Samedi 26 mai 2012
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Septembre 2005, l’an 2 de l’arbitraire scolaire et du silence populaire

A la différence de ce que semble croire une bonne partie du monde enseignant et politique, ce n’est pas « l’Islam », ou « l’islamisation », ou « les islamistes » qui sont à l’origine du développement d’une contre-culture juvénile qui se manifeste en particulier dans le cadre scolaire, mais les processus violents de stigmatisation sociale, de reproduction des inégalités et d’assignation de certains groupes à des positions subalternes (...)

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Alors que les administrations et
les familles se confrontent à la seconde année d’application de la loi
« sur la laïcité », il n’est pas inutile de rappeler les incohérences
et les dangers de cette mesure « anti-foulard ». L’année scolaire
2004-2005 a confirmé les craintes soulevées par les opposants à cette loi comme
elle a révélé les représentations sous-jacentes sur lesquelles elle est fondée
et sur la base desquelles elle a été appliquée. Il reste que la loi n’a soulevé
que très peu d’oppositions organisées. On est ainsi conduit à s’interroger sur
les raisons des très faibles mobilisations de l’année passée, qui posent, en
tant que telles, des questionnements au moins aussi importants que la loi
elle-même.

Comme jadis les sorcières, les
filles et leur foulard...

 Au-delà du fait, et il faut
le rappeler, que cette loi n’a été soumise à aucun contrôle de
constitutionnalité, qu’elle a, en outre, été dénoncée par le comité des droits
de l’enfant de l’ONU et divers ONG comme contraire aux engagements internationaux
de la France class=MsoFootnoteReference> style=''>[1] href="mailbox://C%7C/WINDOWS/Application%20Data/Mozilla/Profiles/default/lq90s6va.slt/Mail/pop3.club-internet-1.fr/Inbox?number=472507068#_ftn1"
title="">, sa mise en oeuvre soulève de multiples problèmes d’ordre class=spelle>politico-juridiques. La plupart des lycées et collèges,
ont, par exemple, agi de façon abusive en établissant de fait une interdiction
générale et absolue, c’est-à-dire en refusant d’accepter ce qui aurait pu être
considéré comme un signe discret (bandana, chapeau, bonnet ou autre). Ces comportements
sont paradoxalement contraires à une loi qui n’interdit que les signes
« ostensibles ». Des filles qui ont finalement retiré le foulard ont malgré
tout été harcelées toute l’année, constamment épiées, soupçonnées dès lors
qu’elles utilisaient un banal attribut vestimentaire placé sur les cheveux
(type serre-tête ou bandeau de soutien) d’introduire sournoisement des
« signes ostensibles de substitution » title=""> style=''>[2].

Le cas de l’Alsace fournit un
autre exemple particulièrement significatif des représentations sous-jacentes à
cette mesure. Dix-sept exclusions y ont été prononcées. Pourtant, dans une
telle région où le fait religieux n’est pas censé faire problème à l’école, l’applicabilité
de la loi est encore moins évidente qu’ailleurs. Que cette situation soit liée
à des origines coutumières ou concordataires, l’Alsace bénéficie en effet d’un
régime très spécifique dans ce domaine. Comment accepter, en toute conscience
et sauf à assumer une évidente discrimination, que des élèves soient exclus de
l’école sous prétexte de signes ostensibles alors même que d’autres y prennent
des cours de religion, que des pasteurs, des rabbins, des prêtres dispensent
ces cours et qu’ils portent pour ce faire des signes vestimentaires aussi
ostensibles qu’un foulard islamique ? Au delà des artifices juridiques, le
fait de prendre des cours de religion n’est-il pas justement et en soi un signe
ostensible d’appartenance à une religion ? A-t-on retiré les quelques
« grands croix » qui ornent encore certaines écoles ? On
comprend que certains ministres du culte en charge des cours de religions
présents lors des réunions de professeurs destinées à préparer la rentrée de
septembre 2004 et l’application de la loi, aient éprouvé quelques malaises,
quelques sentiments d’injustice class=MsoFootnoteReference> style=''>[3].
Des sentiments apparemment assez vagues puisqu’ils ne sont pas bousculés, ni
pour protester publiquement, ni pour ouvrir les portes de leurs écoles
« libres » aux filles musulmanes...

