Ce samedi 25 juin, a eu lieu sur le campus désert de Nanterre, la première réunion des instigateurs de l’Appel des indigènes du 8 mai dernier (...) Au-delà de la définition de l’indigène de la République, dans laquelle certains se reconnaissent, d’autres non, l’Assemblée a tenu à définir la relation qui doit unir l’Indigène à l’Autre, dans un esprit de solidarité et d’union symbolisé par le « nous ». Le mouvement est ouvert, et doit lutter pour la sauvegarde d’une mémoire plurielle.
style=''>Ce samedi 25 juin, a eu lieu sur le campus désert
de Nanterre, la première réunion des instigateurs de l’Appel des indigènes du 8
mai dernier. Emmené notamment par le sociologue Said Bouamama
name="_ftnref2" title="">
class=MsoFootnoteReference>[1],
le collectif n’a, il y avait fort à parier, malheureusement pas attiré les
médias. Détourné de ces derniers, entre autres, par le second tour des élections
du CFCM
class=MsoFootnoteReference>
style=''>[2], le collectif
perçoit cette indifférence comme une nouvelle marque de la confiscation de la
parole qui est imposée à l’ensemble des « Arabes » d’en bas depuis
30 ans.
style=''>Pour autant, la centaine de personnes présentes
dans l’amphithéâtre de l’Université, célèbre pour ses meetings agités en 1968,
se refuse globalement à toute poursuite d’une ligne de conduite de
victimisation de la part des Indigènes de France. Le lieu choisi est tout
symbolique : dans le public, un des intervenants souligne la création du
PPA, Parti du Peuple Algérien, emmené par Ferhat Abbas
name="_ftnref4" title="">
class=MsoFootnoteReference>[3],
auteur du Manifeste du Peuple algérien, dans un petit café de Nanterre en 1937.
style=''>Il s’agit aujourd’hui pour les Indigènes de sortir
de l’ornière et du piège communautariste tendu par les classes politiques mais
aussi par eux-mêmes. La banlieue ne doit plus être un ghetto mais encore
faut-il s’en donner les moyens. Le simple nettoyage au « karcher »
prôné par Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur, dans la cité de la Courneuve- suite
au meurtre du petit Sidi Ahmed, il y a quelques jours, est perçu par l’un des
intervenants comme un retour violent de la rhétorique colonialiste. Cela ne
serait pas sans rappeler « le bled et l’épuration qui a eu lieu pendant la
guerre d’Algérie ». Ou encore le racisme anti-polonais- trop blonds, trop
catholiques- du début du siècle qui fut véhiculé tout comme celui des « Arabes »
de France aujourd’hui, alors que certains esprits malveillants vantent encore
aujourd’hui pour s’en défendre l’intégration réussie de ces premiers.
style=''>Le colloque s’est organisé autour de plusieurs
grandes thématiques qui visent à faire émerger un courant nouveau, dynamique,
motivé, et responsable d’une majorité des individus qui se considèrent
aujourd’hui dans leur pays comme des « Indigènes ». Il faut y retenir
là le sens d’exclu, de dominé, et sujets à la violence symbolique exercée par
le pouvoir au sens de Pierre Bourdieu. L’Assemblée s’est intéressée tout
d’abord à la définition de l’indigène, problématique qu’elle a ensuite inscrit
dans un contexte de situation, et dressé quelques pistes d’action pour l’avenir.
style=''>Avant tout, des intervenants ont dénoncé un
certain nombre de faits historiques et de pratiques actuelles qui donnent à
l’Appel sa véritable raison d’exister et la motivation existentielle à aller
plus loin. En observateur et sociologue qu’il est, Saïd Bouamama a écouté les
interventions des uns et des autres. Il était important avant tout de prendre
en compte l’extraordinaire représentativité que doit inclure la notion
d’indigène. Il doit y avoir des Français d’origine malgache, antillaise, magrébine,
corse et le plus grand nombre de représentants de la diversité « ethnique »
et culturelle française. Ce sera tout d’abord un mouvement non ethnique ouvert
aux autres, inscrit dans un véritable refus de l’injonction à l’intégration.
Abdellali Hajjat, doctorant et auteur d’un remarquable ouvrage sur L’immigration
post-coloniale et la mémoire
class=MsoFootnoteReference>
style=''>[4]
parlerait ici de « repli d’ouverture ». C’est un défi à relever pour
le futur Collectif. Pierre Tévanian, professeur de philosophie à Drancy,
expliquait son engagement à sa manière : « Je ne suis pas un
indigène. Du moins, avant que je m’engage dans le combat qui est le mien
aujourd’hui à vos cotés, je n’étais qu’un fonctionnaire, fils d’immigré
arménien, considéré lui comme un indigène à l’époque. Le simple fait de
m’impliquer auprès de mes élèves et dans le MRAP, m’a fait ‘’m’indigénéiser’’
au regard des autres. C’est une gestion classique de la division qui condamne
les Arabes de France, mais tous ceux qui luttent à leurs côtés pour faire
respecter leurs droits ». Puis ce fut au tour d’Abdellaziz, de Divercité,
association lyonnaise de défense des conditions de vie dans les quartiers,
d’expliquer son point de vue sur l’Appel en cours et la notion
d’indigénat : « Je revendique pleinement mon statut
d’indigène. Si cela s’appelle du communautarisme, alors j’assume et je dis que
l’on ne peut s’afficher en permanence dans un processus d’auto-justification ».
