Srebrenica se souvient

Ils étaient entre 3 000 et 4 000, témoins et anonymes, à participer samedi à la procession à travers les

dimanche 11 juillet 2010

Ils étaient entre 3 000 et 4 000, témoins et anonymes, à participer samedi à la procession à travers les collines et les forêts de Bosnie, empruntant ce qui restera à jamais pour les uns « le chemin de la survie », les sauvant de l’innommable, et pour les autres « le chemin de la mort », hantés par le souvenir macabre de leurs frères tués sous les bombardements serbes.

Ce long cortège a sillonné plus de 100 kilomètres de sentiers, marchant sur les pas des musulmans bosniaques qui, il y a 15 ans, tentèrent de fuir les forces serbes bosniaques, afin de rejoindre l’enclave martyre de Srebrenica et de se recueillir au cours d’une cérémonie de funérailles collectives exceptionnelle, la plus importante de l’histoire européenne contemporaine.

Au moins 60.000 personnes ont assisté dimanche à l’inhumation bouleversante de 775 corps exhumés des fosses de Bosnie orientale et identifiés par l’ADN, victimes des massacres commis en 1995 par les forces bosno-serbes après la chute de la ville assiégée. Un sommet de barbarie à visage humain que l’on croyait à jamais enseveli sous les cendres de la monstruosité nazie, et qui ressurgit brutalement au cœur de l’Europe pacifiée pour exterminer sauvagement 8 000 musulmans.

Autour du président serbe Boris Tadic, qui a qualifié "d’acte de réconciliation", cette commémoration éminemment symbolique, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, les présidents slovène Danilo Türk et monténégrin Filip Vujanovic, l’administrateur pour la Bosnie Valentin Inzko, le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner et des représentants de l’Union européenne étaient présents, tandis qu’un message de Barack Obama lu par son ambassadeur en Bosnie évoquait une "tache sur notre conscience collective", exhortant au "plus jamais ça".

Mêlée d’acclamations et d’interpellations aux cris de "Où est Mladic ?", le général bosno-serbe, grand ordonnateur de l’épuration ethnique, traqué depuis 15 ans par la justice internationale, et supposé se terrer en Serbie sous protection de l’armée et du régime, la clameur populaire oscillait entre émotion et colère, face à 775 sépultures masculines, représentant plusieurs générations sacrifiées, que ni l’ONU, ni l’Europe unifiée n’auront secourues.

Publicité

commentaires