A l’exclusion de près d’une
vingtaine de lycéennes et collégiennes des établissements scolaires d’Alsace
s’ajoutent des dizaines de déscolarisations « volontaires »,
démissions ou non réinscriptions, survenues pour éviter les tracas de la
sanction et bénéficier d’une inscription gratuite au CNED ainsi que du prêt
d’ouvrages par les établissements scolaires. Pour cette seule région, le
collectif une Ecole pour tous de Strasbourg évalue le nombre global de
déscolarisation de deux à trois fois plus que le nombre officiel d’exclusions
(17) class=MsoFootnoteReference> style=''>[4] href="mailbox://C%7C/WINDOWS/Application%20Data/Mozilla/Profiles/default/lq90s6va.slt/Mail/pop3.club-internet-1.fr/Inbox?number=472507068#_ftn2"
title="">. On ne rappellera jamais assez que ces exclusions formelles ou
informelles sont intervenues après la mise en œuvre de procédures inadmissibles
et illégales (isolement, harcèlement moral, abus d’autorité, moqueries
méprisantes...).

Malgré le fait que les conditions
de déroulement de cette phase de « dialogue » ont été récemment
dénoncées par le tribunal administratif de Strasbourg href="mailbox://C%7C/WINDOWS/Application%20Data/Mozilla/Profiles/default/lq90s6va.slt/Mail/pop3.club-internet-1.fr/Inbox?number=472507068#_ftn3"
title="">, plusieurs témoignages d’enseignants nous rapportent pourtant que
certains proviseurs, forts du soutien du recteur title=""> style=''>[5],
ont annoncé vouloir procéder de la même manière dans le cas où de nouvelles
personnes se présenteraient avec leur foulard à la porte des établissements.
Qu’elles aient été exclues ou qu’elles aient retiré leur foulard sous la
contrainte, toutes ces adolescentes se sentent humiliées : humiliées
d’avoir été « jetées » ou contraintes, humiliées par les moqueries,
humiliées de n’avoir pas été écoutées. Au moment où le rectorat se félicite
d’une rentrée pacifiée, cette humiliation se dit toujours chaque vendredi au
cours de nos réunions. Pour nous, le triomphalisme suffisant des censeurs a le triste
visage de nos amies.

 Il ne fallait pourtant pas grand
chose pour se rendre compte que le « foulard » renvoie à des
problématiques et des convictions autrement plus complexes que les malheureux
clichés qui ont alimenté de bout en bout le débat public sur ce sujet. Pour la
plupart, ce foulard était choisi et assumé. Mais personne, encore une fois, n’a
voulu les écouter. Il semble bien que lorsqu’on a 16 ans, qu’on est une femme
et qu’on porte un foulard sur la tête, non seulement la parole sur soi n’est
pas digne d’intérêt mais plus encore, elle est déniée dans sa propre
possibilité. Comment dès lors dire et faire comprendre la douleur de ces
adolescentes contraintes chaque jour à la cérémonie du dévoilement devant la
porte du lycée, alors que cette douleur est aujourd’hui encore plus qu’hier,
réduite au silence ?

Comment lutter contre la
dénégation de cette souffrance dont nous abreuvent les communiqués du ministère
et des rectorats ? Il est certain que cette humiliation à grande échelle
risque d’avoir de graves conséquences sur les personnes concernées en
compromettant leur scolarité et leur équilibre personnel. Pratiquement personne
aujourd’hui, dans le monde politique ou enseignant et au-delà, ne se soucie
plus de ces adolescentes pourtant présentées durant des mois comme des
victimes. Quelques unes sont suivies par des groupes qui dispensent
bénévolement des cours de soutiens, mais les autres ? Combien de temps ces
groupes vont-ils tenir le rythme ? Qu’adviendra-t-il d’elles dans quelques
mois, lorsque l’actualité tournant, tout le monde ou presque aura oublié
qu’elles existent toujours ?

Toutes ces contradictions ont
démontré, jour après jour, que cette loi est fondée sur un arbitraire social
qui s’exprime désormais très concrètement dans le cadre scolaire, cette même
école que l’on présente pourtant comme un espace « protégé ».
Qu’est-ce qu’un signe ostensible sinon le produit de la subjectivité des
acteurs scolaires ou politiques en situation d’autorité ? Construit dans
l’espace public à travers des prismes essentialistes et culturalistes, en
dehors d’une réalité multiple, complexe et surtout contradictoire, « le voile »
fonctionne de fait comme un stigmate social name="_ftnref6" title=""> class=MsoFootnoteReference>[6].