Un peu avant, Fatma et Aïda s’opposaient sur leur statut : « Mes
enfants ne sont pas des beurs. D’ailleurs, ils ne fondent que lorsqu’ils sont
dans un rapport de forces défavorable. Sinon, ils savent s’affirmer »
défend non sans ironie Fatma. Aïda, elle, ne « veut surtout pas rester
coincée dans l’indigénat », mais revendique clairement sa volonté de
sortir du ghetto.
style=''>Au-delà de la définition de l’indigène de la République, dans
laquelle certains se reconnaissent, d’autres non, l’Assemblée a tenu à définir
la relation qui doit unir l’Indigène à l’Autre, dans un esprit de solidarité et
d’union symbolisé par le « nous ». Le mouvement est ouvert, et doit
lutter pour la sauvegarde d’une mémoire plurielle. Elle ne sera pas l’apanage
d’une minorité de « nouveaux notables musulmans de la République »
ou de « relais dociles des pouvoirs institutionnels », comme Tariq
Ramadan aime à décrire les partisans du CFCM. Au contraire, les
« Indigènes » désirent s’inscrire dans un rapport dynamique où il
convient de définir « la place du Blanc » comme le dit Pierre
Tévanian. Victime de rumeurs et de calomnies, le professeur de Drancy connaît
le moyen d’échapper à tout cela : « Arrêter d’écrire et de
défendre mes positions me permettrait de me désindigénéiser ». Hors de
question pour lui bien entendu : cela pose l’incontournable question de la
prise en charge du groupe globalisant- toutes les représentations ethniques-
des « Indigènes ». « C’est à nous d’agir car personne ne peut le
faire en notre nom désormais » précisait Hakil, un autre participant au
colloque.
style=''>Pour beaucoup des intervenants du débat, il est
question avant tout de décoloniser les esprits et déconstruire les mécanismes
de reproduction du système colonial des autorités de la République.
style=''>C’est pour cela que le rapport dynamique avec
l’ensemble des non-indigènes est nécessaire pour freiner les risques de dérive communautariste.
Le travail doit s’opérer dans les écoles, en matière de logements avec les
décideurs politiques, et dans le cadre de l’emploi pour diminuer la
discrimination à l’embauche. Les « Indigènes » qui sont intervenus
aujourd’hui souhaitent échapper aux logiques de violence, qui comme le
rappelait l’un d’eux selon Bourdieu, ne valent et agissent que parce qu’on les
laisse agir.
style=''>Les prochaines assises qui vont avoir lieu cet
automne, constituent un tournant pour le mouvement : les défis sont
multiples et il s’agit d’éviter les erreurs du passé. Le rapport à la classe
politique doit changer ; et la prise en charge de tous permettre à la France enfin
d’accepter ses enfants d’immigrés, même et surtout ceux qui sont nés en France
et qui font preuve encore du délit de faciès. La gauche du 10 mai 1981, qui a
soutenu les Français d’origine maghrébine les premiers mois de l’élection de
François Mitterrand, reste certes un partenaire privilégié. Pour autant, les
Malek Boutih et autres représentants d’une certaine beurgoisie de
confort, et qui ont commis des impairs politiques que le mouvement ne saurait soutenir
href="#_ftn6" name="_ftnref6" title="">
class=MsoFootnoteReference>[5]
, ne sont pas les meilleurs partenaires du moment. Dans l’Appel des Indigènes,
il y a une singularité du discours, et une pluralité des actions qui « ne
doivent pas brader les droits existentiels des hommes pour à tout prix se
faire une place de prestige dans la société » comme le précise un autre
acteur de cette journée
class=MsoFootnoteReference>
style=''>[6].
style=''>Nous sommes peut être aux fondements d’une
nouvelle perception de l’héritage ethnique, social et culturel de la France. Ce
qui est sûr, c’est que la France ne peut plus ignorer les Français issus de la
colonisation. Les Indigènes assument l’appellation dévalorisante pour la mettre
au servie d’une relecture des fondamentaux de la République Française. C’est le
premier wagon du train. Et comme l’a rappelé avec humour aujourd’hui Fatma,
mère au foyer : « N’oublions jamais que le fer qui a servi à
construire l’intégralité des rails du métro parisien, il provient de mon
pays : l’Algérie »...
Voir la mise au point de Pierre Tévanian
style=''>
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt'>[1]
Auteur de Dix ans de marche des Beurs, chronique d’un mouvement avorté,
Desclée de Brouwer, 1994, et militant du Mouvement
Autonome de l’Immigration du Nord-Pas de Calais
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt'>[2]
Conseil Français du Culte Musulman crée par Nicolas Sarkozy en 2003
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt'>[3]
Auteur du Manifeste du Peuple algérien rejeté par De Gaulle
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt'>[4]
Éditions L’Harmattan, préface de Dominique Vidal, 2005
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt'>[5]
Dixit le rapport sécuritaire et raciste de Malek Boutih, secrétaire national du
Parti Socialiste, intitulé « Une nouvelle politique de
l’immigration » et très rapidement étouffé par les leaders du parti
par peur des attaques.
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt'>[6]
Même pour être Ministre par exemple