souhaité depuis un quart de siècle, malgré la cinquantaine de réunions,
de faire croire aux conseillers du ministre que l’élection des représentants de
l’Islam est une Bida’a(innovation blâmable). Voir S. Sellam, les Grands Caïds
et l’enlisement de l’Istichara, Cirta, n° 18, Paris, juillet 2000.

La crainte d’avoir à
s’expliquer avec « l’Islam d’en- bas » conduit à une lecture
spécieuse du droit musulman que favorisent une apparente crédulité laïque et
l’absence d’une instance impartiale qui puisse se prononcer sans prendre parti
dans les luttes de tendances et d’influence.

Une complaisance
analogue a été à l’origine d’un « Ijtihad » fondé sur la seule
« maçlaha »(intérêt) d’ordre financier des grandes mosquées et
fédérations qui ont tenté d’obtenir l’aval du ministère de l’Intérieur pour
substituer au sacrifice de l’Aïd Al Adha le versement d’une somme d’argent à
ces organisations. Voir l’article de Daniel Licht, Aïd el Kébir : l’Etat
n’a pas le goût du sacrifice. Il incite à remplacer l’abattage du mouton par
des dons. Libération du 11.1.2003. Le désaccord de la Fédération Nationale des Musulmans en France a contrarié ces calculs islamo-affairistes en empêchant de généraliser cette tarification des gestes religieux, qui était déjà avancée avant les interventionnismes de l’Etat laïque dans ces affaires.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[53] style='font-family:Arial'> Ce préalable a été posé par J.C. Barreau, un ancien
prêtre devenu conseiller de Mitterrand, puis de C. Pasqua au ministère de
l’Intérieur.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[54] style='font-family:Arial'>Comme « SOS-Racisme » qui se croyait en
mesure de définir une sorte d’ « idéologiquement correct » à
l’intention des jeunes d’origine maghrébine, et « France-Plus », dont
le président voulait interdire à « ses » Beurs toute manifestation
lors de la visite d’Arafat à Paris en 1989.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[55] style='font-family:Arial'>Ces manifestants ont eu droit à une méchante
accusation de « communautarisme » par un malheureux candidat
socialiste à l’élection présidentielle, qui s’était par ailleurs laissé tenter
par l’usage de la mémoire de la guerre d’Algérie à des fins électorales. Voir Le
Monde
du 9 avril 2002.De nombreux Juifs anti-sionistes ont suivi cette
marche (dans la dignité et sans aucun slogan antisémite) en même temps qu’une catégorie
de nouveaux militants français sans antécédents politiques, et dont le soutien
à la Palestine constitue le premier engagement.

Cette importante
manifestation qui a été suivie par un grand nombre de jeunes musulmans a été
boudée par les prudents « Grands Caïds » de l’Istichara qui aspirent
à être intronisés « représentants » de l’Islam en France par
l’administration. A été également remarquée l’absence des tuteurs musulmans
des jeunes issus de l’immigration. Ces « réalistes », qui
tiennent surtout à leurs bonnes relations avec les médias, manifestent des
velléités d’Ijtihad qui butent néanmoins sur l’absence d’une véritable
autonomie intellectuelle.

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