Ce sont bien les agissements des
administrations qui mettent aujourd’hui certains adolescents à l’écart des
autres. En ce sens, ce n’est pas le foulard qui discrimine, qui sépare, qui
« communautarise » mais le regard porté sur
cet objet par la société. Ce regard s’est institutionnalisé par
l’intermédiaire de la loi, traduit en pratiques concrètes de différenciation
des élèves en fonction, non seulement de l’origine religieuse
(particulièrement en Alsace, on l’aura compris), mais plus largement de leur
origine « ethnique ». Dans certains établissements, le soupçon du
bandeau dont nous parlions plus haut s’est pour ainsi dire étendu à toutes
celles qui n’avaient jamais porté de foulard mais qui, d’une certaine façon,
pouvait être considérées (ou soupçonnées...) d’être « musulmane »
(« peau brune », nom à consonance « étrangère »...). Au
rectorat, lorsque nous dénoncions l’intervention d’enseignants chargés par les
établissements d’essayer de convaincre les jeunes femmes de retirer leur
foulard à partir d’un argumentaire basé sur un commentaire coranique, on nous
répondait qu’il était légitime de faire appel à des gens de « même
culture » pour convaincre les élèves récalcitrantes...

Alors que
cette loi était présentée comme une loi « d’intégration », non
seulement elle s’apparente beaucoup plus sûrement à une mesure ségrégative,
mais elle s’inscrit dans un mouvement plus général de mise en forme d’un groupe
« ethnique » appréhendé sur la base d’un culture censée être plus ou
moins « typique » et, bien entendu, problématique sinon dangereuse href="#_ftn7" name="_ftnref7" title=""> class=MsoFootnoteReference>[7].
Certes, il s’agit bien d’une construction sociale qui n’est rien d’autre qu’un
produit de la subjectivité de groupes dominants, « une illusion bien
fondée » comme le dit la sociologie (fondée en l’occurrence sur des
rapports sociaux inégalitaires auxquels se greffent la persistance des rapports
coloniaux). Les pratiques associées à cette mesure législative, si on les
ajoute à toutes celles qui visent « l’Islam », les « banlieues »,
les « immigrés », contribuent cependant à cristalliser les
représentations sur la base desquelles elle a été adoptée et, de fait, à faire
exister une spécificité « ethnique » en lui donnant des effets de
réalité (puisqu’on met en place des procédures qui se fondent sur cette spécificité
supposée pour instituer un traitement différencié des uns et des autres) href="#_ftn8" name="_ftnref8" title=""> class=MsoFootnoteReference>[8].
Autrement dit, la loi du 15 mars votée au nom de la préservation de la République ne contribue à rien d’autre qu’à sa propre dissolution href="mailbox://C%7C/WINDOWS/Application%20Data/Mozilla/Profiles/default/lq90s6va.slt/Mail/pop3.club-internet-1.fr/Inbox?number=472507068#_ftn4"
title="">.

Cette loi aurait-elle eu des
conséquences positives ? Au vu de ce qui vient d’être dit, c’est peu probable.
En réalité, aucune des deux problématiques sensées inspirer cette mesure (le
droit des femmes et l’état du système scolaire), n’a trouvé de réponse dans
cette mesure répressive. La situation des femmes n’a en rien été améliorée, ni
celle des élèves elles-mêmes désormais renvoyées au « CNED à
domicile », ni celles de femmes subissant, dans quelque groupe social que
ce soit, violence ou discrimination (dans la famille, au travail ou dans la
société en général). Au contraire, alors qu’était dénoncé un symbole
d’infériorisation des femmes, les femmes précisément concernées (et dénoncées)
n’ont quasiment pas eu le droit à la parole et se sont vu dénier leur qualité
de sujet pour être noyées dans la valse des caricatures sur l’Islam et des
phobies sur les « banlieues islamistes » ou cette
« jeunesse (éternellement) immigrée qu’on n’aurait pas su intégrer » class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[9].

Les problèmes
de l’école se posent quant à eux en termes d’enfermement dans la spirale de
l’échec, de manque de moyens humains et matériels, de manque de crédibilité du
système scolaire dans une société qui se satisfait d’horizons bouchés, d’une
précarisation et d’une pauvreté grandissantes. A la
différence de ce que semble croire une bonne partie du monde enseignant et
politique, ce n’est pas « l’Islam », ou « l’islamisation », ou « les islamistes »
qui sont à l’origine du développement d’une contre-culture juvénile qui se
manifeste en particulier dans le cadre scolaire, mais les processus violents de
stigmatisation sociale, de reproduction des inégalités et d’assignation de
certains groupes à des positions subalternes, comme celle de « l’immigré »,
du « sauvageon », du « jeune de la cité ».

