Serait-ce l’aube des jeunes au Proche-Orient ?

En 1965, quand Anthony Newley et Leslie Bricusse écrivaient leur chanson "Feeling Good" (Une aube se lève),

par

vendredi 4 février 2011

"C’est une aube nouvelle, c’est un jour nouveau !"

En 1965, quand Anthony Newley et Leslie Bricusse écrivaient leur chanson "Feeling Good" (Une aube se lève), ils étaient sans doute loin de s’imaginer que, 46 ans plus tard, c’est ce sentiment qui animerait les jeunes citoyens arabes, que c’est la chanson à laquelle ils penseraient, qu’ils chanteraient, qu’ils hurleraient un peu partout – se laissant ainsi inspirer par la "Révolution du jasmin" de la Tunisie.

Aujourd’hui, au Caire, plus d’un million d’Egyptiens ont envahi le Midan Tahrir (Place de la Libération), appelant à la démission du Président Hosni Moubarak . Il est bien difficile de résister à la tentation de se demander “serait-ce vraiment une aube nouvelle“ ?

De fait, la révolution tunisienne qui a entraîné la démission forcée du président Zine el-Abidine Ben Ali a non seulement donné de l’espoir à toute une jeunesse vivant sous des régimes tyranniques au Moyen-Orient, mais a également envoyé un avertissement aux autres gouvernements de la région.

Toute une série de nouvelles mesures économiques, comme la baisse de l’impôt sur le revenu en Jordanie, ont été adoptées dans l’espoir d’éviter cet incident redouté entre tous – la manifestation de rue. A l’appui de ces précautions politiques, des personnalités religieuses, comme le Cheikh Salah Nassar, imam de la mosquée Al Azhar, ont recouru à divers médias et à la télévision pour dissuader les jeunes de s’immoler. Bien évidemment, M. Nassar pensait à des personnes comme Mohamed Bouazizi, ce jeune marchand des quatre-saisons tunisien qui, s’étant immolé par le feu, a déclenché une révolution.

Pourtant, il semble que ni la religion ni la force ne parviennent à dissuader la jeunesse de l’Algérie, du Yémen, de la Jordanie et d’autres pays de descendre dans la rue pour revendiquer un changement démocratique.

Un puissant mouvement de jeunesse affirme même être en train de "concocter" des manifestations plus massives encore. Mais cette semaine, tous les yeux sont rivés sur l’Egypte.

Le 25 janvier, ce qui ne devait être qu’une relativement "modeste" marche contre l’inégalité, la pauvreté et le chômage – rassemblant des milliers d’Egyptiens – s’est rapidement transformé en "vendredi de la colère". Des milliers d’Egyptiens sont venus manifester contre le système, contre le parti au pouvoir et le président, poussant les autorités à bloquer l’internet, la téléphonie mobile et fixe, et attisant ainsi plus encore le mécontentement.

Aujourd’hui, le 4 février, les manifestations en étaient à leur dixième jour.

Certes, ils sont nombreux à espérer les mêmes résultats qu’en Tunisie, mais la situation en Egypte est différente. M. Moubarak s’est toujours distingué par son talent à phagocyter la colère de ceux qui s’opposaient à lui. Yasser Khalil, un jeune journaliste et chercheur égyptien, expliquait dernièrement dans un post que le président s’en est souvent tiré à coup de petites concessions, de quelques rustines, qui détournent l’attention des véritables problèmes auxquels les jeunes doivent faire face, ces jeunes pourtant parfois assez désespérés pour s’immoler par le feu afin de faire entendre leur voix.

A y bien regarder, devant ces manifestations énormes, la seule concession faite par M. Moubarak, le 29 janvier, a consisté à dissoudre l’Assemblée nationale et à nommer Omar Souleiman, son directeur du renseignement, au poste de vice-président, décision qui, pour la plupart des observateurs, n’a aucun rapport avec un changement quelconque. Jusqu’à présent, M. Moubarak s’est bien gardé de démissionner.

Ajoutez à cela des forces de sécurité énormes (ce qui n’est pas le cas en Tunisie), dont 450.000 hommes seulement dans l’armée. Cette énorme force de police et de sécurité, ancrée au sein même du système Moubarak, ne risque guère d’aller grossir les rangs des dissidents, contrairement à ce qu’on a pu voir lors de la révolution tunisienne. Les médias arabes et internationaux font état d’individus habillés en civil mais qu’on soupçonne d’être de la police, propageant l’anarchie, ouvrant la porte ders prisons aux criminels et commettant des crimes au nom de "la révolution égyptienne".

Et pourtant, malgré tous ces tracas, les gens continuent à manifester jour après jour dans tout le pays. Ils ont créé des comités de quartier pour protéger leurs biens des pilleurs, ils ont forgé des chaînes humaines pour protéger leurs trésors nationaux des vandales, et ils se sont même mis dans la peau de ceux qui, naguère, réglaient la circulation et arrêtaient les malfaiteurs.

Les premiers, les Tunisiens ont rompu le silence. Et maintenant, les Egyptiens reprennent le flambeau. Cette jeune génération d’Arabes est équipée non seulement de blackberries, de iPhones, de blogs, de Twitter, de Flickr et de Facebook, mais aussi de la conviction qu’elle doit, selon le précepte de Gandhi, “être le changement qu’elle veut voir dans le monde“.

Serait-ce le début d’une renaissance arabe ?

En partenariat avec le CGNews

Publicité

Fondatrice et la présidente de l'association des jeunes de l’ONU au Liban. Elle écrit et blogue et a reçu un prix de l’Agence Universitaire de la Francophonie pour ses écrits sur la paix.

commentaires