 En réalité,
traiter de ces questions supposerait de mettre en critique l’école elle-même et
sa place dans le système global de production des hiérarchies sociales. La
contre-culture à laquelle elle doit faire face n’est autre chose que le produit
de la violence qu’elle dispense auprès d’un public caractérisé par de lourds
handicaps sociaux et pour lequel l’école fonctionne de facto comme une
machine destinée à confirmer, via les notes et les diverses formes de
certifications scolaires, leur peu enviable position sociale. Derrière
les quelques exemples d’ascension constamment mis en exergue, quand saura-t-on
questionner les blocages structurels dans lesquels l’école enferme une grande
partie des enfants issus des classes populaires et dépasser le mythe d’une
école républicaine égalitaire class=MsoFootnoteReference> style=''>[10] ?
A l’école comme ailleurs, poser la question ethnique ou religieuse n’est rien
d’autre qu’une manière de refuser de poser la question sociale, c’est-à-dire la
question de l’inégalité fondamentale des relations internes à notre société.

Bref, s’en prendre à des
adolescentes, plutôt bien insérées dans l’institution scolaire et souvent très
éloignées de cette sub-culture juvénile et populaire, n’apporte aucune réponse
à ces questions et relève plutôt d’une logique de défoulement collectif et
institutionnel, comme une sorte de sacrifice social. Ainsi, comme jadis les
femmes présentées comme des sorcières et persécutées pour se venger de maux
dont elles n’étaient en rien coupables, ces filles ont servi d’exutoires à des
peurs et des angoisses sociales, à des crises institutionnelles, liées à des
situations dont elles ne sont pas plus responsables. Car il semble toujours
plus facile de s’en prendre à des enfants et à des femmes qu’aux causes
structurelles et politiques des reculs de notre époque.

L’absence de réactions ou le
paradoxe d’une loi dénoncée mais acceptée

Dans ce cadre, le silence voir le
contentement des « professionnels » de l’antiracisme et des
organisations du « mouvement social », incapables de se rendre compte
de toutes ces implications et de toutes les conséquences de cette loi inique est
toujours aussi consternant et inquiétant. Il paraît plus que nécessaire de
continuer à les interpeller pour leur rappeler leurs responsabilités et
l’incroyable silence dont ils ont fait preuve tout au long de ces mois de
délires collectifs. Dans cette affaire, il n’est pas seulement question de la
place de l’Islam et des musulmans dans la société française. Il est aussi
question de la souffrance d’individus concrets, d’adolescentes et de femmes
soumises quotidiennement à l’exclusion, au rejet et au mépris. Dans cette
affaire, il est question de droits et d’idéaux que nous sommes nombreux à
partager : le droit à la dignité, le droit à l’éducation, le droit des
femmes, la défense d’une laïcité qui garantisse réellement l’égalité de toutes
et tous, etc.

Mais il faut
aussi se demander pourquoi la mobilisation des opposants déclarés à la loi, en
particulier dans un public musulman sensibilisé au premier chef par cette
mesure, a été aussi faible. Si tous semblaient s’accorder sur le caractère
injurieux, méprisant et violent de cette mesure législative et ségrégative,
chacun s’est aussi apparemment convaincu qu’il convenait de ne pas y réagir. Mis
à part quelques noyaux militants dispersés dans toute la France et particulièrement mobilisés (CMF, Collectif « Voix de musulmanes » à Strasbourg,
Comité 15 mars et liberté...), cette mobilisation a été quasiment nulle à partir
de septembre ou confinée à de l’humanitaire 2004 et il n’est pas exagéré de
dire que, au-delà des proches amis et de la famille, collégiennes et lycéennes
se sont généralement retrouvées seules pour affronter cette situation. Ce
constat pose des questions sur lesquelles il nous faut réfléchir avec attention
parce qu’elle nous place devant un paradoxe fondamental.

Alors que
toute réaction à ces agressions identitaires et symboliques du pouvoir (social,
politique, etc.), nécessiterait une réaction à la fois conséquente et unitaire,
il semble que diverses considérations ont rendu ces mobilisations impossibles.
Refus de la mixité politique et culturelle ? Refus du caractère ostensible
de la manifestation ? Peur des représailles ? Crainte d’un
« double langage » des quelques militants et organisations de gauche
engagés dans les mouvements anti-loi ? Volonté de laisser exclusivement
aux représentants institutionnels la gestion de ces affaires ? Ce silence,
en tous les cas pose problème et doit nous interroger au moins autant que la
loi elle-même. Il apparaît pour le moins discutable de penser que seules
pourront aboutir les négociations interinstitutionnelles, en particulier par
l’entremise des tribunaux class=MsoFootnoteReference> style=''>[11].

Face à l’unité
du pouvoir politique, à l’uniformisation du champ médiatique, à la violence et
à l’arbitraire de la bureaucratie scolaire, il nous reste la force du nombre,
le pouvoir de la rue, les stratégies, raisonnables et raisonnées, du trouble à
l’ordre public. Il est certain que 5 000 manifestants à Strasbourg,
rassemblés derrière un collectif pluriel, aussi bien musulman que non musulman
et appelant au respect d’idéaux communs et universels (laïcité, droit à
l’éducation, liberté des femmes...) auraient considérablement changé la donne,
les rapports de force et la crédibilité du discours anti-loi. Que répondre à
ces discours de politiques, de journalistes, de recteurs, d’enseignants,
de simples citoyens affirmant que cette rentrée 2004 s’est bien passée ?
Que répondre à ces discours affirmant qu’au final, l’opposition à la loi est
marginale, y compris chez les musulmans, quand, à Strasbourg par exemple, aucun
rassemblement ou manifestation, malgré une publicité conséquente, n’a dépassé
200 personnes, en grande majorité des lycéennes et étudiantes ?

Enfin, à
l’aube de cette seconde rentrée, il faut interroger le positionnement des
organes officiels et des grandes organisations musulmanes dont l’absence de
soutiens ou de relais s’est fait cruellement sentir tout au long de cette
première année d’application de la loi « anti-foulard ». Toutes ces
organisations ont pourtant perçu et analysé cette mesure comme agressive à
l’égard des musulmans dans leur ensemble. Pour les collégiennes, lycéennes et
étudiantes, quel est le résultat des postures conciliantes que ces
organisations ont choisi d’adopter, de la « bonne volonté » dont
elles ont fait preuve ? Quelles ont été les réciprocités de la part du
pouvoir politique et des administrations ? Car, bien qu’elles soient
tenues d’appliquer la loi, il n’en demeure pas moins que les administrations
(sous l’autorité locale des recteurs) disposaient d’une certaine marge de
manœuvre dans son application. Or, à aucun moment elles n’ont cherché à faire
preuve de la souplesse à laquelle les « représentants officiels » ou
les grandes organisations les conviaient. A aucun moment, elles n’ont cherché à
promouvoir et faire émerger des compromis acceptables (comme admettre par
exemple le « signe discret »). Elles se sont au contraire illustrées
par la mise en œuvre des procédures que l’on sait et une intransigeance qui en
dit long sur le pouvoir de négociation de ces représentants dans un tel
contexte, mais aussi sur la façon dont ces administrations les considèrent.

Malgré sa « bonne
volonté », malgré le fait qu’elle ait demandé à certaines des associations
qui lui sont liées de quitter les collectifs unitaires Ecole pour tous(tes) et,
ce faisant, de porter un coup sévère aux mobilisations qui auraient pu en
naître, à l’occasion des dernières élections pour le CFCM, l’UOIF ne demeurait-elle
pas encore et toujours, aux yeux de la plupart des observateurs qui hier ont
défendu avec acharnement le vote de la loi du 15 mars, l’organisation
« intégriste » par excellence ?

Il y a donc
fort à craindre que la configuration sociale, politique, médiatique qui a
permis un tel déversement de clichés ne se reproduise régulièrement, si à
chaque fois les mobilisations ne sont pas plus importantes, plurielles et déterminées.

Conclusion : contre la
loi du 15 mars, pour une école de toutes et tous

Dans cette affaire, il y a un
enjeu fondamental de société qui engage chacun d’entre nous à réagir et à se
réapproprier la réflexion sur l’école de demain ne serait-ce que parce qu’elle 
sera toujours l’expression transfigurée du modèle social dans lequel elle
s’insère. La lutte contre l’ethnicisation de l’école française passe entre
autre par le refus de pratiques discriminatoires fondées sur une appartenance
religieuse ou sexuelle. Le meilleur moyen de gérer la multiplicité propre à
tout groupe humain n’est-il pas de faire de cette diversité, non pas un
handicap, mais un instrument de valorisation réciproque des enfants ? Il est
certain que plutôt que produire ou reproduire de la différence, une telle
démarche aurait plutôt pour effet de la relativiser, de la dédramatiser et de
la dépasser.

Au contraire,
la loi du 15 mars 2004, fondée sur une volonté explicite de refuser à l’école une
diversité pourtant constitutive de toute société démocratique, a pour effet de
la fixer, de la mettre au coeur des catégorisations et de la rendre
indépassable. Or, le message fondamental qu’il nous appartient désormais de
remettre au fondement même de l’école, c’est que, quelles que soient sa
diversité et sa multiplicité l’Humanité, par essence et en droit, est Une. L’école
humaniste n’est pas celle qui "dresse" ses enfants pour les faire à
l’image d’une partie d’entre eux mais celle qui les accueille en respectant
tout ce qu’ils sont pour les aider à s’épanouir et à se réaliser. C’est ainsi,
à n’en pas douter, qu’elle les aidera à devenir des citoyens actifs, heureux et
ouverts les uns aux autres.



name="_ftn1" title="">[1] style=''> Mourad Seghir, Jahongir Hamrakulov, « Le 15 mars
2004 : le vote d’une loi entre caprice et illégalité républicaine », href="http://www.oumma.com/article.php3?id_article=1657">http://www.oumma.com/article.php3 ?id_article=1657,
notamment p. 4 et p. 8.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[2] style=''> Voir à ce propos le Comité "15 mars et
libertés", « Affaires de foulard : des jugements d’exception
pour une ’’loi d’exception’’ », href="http://www.oumma.com/article.php3?id_article=1662">http://www.oumma.com/article.php3 ?id_article=1662

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[3] style=''> On parle ici et bien entendu d’écoles publiques. En
Alsace-Moselle, ces enseignants sont rétribués par l’Etat français de même que
l’ensemble des prêtres, rabbins et pasteurs officiant dans le cadre des quatre
cultes reconnus.

name="_ftn4" title="">[4] style=''> href="mailbox://C%7C/WINDOWS/Application%20Data/Mozilla/Profiles/default/lq90s6va.slt/Mail/pop3.club-internet-1.fr/Inbox?number=472507068#_ftnref2"
title="">50 personnes se sont par exemple inscrites aux cours de soutiens
mis en place à Strasbourg et Mulhouse pour accompagner, bénévolement, le
travail des adolescentes sorties de l’école. A cela, il faut ajouter les
départs pour l’étranger (Grande-Bretagne, Belgique, etc.), la scolarisation
dans des structures scolaires alternatives (école Steiner) et toutes celles qui
n’ont pas établi de contacts avec les différentes structures associatives ou
militantes.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[5] style=''> Cf. Dernières Nouvelles d’Alsace, 1er
septembre 2005.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[6] style=''> Le stigmate est le résultat du regard et des
pratiques de groupes sociaux qui définissent des identités négatives et
illégitimes auxquelles d’autres individus sont assignés, ces derniers étant
contraints dès lors à se cacher, à baisser les yeux ou à se renier.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[7] style=''> Willy Beauvallet, « Sur fond de violence au
Proche et Moyen-Orient, construction et mise en forme d’une phobie sociale »,
http://www.oumma.com/article.php3 ?id_article=959

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[8] style=''> Sur la construction de ces catégorisations ethniques
et la construction du « noir » par le « blanc », voir par
exemple Pascal Blanchard et Nicolas Bancel, De l’indigène à l’immigré,
Découverte Gallimard, 1998.

name="_ftn9" title="">[9] style=''> href="mailbox://C%7C/WINDOWS/Application%20Data/Mozilla/Profiles/default/lq90s6va.slt/Mail/pop3.club-internet-1.fr/Inbox?number=472507068#_ftnref4"
title="">Voir le film de Jérôme Host, Un racisme à peine voilé, La
flèche Production, septembre 2004, http://www.laflecheproduction..com/

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[10] style=''> Parmi la nombreuse littérature sur ce sujet, voir en
particulier, Stéphane Beaud, 80% au bac... et après ? Les enfants de la
démocratisation scolaire
, La découverte, 2003.

class=MsoFootnoteReference> class=MsoFootnoteReference>[11] style=''> Comme il paraît discutable, sur un autre registre, de
se contenter d’évoquer « nos futures propres écoles ». Si les
revendications quant à l’organisation d’un secteur musulman d’enseignement
libre apparaissent tout à fait légitimes au regard de la situation vis-à-vis
des autres cultes reconnus, cette dimension n’épuise pas la nécessité de
promouvoir et préserver l’existence d’une école publique ouverte à toutes et
tous. 

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